‹ La fiancée. L'officier de FortuneChapitre 78 sur 96 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Actif et turbalent non moins qn'ambilienx. Son esprit se nourrit de projets loriiieux ; Il cllall,^e à cliaiiue instnnt de principe et de place. Et ue sait supporter ni succès ni disgrâce. Absulon cl AchitOjilu'I.

NVERART, aujourd'hui jolie ville de province, rappelait alors

l'époque où il avait été bâti , par l'apparence chétive des

maisons et par l'irrégularité des rues , qui n'étaient point

1^^ i|!ÏL jQjl pavées. Mais ce qui signalait d'une manière plus frappante

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mI et plus terrible le caractère du siècle, c'était le spectacle

qu'offrait la place du marché , qui était à moitié chemin entre je port ît la jetée, et la porte du château, dont la sombre arcade, la herse le fer et les murs massifs terminaient de ce côté la perspective. Au nilieu de celte place vaste et irrégulière, s'élevait un gibet où étaient juspendus cinq infortunés, dont deux semblaient être des Lowlanders, îl les trois autres étaient couverts du plaid des montagnards. Deux ou trois femmes, assises sous la potence, semblaient pleurer leur mort et

chanter à voix basse leur coronach. Mais ce spectacle se renouvelait trop souvent pour avoir beaucoup d'intérêt pour les habitants en général , qni , tandis qu'ils se pressaient en foule autour de Dalgetty pour examiner son uniforme, sa brillante armure et son cher Gustave, semblaient ne faire aucune attention à la scène effrayante qu'ils avaient sous les yeux.

L'envoyé de Montrose ne partageait pas tout à fait leur indifférence, et entendant un ou deux mots d'anglais s'échapper de la bouche d'un Highlander qui avait assez bonne apparence, il fit halte aussitôt , et lui dit : — Il paraît que le grand prévôt a eu de l'ouvrage ici , mon ami. Puis-je vous demander pour quel crime ces malheureux ont été exécutés?

Il montra de la main le gibet en parlant, et le Gaël, comprenant ccqu'il voulait dire, plutôt par son geste que par ses paroles, répondit sur-le-champ : — Oh ! ce sont trois gentilshommes caterans, Dieu leur fasse grâce ! et deux Sassenachs , qui ne voulaient pas faire quelque chose que Mac-Gallum-More leur commandait; — et il continua son chemin d'un air d'indifférence, sans écouter aucune autre question.

Dalgetty haussa les épaules, et se remit en route; car le cousin au dix ou douzième degré de sir Duncan Campbell commençait à montrer quelques signes d'impatience.

Un autre exemple du pouvoir féodal les attendait à la porte du château. Dans l'enceinte d'une palissade qui semblait n'avoir été construite que récemment, et protégée par deux pièces d'artillerie , était un énorme billot sur lequel on voyait une hache : elle était teinte de sang, et une quantité de sable répandu tout autour ne cachait qu'en partie les traces d'une exécution récente.

Pendant que Dalgetty regardait ce nouvel objet de terreur, le chef de ses guides le tira par le pan de son habit , et lui montra du doigt un poteau fixé sur la palissade, dont la pointe soutenait une tête d'homme, sans doute celle du malheureux dont le sang couvrait encore l'instrument de mort. Le Highlander, en lui faisant remarquer cet horrible spectacle, semblait retenir un sourire malin, qui ne parut pas de trèsbon augure à son compagnon de voyage .

Dalgetty descendit de cheval à la porte, et Gustave fut emmené sans qu'on lui permît de l'accompagner jusqu'à l'écurie, suivant son usage. Cette eu-constance fil plus d'impression sur notre ritmeister que toutes ces afli'euscs images de mort et de destruction.

~ Pauvre Gustave ! se dit-il , que deviendra-t-il s'il m*arrive quelque malheur? Je commence à croire que j'aurais mieux fait de le lais-

ser àDarnlinvarach j car ces maudits sauvages savent à peine distinguer ia tète d'un cheval de sa queue. Mais à la voix du devoir u.:: guerrier doit abandonne.' ce qu'il a de plus cher :

Entendez-vous le bronze des batailles?

