‹ La fiancée. L'officier de FortuneChapitre 62 sur 96 · I. Commission, bicvci · texte numérisé non relu

I. Commission, bicvci

— Je crois , dit Menteith , que je puis vous promettre un grade dans on des corps irlandais, si vous êtes disposé à embrasser la cause royale.

~ Fort bien ; mais il reste ma seconde et ma plus grande diificuUé; car, ^^uoiqufc je regarde comme une bassesse indigne d'un soldat de n'avoir en vue et à la bouche que de l'argent et toujours de l'argent , comme ces vils coquins de lansquenets d'Allemagne dont je vous ai déjà parlé ; quoique je sois prêt à soutenir l'épée à la main que l'honneur doit passer avant la paie, cependant , è contrario ^ la paie d'un soldat étant l'équivalent des services qu'il s'engage à rendre , un homme sage et prudent doit réfléchir sur la récompense qu'il a droit d'attendre pour ses services , et savoir sur quels fonds il en sera payé. Or , d'après tout ce que j'ai vu et entendu, il me paraît que le parlement tient les cordons de la bourse. Nous pouvons maintenir les montagnards en belle humeur en leur permettant de voler des bestiaux suivant leur coutume; et quant aux Irlandais, vous et vos nobles associés , Milord , vous pouvez , suivant l'usage de pareilles guerres , les payer aussi peu que vous le voudrez 5 mais ce n'est pas ainsi qu'on peut traiter avec un cavalier comme moi , qui doit entretenir ses chevaux , ses domestiques , ses armes , son équipage, et qui ne peut ni ne veut, dans aucun cas , faire la guerre à ses dépens.

Andersen, le domestique qui avait déjà parlé, s'approchant alors et s'adressant à son maître , lui dit d'un air de respect : — Je crois , Milord , qu'avec la permission de Votre Seigneurie je puis répondre à la seconde objection du capitaine. Il désire savoir quels sont nos moyens pour solder nos troupes. Il me semble que nous n'avons pas moins de ressources que l'armée du Covenant : elle taxe le pays à son gré ; elle pille les biens des amis du roi. Mais, si nous étions une fois dans les basses-terres, à la tête de nos montagnards et de nos Irlandais, et le sabre à la main, nous trouverions plus d'un traître dont les richesses mal acquises rempliraient nos coffres et satisferaient nos soldats. D'ailleurs , les confiscations pleuvront comme la grêle , et , en faisant des donations sur les biens de ses ennemis aux braves officiers qui auront joint ses étendards , le roi récompensera ceux-ci et punira en même temps les autres. En un mot, celui qui embrassera le parti des Têtes- Rondes pourra toucher peut-être une misérable paie ; mais celui qui servira sous nos drapeaux courra la chance de devenir chevalier, lord, comte, si la fortune le favorise.

— Avez-vous jamais servi, camarade? lui demanda le capitaine.

— Un peu, Monsieur, dans nos troubles intérieurs.

— Mais jamais en Allemagne, jamais dans les Pays-Bas î

— Oh ! non , Monsieur , répondit Anderson .

— Je vous proteste , Milord , dit Dalgetty à lord Menteith, que votre domestique a d<îs idées justes , raisonnables et naturelles sur le service militaire. Peut-être s'y trouve-t-il un peu de légèreté ; il me rappelle l'homme qui veut vendre la peau de l'ours avant de se mettre en chasse. Au surplus, je réfléchirai sur cette affaire.

— Faites-le , capitaine , dit lord Menteith ; vous aurez toute la nuit pour y réfléchir, car nous voilà près de la demeure de mon ami , où je me flatte que vous serez reçu suivant toutes les lois de l'hospitalité.

— Et c'est ce dont je ne serai nullement fâché , répondit le capitaine, car depuis la pointe du jour je n'ai pris d'autre nourriture qu'un morceau de pain d'avoine que j'ai partagé avec mon cheval , de sorte que j'ai été obligé de resserrer mon ceinturon, par exténuation, de crainte qu'il ne tombât par suite du poids qu'il supporte, et de la faim qui m'a creusé les entrailles.

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