Voyez à I? Un de cet ouvrage la note sar les appariiioas
— Avec son plaid ainsi retourné , reprit AUan d'une voix sourde et entrecoupée , tandis qu'une sueur froide lui couvrait le front.
— Alors soyez certain que c'est votre main , votre propre main qui commettra l'acte que vous peignait la vision.
— C'est ce que mon âme inquiète a cent fois murmuré à mon oreille ; mais c'est impossible ! Quand je le lirais dans le livre éternel du destin, je répéterais encore que c'est impossible! Nous sommes unis par les liens du sang, par des liens, s'il est possible, encore plus
indissolubles Nous avons combattu l'un près de l'autre; nos épées
se sont teintes du sang des mêmes ennemis. Encore une fois, il est impossible que je puisse jamais lever la main sur lui !
— Tel est cependant l'arrêt immuable du destin, reprit Raualdj et vous l'accomplirez , quoique les ténèbres de l'avenir nous en cachent encore la cause. Vous dites, ajouta-t-il en ayant peine lui-môme à réprimer les sentiments tumultueux qui l'agitaient , vous dites que vous avez poursuivi ensemble votre proie comme les limiers altérés de
sang? N'avez-vous jamais vu de ces limiers tourner l'un contre
l'aulre leurs dents meurtrières , s'attaquer, se déchirer mutuellement sur le corps d'un daim expirant?
— C'est faux ! s'écria Mac-Aulay en s' élançant à l'autre bout de la tente; ce ne sont point là les prédictions du destin, mais les insinuations perfides de quelque esprit malfaisant, sorti du noir abîme pour m'y entraîner avec lui. — Et , à ces mots , il sortit brusquement.
— Le coup est porté ! dit l'Enfant du Brouillard en le suivant avec un regard de triomphe et d'enthousiasme ; le trait empoisonné est dans ton cœur. Ames de mes enfants massacrés, réjouissez-vous! vos meurtriers vont bientôt se plonger dans le sang l'un de l'autre.
Le lendemain matin, tout étant prêt pour le départ, Montrose s'avança rapidement dans la lUreclion qu'il s'était tracée, en suivant le fleuve du Tay, et déploya Sù petite armée dans la vallée romantique qui entoure la tête du lac de ce même nom. Les habitants étaient des Campbells, non pas vassaux d'Argyle, mais ses alliés, et du clan de Glenurchy, qui porte aujourd'hui le nom de Breadalbane. Attaqués à l'improviste, et hors d'état d'opposer la moindre résistance, ils furent obligés d'être spectateurs passifs des ravages qui se commettaient , et de se laisser enlever tous leurs troupeaux. Ce fut de cette manière que Montrose arriva jusque sur les bords du lac Lochart, ravageant tout sur son passage , enlevant les bestiaux ; et il se vit alors au point le plus dillicile et le plus périlleux de son entreprise.
Même aujourd'hui qu'une bonne route conduit à Teinedrum jusqu'à
la source du lac Awe , une armée aurait encore quelque peine à franchir ces déserts; mais alors il n'existait aucune espèce de route ni de sentier; et , pour ajouter encore aux obstacles, les montagnes étaient déjà couvertes de neige. C'était un spectacle sublime que ces masses irrégulières qui s'élevaient l'une sur l'autre ; celles qui étaient sur le premier plan frappaient l'œil par leur blancheur éblouissante, tandis que les derniers rayons du soleil d'automne jetaient un reflet rougeâtre sur les plus éloignés de ces monts. Ben-Gruachan , le plus élevé de tous, semblait en quelque sorte la citadelle du génie des Highlands, et son sommet inaccessible se distinguait de plusieurs milles à la ronde.
Les soldats de Montrose n'étaient pas de ces hommes que pût effrayer le spectacle imposant mais terrible qu'ils avaient sous les yeux. La plupart étaient de cette ancienne race des Highlanders qui non-seulement se couchaient volontiers au milieu de la neige, mais qui regardaient même comme un luxe efféminé de la rouler en forme de traversin pour reposer leur tête. L'espoir du pillage et de la vengeance brillait à leurs yeux derrière ces montagnes glacées; dès lors tous les obstacles disparaissaient pour eux.
Montrose ne laissa pas à leur enthousiasme le temps de se refroidir. Il donna ordre aux joueurs de cornemuse de marcher en avant, et de jouer la marche guerrière des Mac-Farlanes * dont les sons perçants avaient souvent glacé de terreur les vallées du Lennox. Les troupes s'élancèrent sur leurs pas avec une agilité incroyable, et Ranald, qui les guidait , marchait en avant avec un corps d'élite pour reconnaître le chemin.
