‹ La fiancée. L'officier de FortuneChapitre 71 sur 96 · I. Grumuch. iiialirailé · texte numérisé non relu

I. Grumuch. iiialirailé

Les talents oratoires n'étant pas le côté le plus brillant d'Angus M'Aiilay, il pria lord Menteith de répondre, et le jeune comte, y avant consenti, s'expliqua avec autant de dignité que de modestie.

— J'aurais désiré, Messieurs, dit-il , que ce que j'ai à vous dire vous fût adressé par une personne plus connue et d'une réputation mieux établie. Mais puisque je me trouve chargé de porter la parole, j'ai à annoncer aux chefs assemblés que ceux qui désirent secouer le joug déshonorant dont le fanatisme s'efforce de charger leurs têtes n'ont pas un instant à perdre. Les covenantaires, après avoir fait deux fois la guerre à leur souverain , et en avoir extorqué toutes les concessions raisonnables ou injustes qu'il leur a plu d'exiger, après avoir vu leurs chefs comblés de faveurs et de dignités, après avoir publiquement déclaré, lorsque le roi , ayant fait un voyage en Ecosse, était sur le point de repartir pour l'Angleterre, qu'il s'en retournait roi satisfait d'un peuple satisfait; sans aucun motif do plaintes, sans autre prétexte qu3 des doutes et des soupçons déshonorants pour le roi , et qui n'ont pas en eux-mêmes le moindre fondement, ont envoyé en Angleterre une armée nombreuse au secours de ses sujets révoltés, pour soutenir une querelle qui est aussi étrangère à l'Ecosse que les guerres d'Allemagne. Il est heureux pourtant que l'ardeur avec laquelle on s'est porté à cet acte de trahison ait aveuglé les chefs qui ont usurpé le gouvernement de notre patrie sur les dangers auxquels elle les exposait. L'armée qu'ils ont envoyée en Angleterre , sous les ordres d'un vieux comte de Leven , est composée de ces vieilles troupes levées dans les deux dernières guerres, et qui faisaient la force de l'armée écossaise....

Le capitaine Dalgetty, se levant en ce moment, allait l'interrompre pour dire qu'il était à sa connaissance personnelle qu'un grand nombre de vétérans, formés dans les guerres d'Allemagne, se trouvaient dans l'armée de Leven. Mais Allan , qui était près de lui , le tirant rudement par le bras , le força à se rasseoir, et se mettant un doigt sur les lèvres, lui fit entendre, non sans quelque difficulté , qu'il devait garder le silence. Le capitaine jeta sur lui un regard de mépris et d'indignation, qui ne troubla nullement sa gravité, et lord Menteith continua en ces termes :

— L'instant est donc favorable. Les bons et loyaux Écossais peuvent prouver maintenant que les reproches qu'on a eu à faire récomment à leur patrie ne tombent que sur un petit nombre de séditieux et d'hommes turbulents, dont l'auibition et l'égoïsme ont voulu profiter du fanatisme qui, de la chaire de cinq cents énorgumènes, s'est répandu connue un torrent sur l'Ecosse. J'ai reçu des lettres du marquis de iluntlv dans

