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CHAPITRE XIII

Malheur h l'étranger qni pônètre en ces bois, Si du despote duc qui se dit roi des rois Il ne vient luiniblemcnt adorer la puissance. BuRNS. Êpigrainme sur un voijage à Invcrary,

E major, privé de lumière et placé dans une position assez dangereuse, se mit à descendre l'escalier en ruines avec toute la circonspection possible , espérant trouver en bas quelque endroit pour se reposer; mais, malgré tous ses soins, il ne put éviter à la fin de faire un faux pas , qui lui fit descendre les quatre ou cinq dernières marches un peu trop vite pour qu'il lui fût facile de garder son équilibre; et, pour comble de malheur, son pied heurta contre une substance douce et arrondie qui s'annonça aussitôt pour être un corps organisé en poussant un gémissement. Ce choc accéléra tellement sa marche, qu'au bout de quelques pas il roula au fond d'un cachot humide et pavé en pierres.

Lorsque Dalgotty fut parvenu , non sans peine, à se relever, sa première question fut de demander sur quoi il avait roulé,

— Sur ce qui était un homme il y a un mois, répondit une voix sourde et entrecoupée.

— Et qu'est-il donc à présent? demanda Dalgelty, pour s'aviser de se tapir comme un hérisson sur la dernière marche de l'escalier, et exposer les honorables cavaliers qui viennent lui rendre visilc à se rompre le cou en heurtant contre lui?

— Ce qu'il est à présent, reprit la même voix, c'est un misérable tronc dont les branches ont été élaguées ime à une , et qui s'inquiète peu si la hache doit bientôt l'abattre et finir ses tourments.

— Je vous plains, camarade, dit Dalgetty; mais pacienzn , couinie dit l'Espagnol ; et permettez-moi de vous dire que si vous n'aviez pas

plus remué qu'une souche , pour me servir de votre comparaison, vous m'auriez épargné quelques égratignures aux mains et aux genoux.

— Vous êtes militaire, reprit son compagnon d'esclavage, et vous vous plaignez d'une chute à laquelle un enfant ne penserait point.

— Militaire! dit le major; et comment pouvez-vous voir que je lo suis , au milieu des ténèbres de cette maudite caverne ?

— J'ai entendu résonner votre armure lorsque vous êtes tombé , et maintenant je la vois parfaitement. Lorsque vous serez resté aussi longtemps que moi dans ces ténèbres , vos yeux distingueront le plus petit insecte qui rampe sur le plancher.

— Que le diable me les arrache plutôt! s'écria Dalgetty. S'il fallait rester plus d'un jour dans ce cachot infernal, je demanderais à faire la prière d'un soldat, à monter à l'échelle, et je bénirais la corde qui m'en tirerait. Mais, à propos, quelle sorte de provisions avez-vous. ici , mon frère en affliction ?

— Du pain et de l'eau une fois par jour, reprit la voix.

— J'ai une faim de diable, camarade; et, quoique votre chère soit assez maigre, je suis prêt à y faire honneur, si vous me le permettez. J'espère que nous vivrons bons amis tant que nous habiterons ense»î?ble ce paradis souterrain.

— Le pain et la cruche d'eau sont dans le coin , à deux pas, à votre main droite; prenez-les : quant à moi, je n'aurai plus longtemps besoin de nourriture ici-bas.

Dalgetty ne se le fit pas répéter deux fois, et, après avoir cherché les provisions en tâtonnant , il se mit à mordre dans un pain d'avoineaussi dur que la pierre sur laquelle il était tombé , avec autant d'avidité que nous lui en avons vu déployer sur des mets plus succulents.

— Ce pain , dit-il sans perdre pour cela un seul coup de dent, n'est certainement pas très-savoureux ; cependant je ne le crois pas beaucoup plus mauvais que celui que nous mangeâmes au fameux siège de Werden , où le valeureux Gustave rendit vains tous les efforts du célèbre Tilly, ce héros terrible , devant lequel deux rois s'étaient vus obligés de fuir : savoir, Ferdinand de Bohême et Christian de Danemark; et, quoique cette eau ne soit pas des plus douces, je bois à voire propre délivrance , camarade, sans oublier la mienne, et je voudrais de tout mon cœur que ce fût du vin du Rhin , ou au moins de la bière mousseuse deLubeck, ne fût-ce que pour rendre le toast \)[ns solennel.

Tandis que Dalgetty babillait de cette ma.nière, ses dents n'aliaient

pas moins vile que sa langue , et il eut bientôt achevé les provisions que la bienveillance ou plutôt l'indifférence de son compagnon avait abandonnées à sa voracité. Lorsque son repas fut terminé, il s'enveloppa dans son manteau, et s'asseyant dans un coin où il pouvait s'appuyer de chaque côté, attendu, dit-il, que depuis son enfance il avait toujours beaucoup aimé les fauteuils , il se mit à questionner son compagnon d'esclavage.

