‹ La Fièvre Récurrente Hispano-Africaine: À Spirochaeta HispanicumChapitre 8 sur 21 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La fièvre récurrente hispano-africaine, décrite pour la première fois par Sadi de Buen, est venue prendre place, en 1926, dans le chapitre particulièrement important des spirochétoses sanguines. Il est bien vraisemblable que l’existence de cette affection soit antérieure à son identification, et pour nous en convaincre, il suffit de voir par quelles phases s’est établie la notion des fièvres récurrentes.

Apparues relativement tard dans l’histoire de la pathologie exotique, ces maladies sont longtemps confondues avec le paludisme, la fièvre jaune ou le typhus exanthématique et il faut attendre 1843, pour avoir la première description clinique que nous en donnent Craigie et Henderson, lors d’une épidémie écossaise.

La présence d’un Spirochète dans le sang des sujets atteints de récurrente fébrile qu’'Obermeiïer met en évidence dès l’année 1868, fournit alors au médecin un signe pathognomonique pour le diagnostic de l’infection. A partir de cette date, la question revêt toute son ampleur : on ne tarde pas en effet, à découvrir, en divers pays, l’existence de multiples foyers de fièvre récurrente.

Pour ce qui concerne nos possessions d'Afrique du Nord, il faut noter que le premier tableau clinique

BALE RTE

constaté en Algérie nous est rapporté par Arnould, en 1876. Billet, à Constantine, en 1902, et Lafforgue, à Tunis, en 1903, établissent l’existence irréfutable de la fièvre récurrente par la découverte de Spirochètes dans les lames de sang. L’affection, par contre, semble inconnue dans l’empire chérifien, tout au moins n'est-elle pas mentionnée dans les ouvrages de Raynaud, Herzen et Douzans, relatifs à la pathologie marocaine. Cependant, dès 1908, Miss G. R. Breeze publie les premiers cas de fièvre récurrente survenus à Tanger, elle les rattache naturellement à la maladie de Dutton, car elle ignore les différents travaux parus sur le Spirochète d’Obermeier.

De leur côté, la plupart des médecins militaires qui accompagnent les premières troupes d'occupation constatent, à différentes reprises, la présence de Spirochètes sur des lames de sang qui leur sont adressées pour la recherche des Hématozoaires. Et s’ils rattachent ces parasites au Spirochète d’Obermeier, il nous est néanmoins permis d'émettre actuellement quelques doutes sur l'exactitude de cette identification en raison de l’arséno-résistance de certaines formes et du petit nombre de Spirochètes observés sur les préparations.

En 1909, Tournade observe à Bou-Znika 18 cas de fièvre récurrente, dont il fait l’étude hématologique : il constate de la polynucléose et de l’augmentation de la résistance globulaire alors que, dans le paludisme, il y a de la mononucléose et une fragilité assez marquée des hématies. Tournade croit, lui aussi, avoir affaire au Spirochète de Dutton ; toutefois, dans la thèse qu'il inspire à G. Détis, en 1911, il est curieux

de noter ces phrases : « D’après les observations que « nous rapportons, l’allure clinique s’est offerte tantôt « grave, tenace ; tantôt bénigne, éphémère. De même, « les Spirilles se déclaraient abondants dans le sang « circulant ou au contraire très rares. Il faut donc « admettre ou bien que l’épidémie observée relevait « à la fois de deux sortes de Spirilles et alors il fau- « drait décrire plusieurs espèces africaines ou bien, « ce qui est plus vraisemblable, que le même Spirille « peut indifféremment provoquer des cas clinique- « ment susceptibles de différences, sans doute en « fonction du terrain ».

Spirochæta hispanicum, était-il en cause dès cette époque ? Sans pouvoir l’affirmer d’une façon catégorique, il est cependant assez justifié d’en retenir la possibilité.

