CHAPITRE XV
lais si, Cilèle à ma mémoire, lu sais défier les revers, Je te ciianterai dans mes vers.
Je t'illustrerai par ma gloire.
Jamais plus nobles serviteurs N'auront ii:ieux servi leur aiuie; J'ornerai la tète de (leurs, Et t'aimerai toute ma vie.
Vers de Montrose,
^^UELQUES regrets que nous en éprouvions, il faut à présem % que nous laissions notre brave major se rétablir de ses
blessures, si toutefois, comme nous l'espérons, elles ne "• sont point mortelles, pour retracer brièvement les opéra- ---^ tions militaires de Montrose, quoiqu'elles méritent un livre plus grave et un meilleur historien, A l'aide des chefs dont nous avons parlé , et surtout grâce à l'arrivée des Murrays , des Stewards et des autres clans d'Athol, qui , pleins de zèle pour la cause royale , vinrent se ranger sous ses drapeaux, il se trouva bientôt à la tête d'une armée de deux à trois mille Highlanders , auxquels il parvint à réunir les Irlandais sous les ordres de Colkitto.
Ce dernier chef, Écossais de naissance', était parent du comte d'Antrim, et c'était grâce à sa protection qu'il avait obtenu le commandement des troupes irlandaises. Il méritait à plusieurs égards cette distinction : d'une bravoure à toute épreuve, d'une force et dune activité incroyables, excellant dans tous les exercices militaires, il était toujours prêt à donner l'exemple à ses troupes , en se précipitant le premier au milieu des dangers.
Pour contre-balancer ces bonnes qualités, nous devons dire aussi
I. Le vérilaLle nom de ce chef était Alister ou Alexandre Macdonnell. Il est cité dans an des sonnets de Mil ton. au grand embarras des commentateurs de ce poète.
Il parait qiK' le livre de Milton, intitulé Tetrachordon , avait été tourné en ridicule par les llicologiens assemblés à Westminster k cau-e de son titre barbare; Milion , dans son sonnet, se venge sur îes noms encore plus durs des Kcossais, que la guerre ci\ile avait rendus familiers aux oreilles anglaises.
• —Eh! Messieurs, ce mot est-il plus dur, s'écric-t-il , que Gordon, Colkitto, MacdonaUl ou Gailasp ? Ces noms barbares coulent nalurcUemcnt de nos lèvres ; ils auraient ell'rajé Ouiiiiilien. •
« Nous devons croire, dit l'évèque Newton, que ces personnes étaient remarquables parmi les ministres écossais partisans du Coveiiant; tandis que Milion veut seulement ridiculiser tous les noms écossais sans distinction. C'était celui de Gillespie, un des apôtres de la révolution, à côté de ceux de Colkitto et de Macdonnell, qui appartiennent à un même homme serTant sou.*; 'es bannières do rai •
qu'il était sans expérience , sans aucune idée de la tactique militaire , et d'un caractère jaloux et présomptueux qui fit souvent perdre à Montrose les avantages qu'il eût pu retirer de sa bravoure. Cependant telle est la prééminence qu'un peuple sauvage et peu civilisé donne naturellement aux qualités physiques, que la force et l'activité que Colkitto déploya en plusieurs occasions, les traits de bravoure et d'intrépidité par lesquels il se signala, firent une impression pins forte sur l'esprit des Highlanders que les talents militaires et l'esprit chevaleresque du comte de Montrose. Ils conservent encore un grand nombre de traditions relatives à Golkitto , et le nom de Montrose est rarement prononcé parmi eux.
Le point sur lequel Montrose assembla définitivement sa petite armée fut Strathearn, sur les confins du comté de Perth, dont il menaça'.t ainsi la capitale.
Ses ennemis étaient assez bien préparés à le recevoir, Argyle , à la tête des montagnards de son parti, harcelait les Irlandais en les suivant de près. Et en employant tour à tour la force , les menaces et la persuasion, il était parvenu à rassembler une armée presque suffisante pour attaquer celle qui était sous les ordres de Montrose. Les Lowiands étaient aussi préparés à se défendre , par les raisons que nous avons expliquées au commencement de cette histoire. Un corps de six mille hommes d'infanterie et de six à sept mille de cavalerie , qui , par une profanation sacrilège, prenait le titre d'armée de Dieu, avait été levé à la hâte dans les comtés de Fife , d'Angus , de Perth , de Stirling , et dans les provinces voisines. Autrefois, et même sous le règne précédent, une force beaucoup moins considérable eiit suffi pour mettre les Lowiands à l'abri d'une invasion plus formidable que celle dont Montrose les menaçait; mais il s'était opéré de grands changements depuis un demi-siècle.
