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jeunes animaux. Le porc est donc sensible au Spirochaeta hispanicum, mais cette sensibilité semble trop faible pour qu’on puisse considérer cet animal comme jouant un rôle vraiment important dans la conservation habituelle du virus. Tout au plus peut-on accorder qu’en favorisant les moyens d’existence et de multiplication des Ornithodores, sa présence intervient au second degré dans l’entretien de l’endémie.
Après avoir définitivement écarté le rôle du porc dans la conservation de Spirochaeta hispanicum, Delanoë ne devait pas s’en tenir à ce premier résultat négatif; bien au contraire, cet auteur allait s’attacher à préciser le rôle des différents animaux communément rencontrés au Maroc. Pour commencer il explora minutieusement les terriers des porcs-épics. Dans ces terriers, difficiles à repérer, il découvrit de nombreux Ornithodores ; et l’intérêt de cette trouvaille ne lui échappa point, car il entreprit aussitôt une série d’expériences qui devaient aboutir aux résultats suivants. Les jeunes. porcs-épics sont naturellement infectés par Spirochaeta hispanicum ; la présence du virus, quelquefois décelée dans le sang du cœur, est surtout mise en évidence par l’inoculation de ce sang au cobaye qui se révèle fréquemment positive. Au contraire, chez les animaux plus âgés, cette inoculation reste sans effet: c’est que Paction protectrice du sérum se montre des plus puissantes vis-à-vis de toutes les variétés de Spirochaeta hispanicum, à tel point que l’animal résiste facilement à une forte injection intrapéritonéale de virus. Cette immunité naturelle, une fois acquise, semble
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être de très longue durée, sinon définitive, et jamais les Spirochètes ne sont retrouvés dans les centres nerveux.
Poursuivant ses recherces, Delanoë s’adressa ensuite à d’autres petits rongeurs. Le mérion, si répandu dans certaines régions de l’Afrique du Nord, à tel point que sa présence n’est pas exceptionnelle au cœur même des villes, s’est montré naturellement infecté avec une extrème fréquence et cet animal doit être considéré comme l’un des plus importants réservoirs de virus.
Par contre, les rats d’égoût, les souris grises, les musaraignes sauvages, les gerbilles, les lièvres n’ont pas donné de résultats positifs entre les mains de Delanoë; il est vrai que les recherches de cet auteur n’ont porté que sur un nombre relativement limité d'exemplaires, ce qui ne nous permet pas d’éliminer d’une manière définitive le rôle possible de ces petits animaux. D'ailleurs, une enquête commencée en 1933 et poursuivie en 1934 par Blanc, Noury et Fischer leur a permis de reconnaître qu’à Casablanca, le rat commun — Mus norvegicus — est incontestablement un des réservoirs du virus de la fièvre récurrente hispano-africaine, puisque l’on trouve en moyenne un de ces animaux infecté sur vingt-sept.
Le hérisson présente une infection naturelle qui est susceptible de persister assez longtemps, puis progressivement, à mesure que cet insectivore vieillit, on voit apparaître chez lui une immunisation croissante qui deviendra vite définitive.
L'examen microscopique du sang pratiqué chez le
renard n’a jamais permis d’y rencontrer des Spirochètes récurrents; il a fallu, pour reconnaître linfection naturelle, recourir à l’inoculation au cobaye. Chez les jeunes renardeaux cette infection peut étre d'assez longue durée, et dans un cas elle a pu atteindre cinquante-quatre jours. Le rôle du système nerveux dans la conservation du virus doit être écarté; en effet, lorsque l’animal est encore en voie d’infec- {ion sanguine, les centres nerveux peuvent être ou non infectants ; quand il existe, leur pouvoir pathogène disparaît toujours en même temps que la virulence du sang.
Le chacal, l’écureuil de Gétulie et la belette se sont montrés naturellement infectés par Spirochaeta hispanicum et, dans certaines circonstances, leur sang est demeuré virulent pendant au moins un mois. La proportion des animaux dont le sang avait fourni une inoculation positive au cobaye était d’autant plus élevée que les recherches avaient porté sur des individus plus jeunes.
Certains rongeurs : porcs-épics, mérions, rats, ecureuils de Gétulie — certains carnivores : renards, chacals, belettes — certains insectivores : hérissons peuvent donc jouer le rôle de réservoirs de virus pour le Spirochaeta hispanicum. I] resterait à établir la participation possible des chiens, des chats, des lapins et encore de bien d’autres animaux. Mais déjà la liste de ceux qui ont fourni des résultats positifs est assez longue et cette multiplicité d'espèces animales susceptibles d’héberger le virus tient évidemment au manque de spécificité de l’Ornithodore dans son parasitisme.
Déjà l’étude expérimentale nous avait montré les réactions biologiques différentes de tous ces animaux envers l’inoculation du Spirochète récurrent; il suffit que l’un d’eux soit réceptif et puisse entrer en contact avec des Ornithodores infectés pour devenir lui-même réservoir de virus. Dès lors on peut envisager que le jour où les Tiques auront acquis une plus grande extension, les réservoirs du virus hispano-africain se multiplieront à l'infini : le singe, l’âne, le cheval pourront à leur tour être incriminés.
Mais il est un fait d’une importance capitale bien mis en valeur par Ch. Nicolle et Delanoë : l’immunité naturelle acquise par les différentes espèces animales au cours de leur vieillissement. Généralement réceptifs dans les premières semaines de leur existence, les petits mammifères le sont beaucoup moins au fur et à mesure de leur développement. Dès lors, comment expliquer la conservation du Spirochète dans la nature ? Nicolle, Anderson et Colas-Belcour ont émis une hypothèse assez vraisemblable.
Ornithodorus erraticus contamine les rongeurs des terriers dans lesquels il s’est réfugié; ces rongeurs abandonnent provisoirement leurs gîtes qui servent de refuge temporaire pour des animaux à sang froid, mais tôt ou tard ils reviennent à la galerie qu’ils ont creusée. Pendant leur absence, les larves et les nymphes d’Ornithodores infectées héréditairement ont assuré la conservation du virus et ce sont elles qui, au retour des hôtes réguliers, contaminent par leur piqûre les jeunes portées de mammifères. Sur ces animaux infectés, d’autres nymphes, d’autres Tiques
s’infecteront à leur taur et ainsi s'établit tout un cycle de réinfections successives, de telle sorte qu’en fin de compte on doit considérer dans la pratique tous les Ornithodores et tous les rongeurs comme porteurs
de Spirochètes récurrents.