ie nord, et je les montrerai séparément à chacun de vous. Ce noble seigneur, aussi loyal que puissant, est déterminé à faire usage de tous ses moyens pour faire triompher la cause royale, et le comte de Seaforth est prêt à se ranger sous les mêmes étendards. J'ai des nouvelles semblables du comte d'Airly et des O'Gilvies du comté d'Angiis, et je ne doute pas qu'ils ne montent bientôt à cheval avec les Hay, lesLeith, les Burnets et d'autres gentilshommes loyaux qui formeront un corps plus que suffisant pour tenir en respect les covenantaires du nord , à qui ils ont déjà donné des preuves de leur valeur en les mettant en déroute dans la fameuse rencontre connue sous le nom de Trot de Turiflf. Au sud du Forlh et du Tay, le roi compte un grand nombre d'amis qui , mécontents des taxes et des serments qu'on leur impose , et des levées qu'on en exige , n'attendent qu'un signal pour réprimer, les <îrmes à la main , la tyrannie du comité des états et l'insolence inquisitoriale des ministres presbytériens. Douglas, Traquhair, Roxburgh, Hume, tous dévoués à la cause royale, contre-balanceront dans le sud ie crédit des partisans du Covenant, et les hommes distingués par leur rang et leur naissance, présents en cette assemblée, et venus tout «.'xprès du nord de l'Angleterre , vous répondront du zèle des comtés de Gumberland, de Westmoreland et de Northumberland. Que peuvent opposer les covenantaires du sud aux efforts de tant de vaillants gentilshommes? — De nouvelles recrues, les Whigamores' des comtés de l'ouest, les laboureurs et les ouvriers des Lowlands aux Highlands de l'ouest. Quel ami y ont les covenantaires? On ne m'en citera qu'un seul, aussi connu qu'il est odieux. Mais peut-il exister un homme qui, an jetant les yeux autour de cette salle , et en reconnaissant la puissance, la bravoure et la loyauté des chefs qui y sont assemblés, puisse douter un instant que les forces dont peut disposer Gillespie Grumach ne soient promptement anéanties? Je dois vous dire aussi qu'on s'est assuré de l'argent et des munitions nécessaires pour l'armée qu'il s'agit de former, et que des officiers du premier mérite , ayant acquis dans les guerres étrangères une expérience consommée, et dont l'un est en ce moment devant vos yeux, se sont chargés de discipliner les nouvelles recrues qu'il pourra être nécessaire de lever. —

Ici Dalgetty se redressa et tourna les yeux tout autour de la salle, semblant di-^e par son attitude et ses regards : Voyez, Messieurs, le voici !

— Un tforps de troupes auxiliaires d'Irlande, continua lord Menteith, «nvoyé d'Ulster par le comte d'Antrim, a effectué son débarquement, €t s'est emparé du château de Mingarry avec le secours du clan Ro-

i. Des \vl\igs. Voyez sur ce mot la noie de Waierky.

nald ; en dépit de tous les efforts d'Argyle, ce corps est dans ce moment en marche pour se rendre à Darnlinvarach. Il ne me reste plus, Messieurs, qu'à engager les nobles chefs qui m'entendent à oublie^ ♦outes les considérations secondaires, à réunir leurs elïorts pour la cause commune , à donner aans îeurs clans respectifs le signal des combats , et à rassembler toutes leurs forces avec une célérité qui ne laisse à nos ennemis ni les moyens de faire des préparatifs contre» nous, ni le temps de revenir de la terreur que leur inspirera le premier son de la cornemuse guerrière. Quant à moi, quoique ni ma puissance ni mes richesses ne me mettent au premier rang de la noblesse d'Ecosse , je sens ce que je dois à la dignité d'une ancienne et honorable maison , et je dévoue ma vie et ma fortune au succès de la cause que j'embrasse. Que chacun en fasse autant , et nous mériterons les remerciements de notre roi et la reconnaissance de la postérité. —

Les applaudissements réitérés qui suivirent ce discours prouvèrent au comte que l'opinion générale était d'accord avec la sienne. Cependant aucun chef ne prenait la parole , et ils se regardaient les uns les autres , comme s'il fût resté quelque point important à régler. Chacun d'eux causait à voix basse avec ses voisins. Enfin un d'entre eux, respectable par ses cheveux blancs, quoiqu'il ne fût qu'un chef de second rang, se leva , et répondit en ces termes à lord Menteith :

— Thane de Menteith , dit-il , vous avez bien parlé ; il n'est aucun d'entre nous dans le cœur duquel les mêmes sentiments ne brûlent comme une flamme inextinguible. Mais ce n'est pas la force seule qui gagne les batailles : la tête du général enfante la victoire aussi bien que les bras du soldat. Qui donc lèvera la bannière autour de laquelle vous nous invitez à nous rallier? Croit-on que nous risquerons la vie de nos enfants, que nous hasarderons la fleur de nos concitoyens, sans huvoir sous les ordres de qui ils combattront? Ce serait conduire à la boucherie ceux que les lois divines et humaines nous ordonuent de proléger. Où est la commission du roi en vertu de laquelle ses fidèles sujets sont appelés aux armes? Quelque simples et quelque grossiers 4u'on nous suppose, nous connaissons les lois de la guerre comme celles de notre pays , et nous ne nous porterons à aucune démarche qui puisse troubler la paix générale, sans les ordres exprès du roi, et sans avoir un chef qui soit digne de nous commander.

