I. Je suis un opOratcur conno (!ans ce ranlon. t
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— Cela ne me sera peut-être pas très-facile, répondit Dalgetty ; car, pour dire la vérité, je ne suis plus trop dans l'habitude de faire la construction d'une phrase ; cependantje vais essayer. Dicor, sous-entendu ego , c'est-à-dire je suis nommé j opifer... opifer... Je me souvicus de furcifcr et de signifer; mais opifer... Ah! j'y suis : ce mot signifie docteur en médecine ; per orbem...
— Ce jour est pour nous tous un jour de grande occupation, dit Annette : je vous prie donc de me dire tout simplement ce que vous désirez de moi.
— Que vous veniez voir le chevalier blessé, et que vous lui donniez les secours qui peuvent être nécessaires à sa blessure, qui menace d'être ce que les savants appellent damnum fatale.
Jamais Annette n'hésitait quand il s'agissait de soulager un malheureux. Elle demanda à la hâte quelle était la nature de la blessure j et, redoublant d'empressement quand elle eut appris que le blessé était le vieillard qu'elle avait vu à Darnlinvarach, et dont l'air de dignité l'avait frappée , elle oublia un instant ses propres chagrins pour ne songer qu'à lui porter des secours.
Sir Dugald Dalgetty introduisit Annette dans la chambre du malade avec tout le cérémonial qu'il jugea convenable. Elle fut un peu surprise d'y trouver lord Menteith , et ne put s'empêcher de rougir beaucoup en l'apercevant. Pour cacher son trouble elle se mit sur-le-champ à examiner la blessure de sir Duncan , et reconnut avec regret qu'elle était de nature à ne pas laisser grand espoir de guérison.
Pendant qu'elle s'occupait de ce soin charitable , Dalgetty était retourné dans une grange où l'on avait déposé le vieux Raiiald ainsi que plusieurs autres blessés.
— Mon vieil ami, lui dit-il, je vous ai dit qu'attendu la blessure que VDus avez reçue tandis que vous aviez de moi un sauf-conduit, je ferais tout ce qui dépendrait de moi pour vous obliger ; j'ai donc, conformément à la demande que vous m'en avez faite avec tant d'instances, conduit miss Annette Lyle près du chevalier d'Ardenvohr pour panser sa blessure, quoique je ne puisse concevoir quel intérêt vous pouvez y prendre. Il me semble que je vous ai entendu parler de quelque relation de parenté qui existe entre eux; mais un soldat comme moi a autre chose à penser qu'à se charger la tête de toutes les généalogies de vos montagnes.
Et pour rendre au digne major la justice qui lui est due, nous devons dire ici que jamais il ne s'inquiétait, ne s'informait ni ne se souvenait des affaires des autres, à moins qu'elles n'eussent rapport à l'art uiili-
taire ou à son intérêt personnel ; et dans ces deux cas il avait une mémoire extraordinairement fidèle.
— El maintenant , mon brave ami du Brouillard , dites-moi aonc ce qu'est devenu voire aimable fils ; je ne l'ai pas revu depuis qu'il m'a aidé à me désarmer après la bataille : savez-vous qu'une telle négligence mériterait l'estrapade?
— Il n'est pas loin d'ici, répondit le blessé j mais ne levez pas la main sur lui , car il est garçon à payer une aune de courroie avec douze pouces de fer bien affilé.
— Ce ton de menace n'est pas convenable, Ranald, mais je n'y fais pas attention, attendu les services que vous m'avez rendus.
— Si vous croyez m'en devoir quelque reconnaissance, vous pouvez vous en acquitter en me promettant de m'accorder une demande que j'ai à vous faire.
— Ami Ranald, répondit Dalgetty, j'ai lu dans je ne sais quels livres des histoires de ces sottes promesses qui ont fini par mettre dans l'embarras les chevaliers imprudents qui les avaient faites. C'est pourquoi je me suis fait une loi de ne jamais rien promettre sans savoir bien précisément à quoi je m'engage, afin de ne pas me trouver obligé de faire quelque chose qui pourrait être contraire à mon intérêt. Vous désirez peut-être que j'engage notre chirurgien femelle à venir visiter vos blessures? La seule dilficulté, Ranald , c'est que le salon dans lequel on vous a déposé n'est pas de la plus grande propreté ; et vous pouvez avoir remarqué que les femmes sont particulièrement soigneuses de leurs vêtements. Je perdis autrefois les bonnes grâces de l'épouse du grand-pensionnaire d'Amsterdam, pour avoir essuyé les semelles de mes bottes sur la queue de sa robe de velours noir, parce que, le bout en étant à dix ou douze pieds de sa personne, je l'avais pris pour un tapis à s'essuyer les pieds.