Déployez donc vos nobles étendards :

AII0..C ohercher d'illustres funérailles.

Le roi du uord partage nos hasards.

Ayant ainsi fait taire ses craintes par le refrain d'une ballade guerrière, il suivit son guide dans une espèce de corps de garde qui était rempli de soldats highlanders. On lui fit alors entendre qu'il devait y rester jusqu'à ce que son arrivée eiît été annoncée au marquis. Pour s'assurer une réception plus favorable , le major remit à l'aimable parent du laird d'Ardenvohr le paquet que celui-ci lui avait confié, et lui témoigna de son mieux, par signes, qu'il désirait qu'il fût remis au marquis en mains propres. Son guide , se servant du même langage muet, lui répondit qu'il se conformerait à ses ordres, et se retira.

Le major resta environ une demi-heure dans ce corps de garde , exposé aux regards insolents et scrutateurs des soldats, pour lesquels son air et son costume n'étaient pas moins un objet de curiosité que sa personne et son pays en semblaient un d'aversion. Dalgetty, voyant une chaise, s'établit tranquillement, et, sans faire attention à leur impertinence, se mit à siffler une marche, jusqu'à ce qu'enfin un homme ayant un costume de velours noir et portant une chaîne d'or comme un magistrat moderne d'Edimbourg , mais qui n'était que l'intendant de la maison du marquis d'Argyle , vint , avec une gravité solennelle , inviter le major à le suivre, en lui annonçant que son maître était prêt à le recevoir.

Les nombreux appartements qu'on lui fit traverser étaient remplis de domestiques, de gardes et d'officiers de tout genre, disposés peutêtre avec quelque ostentation pour donner à l'envoyé de Montrose une haute idée de la puissance de )a maison d'Argyle, et lui prouver combien elle était supérieure en pouvoir et en magnificence à celle de Alonlrose. Une antichambre était remplie de laqiuiis en superbe livrée, qui, ranges sur une double file, regardaient en silence le major passer entre leurs rangs ; une autre salle était occupée par dos chefs des Highlands, qui jouaient aux échecs, au trictrac et à d'autres jeux qu'ils interromoirent à peine pour jeter un rei^ard de hauteur sur l'étranger ; un troisième appartement était rempli d'officiers et de gentilshommes des Lowlands ; enfin, dans la salle d'audience, le marquis était entouré

d'une cour brillante, destinée à faire ressortir encore davantage sa dignité et sa puissance.

Cet appartement, dont les portes battantes furent ouvertes pour In réception du major Dalgetty, était une longue galerie, ornée de tapisseries et de portraits de famille, et dont le plafond voûté se composait de lambris dorés à jour- Il était éclairé par de longues fenêtres gothiques, dont les vitraux peints admettaient à peine les rayons du soleil à travers les têtes des sangliers , les galères, les bâtons et les épées dont elles étaient couvertes, armes de la maison d'Argyle, et emblème des hautes fonctions héréditaires de justicier d'Ecosse et de grand maître de la maison du roi qu'elle posséda longtemps. Au bout de cette galerie magnifique était le marquis lui-même entouré de seigneurs tous richement vêtus, parmi lesquels étaient deux ou trois membres du clergé, appelés peut-être pour être témoins de son zèle pour le Covenant.

Le marquis était habillé suivant la mode du temps, que Van Dyck a si souvent peinte; mais son habit, quoique riche , était d'une couleur sombre et uniforme. A son air préoccupé, à son front sillonné de rides, et à ses yeux continuellement fixés à terre, on reconnaissait un homme plongé souvent dans de profondes méditations, et qui avait acquis pa> une longue habitude un air de gravité et de mystère qu'il ne pouvait quitter, même lorsqu'il n'avait rien à cacher. Il était grand et maigre ; mais sa taille n'ôtait rien à la dignité de ses manières. Il y avait quelque chose de froid dans son accueil et de sinistre dans son regard, quoiqu'il parlât avec la grâce et l'aisance d'un homme de haut rang. Adoré de son clan , dont il cherchait continuellement à augmenter la puissance et les privilèges, il était vu de mauvais œil par les autres tribus de montagnards, dont il avait déjà dépouillé les unes de leurs [possessions, tandis que les autres craignaient d'éprouver le même sort, et ne voyaient qu'avec envie la hauteur à laquelle il s'était élevé.

