Mil.ich-CouucHJku, dcsceudaul du Donald le Noir
toire. Nons tomberons sur ce. Mac-Callum-More , qui nous suit, comme un corbeau affamé, pour dévorer les restes de notre armée si nous rencontrions des ennemis plus braves qui parvinssent à l'affaiblir et à la vaincre. Que les chefs, que les officiers se rassemblent avec toute la promptitude possible j et vous, qui nous avez apporté la première nouvelle de cet heureux événement, car c'en est un que de se trouver près d'un ennemi qu'on bri!ile de combattre, vous nous guiderez à la victoire et vous nous mettrez à portée de l'obtenir en nous conduisant par la route la plus courte en présence de l'ennemi.
— Reposez-vous sur moi ; si je vous ai montré les passages par lesquels vous pouviez effectuer votre retraite à travers ces déserts sauvages, avec combien plus de joie et d'empressement ne vous guiderai-je pas lorsqu'il s'agit d'aller combattre Mac-Callum~More !
Tout fut bientôt en mouvement et en agitation dans le camp , et les chefs, convoqués par Montrose, quittèrent tous la couche grossière sur laquelle ils avaient cherché un repos momentané.
— Je n'aurais jamais cru, dit le major Dalgetty en secouant son habit auquel s'étaient attachées une partie des branches sèches sur lesquelles il s'était couché; je n'aurais jamais cru quitter avec autant de peine un lit si peu attrayant. A peine ai-je fermé l'œil que déjà le comte m'appelle. Il est vrai que, n'ayant dans son armée qu'un homme qui ait de l'expérience et qui connaisse la tactique , il est tout simple que Son excellence ait sans cesse besoin de moi.
En disant ces mots , il se rendit au conseil , où , malgré sa pédanterie et ses airs d'importance, Montrose paraissait toujours l'écouter avec beaucoup d'attention , tant parce que le major possédait réellement des connaissances militaires et donnait parfois des conseils qui n'étaient pas sans utilité, que parce qu'ils servaient en quelque sorte de contre-poids lorsque les chefs des Highlanders ouvraient un avis auquel le comte ne voulait pas déférer.
Dans cette occasion , Dalgetty approuva vivement le projet de faire volte-face ^t de tomber sur Argyle, projet qu'il comparait à l'action héroïque du grand Gustave , lorsque , menacé du côté du nord par l'armée nombreuse que Wallenstein avait rassemblée en Bohème , il marcha contre le duc de Bavière , et enrichit ses troupes par le pillage de cette contrée fertile.
Les chefs de Glengary , de Keppoch et de Lochiel, dont les clans habitaient les vallées et les montagnes voisines , et ne le cédaient à aucun aulre ni pour le courage ni pour l'ardour guerrière , sommèrent tous ceux de leurs vassaux qui étaient en état de porter les armes de
joindre l'armée du lieutenant du roi , et de se ranger sous les étendard» de leurs chefs respectifs lorsqu'ils marcheraient sur Inverlochy. Jamais ordre ne fut exécuté avec plus de promptitude et d'empressement. Leur passion naturelle pour la guerre , leur zèle pour la cause royale (car ils regardaient le roi comme un chef que les hommes de son clan âvaienv abandonné) et leur obéissance aveugle aux ordres de leurs chefs , tirent accourir dans l'armée de Montrose non-seulemeut tous les Highlanders des environs qi i étaient en état de servir, mais même plusieurs qui , du moins par leu ^ âge , auraient pu sembler incapables de supporter les fatigues de la gi erre.
Le jour suivant, tandis qu'il tiaversait les montagnes de Lochaber, sans que l'ennemi eût le moindre soupçon de sa marche , Montrose vit encore sortir de toutes les cavernes des hommes qui venaient se ranger spontanément sous les bannières de leurs différents chefs. Cette circonstance redoubla l'ardeur et l'enthousiasme du reste de l'armée qui, comme l'avait prédit le vaillant chef des Camerons , était augmentée de près d'un tiers lorsqu'elle se trouva près de l'ennemi.