— Puisque nous voilà compagnons de lit et de table , camarade , lui dit-il , il est juste que nous nous connaissions un peu mieux l'un l'autre. Je suis Dugald Dalgetty de Drumthwacket , etc., etc., major dans un régiment de fidèles Irlandais , et envoyé extraordinaire de très-haii', et très-puissant seigneur James , comte de Montrose. Et vous, quel est votre nom , je vous prie ?

— Il vous servira peu de le savoir, reprit son compagnon plus taciturne.

— Que j'en sois juge moi-même, répondit le major.

— Eh bien donc! je m'appelle Ranald Mac-Eagh , c'est-à-dire, Ranald Enfant du Brouillard.

— Enfant du Brouillard ! répondit Dalgetty ; dites enfant des ténèbres; mais, Ranald, puisque c'est votre nom, comment diable êtesvous tombé entre les mains du grand prévôt? quelle est la cause de votre emprisonnement ?

— ]Ma mauvaise étoile, répondit Ranald. Connaissez-vous le laird d'Ardenvohr.

— Si je le connais ? parfaitement , camarade.

— Mais savez-vous où il est à présent?

— Dans son château , jeûnant dévotement aujourd'hui pour mieux se régaler demain à Inverary; et Dieu veuille qu'il n'éprouve point d'aecident en route, car s'il n'arrivait point , je courrais quelque risque de ne pas jouir longtemps de mon brevet d'existence.

— Dites-lui donc , lorsque vous le verrez, qu'un homme réclame son intercession , un homme qui est à la fois son ennemi mortel et son meilleur ami.

— De bonne foi , je désirerais lui porter un message un peu moins obscur, répondit le major : de quoi diable vous avisez-vous de vouloir donner des énigmes à un homme tel que sir Duncan? Pendant qu'il se creusera la tète, oubliez-vous qu'on vous coupera la vôtre?

— Saxon peureux, reprit le nrisonnier, dites-lui que je suis le cor- Dcau qui s'est abattu autrefois sur sa tour et sur les enfants qu'il y avait laissés; je suis le loup qui a découvert sa tani«!re et détruit ses petits;

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le chef de la bande qui, il y a auiotird'hiii quinze ans, surprit Ardenvohr, et passa ses enfants au fil de l'épée.

— En vérité, mon honnête ami, reprit Dalgetty, si ce sont là vos seuls titres à la bienveillance de sir Duncan , je vous prierai de me dispenser de les faire valoir. La brute même est exaspérée contre ceux qui lui ravissent ses petits , à plus forte raison un animal raisonnable , un chrétien. Mais dites-moi, je vous prie, si pour attaquer le château vous avez profité d'ime éminence appelée Drumsnab , que je soutiens être le véritable point d'attaque , tant qu'on n'y aura point construit une redoute.

— Nous gravîmes le rocher, dit le prisonnier, au moyen d'échelles de cordes qui nous furent jetées par un complice de notre clan , qui avait servi pendant six mois dans le château pour s'assurer cette seule nuit de vengeance. Le hibou faisait entendre autour de nous ses cris higubres, pendant que nous étions suspendus entre le ciel et la terre; les vagues se brisaient en mugissant contre la base du rocher, et brisèrent notre barque ; néanmoins le cœur ne manqua à personne. Le matin suivant il n'y avait plus que du sang et des cendres dans ces lieux où la paix et la joie régnaient la veille au coucher du soleil.

: — Ce fut sans doute une très-jolie camisade, Ranald, une attaque bien conçue et bravement exécutée ; cependant, à votre place, j'aurais dirigé mes batteries de cette petite hauteur dont je vous parlais, qu'on appelle Drumsnab. Du reste , votre plan était fort bon, c'était une petite attaque irrégulière à la Scythe , ressemblant beaucoup à celles des Turcs , des Tartares et autres peuples asiatiques. Mais la raison , mon ami, la cause de cette guerre, la teterrima causa ^ si vous savez le latin , vous ne me l'avez point encore apprise.

— Nous avions été harcelés par les Mac-Aulay, d'autres tribus de l'ouest, dit Ranald, repoussés de bois en bois sans avoir de refuge...

— Ah! ah! dit Dalgetty, j'ai quelque idée d'avoir entendu parler de cette affaire. Ne mîtes-vous pas du pain dans la bouche d'un homme qui n'avait plus d'estomac auquel il pût le transmettre?

— Vous savez donc quelle vengeance nous tirâmes du fier conservjiteur des forêts ?

— Oui, oui, j'en ai entendu parler, et il n'y a pas longtemps, je vous assure. xMais quelle diable d'idée avez-vous eue là d'aller fourrer du pain dans la bouche d'un mort? Mauvaise plaisanterie, très-mauvaise , sur ma parole : à quoi bon , je vous le demande , cette dilapidation d'aliments? J'ai vu dans un siège, Ranald, plus d'un soldat

vivant qui eût payé bien cher cette croûte de pain que vous donniez à une tête de mort.