En 1912, Sergent et Foley font la découverte de Spirochæta berbera (variété du Spirochète d’Obermeier), agent d’une fièvre récurrente en Algérie et c’est à propos de cette espèce que Nicolle, Blaizot et Conseil fixent le mécanisme de la contamination par les Poux. En 1914, Billet et Grenier signalent 72 cas de fièvre récurrente au Maroc Oriental et attribuent la maladie au Spirochæta berbera ; la même année, Folly attire l’attention sur une épidémie survenue à Bou-Denib et, en 1915, la thèse d’Alain Tresvaux du Fraval rapporte les cas observés pendant huit mois à Salsafat. Il semble bien que la plupart de ces infections doivent être rapportées à la récurrente mondiale, mais toutefois, il est bon de remarquer que le traitement arsénical n’en a pas toujours amené la guérison

rapide.

sit

Le 16 août 1922, Sadi de Buen, remarque la présence de Spirochètes en examinant un frottis de sang prélevé sur un malade qui était soigné dans le dispensaire antipaludique de Navalmoral de la Mata (Province de Cacérès). L'année suivante, cinq constatations identiques l’amènent à admettre l’existence en Espagne de fièvre récurrente cosmopolite. La recherche des Poux sur le corps et dans le linge des malades se révèle infructueuse, aussi cette anomalie demandet-elle une explication. En 1924, les premiers travaux expérimentaux sont alors entrepris et ont pour résultat de mettre le Pou absolument hors de cause dans la transmission de cette nouvelle spirochétose. Faute de précisions, on la rapproche de la récurrente africaine transmise par les Ornithodores, bien qu’en Espagne, on ne connaisse aucun représentant de ce genre.

Au cours des séances qui se déroulent les 13 et 20 février 1926, à l’Académie royale de Médecine de Madrid, Sadi de Buen présente un mémoire consacré à l’étude des 66 premiers cas de fièvre récurrente constatés en Espagne jusqu’à cette époque et de leur agent pathogène : Treponema hispanicum.

Les choses en sont là, lorsque, au cours d’une épidémie survenue dans le village de Navamorcuende, les Docteurs Ortega et Zamorano incriminent les Chinchorros des porcheries comme agents vecteurs du Spirochète. Ces petits animaux ne sont en réalité que des Ornithodores de l’espèce marocanus Vélu ainsi que le précise Collado.

Dès lors, l’idée vient naturellement aux chercheurs que la Tique, fréquemment rencontrée au Maroc,

ES |-| ue

peut être, là aussi, à l’origine de la transmission de fièvres récurrentes. En mars 1928, Nicolle et Anderson, de l’Institut Pasteur de Tunis découvrent chez des Ornithodores, envoyés du Maroc par H. Vélu, un Spirochète très semblable à celui décrit par Sadi de Buen. Ils l’appellent Sp. hispanicum, variété marocanum et prévoient que sûrement on trouvera au Maroc des cas de récurrente espagnole.

Dès juillet 1928, les événements leur donnent raison : M. le Médecin Capitaine Chaubet signale que, deux ans auparavant, il a eu l’occasion d’observer, à Kénitra, trois cas de fièvre récurrente que les caractéristiques cliniques et la résistance marquée au traitement habituel de la récurrente mondiale lui permettent de rattacher à la récurrente espagnole. C’est ensuite M. le Médecin-Colonel Hornus, qui apporte la même opinion pour divers cas observés dans la région de Rabat ; de plus, cet auteur isole du sang de lun de ses malades un Sp. hispanicum var. marocanum typique.

En 1929, Remlinger, Catanié et Baïlly publient l’observation d’un malade habitant Tetuan qui, après avoir été piqué par des Tiques, fait une récurrente espagnole très nette et fournit par inoculation au cobaye une souche virulente de l’agent pathogène.

L’affection est ensuite signalée à de nombreuses reprises et justifie amplement la nouvelle dénomination de récurrente hispano-marocaine.

Entre temps, l’Institut Pasteur de Tunis poursuit ses travaux : il étudie les caractéristiques biologiques des Spirochètes et les conditions de leur transmission

LAMACHE i

par les Ornithodores, cependant que Colas-Belcour établit l'identité d’Ornithodorus marocanus Vélu 1919 avec Ornilhodorus erraticus Lucas 1849.