Tandis que Montrose exécutait cette contre-marche , Argyle , à la tête de son armée, s'était avancé jusque sur les bords du Lochy, rivière qui unit le lac de ce nom à celui d'Eil. L'ancien château d'Inverlochy, autrefois forteresse royale, et encore alors place de quelque importance , fut l'endroit qu'Argyie ciioisit pour y établir son quartier général ; et son armée campa autour du château dans la vallée spacieuse où les deux lacs se réunissent. Plusieurs chaloupes chargées de provisi(jns étaient aussi arrivées ; enfin les troupes étaient sous tous les rapports campées aussi commodément qu'elles pouvaient le désirer. "Le marquis, se consultant avec Auchenbreck et Ardenvohr, leur manifesta la conviction intime que Montrose était alors sur les bords du précipice qui devait l'engloutir à jamais; ses troupes, disait-il, devaient diminuer à mesure qu'il traversait ces pays incultes et barbares. S'il se dirigeait vers l'est , il rencontrerait Urrie et Bailliej s'il suivait la direction du nord, il tomberait entre les mains de Seaforth; ou s'il s'arrêtait dans quelque lieu, il s'exposait à être attaqué par trois armées à la fois.
— Ce ne serait poin., Milord, un spectacle agréable pour moi , dit Auchenbreck, que de voir James Grahain terrassé par d'autres mains que les nôtres, ou d'avoir à partager avec des étrangers l'honneur de la victoire. C'est nous qu'il a outragés dans tout ce que nous avions de plus cher; c'est notre comté qu'il a ravagé; c'est donc avec nous qu'il a un compte terrible à régler, et je brûle de m'acquilter person-
nellement de ce que je lui dois : ce sont de ces dettes dont je n'aime point à laisser le paiement à un tiers.
— Vous êtes trop scrupuleux , dit Argyle ; qu'importe par quelles mains le sang des Graham soit répandu . Il est temps que celui des enfants de Diarmid cesse de couler. Quel est votre avis , Ardenvohr?
— Moi , Milord ? reprit sir Duncan ; je pense que les souhaits d'Au^ chenbreck seront bientôt comblés , et qu'il aura l'occasion de régie personnellement ses comptes avec Montrose. Nos avant-postes viennerx d'apprendre que les Camerons s'assemblent dans les défilés de Ben- Nevis. Il faut donc que Montrose s'avance de ce côté, et qu'ils veuillent se joindre à lui j car ce n'est assurément point pour couvrir sa retraite qu'ils prennent les armes.
— Quelque projet de pillage , sans doute , inventé par la haine invétérée de Mac-IIduy , dit Argyle. Il ne peut tout au plus que méditer une attaque sur nos avant-postes , ou projeter de nous harceler demain pendant notre marche.
— J'ai envoyé des éclaireurs dans toutes les directions, dit sir Duncan , et nous saurons bientôt si les Camerons rassemblent réellement des troupes, et, dans ce cas, quels sont leurs projets et sur quels points ils se portent. 9
Les éclaireurs furent longtemps sans revenir; ce ne fut qu'après le lever de la lune qu'une agitation considérable , qui se manifesta au château et dans le camp, annonça l'arrivée de quelque nouvelle importante. Des soldats envoyés par Ardenvohr à la découverte, quelquesuns étaient revenus sans avoir, pu recueillir de renseignements positifs ni d'autres détails que quelques bruits vagues sur les mouvements qui se manifestaient dans le pays des Camerons. Des cris de guerre et de vengeance retentissaient jusqu'aux extrémités de leurs montagnes j on eût dit que des cavernes du Ben-Nevis sortaient ces sons prophétiquef et inexplicables par lesquels elles annoncent quelquefois l'approcha d'un orage. D'autres , que leur zèle avait entraînés trop loin , avaient été surpris et faits prisonniers par les habitants des défilés dangereux dans lesquels ils avaient tenté de pénétrer. Enfin , l'armée de Montrose continuant toujours d'avancer rapidement, son avant-gai- Je et les premiers postes d'Argyle se trouvèrent en présence ; aprèo avoir échangé quelques coups de mousquet , ils se replièrent chacun sur le centre de leur armée , pour annoncer la présence de l'ennemi et prendre les ordres de leurs chefs.
Sir Duncan d'Ardenvohr et Auchenbreck s'élancèrent aussitôt sur leurs chevaux pour faire la visite des différents postes, et le marquis
d'Argyle se montra digne du titre de commandant en chef, par la manière dont il sut disposer ses forces dans la plaine pour éviter toute surprise 5 car il s'attendait à être attaqué pendant la nuit, ou au plus tard le lendemain matin.