— Et où trouveriez-vous ce chef, s'écria un autre chef, si ce n'est le reiJiésentant des Lords des Iles, dont la famille a toujours joui du droit de commander tous nos clans réunis? et quel est celui qui a droit à ce litre, si ce n'est Vich-Alister-More?

^ Je conviens , dit un autre chef avec véhémence , que le représentant des Lords des Iles aurait droit de nous commander; mais je nie que Vicfi-Alister More soit ce représentant. S'il prétend à être regardé comme tel , qu'il me prouve d'abord que son sang est plus rouge que le mien.

— C'est une chose bien facile , répondit Vich-Alister-More en portant la main sur sa claymoro.

Lord Menteith se précipita entre eux, et les conjura de ne pas oublier que les intérêts de FÉcosse , la liberté de leur pays, la cause de leur roi, devaient passer avant toutes querelles sur leur rang et leur noblesse respective. Plusieurs chefs qui ne se souciaient pas d'être sous les ordres d aucun des deux concurrents, joignirent leurs efforts aux siens; mais personne ne s'expliqua avec plus d'énergie que le célèbre Evan Dhu.

— J'arrive des bords de mes lacs, dit-il, comme le torrent qui descend des montagnes. Il ne remonte pas vers sa source , et je ne prétends point faire un pas rétrograde. Ce n'est point en nous occupant de nos propres prétentions que nous servirons notre patrie et notre roi. Ma voix sera pour le général que le roi aura nommé , et qui possédera sans doute les qualités nécessaires pour être digne de commander à des hommes comme nous. Il faut qu'il soit d'une haute naissance, ou nous nous dégraderions en servant sous ses ordres; il doit être sage et expérimenté , ou la sûreté de nos concitoyens serait en danger ; il faut qu'il soit le plus brave des braves, pour que nous lui soyons attachés, et qu'il joigne la fermeté à la prudence pour maintenir l'union parmi nous. Thane de Menteith, pouvez-vous nous dire où nous trouverons un pareil général ?

— Il ne faut pas l'aller chercher bien loin, s'écria Allan Mac-Aulay; il est devant vos yeux; le voici, ajouta-t-il en frappant sur l'épauie d' Andersen, qui était debout derrière lord Menteith.

La surprise de l'assemblée se manifesta par un profond silence ; tous les yeux se tournèrent sur Anderson, et celui-ci , jetant un grand manteau qui couvait en partie sa figure, et s'avançant au premier rang, dit : — Messieurs, je n'avais pas le projet d'être longtemps spectateur silencieux de cette scène intéressante; mais mon bouillant ami m'oblige de me faire connaître un peu plus tôt que je n'en avais l'intention. Ce que je pourrai faire pour le service du roi prouvera si je mérite l'honneur qui m'est accordé par cette commission. C'est un ordre revêtu du grand sceau de l'état, chargeant James Graham, comte de Montrose , d(; prendre le commandement des forces qui doivent s'assembler en Ecosse pour le service de Sa Majesté.

Des applaudissements unanimes et prolongés retentirent à l'instant dans toute l'assemblée. Dans le fait le comte de Montrose était p&utètre le seul homme auquel ces fiers montagnards auraient consenti à obéir. Sa haine héréditaire et invétérée contre le marquis d'Argyle les assurait quïl conduirait la guerre contre lui avec énergie, et sa valeur éprouvée leur faisait concevoir les plus flatteuses espérances de succès '.

Page 1