— Nous fûmes attaqués par sir Duncan, continua Mac-Eagh, et mon frère massacré j sa tète fut ignominieusement suspendue sur les créneaux que nous avons escaladés. Je jurai de me venger, et c'est un serment que je n'ai jamais violé.

— Très-bien , dit Dalgetty, tout franc soldat sait que la vengeance est une douce chose : mais comment cette histoire porlera-t-elle sir Duncan à intercéder pour vous? Voilà, je l'avoue, ce qui passe ma compréhension, à moins que vous n'espériez qu'il sollicite le marquis de changer le genre de mort, et au lieu d'une pendaison pure et simple, de vous faire expirer sur la rouo ou de vous infliger quelque autre genre de torture dont le dénouement serait semblable. Si j'étais à votre place, Ranald, je voudrais garder mon secret, et , sans m'inquiéter de sir Duncan, finir tranquillement ma vie, suspenso pede, entre le ciel et la terre, comme vos ancêtres avant vous.

— Écoutez, étranger, dit le montagnard : sir Duncan d'Ardenvohr avait quatre enfants; trois périrent sous nos coups, mais le quatrième vit encore, et sir Duncan donnerait plus pour serrer ce quatrième enfant dans ses bras que pour faire torturer ces vieux os qui défieni toutes ses fureurs. Je n'ai qu'à dire un mot , et son jour de jeiine et d'humiliation en deviendra un de fête et d'actions de grâces. Oh ! je le sais par expérience, et Kenneth, le seul enfant qui me reste, qui à présent poursuit les papillons sur les rives de l'Avon , est plus cher à mon cœur que dix fils qui ne sont plus que poussière, ou devenus la pâture des vautours affamés.

— Je présume , Ranald , dit Dalgetty, que les trois pauvres diables que j'ai vus au gibet dans la place du marché étaient de votre connaissance.

Le montagnard garda un moment le silence , puis il s'écria d'une voix profondément émue : — Ils étaient mes fils , étranger! — mes fils!

— Le sang de mon sang! — les os de mes os ! — Légère à la course,

— vaillants aux combats , — invincibles jusqu'au moment où les fils de Diarmid les écrasèrent par leur nombre; pourquoi veu::-je leur survivre? qu'importe que le vieux tronc soit déraciné, lorsqu'il ne lui reste plus qu'un seul des rameaux qui faisaient son orgueil? Mais- il faut faire- passer dans l'àuie de Kenneth la soif de la vengeance, il faut que l'aiglon apprenne de son père à fondre sur sa proie; c'est pour lui» pour lui st;ul, (jue je veux acheter ma vie et ma liberté en découvrant mon secret au laird d'Ardenvohr.

— Vous parviendrez plus aisément à votre but en me le confiant , dit une troisième voix se mêlant à la conférence.

Tout Highlander est superstitieux.

— L'ennemi du genre humain est parmi nous! s'écria Ranald Mac- Eagh en sautant sur ses pieds.

Le bruit de ses chaînes retentit sous la voûte , et il se retira aussi loin qu'elles le permettaient de l'endroit d'où la voix semblait partir. Ses craintes se communiquèrent jusqu'à un certain point au major Dalgetty, qui commença à répéter dans une espèce de jargon polyglotte tous les exorcismes qu'il avait entendu prononcer, sans pouvoir se rappeler plus d'un mot ou deux de chacun.

— In nomine Dorninl , comme nous disions au collège de Mareschal ; santissima madré de Bios , comme disent les Espagnols : aile gutten geister loben den Hem, dit le psalmiste dans la traduction du docteur Luther...

— Trêve h vos exorcismes , dit la voix qu'ils avaient déjà entendue j quoique vous puissiez avoir peine à comprendre comment je suis venu ici , je suis mortel comme vous , et mes secours peuvent vous être utiles dans la position critique où vous vous trouvez, si vous n'êtes point trop fiers pour recevoir des conseils.

En disant ces mots, l'étranger ouvrit une lanterne sourde; et à la faible lueur qui en sortait Dalgetty put seulement distinguer que celui qui s'était introduit si mystérieusement dans leur compagnie et avait pris part à la conversation était un homme de grande taille , et portant la livrée du marquis. Son premier mouvement fut de regarder ses pieds ; mais il ne vit ni le pied fourchu que les légendes écossaises assignent au noir démon , ni le sabot de cheval par lequel on le distingue en Allemagne. Sa première question fut pour savoir comment ce nouveau venu avait pu entrer; — car, dit-il, si l'on avait ouvert la grille, nous l'aurions entendue crier sur ses gonds rouilles ; et si vous avez passé par le trou de la serrure, franchement. Monsieur, dites ce que vous voudrez, vous n'êtes pas de nature à être enrôlé dans un régiment d'hommes vivants.

— Je garde mon secret , répondit l'étranger, jusqu'à ce que vous méritiez que je vous le découvre en me communiquant quelques-uns des v&'tres ; peut-être alors me déciderai-je à vous laisser sortir par où je suis entré moi-même.

