‹ La fiction universelleChapitre 9 sur 15 · LÀ MÉTAPHORE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

LÀ MÉTAPHORE UNIVERSELLE

Valeur relative de la conception du Bovarysme : mode d'explication, expression nriétaphorique du réel. — Mais les autres couceptions au reo-ard desfjuellcs celle-ci apparaît comme métaphore n'ont elles-mêmes d'autre valeur. Le motif, comme mélapliore du principe de causalité, impuissant luimême à démontrer sa valeur objective.

Au cours des développements compris en un livre précédent, ainsi que dans toutes les études qui composent ce volume, on a montré le poiwoir départi à F homme de se concevoir autre qu'il n'est, comme la cause de tous les chang-ements qui s'accomplissent dans le milieu humain : principe de tout progrès d'une part, principe, d'autre part, de toute erreur sur soi-même, source de tout ce que l'action humaine comporte de drame ou de comédie. On tient à fixer ici la valeur relative de cette conception.

Dès que l'on considère, sous le jour qu'elle projette, les modes et la nature de notre faculté de connaître, celle-ci montre sans réticence la relativité de son pouvoir. Nous ne connaissons toutes choses et nous-mêmes que dans un à-peu-près.

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Toute expression déibrnie — en même temps qu'elle é\oque — son objet. La réalité est intangible ou plul(H elle n'existe que dans les représentations symboliques que nous en composons. Toute parole est métaphore, signe fi<^é, équivalent g'rossier d'une réalité instable et fuyante qui échappe incessamment et par nature à l'étreinte du présent et ne réussit à se figurer dans l'esprit qu'à travers les perspectives de la mémoire et de l'hypothèse. Cette conception du Bovarysme qui accuse la présence d'une fiction, d'un à-peu-près dans tout fait de connaissance, cette conception qui est elle-même un moyen de connaître, d'apprécier et d'évaluer, échappe-t-elle donc à cette nécessité à laquelle elle contraint toutes les autres opérations de l'esprit? En aucune façon, on a hâte de le dire. A faire cette déclaration, loin de croire que Ton en restreint la portée et qu'on la déprécie, on prétend faire en sorte, au contraire,, que, n'entrant pas en contradiction avec elle-même, elle conserve toute sa valeur d'application. C'est, pense-t-on, la montrer viable et dénature intelligible que marquer sa place dans le domaine du relatif et de l'à-peu-près hors duquel il n'est point de connaissance possible. La conception du Bovarysme selon laquelle toute représentation du réel, au regard de l'esprit, n'est qu'une approximation, un à-peu-près, une image, cette conception ne parvient elle-même à se formuler qu'au moyen d'une métaj)hore et dans un à-peu-près.

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L'homme se conçoit autre qu'il n'est. A travers cette fausse conception de lui-même, il conçoit tous les autres phénomènes autrement qu'ils ne sont. Oui, celte formule elle-même est encore une métaphore, elle est elle-même une façon d'exprimer les choses autrement qu'elles ne sont. Oui, une fiction, une erreur, une construction conventionnelleinterviennent dans sa composition commedans tous nos procédés de connaissance^ comme dans toutes les inventions de l'esprit pour parvenir à s'objectiver et à se saisir. Il est inexact de dire d'un être, qui n'existe que dans la suite de ses transformations et des conceptions changeantes qu'il se forme de Ini-mème, qu'il se conçoit autre qu'il n'est. Une telle proposition fait mine d'accorder crédit à une existence distincte et séparée — chez l'homme — de ces suites d'existences changeantes où il s'aperçoit. Mais elle fait mine, dit-on : ce n'est là qu'une feinte, et sans cette complaisance, sans ce consentement à être dupe de quelque fable, de celle-ci ou d'une autre, l'intelligence humaine devrait renoncer à se formuler jamais. Si l'esprit construit le général avec le particulier, l'abstrait avec le concret, il ne saisit aussi le particulier et le concret que dans le g-énéral et dans l'abstrait, par rapport au g-énéral et à l'abstrait, qui n'ont point d'existence réelle. Cette fiction sur laquelle s'appuie, pour se formuler, la conception

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(lu Bovai} bine, celle fiction d'une réalilé dislincte des représentations successives où elle apparaît, c'est la fiction même de l'identité du moi. Chaque homme y adhère, pratiquement du moins, dans son for intérieur. C'est çrâceà elle queles dilférents inslants de chaque vie individuelle parviennent à composer un tout et prennent, pour l'individu luimême et pour les autres, un intérêt et une sig^nification, car c'est seulement par rapport à cette image abstraite et générale que ces différents instants deviennent perceptibles, c'estseulementsur ce fond irréel qu'ils se détachent et se disting-uent. Le Bovarysme, en tant que moyen de concevoir le réel, prend donc son point d'appui sur celte fiction d'un moi distinct de la suite des chang^ements où il évolue. Il prend sur elle son point d'appui, le temps qu'il lui faut pour se formuler, pour instiluer une perspective et un point de vue, Sitôt cet office rempli par la fiction, et le moment sitôt écoulé durant lequel elle fut, en quelque sorte, matérialisée par la croyance et transformée en cette substance solide sur laquelle l'esprit çrave ses sig"nes, et voici qu'elle peut sans dommage èlre désavouée par l'intelligence critique et reprendie sa ductilité, son inconsistance premières. Une telle conception, qui se fonde, à la manière de toutes les autres inventions de l'activité mentale, sur un tel jeu de perspectives et de fictions, on ne la donne

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