‹ La fiancée. L'officier de FortuneChapitre 80 sur 96 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Le chemin m'est ouvert... mais où ponrrai-je (oirl., Qu'importe? Quand sur terre on est sûr de périr. On peut sur l'Océan, sans carie ni boussole, Confier son destin à la moinilre gondole. Tragédie de Brennovale.

HERCHEz le passage secret qui conduit à la chapelle, Ra* nald, dit Dalgetty, pendant que je jette un coup d'œil sur ce secrétaire.

En disant ces mots, il saisit d'une main une liasse de ^'^ papiers, les plus importants d'Argyle, et de l'autre une bourse pleine d'or qui était placée dans un tiroir ouvert, dans la position la plus attrayante. — Nouvelles et butin , dit le major en fourrant dans ses poches les dépouilles; c'est ce que tout brave cavalier doit toujours chercher à obtenir, les unes pour sou général , et les autres pour lui-même.

11 ne négligea pas non plus de s'approprier une poire à poudre, une épée et des pistolets suspendus au-dessus du secrétaire. — Ma foi ! ajouta-t-il, cette épée est de la meilleure trempe, et les pistolets valent mieux que les miens. Un échange n'est pas un vol ; et vous apprendrez qu'on ne se joue pas impunément des gens d'honneur, lord Argyle. Mais que vois-je! Ranald, Ranald; où courez-vous donc comme cela?

Il était temps que sa voix arrêtât Mac-Eagh ; car ne trouvant point le passage secret, et impatient de se voir hors du château , le montagnard avait saisi une épée et une large, et se préparait à entrer dans la grande galerie, dans le dessein sans doute de s'y frayer un chemin de vive force.

— Arrêtez, si vous tenez à la vie, lui dit Dalgetty en lui mettant la main sur l'épaule. Il faut nous sauver s'il est possible sans coup férir, autrement nous serions perdus. Ainsi commençons par barricader cette porte, afin qu'on puisse croire que Mac-Callum-More ne veut pas être dérangé. Maintenant, je vais faire à mon tour une reconnaissance, et voir si je ne pourrai pas découvrir le passage en question.

En regardant derrière la tapisserie en différents endroits, le major tir.it par découvrir une porte donnant sur un corridor en zig-zag, ter-

miné par une autre porte, celle de la chapelle. Mais quelle fut sa surprise, en arrivant au bout du corridor, d'entendre la voix sonore d'un ministre en train de prêcher 1

— Ce fut pour cela, dit-ii , que le double traître nous indiqua ce passage. Je serais presque tenté de retourner pour lui couper la gorge.

Il ouvrit alors tout doucement la porte, qui donnait sur une galerie fermée par un treillis du côté de la chapelle, et qui était réservée pour le marquis. Les rideaux en étaient fermés , peut-être pour faire croire qu'il assistait au service divin, tandis que, dans le fait, il travaillait dans son cabinet. Il n'y avait personne dans le banc 5 car telle était la rigidité de l'étiquette observée alors, que la famille du marquis occupait pendant le service une autre galerie située un peu plus bas que celle du grand homme. Après s'en être assuré, le major se hasarda à se glisser avec son compagnon dans la galerie, dont il eut soin de fermer la porte.

Jamais,— quoique assurément ce soit avancer beaucoup, — jamais sermon ne fut écouté avec plus d'impatience et moins d'édification , de la part du moins de deux membres de la congrégation. Le major entendit se izièmc^nent, dix-septièmement , dix-huitièmement , et concluons, avec une impatience qui tenait de l'agonie. On eût dit que le prêtre se faisait un plaisir de prolonger son martyre, car il com-bl plus de dix fois avant de quitter la chaire. Mais personne ne peut ^>j?êcher éternellement, et le ministre se tut enfin en faisant un profond salut du côté de la galerie, ne soupçonnant guère à qui il rendait cet honneur.

A en juger d'après l'empressement avec lequel ils se dispersèrent, les domestiques du marquis n'étaient guère plus fâchés que le major de voir arriver la fin de cet éternel sermon. Il est vrai que la plupart, étant des Highlanders, avaient pour excuse qu'ils n'entendaient pas un seul mot de ce que disait le ministre, quoiqu'ils assistassent régulièrement à ses instructions par l'ordre exprès de Mac-Callum-More, et ils en auraient fait autant quand c'eût été un iman turc.