— Ce ne peut être alors par le trou de la serrure, dit le major, car du diable si vous êtes capable de m'y faire passer, qui que vous soyez, démon ou honnête homme. Quant à mes secrets, je n'en ai point de

personnels, et j'en ai très-peu qui appartiennent à d'autres ; mais ditesnous cp que vous désirez savoir, ou comme disait notre professeur Snufflegreek' au collège de Mareschal à Aberdeen , parle pour que je te connaisse.

— Ce n'est point à vous que j'ai affaire en ce moment, reprit l'étranger en tournant la lanterne sur les traits sauvages et livides et sur les membres robustes du Highlander Ranald Mac-Eagh, qui, collé contre le mur, semblait encore douter si son nouvel hôte était d'os et de chair comme lui. — Je vous ai apporté quelque nourriture , mon ami, con- <inua-t-il d'une voix plus douce ; si vous devez mourir demain, ce n'est pas une raison pour ne point vivre aujourd'hui.

— Non, sans doute ; au contraire, répliqua le major, qui se mit aussitôt à examiner le contenu d'un petit panier que l'étranger avait apporté sous son manteau , tandis que le Highlander, soit par méfiance , soit par dédain, ne faisait aucune attention aux instances de Dalgetty, qui l'invitait à l'imiter. — Comme vous voudrez, camarade, reprit-il après avoir expédié une énorme tranche de jambon, et en s' armant d'une bouteille de vin ; je vais boire à votre meilleur appétit. — Ah çà ! il ne faut pas oublier non plus celui qui régale. Ami, je vide ce second verre à ton intention. — A propos, comment t'appelles-tu donc?

— Murdoch Campbell, Monsieur, répondit le domestique; je suis un vassal du marquis d'Argyle , et je remplis parfois les fonctions de porte-clefs.

— Eh bien, encore une fois à ta santé, Murdoch, dit Dalgetty, car la première fois je ne l'ai point portée dans les règles, faute de savoir ton nom. Je présume que ce vin est du Calcavella. Ma foi, brave Murdoch, je prendrai sur moi de dire que tu mérites d'être geôlier en chef; car tu parais connaître la manière dont on doil ravitailler d'honnêtes gentilshommes qui sont dans le malheur ; mais pour ton supérieur, on dirait qu'il nous prend pour de la canaille ; du pain et de l'eau ! en vérité , Murdoch, c'était assez pour perdre d'honneur les cachots du marquis. Mais je vois que vous désirez causer avec mon ami Ranald; que je ne vous gêne point, je vais me retirer dans ce coin avec le panier, et je vous réponds que mes dents feront assez de bruit pour empêcher mes oreilles de vous entendre.

Malgré cette promesse, notre major écouta avec toute l'attention possible; et, comme le cachot était fort étroit, il n'eut pas de peine à entendre le dialogue suivant :

1. [Unijlegrec , nom classique s'il en fui jamais. Les Anglais aiment beaucoup ces noms signiflea* nf».

— Savez-vous , Enfant du Brouillard , dit Murdoch , que vous ne «quitterez ce cachot que pour monter au gibet?

— Ceux qui m'étaient chers, répondit Mac-Eagh, m'en ont montré le chemin.

— Vous ne feriez donc rien pour éviter de les suivre?

Le prisonnier se tordit les mains dans les chaînes avant de répondre.

— Je ferais beaucoup , au contraire , dit-il à la fin ; non pas que je tienne à la vie , mais à cause de l'enfant qui court dans la vallée de Strath-Aven.

— Et que feriez-vous pour détourner le coup qui vous menace? demanda de nouveau Murdoch. Peu m'importe d'ailleurs le motif qui vous fait désirer de l'éviter.

— Je ferais... tout ce qu'un homme peut faire sans cesser de mériter le nom d'homme.

— Mériter le nom d'homme ! croyez-vous le mériler, vous qui vous êtes toujours conduit en loup féroce?

— Oui, répondit le Highlander , je suis un homme comme mes ancêtres. Tant que nous fûmes enveloppés du manteau de paix , nous étions des agneaux ; il nous a été arraché, et vous nous appelez des loups. Rendez-nous les cabanes que vous avez brûlées , nos enfants que vous avez massacrés , nos femmes que vous nous avez ravies : cherchez sur les gibets, sur l^ créneaux de vos murailles, les cadavres mutilés et les crânes blanchis de nos parents, réunissez-les, dites-leur de vivre pour notre bonheur, et nous serons vos vassaux et vos frères. Jusqu'alors, que la mort , le sang et la vengeance tirent entre nous un sombre voile de division.

— Vous ne voulez donc rien faire pour obtenir votre liberté? dit le Campbell.

— Tout... si ce n'est de me dire l'ami de votre tribu, répliqua Mac- Eagh.