Nous avons déjà dit qu'en se montrant au milieu de ses conseillers, des officiers de sa maison et de sa nombreuse suite d'alliés et de vassaux , le marquis d'Argyle voulait sans doute faire impression sur le système nerveux de l'envoyé de Montrose; mais Dalgetty, tout en courant de parti en parti, avait fait la plus grande partie de la guerre de trente ans en Allemagne, époque où un brave soldat était le compagnon des princes. Le roi de Suède, et, d'après son cxcm le, les fiers princes de l'Empire eux-mêmes, s'étaient souvent vus dans la nécessité de composer avec leur dignité, et lorsqu'ils ne pouvaient payer leurs soldats, de les retenir en flattant leur orgueil, en leur accordant des

privilèges extraordinaires, et en vivant avec eux dans la plus grande familiarité. Le major pouvait se vanter d'avoir dîné avec les plus grands princes; il n'était donc pas homme à se laisser intimider par la pompe dont s'entourait Mac-Callum-More. De plus , Dalgetty n'était pas naturellement l'homme le plus modeste du monde ; au contraire, il avait si bonne opinion de lui-même , que , dans quelque compagnie qu'il se trouvât, il se croyait toujours à sa place , s'élevant toujours en idée au niveau des personnes près desquelles il était admis; en sorte qu'il était aussi à son aise dans la plus haute société qu'au milieu de ses compagnons ordinaires. Ce qui le fortifiait considérablement dans la haute opinion qu'il avait de lui-même, c'étaient ses idées sur la profession militaire, grâce à laquelle, disait-il, un preux cavalier pouvait marcher de pair avec un empereur.

Nous ne serons donc pas surpris de le voir entrer dans la galerie sans le moindre embarras, la traverser avec plus de confiance que de grâce , et s'approcher si près d'Argyle pour lui parler, que le martpiis recula de quelques pas, afin de laisser entre l'envoyé de Montrosc et lui une distance convenable. Le major fit son salut militaire avec beaucoup d'aisance, puis s'adressant au marquis: — Bonjour, Milord, s'écria-t-il, quoique je ne sache trop si je dois dire bonjour ou bonsoir à présent, beso à usted las manos*, comme disent les Espagnols.

— Qui êtes-vous, Monsieur, et quelle affaire vous amène ici? demanda le marquis, d'un ton qu'il croyait propre à réprimer la familiarité offensante de l'envoyé.

— Voilà deux questions fort justes et bien naturelles, Milord, reprit Dalgetty, et je vais y répondre comme il convient à un brave cavalier, et cc\a.pereinpioriè, comme nous avions coutume de dire au collège de Mareschal.

— Voyez ce qu'est cet homme et ce qu'il veut, Noal, dit le marquis d'un ton ferme à l'une des personnes de sa suite.

— Je prie l'honorable cavalier de ne pas se donner la peine do se déranger, Milord; je vais vous le dire, reprit le major avec le i>lus grand sang-froid. Cet homme est Dugald Dalgetty, de Drunithwackt^f, anciennement ritmeister au service de ditïerentes puissances , et aujourd'hui major de je ne sais quel régiment irlandais : je viens en qualité d'envoyé extraordinaire de haut et puissant seigneur James, comte de Montrose, et d'autres nobles seigneurs maintenant sous le« armes pour Sa Majesté; et ainsi, vive le roi Charles!

i. \^(\ ;!;icicn voj;igeuren Espagne dit plaisaiiimeiU de la langue dos Espasiiols qu'ils n'onl puiu'. de mots pour^igMilier rcniercieniciils ou rendre i;r;1i'es, toule leur graliliide consislant en un //<•*<» os lai manus, je vous baise les uiains. Il esl curiaiii (pu: celle foinuile csi la plus fréiiuenlc pour saluer.

— Savez vous où vous êtes et à qui vous parlez, Monsieur, demanda de noiivenu ie marquis, pour oser me répondre comme si j'étais un enfant ou un insensé? Le comte de Montrose est avec les mécontents anglais , et je soupçonne que vous êtes un de ces vagabonds irlandais qui sont venus dans ce pays pour mettre tout à feu et à sang, comme ils l'ont fait sous sir Phelim O'Neale.