Mais, quoique les fidèles se fussent dispersés rapidement, le ministre resta dans la chapelle, et, se promenant en long et en large, il semblait ou méditer sur ce qu'il venait de dire, ou préparer un nouveau sermon. Malgré toute son audace, Dalgetly ne savait trop ce qu'il devait faire. Cependant les moments étaient précieux, le geôlier pouvait se rendre dans le cachot un peu plus tût que de coutume, et tout ciccouvrir. Enfin, prenant son parti, il dit tout bas à Rauald, qui épiait tous SCS mouvements, de le suivre, et de prendre bien garde de ne point

se trahir, puis il se mit à descendre d'un air fort grave un escalier qui conduisait de la galerie dans le bas de l'église.

Up novice sans expérience eût essayé de passer rapidement derrière le digne ministre, dans l'espoir de s'échapper sans être aperçu j mais le major, qui voyait le danger manifeste d'échouer dans une pareille entreprise, s'avança gravement au milieu de la chapelle; son chap^u à la main, et, en passant devant le chœur, il s'apprêtait à saluer profondément le ministre et à continuer son chemin. Mais quelle fut sa surprise de reconnaître dans le prédicateur le même homme avec le^ quel il avait dîné la veille au château d'Ardenvohr ! néanmoins sa présence d'esprit ne l'abandonna point ; et , avant que le ministre piît lui parler, il lui dit avec le plus grand sang-froid :

— Je n'ai pu me résoudre à quitter le château, Monsieur, sans vous témoigner en particulier mes humbles remerciements pour l'excellente homélie dont vous avez bien voulu nous honorer.

— Je n'ai point remarqué, Monsieur, que vous fussiez dans ia chapelle, répondit le ministre.

— L'honorable marquis a daigné m'offrir une place dans sa galerie particulière, reprit le major avec modestie. — A ces mots, le ministre s'inclina profondément; car il savait que c'était un honneur que le marquis n'accordait qu'à des personnes d'un rang très-élevé. — Dans l'espèce de vie errante que j'ai menée, ajouta le major, j'ai entendu bien des prédicateurs de différentes religions, des luthériens, des catholiques, des calvinistes, et mille autres; mais jamais je n'ai entendu une homélie telle que la vôtre.

— Dites instruction, mon digne Monsieur, dit le ministre, telle est la phrase de notre église.

— Instruction ou homélie, c'était un superbe morceau ; je n'ai pas voulu partir sans vous faire connaître l'impression profonde qu'elle m'a fait éprouver, et vous exprimer en même temps tous mes regrets d'avoir paru hier, pendant le dîner, manquer au respect dû à une personne telle que vous.

— Hélas ! mon bon Monsieur, dit le ministre, nous nous rencontrons dans ce monde comme dans la vallée des ténèbres , sans savoir auprès de qui le hasard nous place. Il n'est donc pas étonnant que nous heurtions parfois ceux à qui , si nous les connaissions , nous ne témoignerions que du respect. Moi-même , Monsieur, je vous aurais pris pour un pécheur endurci , plutôt que pour un homme rempli de piété et de ferveur, qui respecte le grand maître jusque dans le dernier de ses serviteurs.

— C'est toujours mon usage, répondit Dalgetty; car étant au service de l'immortel Gustave... — Mais je vous détourne de vos médications, dit-il en s'interrompant , son désir de parler du roi de Suède cédant pour cette fois à la nécessité des circonstances.

— Aucunement , Monsieur, reprit le ministre. Qu'aliiez-vous ûire , je vous prie , de ce 2;rand prince , dont la mémoire est si chère à tout bon protestant?

— Par son ordre , Monsieur, les tambours appelaient matin et soir à la prière, aussi régulièrement qu'à la parade; et, si un soldat passait devant le chapelain sans le saluer, il était mis pour une heure sur le cheval de bois. Mais, Monsieur, c'est à regret que je me vois forcé de vous quitter. Le marquis d'Argyle vient de me donner un passe-port , et il faut que je parte sur-le-champ pour remplir une mission importante. Je vous souhaite bien le bonsoir.