— Il ne s'agit pas d'amener ici Annetle Lyle, dit Ranald ; tout ce que je vous demande, c'est de me faire transporter dans l'endroit où elle se trouve avec le laird d'Ardenvohr; j'ai à leur dire des choses qui sont de la plus grande importance pour tous deux.
— Il n'est pas trop dans l'ordre, dit Dalgetty, de conduire un outlaw blessé en présence d'un chevalier. Le grade d'un chevalier était autrefois , et est encore aujourd'hui à quelques égards, le plus haut point d'honneur auquel puisse prétendre un militaire. Cependant, puisque telle est votre demande , je ne vous refuserai point celte satisfaction.
Il donna ordre alors à quatre soldats de transporter Mac-Eagh dans
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l'appartement où était sir Duncan Campbell, et partit lui-même pour y aller annoncer son arrivée et la cause qui y donnait lieu ; mais telle fut l'activité des soldats chargés d'exécuter ses ordres, qu'ils y arrivèrent en même temps que lui , et ils déposèrent sur-le-champ le blessé au milieu de la chambre sur le plancher. Les traits de Mac-Eagh, naturellement difformes, étaient décomposés par les souffrances qu'il éprouvait, et ses mains ainsi que ses vêtements, teints de son propre sang et de celui des autres; car personne n'avait songé à en effacer les traces, quoiqu'on eût mis un bandage sur sa blessure.
— Est-ce vous, dit-il en levant péniblement la tête, et en la tournant vers le lit sur lequel était couché son ancien ennemi ; est-ce vous qui êtes le laird d'Ardenvohr?
— Moi-même, répondit sir Duncan; que voulez-vous d'un homme dont les heures sont comptées ?
— Et moi je ne compte plus que par minutes, répondit Ranald ; on doit m'en savoir d'autant plus de gré si je les emploie h rendre service à l'homme dont la main a toujours été levée contre moi, et sur qui la mienne s'est appesantie encore bien plus fortement.
— Ta main s'est appesantie sur moi , misérable vermisseau ! dit sir Duncan en lui jetant un regard de mépris.
— Oui , mon bras a été plus fort ; il t'a fait de profondes blessures, quoique celles que j'ai reçues de toi n'aient pas été légères. Je suis Ranald Mac-Eagh , je suis Ranald du Brouillard. Te souviens-tu du jour où ton château fut livré aux flammes, où tes enfants furent égorgés? Mais songe aussi aux maux que tu avais faits à ma tribu. Personne ne l'a persécutée comme toi , à l'exception d'un seul homme que sa destinée met , dit-on , à l'abri de notre vengeance, ce que l'on saura d'ici à quelques jours.
— Lord Meuteith, s'écria sir Duncan se soulevant sur son lit, est homme est un scélérat, ennemi en môme temps du parlement et du roi, de Dieu et des hommes; un outlaw qui a mérité mille morts ; le fléau de ma famille, de celle de Mac-Aulay et de la vôtre. J'espère que vous ne souffrirez pas que mes derniers moments soient empoisonnés par son barbare triomphe.
— Il va être traité comme il le mérite, dit lord Menteith ; qu'on l'emmène à l'instant.
— Un moment, s'écria Dalgetty, un moment, s'il vous plaît. Il ne faut pas oublier les services qu'il a rendus à l'armée en qualité de guide, et d'ailleurs il est ici sous ma sauvegarde.
Ranald parlait en même temps , et sa voix forte couvrait celle du
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major. — Non , non , dit-il , qu'ils se satisfassent : qu'on prépare la cord.-^ et le gibet; que mon corps serve de pâture aux faucons et aux aigle? du Ben-Nevis, et par ce moyen ce laird orgueilleux et ce fier comte ne sauront jamais le secret que je puis seul leur apprendre, secret qui ferait tressaillir de joie le cœur d'Ardenvohr , fùt-il à l'agonie de la mort j secret que le comte de Menteith voudrait connaître au prix de tout ce qu'il possède. Approchez, Annette Lyle, dit-il en se mettant sur son séant avec une force dont on ne le croyait pas capable ; ne craignez pas la vue de l'homme qui a pris soin de votre première enfance. Dites à ceux qui vous méprisent comme étant issue de mon ancienne race, que pas une seule goutte de notre sang ne coule dans vos veines ; que vous êtes née dans la demeure des grands , et que votre berceau a été aussi doux qu'aucun de ceux où dorment les fils de leur orgueil.