Avant cette époque, les Lowlanders étaient aussi constamment en guerre que les Highlanders, et étaient infiniment mieux disciplinés; leur ordre de bataille favori avait quelque ressemblance avec la phalange macédonienne. Leur infanterie, armée de longues lances, formait un corps impénétrable même à la cavalerie d'alors, quoique bien montée et revêtue d'armures à l'épreuve. A plus forte raison les rangs de cette phalange ne pouvaient-ils être rompus par la charge irrégulière d'une infanterie qui n'avait que des épées, point d'armes de trait et pas une seule pièce d'artillerie.
L'introduction des armes à feu dans les armées écossaises changea €n grande partie cette manière de combattre ; mais comme la baion-
lette n'était pas encore en usage, le mousquet , qui de loin était formidable, n'était plus une défense lorsqu'on en venait aux mains. La piqu: n'était pas, il est vrai, entièrement bannie de l'année écossaise, mais cô n'était plus l'arme favorite, et ceux qui s'en servaient encore n'avaient plus en elle la même confiance qu'autrefois , au point que Daniel Lupton , grand tacticien du temps , composa un ouvrage uniquement pour démontrer la supériorité du mousquet.
Ce changement s'effectua dès les guerres de Gustave-Adolphe, dont les marches étaient si rapides , que la pique fut bientôt abandonnée pour les armes à feu; et la conséquence nécessaire de cette innovation , ainsi que l'établissement d'armées régulières et permanentes par lequel la guerre devint un métier, fut l'introduction d'un système de discipline laborieux et compliqué qui combine une quantité de mots de commandement avec des opérations et des manœuvres correspondantes dont il suffirait qu'une seule manquât pour que tout ne fût que trouble et confusion.
La guerre, telle qu'elle se faisait alors chez la plupart des nations de l'Europe, avait pris la forme d'une profession dans laquelle une longue pratique et beaucoup d'expérience étaient indispensables; c'était un métier qu'il fallait apprendre longtemps avant de l'exercer, et en quelque sorte un mystère auquel il fallait être initié. Telle fut , comme nous le disions, la conséquence naturelle de la création d'armées permanentes qui , presque partout , et particulièrement dans les longues guerres d'Allemagne , avaient succédé à ce qu'on pourrait appeler la discipline naturelle de la milice féodale.
Les soldats de la milice des Lowlands avaient donc un double désavantage lorsqu'ils combattaient les montagnards. Ils n'avaient plus la lance, cette arme avec laquelle leurs ancêtres avaient si souvent repoussé les attaques impétueuses de leurs ennemis , et ils étaient soumis à une espèce de discipline nouvelle et compliquée qui pouvait convenir à des troupes régulières , auxquelles on avait le temps de l'apprendre complètement , mais qui ne servait qu'à jeter de la confusion dans les rangs de citoyens soldats, qui, loin de pouvoir s'y conformer, la comprenaient à peine. On s'est appliqué de nos jours avec tant de succès à ramener la tactique à ses premiers principes , et à secouer en quelque sorte le pédantisme de la guerre, qu'il nous est facile d'apprécier les désavantages auxquels était exposée une milice à peine formée, instruite à regarder le succès comme dépendant de la précisio" avec laquelle elle suivrait un système qu'elle n'entendait sans doute qu'autant çu'il le fallait pour découvrir lorsqu'elle faisait mal, sans savoir pour
cela comment s'y prendre pour faire mieux. On ne peut non plus disconvenir que, pour l'esprit guerrier et l'expérience militaire, les Lowlanders ■ ju dix-septième siècle ne fussent retombés infiniment au-dessous des montagnards.