Jamais le pouvoir de l'homme ne paraît plus méprisable que lorsqu'il se trouve placé en contraste avec le spectacle des terreurs et de la majesté de la nature. L'armée victorieuse de Montrose, dont les exploits avaient jeté l'alarme dans toute l'Ecosse^ ''efforçan- de gravir ces montagnes terribles, semblait une misérable poignée de maraudeurs que d'affreux précipices menaçaient à chaque instant d'engloutir. Montrose lui-même se repentit presque de son entreprise audacieuse, lorsque , du sommet du rocher sur lequel il parvint, il examina l'état de sa petite armée. Telle était la difficulté de pénétrer plus avant, qu'il commençait à se faire d( grands vides entre les rangs; l'espace qui séparait l'avant-garde du centre et le centre de l'arrière-garde ,
1. lloii!/il nam bc, elc, etc., c'est-à-dire— Nous accourons à travers les frimas pour saisir noire [iroie.
C'est le r'.iniU de guerre ilcs Mac-Farlaiies, clan renommé par ses exploits et ses lialiiiudes de Utttaudcurs. Ils habitaient les rives occidentales dul»c Lonioud. — Voyci le» noifts ii« Watiertev-
s'ngrandissait à chaque instant d'une manière effrayante , ce qui les eût exposés aux plus grands périls s'ils avaient été attaqués.
Montrose ne pouvait s'empêcher de frémir en considérant toutes les positions avantageuses qu'offraient les montagnes, dans la crainte qu'elles ne fussent occupées par un ennemi prêt à se défendre ; on l'entendit souvent par la suite déclarer que si les défilés de Strath- Fillan eussent été défendus par deux cents hommes déterminés, il eût été arrêté dans sa marche , et que toute son armée e(jt pu être aisément détruite. Mais la sécurité , ce fléau funeste qui causa la prise de tant de châteaux forts, le ravage de tant de contrées, livra en cette occasion le comté d'Argyle à ses ennemis. Ils n'eurent à lutter que contre les obstacles que la nature leur opposait, et heureusement la neige n'était pas encore tombée en très-grande quantité. A peine les troupes furent-elles arrivées sur le sommet des rochers qui séparaient le comté d'Argyle du district de Breadalbane, qu'elles se précipitèrent sur les vallées qui les entouraient avec une fureur sauvage, qui exprimait les motifs qui les avaient déterminées à hasarder une entreprise si périlleuse.
Montrose divisa son armée en trois corps , afin de répandre plus au loin la terreur, et d'attaquer plusieurs points en même temps; l'un fut commandé par le chef du clan Donald, le second par Coikitto , ot il se mit lui-même à la tête du troisième. Cette triple invasion ne fut qu'une marche triomphale; nulle part on n'opposa de résistance. Les bergers, en s'enfuyant des montagnes, avaient d'abord annoncé cette irruption formidable ; et si , dans quelques endroits , quelques fidèles Highlanders du clan d'Argyle voulaient prendre les armes, ils étaient dispersés, mis à mort ou désarmés au même instant par un ennemi qui semblait deviner tous leurs mouvements.
Le major Dd ,ctty, qui avait été envoyé en avant contre Invcrary avec le peu de cavalerie qui ^^f^ trouvait dans l'armée, prit si bien ses mesures, que peu s'en fallut qu'il ne surprît Argyle, comme il le dit lui-même , inter pocula , et ce ne fut qu'en se jetant précipitamment dans une chaloupe, et en faisant force de rames, que ce chef parvint à échapper è la mort , ou du moins à l'esclavage. Mais si Argyle échappa personnellement au châtiment qui lui était réservé, ses domaines et son clan payèrent chèrement pour leur maître : tout ne fut hienlùi que deuil et que désolation ; et les ravages commis par Monliose sur ce malheureux comté, quoiqu'ils ne fussent que trop d'accord avec l'esprit du siècle dans ces contrées barbare.^, ont été regardés comme une tache que ses plus beaux exploits nt sauraient efl'acer
Cependant Argyle s'était enfui à Edimbourg pour porter ses plaintes devant la convention des états. Le général Baillie, officier presbytérien, rempli de zèle et d'expérience, fut chargé de lever une armée considérable , et on lui donna pour adjoint sir John Urrie , officier de fortune comme Dalgetty, qui avait déjà changé deux fois de parti pendant la guerre civile , et destiné à en changer encore une fois avant qu'elle fût terminée. Argyle , transporté d'indignation , voulut aussi rassembler ses troupes, afin de se venger de son ennemi mortel. Il établit son quartier général à Dumbarton, où les membres de son clan et un grand nombre de ses alliés vinrent bientôt le rejoindre. Baillie et Urrie s'y étant rendus également avec une armée considérable, entièrement composée de troupes réglées , il se prépara à rentrer dans le comté d' Argyle , et à exterminer les téméraires qui avaient osé envahir ses domaines.