— Milord, reprit Dalgelty , quoique major d'un régiment irlandais, je ne suis point ce que vous supposez, et j'ai pour garants de mon honneur l'invincible Gustave-Adolphe, le Lion du Nord, Bannier, Oxenstiern, le duc de Saxe-Weimar , Tilly , Wallenstein , Piccolomini et d'autres grands capitaines, tant morts que vivants; et quant au noble comte de Montrose , je prie Votre Seigneurie de jeter les yeux sur les pleins-pouvoirs dont je suis revêtu pour traiter avec vous au nom de cet illustre commandant.

Le marquis regarda légèrement le papier signé et scellé que Dalgelty lui présentait, et, le jetant dédaigneusement sur la table , il demanda aux personnes qui l'entouraient ce que méritait celui qui venait comme l'agent déclaré des traîtres qui avaient pris les armes contre l'état.

— Un gibet bien élevé, et deux minutes pour se confesser, répondit aussitôt l'un des officiers.

— Je prierais l'honorable cavalier qui a parlé le dernier, reprit Dalgetty, de prendre un peu plus de temps avant de donner ses conclusions, et Votre Seigneurie de réfléchir mûrement avant de les adopter, attendu que de pareilles menaces ne doivent être faites qu'à de vils espions, et non à des hommes de cœur, qui sont tenus d'exposer leur vie aussi bien dans ces sortes de missions que dans les combats , à l'assaut ou dans une sortie. Il est vrai que je n'ai ni trompette, ni <lrapeau blanc, attendu que notre armée n'est pas encore entièrement équipée; mais Votre Seigneurie et les honorables cavaliers de sa suite conviendront que le caractère d'un envoyé qui vient proposer une trêve ou une suspension d'armes, doit être reconnu sans qu'il ait besoin de faire entendre une fanfare, qui n'est qu'un vain son, ou do déployer nn drapeau, qui n'est quelquefois qu'un vieux lambeau de linge : son titre repose sur la confiance que le parti qui députe et le député ont en -l'honneur de ceux à qui le message doit être porté, et dans leur ferme persuasion qu'ils respecteront le jus gentium , aussi bien que les lois deia guerre, dans la personne de l'ambassadeur-.

— Vous n'êtes pas venu ici. Monsieur, dit le marquis, poui nous iupprendre les lois de la guerre, qui ne peuvent jamais s'ai)pliq icr à

des rebelles et à des insurgés , mais pour subir la punition due à votre insov^nce pour avoir osé apporter le message d'un traître au lord justicier d'Ecosse, dont le devoir exige qu'il punisse de mort une pareille offense.

— Messieurs, dit le major qui commençait à être assez mécontent de la tournure que prenait son ambassade , je vous prie de ne pas oublier que le comte de Montrose vous rendra responsables , vous et vos biens, de tout ce qui pourra m'arriver, soit à moi , soit à mon cbeval , par suite de ces procédés inouïs, et qu'il sera en droit d'exercer sur vous une vengeance éclatante.

Cette menace fut reçue avec un sourire dédaigneux , et l'un des Campbells répondit : — Il y a loin jusqu'à Lochow; —expression proverbiale qui signifie que leurs domaines héréditaires étaient hors de la portée des invasions d'un ennemi.

— Mais , Monsieur, reprit encore l'infortuné major, qui ne voulait pas se laisser condamner sans avoir épuisé du moins tous ses moyens d'éloquence, quoique ce ne soit point à moi de décider s'il y a loin ou non jusqu'à Lochow, attendu que je ne connais pas cet endroit, j'espère que vous me permettrez de vous faire une observation qui intéresse particulièrement l'honneur de votre famille : c'est que je suis ici sous la protection spéciale d'un noble seigneur de votre nom , de sir Duncan Campbell d'Ardenvohr, qui s'est porté garant de ma sîireié ; et je vous prie d'observer qu'en manquant à la parole qu'il a donnée , vous porterez une atteinte irréparable à son honneur et à sa réputation.