Depuis l'époque la plus reculée jusqu'à l'union des couronnes, tout le royaume d'Ecosse , les basses-terres comme les montagnes , avait été le théâtre de guerres continuelles, étrangères ou domestiques; et à peine y avait-il un seul de ses habitants, depuis l'enfant de quinze ans jusqu'au vieillard de soixante, qui ne fîit prêt, autant par goût que par devoir, à prendre les armes au premier appel de son seigneur suzerain, ou d'une proclamation royale : ce que la loi les obligeait à faire, ils le faisaient aussi par inchnation.
La loi était la même en 1645 que cent ans auparavant, mais la race de ceux qui y étaient soumis avait été élevée dans des sentiments bien différents. Ils étaient restés tranquillement assis à l'ombre de leur vigne et de leur figuier % et c'était pour eux un changement de vie aussi nouveau que désagréable que de prendre les armes. Ceux d'entre eux qui demeuraient plus près des Highlands n'en regardaient qu'avec la plus grande terreur les habitants inquiets et turbulents qui enlevaient leurs troupeaux, pillaient leurs demeures, les accablaient d'outrages , et qui avaient obtenu sur eux cette supériorité que donne un système constant d'agression. Les autres plus éloignés, et par conséquent à l'abri de ces incursions, n'en étaient pas moins intimidés par les rapports exagérés qu'ils entendaient faire sur les montagnards, qui, différant entièrement d'eux par les lois, par la langue , par les usages et par l'habillement, leur semblaient un peuple de sauvages , étranger à tout sentiment de crainte ou d'humanité.
Ces différents préjugés, joints aux mœurs plus pacifiques des habitants des Lowlands, et à leur connaissance imparfaite du nouveau système de discipline qu'ils avaient adopté , leur donnaient un grand désavantage, lorsque sur le champ de bataille ils se trouvaient opposés aux Highlanders. Ceux-ci, au contraire, avaient, avec les armes et le courage de leurs pères, leur méthode simple et naturelle , et ils se précipitaient avec la plus grande confiance sur un ennemi qu'ils se croyaient sûrs de vaincre, assurance qui leur donnait presque toujours la victoire.
Ce fut avec tant d'avantages pour balancer la supériorité du nombre et comoenser le manque d'artillerie et de cavalerie, dont au contraire
1. En aucun pays du monde la vigne et le figuier ne pourraicni èirc employés dans un sens pîai Hi;i)Uieuseinmil ligure qu'en Ecusse.
SCS ennemis étaient parfaitement pourvus , que iNIontrose attaqua l'armée de lord Elcho dans les plaines de Tippermuir. Le clergé presbytérien n'avait épargné ni harangues ni exhortations pour exciter l'enthousiasme de ses partisans; et l'un de ses membres, qui harangua les troupes le jour même de la bataille, n'hésita point à dire que Dieu lui-même parlait par sa bouche, et qu'il leur promettait en son nom qu'ils remporteraient ce jour-là une grande victoire. La cavalerie et l'artillerie étaient aussi regardées comme de sûrs garants de succès; d'autant plus que les ravages qu'elles avaient causés dans des rencontres précédentes avaient paru répandre le découragement et la consternation parmi les montagnards. Une plaine fut le lieu du combat, et elle offrait peu d'avantages à l'un ou à l'autre des deux partis, si ce n'est qu'elle permettait à la cavalerie des défenseurs du Covenant de s'y développer sans obstacles.
Jamais bataille , dont l'issue fut si importante , ne fut décidée plus aisément. La cavalerie presbytérienne fournit une charge; mais, soit que le feu de la mousqueterie la mît en désordre, soit que, comme quelques-uns le présumèrent , elle ne combattit qu'avec répugnance, elle se relira bientôt en désordre, d'autant plus que l'infanterie n'avait ni piques ni baïonnettes pour la soutenir.
Montrose sut aussitôt mettre à profit cette circonstance, et il ordonna à toute son armée de charger en même temps l'ennemi , ce qu'elle fit avec cette intrépidité audacieuse et comme désespérée qui caractérise !es Highlanders. Un officier du Covenant , qui avait servi dans les guerres d'Italie, fut le seul qui fit une résistance opiniâtre à l'aile droite. Sur tous les autres points, les rangs des ennemis furent enfoncés au premier choc , et cet avantage une fois obtenu , leur déroute fut bientôt complète. Beaucoup de soldais furent tués sur le champ de bataille, et il en périt un si grand nombre dans la déroute , que les presbytériens perdirent plus d'un tiers de leur armée. Il est vrai qu'il faut compter dans ce nombre beaucoup de gros bourgeois qui coururent dans leur fuite jusqu'à perdre haleine, et qui, faute de pouvoir respirer, moururent sans avoir reçu la moindre blessure ' .