Les entomologistes, de leur côté, ne restent pas inactifs : ils signalent l’existence de la Tique en Algérie et en lunisie. À nouveau, Nicolle et Anderson se font prophètes et entrevoient une propagation de la fièvre récurrente à ces pays ; une fois de plus, leurs prédictions se réalisent. Dès 1931, avec Le Chuiton, ils publient le premier cas observé en Tunisie. En 1935, Sergent, Manceaux et Balliste apportent à leur tour l'observation d’un premier cas algérien, et considèrent la Tique du chien comme agent de transmission naturelle. L'ancienne récurrente espagnole, devenue hispano-marocaine s’appellera désormais hispano-africaine.

Les enquêtes épidémiologiques, inlassablement poursuivies depuis 1928, s’attachent à préciser le rôle possible des différents animaux en tant que réservoirs de virus et c’est incontestablement Delanoë qui apporte la plus belle et la plus vaste contribution à ces recherches.

En 1936, Caminopetros et Triantaphyllopoulos établissent l’existence en Grèce d’une fièvre récurrente dont les Spirochètes revêtent les caractères de Spirochæta hispanicum et l’année suivante, Durieux, Arquié et Carrière signalent un cas de récurrente hispano-africaine importé à Dakar par un matelot aidecuisinier à bord du croiseur-école Jeanne-d'Arc, qui avait fait escale à Casablanca une dizaine de jours

auparavant. Pour peu que se multiplient les apports

accidentels de l’agent pathogène, il est permis d’envisager une extension possible de l'affection au Sénégal où la présence d’Ornithodorus erraticus est déjà signalée et où les nombreux petits rongeurs peuvent devenir les réservoirs du virus.

Après avoir longtemps retenu l’attention des expérimentateurs et des épidémiologistes, la récurrente hispano-africaine entre ensuite dans une nouvelle phase : celle de la clinique. Diverses complications sont, en effet, rapportées à la maladie ; en 1936, Ponsan et Pagès signalent un syndrome d’hypertension intracranienne ; en 1937, Fort, Bernier et Blancardi notent l’apparition de deux cas de paralysie faciale et de réactions méningées importantes ; en 1938, Liégeois, Pagès, Duguet et Pouhin d’une part; Grévin et Vuillaume, d’autre part, insistent sur les complica- {ions cérébro-méningées et oculaires de la fièvre récurrente.

Enfin, dans sa séance de novembre 1938, la Société de Médecine et d'Hygiène du Maroc met à l’ordre du jour la question des fièvres récurrentes et, en janvier 1939, M. Balthazard dresse le bilan de nos connaissances actuelles sur ce sujet.

0 | mais fiat | vtt aenf ei PE Le ue Din Here ae.

- te db 1 de dE HART MAIN nt Mar rt-qu À mer:

{1eme

ne Re, Ye n | na PORTO TR EEE Fe .

ne ï Arr œti f ( afifouts | ais à DURS Fa Par, : AT axf tue: PAU ans te | em ru PS mihbadiirdqen mére:

| h Ua TNE F nt 1 UE ON : NI 4 { à 2 Les OCT P ALT re . pad il re L UE ne QUE à l | 0, Milan Mod ouh, be ; MUR TTENOUETTUE rs (is MR . LA SN SN es AE & : | QULMENT ON Tan if. uns He Ho era lin male Masse > ( rl | = Lin L A "7 : à .

/ TIC Vera 2 Alibi in 4 È L = «= | | Le . , n | abdos > sp : | u ERC") D ORNE èa D TT | LL rent | NTI. A “Peu:

Lt Mau she ont ‘ou oui <dbua N | FPE ES LITE J L'E iétet Qu pi : | CF L | :

: 4 u .. é £ LS | " | DS Pr pu DORE | = LR

LE SPIROCHETE

Méthodes d’observation et Morphologie

C’est dans le sang périphérique des sujets atteints de fièvre récurrente hispano-africaine qu’il convient de rechercher l’agent pathogène : Spirochæta hispanicum.

Le moment opportun pour effectuer cette recherche n’est pas indifférent : le parasite, en effet, n’est pas retrouvé à toutes les périodes de la maladie. Pendant les phases d’apyrexie, on ne l’a jamais observé ; par contre, au cours des accès, et principalement lorsque survient la crise terminale, il est habituel de noter sa présence. Mais jamais, on ne devra s’attendre à le trouver en grand nombre : le Spirochète est toujours disséminé et rare sur les frottis de sang.