La plupart des personnes présentes paraissaient n'en avoir rien si. jusqu'alors : on s'agitait, on se parlait à l'oreille j les Campbells surtout semblaient se concerter entre eux , et le marquis , malgré l'empire qu'il exerçait sur lui-même, laissa percer sur sa figure des marques d'impatience et d'emportement.

— Est-ce que sir Duncan d'Ardenvohr répond sur son honneur de la sûreté de cet homme, Milord? dit une personne de la compagnie en s'adressant au marquis.

— Je ne le crois pas, répondit celui-ci; mais je n'ai pas encore eu le temps de lire sa lettre.

— Nous prierons Votre Seigneurie de le faire , dit l'un des Campbells j il ne faut pas que notre honneur souffre la moindre atteinte pour un pareil compagnon.

— Une mouche morte , dit un prêtre , donne une mauvaise odeur au baume de l'apothicaire.

— Révérend père , reprit le major, je vous pardonne le peu de dcli-

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catesse de votre comparaison , attendu qu'après tout elle m'est favorable ; et, par la même raison, je ne relèverai point l'épithète méprisante de compagnon dont l'honorable cavalier à la toque rouge a jugé à propos de me qualifier, quoique je veuille bien lui dire qu'elle ne me convient nullement, si ce n'est dans le sens que lui donnaient Gustave- Adolph??, le Lion du Nord, et d'autres grands capitaines, tant eu Allemagne que dans les Pays-Bas , lorsqu'ils m'appelaient leur compagnon d'armes. Quant à ma déclaration positive que sir Duncan s'est rendu garant de ma sûreté, j'engage ma vie qu'il la confirmera luimême lorsqu'il viendra demain.

— Si le chevalier est attendu si tôt , dit l'un des intercesseurs il serait fâcheux d'expédier troj) vite l'affaire de ce pauvre homme.

— Du moins , dit un autre , Votre Seigneurie pourrait avant tout consulter la lettre du chevalier d'Ardenvohr, et voir en quels termes il parle de ce major Dalgetty.

Ils se rangèrent alors autour du marquis, et parlèrent entre eux à voix basse , tant en anglais que dans la langue erse. La puissance patriarcale des chefs de clan était très-grande; et celle du marquis d'Argyle , armée de tous ses privilèges de juridiction héréditaire, était surtout absolue; mais il existe toujours quelque frein à l'ambition ou à la tyrannie, même dans les gouvernements les plus despotiques. Celui qui modérait le pouvoir des chefs celtes, c'était la nécessité de se concilier les petits seigneurs qui , sous leurs ordres, conduisaient au combat les soldats de leur clan , et qui formaient le conseil de la tribu en temps de paix. Le marquis, dans cette occasion, ne put se dispenser de céder aux remontrances dt, ce sénat du nom de Campbell, et s'avançant liors du cercle il ordonna de conduire le prisonnier en lieu de sûreté.

— Prisonnier ! s'écria Dalgetty en se débattant comme un lion au milieu de deux vigoureux Highlanders qui depuis quelques minutes s'étaient approchés de lui pour le saisir. Il fut un moment si près de se dégager d'entre leurs mains, qi <^ le marquis d'Argyle changea de couleur, et recula de deux pas en portant la main sur son épée, tandis que plusieurs membres de son clan , prêts à se sacrifier pour leur chef, se précipitèrent entre lui et le prisonnier dont ils craignaient la vengeance.

Mais les deux montagnards étaient trop robustes pour laisser échapper leur proie; et le malheureux major, après s'être vu dépouiller de ses armes offensives, fut entraîné hors de la galerie. Ses gardes lui firent traverser plusieurs sombres passages, et s'arrêtèrent devant une

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grille de fer, que le capitaine de la troupe ouvrit lui-même. Une seconde porte en bois laissa voir au pauvre Dalgetty nn escalier étroit et rapide qui conduisait dans une espèce de souterrain. Les gardes le poussèrent rudement pour lui faire descendre deux ou trois marches ; puis , lui lâchant le bras , ils le laissèrent gagner à tâtons le bas de l'escalier, entreprise qui ne fut ni facile ni sans danger lorsque les deux portes, successivement refermées, laissèrent le prisonnier dans une obscurité complète.

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