— Nous méprisons l'amitié de bandits et de vagabonds, reprit Mur* doch, et nous ne nous abaisserions point à l'accepter. Ce que je vou:^ demande, pour prix de votre liberté, c'est de me dire où est la fille et l'héritière du chevalier d'Ardenvohr.

— Pour que vous puissiez la marier à quelque parent sans fortuné de votre grand maître, n'est-ce pas? dit Ranaldj je sais que c'est Insagedes onlanls de Diarmid. La vallée de Glenorquhy ne crie-!-cilo pas encore aujourd'hui vengeance pour la violence faite sur une jenne fille que ses parents conduisaient à la cour de leur souverain? y.ii i'nrcnt-ils pas obligés de la cacher sous une chaudière autour de laquelle

ils combatUrent en désespérés , et périrent tous , jusqu'au dernier , de la mort des braves! et la jeune fille ne fut-elle pas amenée dans ce château, et mariée ensuite au frère de Mac-Callum-More, et tout cela parce qu'elle possédait de grands biens * 1

— Et quand cette histoire serait vraie, dit Murdoch, elle fut élevée à un rang plus distingué que celui qu'elle eût pu obtenir à la cour du roi d'Ecosse, INIais tout cela n'a rien de commun avec le sujet qui nous occupe. La fille de sir Duncan d'Ardenvohr n'est pas une étrangère, elle est du sang des Campbells , et qui a plus de droit à connaître son sort, que Mac-Callum-More, le chef de son clan?

— C'est donc de sa part que vous me faites cette question? demanda Ranald.

Le domestique inclina la tête en signe d'assentiment.

— Et vous ne ferez aucun mal à la pauvre fille ? Moi-même je lui en ai déjà fait assez.

— Aucun, sur mon honneur.

— Et vous me promettez pour récompense la vie et la liberté ?

— Telle est notre convention, reprit Murdoch.

— Sachez donc que l'enfant que je sauvai par compassion , lorsque nous attaquâmes le château de son père , fut élevée comme la fille d'adoption de notre tribu, jusqu'au moment où nous fûmes vaincus , au détroit de Bellenduthil, par le démon incarné et l'ennemi mortel de notre clan, AUan-Mac-Aulay à la main sanglante, et par les cavaliers de Lennox, commandés par l'héritier de Menteith.

— Elle tomba au pouvoir d'AUan à la main sanglante, et elle passait pour une fille de la tribu! dit Murdoch : point de doute alors que son sang n'ait coulé, et tu n'as rien dit pour racheter ta vie.

— Si ma vie dépend de la sienne , dit Ranald , je n'ai rien à craindre ; mais elle repose sur une base plus fragile... la promesse trompeuse d'un fils de Diarmid.

— Cette promesse sera scrupuleusement accomplie, si vous pouvez m'assurer qu'elle respire, et me dire où elle est à présent.

— Dans le château de Darnlinvarach , sous le nom d'Annctte Lyle. J'en ai bien des fois entendu parler par mes compagnons , qui se sont souvent rapprochés des bois d'où nous avions été chassés, et il n'y a pas longtemps que je l'ai vue moi-même.

— Vous ! dit Murdoch d'un air surpris, vous, l'un des chefs des En-

1. On raconte une hisioirc sembkiblc de riiéiiiiiTC du clan de Calder, qai fut faite prisoiMiiîïre avae les circonstances qu'on viet:t ne décrire, et mariée ensuite à sir Duncan Campbell. De celle uuioDdet* «eudcnt les CampbeUs de Cawdor.

fants du Brouillard , vous vous êtes hasardé si près ae votre ennemi mortel ?

— Fils deDiarmid, j'ai fait plus, reprit l'outlaw des Highlauds j je me suis introduit dans la cour même du château , déguisé en joueur de harpe. Mon dessein était de plonger mon poignard dans le sein de Mac-Aulay à la main sanglante, devant lequel notre race tremble, et de me soumettre ensuite au sort que Dieu m'aurait réservé. Je tenais déjà en main l'arme fatale lorsque je vis Annette Lyle; elle chanta sur son clairshach un air des Enfants du Brouillard, qu'elle avait appris parmi nous. Les bois que nous avions habités ensemble agitaient leur leuillage hospitalier dans sa chanson , nos ruisseaux coulaient avec un doux murmure : il me semblait que je me retrouvais dans ma patrie. Je ne pus résister à mon attendrissement , ma main laissa échapper le poignard, et l'heure de la vengeance se passa. A présent, fils de Diarmid, n'ai-je point payé ma rançon?

— Oui, reprit Murdoch , si ce que vous dites est vraij mais quelle preuve en pouvez-vous donner?

— Sois témoin, ô ciel, s'écria l'outlaw^ , que le parjure cherche déjà quelque subterfuge pour manquer à sa parole.

— Non, reprit Murdoch, je remplirai ma promesse dès que je serai certain que vous avez dit la vérité. Mais il faut que je parle à votre compagnon d'esclavage.

— Tout promettre, ne rien tenir, voilà comme ils sont, murmura le prisonnier en se jetant de nouveau sur le plancher de sa prison.

