C. Palpe maxillaire
Les orifices du corps sont, sur la ligne médiane : l’orifice de la glande céphalique, située au-dessus du capitulum ; lorifice génital, transversal chez la femelle, en forme d’U renversé chez le mâle; l’anus, le forme ronde, mesurant 200 & environ et entour“ d’une dizaine de poils. Latéralement, sur la hanche de la 1" paire de pattes se trouve l’orifice des glandes
coxales et, derrière la hanche de la 4 paire de pattes, s'ouvre de chaque côté un stigmate respiratoire.
Les sillons, très accusés chez l’animal à jeun, sont cependant encore visibles quand celui-ci est repu. On distingue :
1° Le sillon infra-coxal qui s’arrête généralement à l’interligne des hanches I et II, mais peut parfois ébaucher un prolongement entre ces deux hanches;
2° Le sillon pré-anal qui rejoint le sillon infracoxal;
3° Le sillon post-anal transverse, situé à égale distance de l’anus et du bord postérieur, et qui dessine une accolade ouverte en arrière;
4° Le sillon post-anal médian très large à son origine, qui s’atténue progressivement et qui, après avoir coupé en deux le sillon précédent, se termine à égale distance de ce sillon transverse et du bord postérieur.
La MORPHOLOGIE INTERNE d’Ornithodorus erraticus n'offre rien de spécial à cette espèce. Comme chez tous les Ixodidés le tube digestif comprend un œsophage grêle qui conduit dans un estomac volumineux }résentant plusieurs paires de longs cæcums repliés sur eux-mêmes. L’intestin grêle fait suite à l’estomac et conduit à l’anus. A la jonction de ces deux segments intestinaux s'ouvrent les deux longs tubes excréteurs de Malpighi.
Les glandes salivaires, en grappe, sont très développées. Les acini sont composés de cellules de deux sortes, les unes sécrétant la salive, les autres un venin plus ou moins irritant et toxique.
Les organes génitaux du mâle sont constitués par
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une paire de testicules dont les canaux déférents, munis d’un certain nombre de glandes annexes multilobées, débouchent à l’orifice sexuel après s’être unis en un Canal unique continué par le spermatophore.
Les organes génitaux de la femelle sont composés d’un ovaire unique, cylindroïde, recourbé en fer à cheval, à concavité antérieure dont les deux extrémités se continuent par des oviductes qui aboutissent à l’orifice génital. L’ovaire est recouvert d’oocytes à tous les stades de développement, supportés par un pédicule nourricier comportant une ou plusieurs assises de cellules.
La cavité générale est baignée par le liquide cœlomique, riche en globules sanguins. Les muscles, très nombreux, s’insèrent sur la cuticule. Signalons enfin les glandes coxales dont l’orifice excréteur se trouve sur la hanche de la 1" paire de pattes.
Comme tous les Acariens, Ornithodorus erraticus est hématophage à tous les stades de son évolution; mais il n’a pas besoin d'effectuer des repas très rapprochés pour subsister : tous les entomologistes ont été frappés de sa très grande résistance au jeûne, qui peut aller jusqu’à vingt-huit mois. Recherchant de préférence certains hôtes tels que le porc et les petits rongeurs, cette Tique se contente facilement du premier animal venu et, à la fin du repas, qui peut durer plusieurs heures, elle élimine, par l’orifice des glandes coxales, un liquide hyalin abondant : le liquide coxal.
L’accouplement est facile à suivre : après avoir
PR. LR
agrandi la vulve de la femelle avec son rostre, le mâle y introduit son spermatophore qui déverse alors son contenu. La ponte se produit lorsque la femelle est gorgée de sang; l’Ornithodore évagine sa glande céphalique bicorne de façon à entourer la vulve avec ses deux expansions. Dès qu’un œuf apparaît à l’orifice de ponte, il est recouvert par un liquide visqueux que la glande a laissé sourdre. La femelle dépose ainsi plus de cent œufs et, contrairement à ce qui s’observe chez les Ixodinés, elle ne meurt pas après cette ponte, elle est même capable d’en effectuer une dizaine d’autres dans l’avenir.
Vers le huitième jour, une larve hexapode sort de l'œuf, cette larve qui possède un rostre terminal et des ambulacres n’a jamais d’écusson. Elle se gorge de sang en quelques minutes sur l’hôte qui l’héberge, mue quelques jours plus tard en donnant des nymphes octopodes qui, elles aussi, se gorgent rapidement et donnent, après quatre ou six mues, des animaux adultes.
Ornithodorus erraticus, dont la longévité dépasse plusieurs années — quatre ou cinq — est un Acarien nocturne qui se rencontre en abondance dans les terriers des petits rongeurs, au voisinage des porcheries, dans les craquelures des étables faites d’argile, dans le sable auprès des puits où s'arrêtent les caravanes et aussi sous les nattes et les tapis placés sur le sol de certaines habitations. Ses mœurs sont assez voisines de celles des Punaises, c’est donc un animal casanier n’ayant aucune tendance à quitter le gîte où il s’abrite. Cette particularité de la Tique adulte
est en partie expliquée par sa très grande résistance au jeûne. Par contre, la larve et la nymphe, obligées de se nourrir coûte que coûte si elles veulent assurer leur évolution, sortent pour chercher ailleurs ce qu’elles n’ont pas trouvé dans leur gîte.