Les vainqueurs s'emparèrent de Perth , et y trouvèrent des sommes d'argent considérables, ainsi que beaucoup d'armes et de munitions; mais ces avantages étaient plus que balancés par l'inconvénient qui a toujours été inséparable de toute armée de montagnards. Les clans no
4. Nous s lies bien aise de citer noire aiilorité pniir un fait si singiiliiT. — l'ii yr.uul lunulno t'.o
bourgeois fmcni lues; plusieurs pcrtlironl haleine en fuyuiil; et ils pCrirenl ainsi sans coup (^ru. — Voyez les icllics de Baili.ie, \>>1. ii, pnKe 92.
voulaient sous aucun rapport se regarder comme des troupes réglées , ni agir comme telles .
En l'année 1745-6, lorsque le chevalier Charles-Edouard , pour fairo un exemple, fit fusiller un soldat qui avait déserté, les Highlanders qui composaient son armée firent éclater hautement leur indignation. Ils ne pouvaient concevoir sur quel principe de justice on ôtait la vie à un homme, uniquement parce qu'il retournait chez lui lorsqu'il ne lui convenait pas de rester plus longtemps à l'armée. Tel avait été constamment l'usage de leurs ancêtres. Lorsqu'une bataille était terminée, il leur semblait que la campagne devait finir : vaincus ils cherchaient un refuge dans leurs montagnes; vainqueurs, ils allaient y déposer leur butin. Ou bien, c'étaient leurs bestiaux qu'ils avaient à surveiller, c'étaient leurs champs qu'il fallait ensemencer ou moissonner, s'ils ne voulaient voir leurs familles périr de besoin. Dans l'un comme dans l'autre cas, ils quittaient sans scrupule le service. Il est vrai qu'il était facile de les faire revenir en leur offrant la pn'spective de nouvelles aventures à tenter et de nouvelles dépouilles à recueillir; mais alors l'occasion était perdue , et le vainqueur ne pouvait retirer aucun fruit de sa victoire. Cette circonstance seule, quand même l'histoire ne nous eût point démontré le fait même, suffirait pour prouver que les montagnards n'avaient jamais combattu dans la vue de faire des conquêtes durables , mais seulement dans l'espoir d'en retirer des avantages momentanés. Elle explique aussi pourquoi Montrose , malgré tous ses brillants succès , ne put jamais s'établir dans les Lowlands, et pourquoi ceux des seigneurs de cette contrée bien disposés pour la cause royale montraient de la répugnance à joindre une armée si irrégulière et si sujette à se dissoudre d'elle-même, craignant à chaque instant que, tandis que les Highlanders se mettraient à l'abri de tous dangers en se retirant dans leurs montagnes, ils ne les laissassent à la merci d'un ennemi puissant et offensé.
La même considération expliquera encore les marches soudaines que Montrose était obligé de faire pour aller recruter son armée dans les montagnes , et ces changements rapides de fortune qui le forçaient souvent de faire retraite devant ces mêmes ennemis qu'il venait de vaincre. S'il est quelques personnes qui cherchenî dans la lectare de cet ouvrage quelque chose de plus qu'un simple amusement, e'ies ne trouveront point ces remarques indignes de leur attention.
Ce fut par ces causes , c'est-à-dire la méfiance des royalistes des basses-terres , et la désertion momentanée d'une partie des montagnards, que Montrose, même après la victoire décisive de Tippermuir,
ne se trouva pas en état de faire face à la seconde armée avec laquelle Argylfi vint de l'ouest à sa rencontre. Dans cette conjoncture, remplaçant par l'agilité les troupes qui lui manquaient, il se dirigea tout à coup de Perth sur Dundee, et, voyant qu'on refusait de lui ouvrir les portes de cette ville, il s'avança vers le nord jusqu'à Aberdeen, où il s'attendait à être joint par les Cordons et d'autres royalistes. Mais le zèle de ces braves était pour le moment comprimé par un corps nombreux de presbytériens commandé par lord Burleigh , et qu'on supposait au moins de trois mille hommes. Montrose l'atlaque hardiment avec la moitié de ses forces. La bataille est livrée sous les murs de la ville , et la valeur intrépide des soldats de Montrose triomphe de nouveau , malgré l'inégalité du nombre.