Pendant ce temps, le major, qui n'avait pas perdu un seul mot de ce dialogue , faisait ses réflexions à part. — Que diable ce rusé drôle peut-il avoir à me dire ? Je n'ai point d'enfants, du moins que je sache; je n'en ai jamais enlevé au sujet desquels je puisse lui raconter quelque histoire. Mais n'importe , voyons-le venir. Il ne sait pas à quel vieux renard il a affaire , et je lui réponds qu'il lui faudra plus d'une manœuvre pour prendre en flanc le major Dalgetty.

Il se tint donc sur ses gardes, et l'on eût dit que, la pique en main, il se préparait à défendre une brèche, tandis qu'il attendait avec précaution, mais sans crainte, le commencement de l'attaque.

— Vous êtes citoyen du monde, major, dit Murdoch, et vous ne pouvez ignorer notre vieux proverbe, donnant , donnant *; il se retrouve chez toutes les nations et dans toutes les langues.

— Alors je dois le connaître, en effet, dit Dalgetty; car, à l'exception

\. En écossais, gif, gaf, ei en vieux anglais, ha me lut llice, c'est-ii-dirc se servant muluellemenl l'an l'autre.

des Turcs, il y a peu de puissances en Europe au service desquelles je ne sois entré; et j'ai eu parfois quelque idée d'aller faire une campagne %\ec les janissaires.

— Un homme de votre expérience, entièrement dépourvu de pré- ;ugés, me comprendra donc aisément, reprit Murdoch, lorsque je lui dirai que, pour obtenir sa liberté, il ne s'agit que de répondre franchement et sans détours à quelques questions sans importance concernant les chefs qu'il a laissés à Darnlinvarach , leurs préparatifs de défense, le nombre de leurs soldats, et ce que vovs pouvez savoir de leur plan d'opérations.

— Uniquement pour satisfaire votre curiosité, et sans aucun autre motif? dit Dalgetty.

— Aucun au monde. Quel intérêt un pauvre diable comme moi pourrait-il prendre à leurs opérations ?

— Interrogez donc , reprit le major, et je vous répondrai peremptoriè.

— Combien d'Irlandais sont en marche pour se joindre à James Graham le rebelle?

— Probablement dix mille, dit le major.

— Dix mille ! s'écria Murdoch avec emportement; nous savons qu'il est débarqué à peine deux mille hommes à Ardnamurchan.

— Alors vous en savez plus que moi sur leur compte, répondit Dalgetty avec un grand sang-froid; je ne les ai pas encore passés en revue, et je ne les ai même jamais vus sous les armes.

— Et combien croyez-vous que les clans fourniront de soldats? demanda Murdoch.

— Autant qu'ils le pourront , répliqua le major.

— Vous vous écartez de la question , Monsieur, dit Murdoch ; parlez clairement : y aura-t-il bien cinq mille hommes?

— Oui , plus ou moins, répondit Dalgetty.

— Savez-vous, Monsieur, que c'est jouer avec votre vie que de me répondre sur ce ton? reprit le questionneur ; je n'ai qu'à siffler, et dans dix minutes votre tête est suspendue au-dessus du pont-levis.

— Mais, à parler franchement , monsieur Murdoch , dit le major, croyez-vous qu'il soit raisonnable de me demander les secrets de notre armée, lorsque je me suis engagé à servir pendant toute la campagne? Si je vous apprenais les moyens de vaincre Montrose, que deviendrait ni ma paie, les arrérages qui me sont dus, et ma part du butin?

— Je vous dis, reprit Murdoch , que si vous vous obstinez à ne point répondre directement à mes questions, votre campagne ne sera pas

longue, el le billot qui est à la porte du château , prêt à punir îes espions et les traîtres, m'aura bientôt vengé de votre impertinence ; mais si vous répondez fidèlement à mes questions, je vous recevrai à mon... au service de Mac-Callum-More.

— Est-ce qu'il paie bien ses officiers? demanda le major.

— Il doublera votre paie, si vous voulez retourner auprès de Monttrose et faire ce qu'il vous dira.

— Diable ! je suis fâché de ne vous avoir pas vu avant de m'engager avec lui , dit Dalgetty en paraissant réfléchir.

— Au contraire, dit Murdoch, je puis vous offrir des conditions plus avantageuses à présent , en supposant toujours que vous soyez fidèle.

— Fidèle? c'est-à-dire à votre parti, mais traître envers Montrose.

— Fidèle à la cause de la religion et du bon ordre, qui sanctifie tous les artifices que vous pourrez employer pour le service, répondit le Campbell.

— Et le marquis d'Argyle... si j'étais tenté d'entrer à son service... est-ce un bon maître?

— Il n'en est point de meilleur.

— Libéral envers ses officiers?

— Sa bourse est la leur.

— Sincère et fidèle à tenir ses promesses ?

— Le plus loyal des Écossais, comme il en est le plus grand.