— Au nom du ciel, s'écria Menteilh tremblant d'émotion, si vous savez quelque chose sur la naissance de cette jeune fille, hâtez-vous de nous en faire part; faites ainsi la paix avec votre conscience, et...
— Et bénissez vos ennemis à votre dernier soupir , me direz-vous aussi? reprit Ranald en fixant sur lui des yeux où brillait un sinistre plaisir. Telles sont les maximes que vous prêchent vos prêtres ; mais quand y conformez-vous votre conduite? Que je sache d'abord ce que peut valoir mon secret avant de le laisser échapper. Laird d'Ardenvohr , que donneriez-vous pour avoir la preuve qu'il existe encore un rejeton de votre famille? J'attends votre réponse; sans cela je nedi» plus un mot.
— Je pourrais , dit sir Duncan en proie tour à tour au doute, à l'inquiétude et à la haine...; mais non, je connais ta race, elle n'est composée que de menteurs et d'assassins. Si pourtant tu disais la vérité en ce moment, je crois que je pourrais te pardonner tous les maux que tu m'as faits.
— Vous l'entendez, dit Ranald ; c'est en dire beaucoup pour un fils de Diarmid. Et vous, comte, le bruit général du camp est que vous achèteriez au prix de tous vos biens et de tout votre sang la certitude qu'Annette Lyle n'est pas sortie d'une race proscrite ; que sa naissance est aussi noble que la vôlre. Si je vous l'apprends, ce n'est point par affection pour vous; il fut un temps où j'aurais échangé ce secret pour ma liberté; je l'échange en ce moment pour ce qui m'est plus cher que la liberté et la vie. Sachez donc qu'Annette Lyle est la plus jeune fille du comte d'Ardenvohr, la seule qui fut épargnée lorsque tout fut mis à feu et à sang dans son château.
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— Cet homme dit-il la vérité? s'écria Annette ; Tai-je bien entendu? n'est-ce pas une illusion?
— Jeune fille , rUt Ranald, si vous aviez vécu plus longtemps avec nous , vous auriez appris à mieux connaître les accents de la vérité. Mais je donnerai au laird d'Ardenvohr, à ce comte saxon, des preuves capables de convaincre l'incrédulité même. Quant à présent , retirezvous. J'ai aimé votre enfance, je ne hais pas votre jeunesse : l'œil ne se détourne pas de la rose , quoiqu'elle fleurisse sur une épine. Ce n'est que pour vous que j'ai quelque regret de ce qui ne tardera pas à arriver. IMais celui qui , pour goûter le plaisir de la vengeance, veut écraser son ennemi , ne doit pas s'inquiéter si Pinnocent est enseveli sous les ruines.
— Il a raison, Annette, s'écria lord Menteith; au nom du ciel, retirez-voUs. Il faut d'abord que nous voyions si l'on peut ajouter foi au témoignage de cet homme.
— Si j'ai retrouvé mon père , s'écria Annette, je ne m'en séparerai pas. Comment pourrais-je le quitter dans l'état où je le vois?
— Qui que vous puissiez être , mon enfant , dit sir Duncan en lui tendant la main, vous trouverez toujours un père en moi.
— Alors , dit Menteith, je vais faire transporter Mac-Eagh dans un autre appartement où je recevrai moi-même sa déclaration. Sir Dugald Dalgetty voudra bien sans doute en être témoin.
— Avec plaisir, Milord. Je serai son confesseur, votre assesseur, l'un ou l'autre ou tous les deux , comme vous le voudrez. Personne n'est plus propre que moi à cette besogne, car j'ai déjà entendu quelque chose de cette histoire au château d'Inverary, il y a environ un mois. Mais des prises de châteaux comme celui d'Ardenvohr se confondent dans ma mémoire, qui est occupée de choses plus importantes.
En entendant celte déclaration franche que Dalgetty lit en sortant de l'apparxement, le comte jeta sur lui un regard de colère et de mépris , auquel le digne major, bien pénétré de son propre mérite, ne fit aucune attention.