— Arrêtez un instant, Monsieur, dit le prédicateur; n'y aurait-il rien que je pusse faire pour témoigner mon respect pour l'élève du grand Gustave, et pour un juge aussi éclairé de l'éloquence de la chaire.

— Rien, Monsieur, dit le major, que de lui montrer le chemin le plus court pour arriver à la porte du château; et si j'osais vous prier, ajouta-t-il avec beaucoup d'effronterie , de dire à un domestique d'y conduire mon cheval , je vous serais infiniment obligé; car je ne sais où les écuries sont situées, et mon guide, ajouta-t-il en regardant Ranald, ne sait pas un mot d'anglais. — C'est un cheval bai-brun; on n'a qu'à l'appeler Gustave , on le verra dresser aussitôt les oreilles.

— Je vais faire sur-le-champ ce que vous demandez, dit le ministre; ce passage vous conduira dans la cour.

— Que le ciel bénisse votre vanité ! dit le major en lui-même. Je craignais d'être obligé de partir sans mon Gustave.

Le chapelain s'employa en effet si efficacement en faveur d'un si bon juge de la littérature sacrée , que , tandis que Dalgetty était en pourpa'i'lcr avec les sentinelles qui gardaient le pont-levis , et leur montrait son passe-port , un domestique lui amena son cheval, tout sellé pour le voyage. En tout autre lieu, le major, paraissant tout à coup en liberté, après avoir été envoyé publiquement en prison, aurait pu exciter des soupçons qui eussent conduit à la découverte de la vérité ; mais les ofiiciers et les domestiques du marquis étaient accoutumés à la politique mystérieuse de leur maître, et ils supposèrent que Dalgetty avait été délivré et chargé de quelque mission secrète par Mac-Callum-More. Dans celte persuasion , que la vue du passe-port rendait vraisemblablei ils le laissèrent passer librement ainsi que son guide.

Dalgetty traversa lentement la ville d'Inverary, accompagné de Ra- Dald , qui le suivait comme un valet de pied. En passant devant le gibet, le vieillard regarda les cadavres et se tordit les mains.

Le regara , le geste , furent l'affaire d'un moment , inais ils exprimaient la douleur la plus amère. Il sut la maîtriser presque au même instant; et en passant il dit tout bas quelques mots à l'une des femmes qui semblaient occupées à garder et à pleurer les victimes de la barbarie féodale. La femme tressaillit au son de sa voix; mais, se remettant aussitôt , elle répondit par une légère inclination de tête.

Dalgetty sortit de la ville sans savoir s'il devait prendre une barque et traverser le lac ou s'enfoncer dans le bois et s'y cacher. Dans le premier cas, il s'exposait à être poursuivi immédiatement par les chaloupes du marquis , qui étaient prêtes à mettre à la voile , leurs longues vergues étant tournées dans la direction du vent , et quel espoir qu'une simple barque de pécheur pût leur échapper? Dans le second , il courait grand risque de s'égarer et de mourir de faim dans ces déserts sauvages et inconnus; sort tout aussi fâcheux que d'être pendu ou décapité.

wLa ville était alors derrière lui; cependant il ne savait quel parti prendre, ni de quel côté chercher son salut, et il commençait à sentir qu'en s'échappant de prison il n'avait accompli que la partie la plus facile d'une entreprise très-périlleuse. S'il retombait jamais entre les mains du marquis d'Argyle, son sort était maintenant certain ; car la manière un peu leste dont il avait traité un homme si vindicatif , et l'afîront personnel qu'il lui avait fait, étaient de ces injures que la mort seule pouvait expier. Tandis qu'il se livrait à ces réflexions peu riantes, et qu'il regardait autour de lui d'un air qui exprimait clairement son indécision , Ranald Mac-Eagh lui demanda tout à coup quelle route il comptait prendre.

— Ma foi ! camarade , reprit Dalgetty , c'est une question à laquelle il m'est vraiment impossible de répondre; et je commence à croire , Ranald, que nous aurions mieux fait de nous en tenir au pain noir et à la cruche d'eau de notre prison , jusqu'à l'arrivée de sir Duncan, qui, ne fîit-ce que pour son honneur , n'eût pu se dispenser de s'escrimet un peu en ma faveur.

