‹ La fiancée. L'officier de FortuneChapitre 68 sur 96 · Nom de famille de Mac-Donncl! de Glengarry · texte numérisé non relu

Nom de famille de Mac-Donncl! de Glengarry

— Aîlan a raison , dit Angiis ; et s'approchant de sir Miles Musgrave : — Mon frère, lui dit-il à l'oreille, a souvent un vrai délire, et cependant il semble quelquefois avoir plus de bon sens qu'aucun de nous. Examinez-le en ce moment.

— Oui, dit Allan en roulant de côté et d'autre des yeux égarés, autant vaut qu'ils commencent comme ils doivent finir. Plus d'un homme couchera cette nuit sur la terre, qui lorsque le vent d'hiver soufflera, en sera couvert à son tour, et ne se plaindra plus du froid.

— Ne parlez pas ainsi , mon frère , lui dit Angus : cela ne porte pas bonheur.

— Et quel est le bonheur que vous espérez? dit Allan, dont les yeux semblaient prêts à sortir de leurs orbites. — Et au même mstant il tomba entre les bras d'Angus et de Donald, saisi d'une violente convulsion. On l'assit sur un bancj et, dès qu'il revint à lui, son frère, qui savait quelle impression ses discours faisaient toujours sur l'esprit des montagnards, lui dit : — Pour l'amour de Dieu, mon frère , ne dites rien qui puisse nous décourager !

— Est-ce moi qui vous décourage ? s'écria-t-il en se levant de nouveau. Que chacun combatte aussi courageusement que moi , et que chacun se soumette comme moi à sa destinée. Il faut que ce qui doit arriver arrive; mais nous entendrons encore plus d'un chant de victoire avant l'heure du massacre ou de l'échafaud.

— Quel massacre? quel échafaud? s'écrièrent plus d'une voix ; car il existait à peine un montagnard qui ne le regardât comme doué di: don de seconde vue.

— Paix ! répondit Allan. Vous ne le saurez que trop tôt. Vos questions me fatiguent. — Et appuyant la main sur son front et le coude sur son genou, il tomba dans une profonde rêverie.

— Dites à Annette Lyle de venir avec sa harpe , dit Angus à Donald ; et vous , Messieurs, si un déjeuner des Highlands ne vous effraie pas, je vous invite à me suivre.

Toute la compagnie se rendit alors avec lui dans une salle voisine , à l'exception de lord Menteith, qui s'arrêta dans l'embrasure d'une croisée , et d' Allan , qui ne changea pas de position. Quelques instants après Annette Lyle arriva avec sa harpe , et elle ressemblait bien, suivant la description qu'en avait faite le comte, à la plus charmante fée qui eût jamais dansé dans une prairie au clair delà lune : sa taille peu élevée lui donnait un air d'extrême jeunesse; et quoiqu'elle eût alors près de dix-huit ans, on aurait pu croire qu'elle n'en avait que quatorze; 8a figure , ses mains et ses pieds étaient dans une si parfaite harmonie

ovec sa taille légère, que Titania n'aurait pu choisir une mortelle plus digne de la représenter. Ses cheveux blonds et bouclés ajoutaient à l'éclat de son teint et à l'expression aimable et naïve de sef traits. La charmante Annette , quoique orpheline, semblait la plus gaie et la plus heureuse des filles , et inspirait l'intérêt le plus pur à tous ceux qui la voyaient. Il était impossible de trouver un être plus universellement aimé; elle était au milieu des habitants à demi sauvages du château , ainsi que le disait Allan dans ses moments de verve poétique , comme un rayon de soleil sur une mer couverte de nuages , et elle communiquait aux autres l'enjouement qui faisait le fond de son caractère.

Annette, telle que nous venons de la décrire, entrait dans l'appartement en souriant , quand lord Menteith en la saluant fit naître sur ses joues des roses plus vermeilles.

— Bonjour, Milord, lui dit-elle en lui offrant la main, il y a longtemps qu'on ne vous avait vu, et je crains bien que pour cette fois votre voyage n'ait pas été entrepris dans des vues pacifiques.

— Si mon arrivée est un signal de guerre , dit le comte , elle ne doit pas du moins empêcher l'harmonie de régner en ces lieux : voilà mon cousin Allan qui a besoin du secours de votre voix et de votre harpe.

— Il a bien droit à tout ce que je puis faire pour lui ; et vous aussi , Milord , vous avez pris intérêt à mes jours , et ma vie doit élre consacrée à mes protecteurs.

En parlant ainsi , elle s'assit sur un banc à quelque distance d'Allan, et se mit à chanter une ancienne mélodie gaélique dont nous allons donner à nos lecteurs une traduction faite par notre ami M. Secundus Macpherson, esq. de Glenforgen • , et qu'ils peuvent regarder comme aussi fidèle que celle des poésies d'Ossian par l'illustre Écossais qui porte le même nom , quoique soumis aux entraves du mètre anglais.

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