— Voilà la première fois que j'en entends dire tant de bien , dit Dalgetty; il faut que vous soyez son ami, ou plutôt vous êtes le marquis lui-même. Marquis d'Argyle, ajouta-t-il en se jetant tout à coup sur le lord déguisé, je vous arrête au nom du roi Charles comme un traître. Si vous vous avisez d'appeler du secours, je vous tords le cou sans miséricorde; ainsi prenez-y garde.

L'attaque de Dalgetty sur la personne d'Argyle fut si soudaine et si inattendue qu'il le terrassa sans peine, et lui appuyant un genou sur la poitrine, d'une main il le tenait en respect, tandis que de l'autre, lui sériant le cou , il était prêt à l'étrangler au moindre mouvement qu'il ferait.

— Marquis d'Argyle, ajouta-t-il , c'est maintenant à mon tour de vous proposer des termes de capitulation. Si vous consentez à me montrer la porte secrète par laquelle vous êtes entré, je vous laisserai la vie, à condition que vous serez mon locum tenons, comme nous disions au collège de Mareschal , 2'est-à-dire que vous prendrez ma place jus([u'à ce que votre geôlier vienne visiter ses prisonniers, sinon je commencerai par vous étrangler ; je sais la manière : je l'ai apprise d'un PdIo-

nais qui avait été esclave dans le sérail ottoman. Puis, après avoir expédié votre affaire , je chercherai quelque moyen d'opérer ma retraite.

— Traître! oubliez-vous que je venais pour vous sauver? Voulezvous me faire périr à cause de ma bonté? murmura faiblement Argyle.

— Non pas à cause de votre bonté, Milord , reprit Dalgetty. mais d'abord pour apprendre à Votre Seigneurie à respecter le jus geniium à l'égard des cavaliers qui viennent lui apporter des messages sous la protection d'un sauf-conduit, et ensuite pour vous avertir du danger auquel on s'expose en faisant des propositions déshonorantes à \m brave militaire, pour l'engager à trahir ceux qui le paient pendant la durée de son service.

— Epargnez ma vie, dit Argyle, et je ferai tout ce que vous exigerez.

Dalgetty contmua à tenir la main sur la gorge du marquis, la lui serrant de près pendant qu'il lui adressait ses questions, et ne lui laissant ensuite que le degré de respiration strictement nécessaire pour qu'il lui fût possible d'y répondre.

— Où est la porte secrète de la prison? demanda-t-il.

— Levez la lanterne vers le coin de la chambre, à votre droite j vous distinguerez le fer qui couvre le ressort.

— Bon. Où conduit le passage?

— Dans mon cabinet particulier, derrière la tapisserie.

— Et de là comment pourrais-je gagner la porte du château?

— En traversant la grande galerie , l'antichambre , le corps de garde.

— Et partout des laquais, des soldats, des factionnaires? non, non , Milord, ce n'est pas cela qu'il me faut. N'y a-t-il point quelque passage secret qui conduise à la porte, de même que vous en avez pour vos cachots? J'en ai vu de cette sorte en Allemagne.

— Il y en a un , dit le marquis, qui donne de mon cabinet sur la chapelle, et qui conduit ensuite jusqu'à la porte du château. Mais, si vous voulez vous lier à ma parole, je vous accompagnerai, et vous donnerai un passe-port en règle qui lèvera toutes les difficultés.

— Un moment, Milord , s'il vous plaît. Il se pourrait que j'eusse la bonhomie de me fier à vous, si votre cou ne portait pas déjà la marque de mes doigts; mais à présent, beso las manos à usted, comme dit l'Espagnol. Cependant vous pouvez m'accorder un passe-port: cala vaudra beaucoup mieux; et je vous remercie de m'en avoir donné l'idée. Y a-t-il une plume, de l'encre , dans votre chambre?

— Sans doute, et des passe-ports en blanc auxquels je n'ai besoio

que d'apposer ma signature. Je vais vous y suivre sur-le-champ.

— M'y suivre? Non, non, ce serait trop d'honneur pour moi ; Votre Seigneurie re-dera sous la garde de mon honnête ami Ranald Mac- Eagh; ainsi donc permettez-moi, je vous prie, de vous tramer à la portée de sa chaîne. Honnête Ranald , vous voyez où en sont les choses entre nous. Je trouverai le moyen , n'en doutez pas, de vous rendre If liberté. En attendant, veillez sur Milord. Attendez , que je vous montre comment il faut vous y prendre. Votre genou sur la poitrine du marquis. Bien, c'est cela. Maintenant votre main droite sur le cou de ce haut et puissant prince, sous sa fraise, voyez-vous, de cette manière; et , s'il fait un cri , un seul geste , ne manquez pas , mon digne Ranald , de serrer vertement, quand ce serait ad deliquium , Ranald, c'est-à-dire au point de le faire tomber en syncope : il n'y aurait pas grand mal à cela, attendu, mon ami, qu'il nous en ménageait bien davantage,

— S'il fait seulement mine de vouloir parler ou se débattre, dit Ranald, il meurt de ma main.