Mais il était dans la destinée de ce grand capitaine de se couvrir toujours de gloire sans jamais pouvoir recueillir le fruit de ses succès. A peine sa petite armée avait-elle joui de quelques instants de repos dans Aberdeen, qu'il apprit, d'un côté, que les Gordons ne viendraient probablement passe joindre à lui , par les raisons que nous avons données et par quelques autres qui étaient particulières à leur chef, le marquis d'Huntly ; que d'un autre côté , Argyle, auquel plusieurs seigneurs des basses-terres venaient encore de se joindre avec leurs vassaux, s'avançait contre Montrose à la tête d'une armée beaucoup plus formidable qu'aucune de celles que ce capitaine avait encore eu à combattre. Ces troupes ne s'approchaient, il est vrai, qu'avec une lenteur proportionnée au caractère circonspect de leur chef j mais, pour quelqu'un qui connaissait Argyle, il était évident que, puisqu'il cherchait à rencontrer l'ennemi, il se trouvait à la tête d'une armée trop supérieure en nombre pour qu'il fût possible de lui résister.
Il ne restait à Montrose qu'une seule manière d'effectuer sa retraite , et il l'adopta. Il se jeta dans les montagnes , où il pouvait braver toutes les poursuites, et où, à chaque pas, il était sûr d'être rejoint par des recrues composées de ceux mêmes qui avaient quitté ses étendards pour aller déposer leur butin dans leurs retraites inaccessibles : ainsi donc, si d'un côté le caractère singulier de l'armée que commandait Montrose rendait ses succès en quelque sorte illusoires, de l'autre elle lui facilitait les moyens, même dans la position lapins critique, d'assurer sa retraite , de recruter ses forces, et de se rendre plus formidablf^ que jamais à l'ennemi devant lequel il n'avait pu tenir quelques jours auparavant.
Celte fois il se jeta dans le Badenoch, et traversant rapidement ce district, ainsi que le comté d'Athol, il répandit l'alarme parmi les
L'GFFICIER DE FORTUNE. 479
défenseurs du Covenant, en les attaquant à l'improviste et à plusieurs reprises sur les points où ils étaient le moins sur leurs gardes. Telle fut en un mot la consternation générale qu'il causa, que le parlement envoya au marquis d'Argyle l'ordre réitéré d'en venir à une bataille générale avec Montrose, et de disperser son armée à tout prix.
Ces ordres ne convenaient ni à l'esprit hautain ni à la politique circonspecte du seigneur auquel ils étaient adressés. II n'y eut donc aucun égard, et se borna à faire jouer les ressorts de l'intrigue pour détacher de l'armée ennemie le peu de chefs des Lowlands qui craignaient de s'engager dans les Highlands, et de s'exposer ainsi à des fatigues insupportables tandis que leurs biens resteraient à la merci des partisans du Covenant.
Il réussit en partie , et plusieurs de ces chefs quittèrent en effet le camp de Montrose. Mais ce grand capitaine avait à peine eu le temps de s'apercevoir de leur absence, qu'il lui arriva un corps de troupes dont le caractère , la résolution et l'intrépidité convenaient bien mieux à la position dans laquelle il se trouvait. Ce renfort consistait en un corps nombreux de montagnards que Colkitto , dépêché à cet effet , avait levé dans le comté d'Argyle. Parmi les plus illustres étaient John de Moidart, appelé le capitaine du clan Ranald, les Stuarts d'Alpin, le clan Gregor, le clan Mac-Nab, et d'autres tribus inférieures.
L'armée de Montrose se trouvait alors si formidable, qu'Argyle fut peu jaloux de commander plus longtemps celle qu'il dirigeait lui-même, H retourna à Edimbourg, et y donna sa démission, sous prétexte qu'il ne recevait ni les renforts ni les provisions qu'on aurait dû lu» envoyer. D'Edimbourg le marquis retourna à Inverary, où , dans une sécurité complète, il se mit à gouverner despotiquement ses vassaux, se reposaii'i sur la foi de ce proverbe que nous avons déjà eu occasion de c/ier : — Il y a loin jusqu'à Lochow,