— Saxon ^ dit Mac-Eagh, ne regrettez point d'avoir échangé l'air empesté d'un cachot pour l'air pur et libre du ciel ; surtout ne vous repentez pas d'avoir rendu service à un Enfant du Brouillard. Prenezmoi pour guide , abandonnez-vous à mes soins , et je réponds do votre sûreté sur ma tête.

iU L'OFFICIER DE FORTUNE.

— Pouvez-vous me conduire à travers ces montagnes, sans que nous courions le danger d'y être poursuivis, et me fournir ensuite les moyens de rejoindre l'armée de Montrose ?

— Oui, reprit le montagnard. Il n'y a personne qui connaisse mieux les défilés des montagnes , les antres, les buissons, les précipices , que les Enfants du Brouillard. Nous n'habitons point sur le bord des lacs ou des rivières, au milieu des plaines fertiles et cultivées; des rochers inaccessibles, des cavités profondes, où les torrents du désert prennent leur source, voilà nos demeures, voilà nos retraites. Tous les limiers d'Argyle ne pourront découvrir nos traces à travers les sentiers presque impénétrables par lesquels je vais vous conduire.

— En vérité, mon cher Ranald? reprit Dalgetty : eh bien, soyez mon guide, car, si je m'avisais de vouloir être le pilote, du diable si notre barque arriverait jamais au port !

Le montagnard , suivi du major, s'enfonça aussitôt dans les bois qui entouraient le château plusieurs milles à la ronde ; il marchait avec tant de vitesse que Gustave , en allant au trot, avait assez de peine à le suivre, et il changeait si souvent de route , prenait un si grand nombre de sentiers qui se croisaient les uns les autres, que le major se trouva bientôt complètement désorienté. Jusqu'alors il faisait assez bonne contenance , quoique le chemin fût devenu de plus en plus difficile et raboteux; mais tout à coup il ne vit plus de sentier, et ne fut plus entouré que de buissons et de broussailles. Le bruit d'un torrent qui roulait avec fracas dans le fond d'un sombre précipice troublait seul le silence de ces lieux sauvages, et il semblait impossible de pénétrer plus avant.

— Où diable me conduisez-vous donc, camarade? s'écria Dalgetty. Voudriez-vous, par hasard, vous enfoncer dans ces broussailles, ou vous laisser rouler au fond de ce précipice? Dans tous les cas, que deviendra mon pauvre Gustave?

— Ne soyez pas inquiet de votre cheval, dit le Highlander, il vous sera bientôt rendu.

A ces mots , il siftla doucement, et un garçon de seize ans, à moitié nu, dont les cheveux étaient noués par une petite courroie et retombaient sur sa figure do manière à la garantir du soleil, sortit, en se traînant à terre comme une bêle sauvage , du milieu d'un buisson de ronces et d'épines. Il était maigre et décharné, et de grands yeux gris, d'imo expression farouche, semblaient occuper une place dix fois plus grandvî que celle qui leur est ordinairement assignée dans la figure humaine.

— Donnez-lui votre cheval, dit Ranald au major; votre vie en dép "nd.

— Hélas ! s'écria Dalgetty désespéré ; eheu! comme nous disions au collège de Mareschal, faut-il donc que je laisse Gustave en de pareilles mains ?

— Êlrs-vous donc fou de perdre ainsi des moments si précieux? lui dit son guide. Sommes-nous sur une terre hospitalière, hors de tout danger, pour que vous fassiez, en vous séparant de votre cheval, autant de difficultés que si c'était votre frère? Je vous dis que vouô ie reverrez; mais quand même il ne devrait jamais vous être rendu, la vie ne vaut-elle pas mieux que le plus beau poulain que jamais cavale ait mis bas ?

— La vie est quelque chose sans doute, mon honnête ami, dit Dalgetty en soupirant; cependant, si vous connaissiez tout le prix de Gustave, si vous saviez tout ce que nous avons fait, tout ce que nous avons souffert ensemble! Voyez, il se retourne pour m*^ regarder! Ayez-en bien soin, mon garçon , et je vous paierai bien.