Tout d’abord, localisé uniquement au Maroc, Ornithodorus erraticus a été successivement retrouvé ensuite en Espagne, en Algérie, en Tunisie, au Nord du Sénégal Actuellement il semble bien que son aire de dispersion s’étend du Moghreb à l'Egypte et peutêtre aussi en Grèce.
Nourrie sur un hôte porteur de Spirochaeta hispanicum, la Tique se contamine, et son infection, susceptible d’être réalisée chez le mâle comme chez la femelle ,aussi bien au stade larvaire ou nymphal qu’à l’état adulte, durera pendant toute sa vie et se transmettra héréditairement aux générations successives. Par la suite, lorsque l’Ornithodore contaminé attaque l’homme ou encore un animal, il l’inocule à son tour; la morsure qu’il a provoquée est douloureuse et détermine une ecchymose violacée de 1 ou 2 centimètres de diamètre souvent accompagnée d’une petite zone indurée. Cette ecchymose se teinte progressivement en violet foncé de la douzième à la trente-sixième heure pour disparaître en général au bout de quatre ou cinq jours. Le mode de contamination est ainsi réalisé par la piqûre, mais il existe en outre un autre moyen : l'émission de liquide coxal consécutive à tout repas. Ce dernier mode n’est pas admis par Delanoë, qui n’a jamais constaté de Spirochètes dans ce liquide et a vu l'infection se produire malgré l’absence d'émission de liquide coxal.
A côté d’'Ornithodorus erraticus, dont le rôle d’hôte intermédiaire dans la fièvre récurrente hispano-africaine est au tout premier plan, il faut réserver une place accessoire aux divers autres représentants du genre Ornithodorus : O. moubata, O. savignyi, O. venezuelensis, O. papillipes, O. turicata, etc. L’expérimentation et quelquefois les faits épidémiologiques ont en effet démontré l’aptitude générale des Ornithodores, quelle qu’en soit l’espèce à recevoir et à transmettre les Spirochètes récurrents qu’un représentant du genre déterminé transmet habituellement dans la nature. C’est ainsi que ©. erraticus peut, à l’occasion, servir d’hôte intermédiaire au Spirochète de Dutton, transmis normalement par O. moubata.
Les Punaises, les Puces, les Poux, qui ont parfois donné des résultats positifs entre les mains de différents auteurs, ne jouent vraisemblablement aucun rôle en dehors du laboratoire et des conditions auxquelles on soumet ces animaux. Il faut formuler les mêmes restrictions vis-à-vis d’'Haemaphysalis inermis.
Par contre, la Tique du chien — Rhipicephalus sanguineus — semble bien mériter une place toute spéciale au chapitre des agents vecteurs de Spirochaeta hispanicum. Cet Acarien, de la famille des Ixodidés, sous-famille des Ixodinés, est assez cosmopolite : dans les régions tropicales il se rencontre toute l’année sans prédominance saisonnière bien marquée ; dans les régions tempérées, dans le Midi de la France par exemple, il apparaît en avril et disparaît en septembre et hiberne à l’état de nymphe gorgée ou d’adulte à jeun. Parasite du chien et de trente-trois autres
At
mammifères, y compris l’homme, son rôle pathogène risque de prendre une grande extension, et cependant, la part que prend cet Acarien dans la propagation de la fièvre récurrente hispano-africaine doit être considérée comme relativement modeste comparée à celle d’Ornithodorus erraticus. C’est A. Sergent qui, en 1933, trouva des Rhipicéphales naturellement infectés par Spirochaeta hispanicum dans une localité où un cas humain et des cas murins étaient constatés, et montra que ces Tiques nourries au stade larvaire sur des rongeurs infectés étaient capables, au stade suivant, de transmettre le virus par piqûre à un sujet neuf.
A côté de ces contaminations fortuites, on enregistre aussi des infections accidentelles, surtout dans les laboratoires.
Les Tiques, très nombreuses, peuvent s’enfuir et passer inaperçues en raison de leurs faibles dimensions : elles attaquent ensuite le personnel chargé des recherches. De plus, au moment des prélèvements pour examens ou passages, les doigts sont facilement souillés par le sang des animaux, particulièrement en comprimant l’oreille du cobaye pour obtenir la goutte de sang nécessaire. C’est le cas de Magid Rahal ; c’est celui d’un indigène musulman chez qui la projection dans l’œil droit d’une gouttelette de sang d’un cobaye détermina une fièvre récurrente typique. C’est enfin le cas de Delanoë qui fut piqué par deux larves primaires d’Ornithodorus erraticus.