— C'est cela, Ranald , vous me comprenez; un ami intelligent en vaut mille.

Dalgetty poussa alors le ressort que le marquis lui avait indiqué, et la porte secrète s'ouvrit aussitôt , car les gonds en étaient si bien polis, si soigneusement frottés d'huile, qu'en tournant ils ne faisaient pas le moindre bruit ; des barres de fer et de nombreux verrous la fermaient en dehors, et dans le passage étaient suspendues deux ou trois clefs qui paraissaient destinées à ouvrir les cadenas des prisonniers. Un escalier étroit, creusé dans l'épaisseur du mur du château, conduisait, comme le marquis l'avait dit, derrière la tapisserie de son cabinet. Ces communications étaient fréquentes dans les anciennes forteresses, parce qu'elles fournissaient au maître du château les moyens d'écouter, comme un autre Denis, la conversation de ses prisonniers, ou même, s'il le voulait, de les visiter sous quelque déguisement, épreuve qui, cette fois, avait eu des suites si désagréables pour Mac-Callum-More.

Après avoir examiné s'il n'y avait personne dans l'appartement, le major y entra , prit vite un des passe-ports en blanc qui se trouvaient sur la table , ^e munit de jjlumes et d'encre , détacha des rideaux un grand cordon de soie, et, s'emparant aussi du poignard du marquis, il redescendit aussitôt dans la caverne, où, écoutant un moment à la porte, il entendit la voix étouffée du noble seigneur qui faisait de; grandes offres à !\]ac-Eagh , s'il voulait lui laisser donner l'alarme.

— Vous m'offririez une forêt de daims, répondit le montagnard, les

pins beaux troupeaux , toutes les terres qui reconnurent jamais pour maître un fils de Diarmid, que je ne manquerais pas à la parole que j'ai donnée au brave à la jaquette de fer.

— Bien répondu, camarade, dit Dalgetty en entrant; le brave à la jaquette de fer ne manquera pas non plus à ce qu'il l'a promis. Mais ne faisons pas attendre le noble marquis ; il faut qu'il commence par remplir sur ce passe-port les noms du major Dugald Dalgetty et de son guide, ou bien je lui en expédierai un pour l'autre monde.

Le marquis écrivit , à la lueur de la lanterne sourde, tout ce que le major lui dicta.

— A présent, Ranald , ôte ton plaid, mon ami, je vais en affubler Mac-Callum-More, et en faire pour un moment un Enfant du Brouillard. Oh ! Milord , vous avez beau dire, il faut que je vous le mctle pardessus la tète, et de manière à ce que vous ne puissiez jeter un seul cri. Là, le voilà suffisamment emmitouflé : baissez les bras, ou , de par ma barbe, je vous plonge votre propre poignard dans le cœur. Vous voyez que j'ai tous les égards possibles pour votre rang, et que j'ai eu soin de me munir d'un beau cordon de soie pour lier Votre Seigneurie. Bon ! voilà qui est fait; il peut attendre à présent que quelqu'un vienne 3 son secours. S'il n'a commandé notre dîner que pour le soir, Ranald , ce sera lui qui en souffrira. A quelle heure le geôlier vient-il ordinairement, camarade?

— Jamais avant le coucher du soleil , dit Mac-Eagh.

^ Alors, mon ami , nous aurons trois bonnes heures devant nous, ijît le prudent major. Allons, travaillons vite à notre délivrance.

Examiner la chaîne de Ranald fut son premier soin. Il l'ouvrit au moyen de l'une des clés qui étaient suspendues derrière la porte secrète, sans doute afin que le marquis pût , s'il le voulait , donner la liberté à un prisonnier, ou le transférer ailleurs, sans être obligé d'appeler le geôlier. Le Highlander étendit ses bras engourdis, et bondit de joie d'avoir recouvré sa liberté.

— Endossez la livrée du noble prisonnier, et suivez-moi , lui dit le major.

Ranald obéit. Ils commencèrent par fermer la porte derrière eux au moyen des verrous et des barres de fer, montèrent l'escalier secret, et arrivèrent sans danger dans le cabinet du marquis '.

1. L'étal [précaire (les nolilcs sous le système féodal Inirudiiisit l'espionnage dans leurs châteaux. Sir Kolicrl Cu/eg raconte (lu'il se revêtit des lialiits d'un de sos gardes, pour olitenir une roiilcssion entière de (leordie lîourne, son prisonnier, qu'il lit jicndre ensuite en reconnaissance de la franchise (le SCS aveux, l.c beau et antifpie m moir de Mawoi In, sur la frontière, conlienl nn escalier dérobe qui, iloniiani dans ra|iparteinent du lord Willinni Howard, lui iieruictlait de visiter le donjon delà manière ijue ncus voyous employée dans le cliapit'e prccédeiit par le maniuis d'Argvle.

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