Montrose avait caché si soigneusement ses troupes dans les défilés des montagnes, qu'Auchenbreck et Ardenvohr ne purent réus iir dans les tentatives que la prudence leur permit de faire pour reconnaître le nombre des troupes qui leur étaient opposées. Ils se convainquirent néanmoins qu'en supposant les forces de l'ennemi deux fois plus nombreuses qu'elles n'étaient , ils auraient toujours l'avantage du nombre.
Lorsqu'ils revinrent communiquer au marquis le résultat de leiu's observations, Argyle ne voulut jamais croire que ce fût Montrose dont il allait avoir à combattre l'armée. — Ce serait, dit-il, un acte de frénésie dont James Graham lui-même, malgré toute sa présomption et toute son extravagance, est incapable; et il ne doutait pas que ceux qui cherchaient à arrêter leur marche ne fussent leurs anciens ennemis, les Glenco, les Keppoch et les Glengary, et peut-être Mac-Vourigh avec ses Macphersons , dont les troupes devaient être fort inférieures en nombre, et qui se verraient bientôt obligés de capituler.
Les troupes d'Argyle étaient remplies d'enthousiasme; et, brûlant de se venger des désastres que leur pays venait d'éprouver, elles attendaient le lever de l'aurore avec une vive impatience. Les avant-postes de chaque armée furent toute la nuit sur leurs gardes , et les soldats d'Argyle dormirent dans l'ordre de bataille dans lequel ils devaient combattre.
A peine une pâle clarté commençait-elle à colorer les somme /s des montagnes immenses qui les entouraient , que les chefs des deux armées s'apprêtèrent au combat. C'était le 2 février 1645-6. Les troupes d'Argyle étaient rangées sur deux lignes , à partir de l'angle que formaient la rivière et le lac, et la nuit n'avait pas diminué leur ardeur. Auchenbreck aurait voulu engager aussitôt le combat en attaquant les avant-postes de l'ennemi ; mais Argyle , avec sa circonspection ordinaire, préféra rester sur la défensive.
Ils entendirent bientôt des signaux qui les convainquirent qu'ils n'attendraient pas longtemps l'attaque de l'ennemi. Ils pouvaient reconnaître dans les gorges des montagnes les marches guerrières des différents clans, à mesure qu'ils approchaient de la vallée. Celle des Gaulerons, distinguée par ces mots remarquables adressés aux ioups et aux corbeaux : — Venez à moi, je vous donnerai de la pâture, — retentissait avec un bruit terrible dans leurs vallées natales : pour parler le
langage des bardes des montagnes, la voix de guerre de Glengary ne gardait pas le silence ; et les airs particuliers des autres tribus se distinguaient aisément, à mesure qu'elles arrivaient à l'extrémité des collines d'où elles devaient descendre dans la plaine.
— Vous voyez, dit Argyle à ses capitaines, que , comme je vous le disais, nous n'avons affaire qu'à nos voisins 5 James Graham n'a pas osé déployer devant nous sa bannière.
Au moment même une fanfare éclatante de cavalerie résonna dan.i les montagnes, et les chefs reconnurent l'air par lequel on avait coutume, en Ecosse, de saluer l'étendard royal.
— Voilà un signal, Milord, dit sir Duncan, qui annonce que celui qui prétend être lieutenant du roi , est en personne dans cette armée.
— Et qu'il a probablement de la cavalerie avec lui, ajouta Auchen- 6reck, ce que je n'aurais jamais présumé. Mais faut-il pour cela prendre l'alarme, Milord? faut-il paraître abattu et consterné, lorsque nous avons des ennemis à combattre et des torts à venger?
Argyle ne répondit rien, et ses yeux se fixèrent sur son bras qu'il était obligé de porter en écharpe, depuis quelques jours, par suite d'une chute de cheval.
— Il est vrai, dit vivement Ardenvohr, ce malheureux accident vous 3iet hors d'état, Milord, de manier l'épée ou le pistolet; retirez-vous à bord d'une chaloupe; nous avons besoin de votre tète comme chef, et non de votre bras comme soldat.
— Non, dit Argyle, dont l'orgueil repoussait une idée que d'autres sentiments approuvaient peut-être au fond de son cœur, il ne sera pas dit que j'aie fui devant Montrose ; si je ne puis combattre, je veux du moins mourir au milieu de mes enfants.