En disant ces mots, il détourna les yeux d'un spectacle si déchirant, et , sifflant une marche pour charmer sa douleur, il se mit en devoir de suivre son guide.

Mais suivre son guide n'était pas chose facile, et il fallut bientôt pour cela plus d'agilité que le pauvre major n'en avait. A peine avait-il quitté son cheval , qu'en passant sur le bord d'un précipice , un faux pas lui fit perdre l'équilibre , et il fût infailliblement tombé au fond de l'abîme, si quelques branches protectrices ne l'avaient heureusement arrêté au milieu de la descente rapide qu'il commençait à opérer. L'Enfant du Brouillard vint aussitôt à son secours , et parvint à le tirer d'embarras; mais ce n'était là que le commencement de nouvelles infortunes; il f;Ulait à chaque instant escalader des rochers énormes, se traîner à travers des buissons de ronces et d'épines, gravir avec beaucoup de peine des montagnes escarpées , qu'il était ensuite plus difficile de descendre , enfin surmonter une foule d'obstacles qui se présentaient à chaque pas. Le Highlander agile semblait à peine y faire attention : tous les obstacles étaient franchis par lui avec une facilité qui excitait la surprise et l'envie de Dalgetty.

Embarrassé de son casque et de son armure, sans parler de ses lourdes bottes qui retardaient essentiellement sa marche , le ninjor se trouva bientôt tellement excédé de fatigue, qu'il fut obligé des'asoeou- sur une pierre pour reprendre haleine , tandis qu'il expliquait à Ranlad Mac-Eagh la différence qu'il y avait enlie voya^u'i- txp:diius

et voyager impeditus*, deux termes militaires dont son professeur lui avait souvent fait remarquer la justesse et l'élégance au collège de Marescha/ à Âberdeen.

Le montagnard, pour toute réponse, frappa doucement Dalgetty sur l'épaule , et, étendant la main dans la direction contraire au vent, il semblait vouloir fixer son attention sur le côté d'où il soufflait. Dalgetty regarda, mais ne put rien voir, car le jour commençait à tomber. Au même instant il entendit distinctement le son lointain d'une cloche.

— Diable! mais il me semble que c'est le tocsin , dit-il, der sturm, comme disent les Allemands.

— Il sonne l'heure de votre mort , répondit Ranald , si vous n'avez pas le courage de m' accompagner plus loin.

— Le courage , Ranald! croyez-vous que ce soit le courage qui me manque? non, ce sont les jambes, de par tous les diables! et je ferai bien de me coucher au milieu d'un de ces buissons, et d'y attendre tranquillement le sort qu'il plaît à Dieu de me réserver. Quant à vous , Ranald, sauvez-vous, je vous en prie, et abandonnez-moi à ma fortune, comme le Lion du Nord , l'immortel Gustave-Adolphe , dont il est impossible que vous n'ayezjamais entendu parler, disait à François-Albert, duc de Saxe-Lauenbourg, lorsqu'il fut blessé mortellement dans les plaines de Lutzen. Ne désespérez cependant pas de mon salut , Ranald; car, voyez-vous , je me suis souvent trouvé dans des positions tout aussi critiques que celle-ci en Allemagne. Je me rappelle entre autres, qu'à la fatale bataille de Nerlingen , — après laquelle je changeai de service —

— Si , au lieu d'épuiser votre haleine pour me conter des histoires dont je n'ai que faire , vous la gardiez pour vous tirer d'embarras , dit le montagnard qui commençait à s'impatienter du bavardage de Dalgetty, ou si vos jambes pouvaient aller aussi vite que votre langue , il vous serait encore possible de dormir tranquille cette nuit dans un endroit où vous n'auriez rien à craindre de MacCallum-More.

— Il y a de l'énergie dans cette apostrophe, reprit le major, quoiqu'elle sorte un peu du respect dû à un ofhcier de distinction; mais comme, chez toutes les nations, il est d'usage de passer bien des choses aux troupes lorsqu'elles sont en marche , je veux bien tolérer ces petites libertés. Et maintenant que j'ai repris haleine, je vous réinstalle dans vos fonctions, Ranald, ou, pour m'expliquer plus clairement, / prcBy se<juar ^, conmie nous disions au collège de AiarescUal.

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