Mais, tandis que ces deux armées formidables opéraient leur jonction, Montrose se voyait menacé du côté opposé par une troisième armée : c'était celle qu'avait rassemblée dans le nord le comte de Seaforth. Après quelque hésitation, ce seigneur avait embrassé le parti des covenantaires , et, à la tête des troupes nombreuses auxquelles s'étaient jointes les garnisons de plusieurs villes, lui fermait la retraite du côté d'Inverness.
On aurait cru que la destruction de l'armée de Montrose était inévitable, menacé comme il était de tous côtés par des forces supérieures qui s'avançaient à marches forcées contre lui. Mais c'était précisément dans ces moments critiques et désespérés que le génie actif et entreprenant du comte brillait de tout son lustre , et excitait l'admiration et l'enthousiasme de ses partisans , tandis qu'il répandait la terreur et le découragement parmi ses ennemis. Il rassembla comme par magie ses troupes éparses sur la vaste étendue de pays qu'elles avaient ravagée ; et à peine étaient-eUes réunies qu'Àrgyle apprit que les royalistes avaient disparu tout à coup de son comté , et s'étaient retirés A-ers le nord , parmi les montagnes sombres et impénétrables de Lo- <;haber.
Les généraux opposés à Montrose conjecturèrent aussitôt que son projet était de combattre Seaforth, et , s'il était possible , de tailler en pièces son armée avant qu'ils pussent venir à son secours. Ils s'empressèrent donc de changer leurs plans d'opérations. Urrie et Baillie séoarèrent de nouveau leurs troupes de celles d'Argyle, et comme leurs forces consistaient principalement en cavalerie, ils côtoyèrent les montagnes qu'il leur eût été difficile de gravir, et s'avancèrent du cùlc de
l'est vers le comté d'Angus , d'où ils se proposaient de passer dans celui d'Aberdeen , afin de couper l'armée de Montrose s'il tentait de s'échapper dans cette direction.
Argyle, à la tête de ses propres troupes, entreprit de suivre la
marche de Montrose, afin que, s'il en venait aux mains, soit avec
,eaforth, soit avec les deux autres généraux, il se trouvât placé entre
deux feux par cette troisième armée, qui, le suivant de loin, pourrait
harceler son arrière-garde.
Dans ce dessein , Argyle se dirigea vers Inverary, et à chaque pas il eut lieu de déplorer les affreux ravages que les clans ennemis avaient commis sur son territoire. Quelque nobles qualités que possédassent les Highlanders, la clémence n'était pas du nombre, et le comté d'Argyle en fournissait alors de déplorables preuves; mais ces ravages mêmes contribuèrent à grossir les rangs d'Argyle. C'est encore aujourd'hui un proverbe dans les Highlands, que celui dont la maison est brûlée doit se faire soldat. La plupart des habitants de ces malheureuses vallées n'avaient plus d'autres moyens de subsistance que d'exercer sur d'autres clans les déprédations dont ils avaient été eux-mêmes les victimes; ils n'avaient plus de ressource que le pillage, d'espoir que la vengeance. La désolation du pays d'Argyle fut donc la principale cause de l'augmentation de son armée , et il se vit bientôt à la tête de trois mille hommes déterminés, d'un courage et d'une fidélité à toute épreuve.
Il confia, sous ses ordres, le principal commandement de ses troupes à sir Duncan Campbell, chevalier d'Ardenvorh, et à un autre sirDuncan Campbell d'Auchenbreck , vieux militaire rempli d'expérience, qu'il avait rappelé exprès d'Irlande où il faisait la guerre. La circonspection timide d'Argyle l'emporta sur l'intrépidité plus audacieuse de ses généraux, et il fut résolu que, malgré l'augmentation de leurs forces, ils observeraient le même plan d'opérations, et suivraient Montrose, de quelque côté qu'il se dirigeât, en évitant avec soin un engagement, >î!r>qu'a ce que l'occasion se présentât de tomber sur son arrière^garde lorsqu'il serait occupé à se défendre contre l'une ou l'autre des deux Armées qui allaient bientôt se trouver devant lui.