Plusieurs capitaines se réunirent pour conjurer leur chef de laisser pour ce jour-là le commandement aux lairds d' Ardenvohr et d'Auchenbreck , et de regarder de loin le combat. Nous n'osons accuser ouvertement Argyle de poltronnerie; car, quoique sa vie n'ait été marquée par aucune action de bravoure , cependant il se conduisit avec tant de calme et de dignité dans ses derniers moments , que sa conduite en cette occasion et dans plusieurs autres doit être attribuée plutôt à l'indécision qu'à un manque de courage. Mais lorsque la voix secrète qui dit tout bas au cœur de l'homme que sa vie lui est précieusfest secondée par celle des personnes qui l'entourent, et qui l'assurent qu'elle n'est pas moins précieuse pour le public, l'histoire offre maint exemple d'hommes, d'un caractère habituellement plus ferme et plus entreprenant que le marquis d'Argyle, qui, en pareille occasion, ont
consulté avant tout l'amour de la vie, lorsqu'ils avaient des excuses aussi plausibles à faire valoir.
— Conduisez-le à bord si vous voulez, sir Duncan, dit Auchenbreck à son" parent; pour moi, il faut que j'empêche cet esprit funeste de faire plus de progrès parmi nous.
A ces mots il se jeta au milieu des rangs, priant, conjurant les soldats de se rappeler leur ancienne gloire et leur supériorité actuelle ; les torts qu'ils avaient à venger s'ils triomphaient, et le sort qu'ils avaient à craindre s'ils étaient vaincus; enfin, par ses discours, par ses exhortations, il parvint à faire passer dans tous les cœurs l'enthousiasme qui l'animait.
Pendant ce temps, Argyle, quoique avec une répugnance apparente, se laissait entraîner vers les rives du lac, et il fut transporté à bord d'une chaloupe, de laquelle il regarda le combat, sauvant ainsi sa vie, mais non son honneur.
Sir Duncan Campbell d'Ardenvohr, malgré son impatience de rejoindre l'armée , resta un instant les yeux attachés sur la barque qui emmenait son chef loin du champ de bataille. Il s'élevait dans son âme des sentiments qu'il s'efforçait de combattre, mais qu'il ne pouvait vaincre. Un chef était un père pour son clan, et le membre de sa tribu n'osait condamner ses faiblesses avec la même sévérité que celles des autres hommes : d'ailleurs Argyle, naturellement dur et sévère, était généreux et libéral envers ses vassaux. Le noble cœur d'Ardenvohr était plongé dans une douleur amère, lorqu'il songeait aux interprétations malignes et outrageantes auxquelles la conduite d' Argyle pourrait donner lieu.
— Il vaut mieux qu'il en soit ainsi, se dit-il à lui-même en dévorant son inquiétude ; mais de tous ses nobles ancêtres, je n'en connais aucun qui eût voulu se retirer tant que la bannière de Diarmid flottait dans la plaine!
Des cris de guerre se firent alors entendre, et sir Duncan, oubliant lout à la voix de l'honneur, courut aussitôt à son poste, qui était sur le flanc droit de l'armée dArgyle.
La retraite du marquis n'avait pas échappé à l'attention de l'ennemi, qui, occupant une hauteur, pouvait voir tout ce qui se passait dans la plaine. Comme ceux qui se rôtiraient vers l'arrière-garde étaient à cheval, cette circonstance prouvait que celaient des chefs de l'armée.
— Los v.;ilà, dit Dalgetly, les voilà qui, en prudents cavaliers, vont mettre leurs chevaux à l'abri du danger. Voilà sir Uuncan sur son che-
val bai-brun sur lequel j'avais jeté les yeux pour tenir compagnie à Gustave.
— Vous vous trompez, major, dit Montrose avec un sourire ironique, ils conduisent hors de la mêlée leur précieux chef! Donnez sur-lechamp le signal de l'attaque. — Faites passer le mot dans tous les rangs. — Glengary, Keppoch, Mac-Vourigh, fondez sur eux à la tête de vos braves! — Major Dalgetty, courez dire à Mac-Ilduy de charger au nom de son amour pour le Locbaber. — Revenez sur-le-champ ranger votre corps de cavalerie autour de mon étendard, il servira de corps de réserve avec les Irlandais. — Mes amis, en avani