L'examen du sang peut se pratiquer à l’état frais ou sur des préparations colorées.

A l’état frais, une goutte de sang est déposée entre lame et lamelle pour être examinée à l’ultramicroscope ou même au microscope ordinaire fortement diaphragmé. Après avoir parcouru plusieurs champs, l'observateur est frappé, au premier abord, par la mobilité inattendue de certains globules rouges, dont les mouvements sont d’autant plus vifs que la température de la platine chauffante se rapproche davan-

US, dre

tage de celle du corps humain. Après quelques instants de recherches minutieuses, au voisinage même de ces hématies mobiles, il ne tarde pas à remarquer la présence de Spirochètes.

Leur morphologie n'offre aucun caractère particulier susceptible de permettre une différentiation avec les Spirochètes des autres fièvres récurrentes. Ce sont des éléments filiformes, larges de 8 à 15 u sur 0,2 à 0, 4 u de large, présentant 4 à 6 tours de spire.

Leur mobilité est aussi grande que variée et les auteurs qui se sont intéressés à cette question ont décrit :

1° Des mouvements spiralés par rotation autour de l'axe longitudinal, le parasite paraissant progresser dans le plasma à la facon d’une vrille dans un solide. Ces mouvements sont très rapides et s’exécutent tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre pour faire avancer ou reculer le Spirochète.

2° Des flexions brusques de tout le corps produisant de subits changements de direction ou réalisant une disposition en anneau plus ou moins régulièrement arrondi. Cet anneau tourne sur lui-même, tantôt à droite, tantôt à gauche, avec une très grande vitesse, puis finit par se rompre, et le Spirochète, une fois détendu, reprend ses mouvements de vrille.

3° Des ondulations sinusoïdes sur place, le parasite restant fixé par une extrémité sur une hématie. C’est d’ailleurs dans cette dernière position que Spirochaeta hispanicum se rencontre le plus souvent.

Ces mouvements ont pour résultat de bousculer les globules rouges du voisinage et de leur communiquer

NOT an

les déplacements qui avaient attiré notre attention au début de l'examen.

Avec les préparations colorées, la recherche des parasites est possible soit en étalements minces ordinaires, soit en goutte épaisse.

Avec la méthode panoptique de Fontana-Tribondeau, avec le violet de gentiane phéniqué, la fuchsine de Ziehl, le Giemsa, les Spirochètes apparaissent dans l’intervalle des hématies. Très simplement, une goutte de sang additionnée d’un peu d’encre de Chine, étalée puis séchée, montre, sur un fond noir, les parasites qui se détachent en blanc avec un faux air de streptocoques en longues chaînettes.

Mais, par ces procédés, il est absolument nécessaire de parcourir un nombre considérable de champs — une centaine parfois — avant d’apercevoir un seul Spirochète. Aussi, le plus souvent a-t-on recours au procédé de la goutte épaisse qui consiste à obtenir un étalement assez épais en faisant couler d’un bout à l’autre de la lame une grosse goutte de sang; après fixation, on déshémoglobinise par un procédé quelconque (alcool au tiers, eau distillée, formol acétique..), puis on colore par les techniques habituelles (violet de gentiane, fuchsine, bleu de méthylène...). Selon que la fixation aura été brutale (chaleur, alcool absolu) ou délicate (alcool-éther) le Spirochète apparaîtra sous des aspects différents : pelotonné et enroulé sur lui-même dans le premier cas, déployé en belles lignes sinueuses de quatre à six tours de spire dans l’autre. Ces modifications sont importantes à constater; les premiers chercheurs avaient cru trou-

ver des caractères morphologiques propres à chaque espèce de Spirochètes, mais, comme Brumpt l’a fait remarquer : « Les différences morphologiques signalées par les auteurs sont dues à l’âge des Spirochètes, à l’espèce animale inoculée, et, surtout, au mode de préparation du frottis, à son épaisseur, à la rapidité de la dessication, ainsi qu’aux colorants employés ».

L'évolution de Spirochaeta hispanicum chez son hôte intermédiaire est assez mal connue. Les travaux de P. Hatt ont jeté quelques lumières sur cette question. Cet auteur, utilisant la méthode des coupes en série après imprégnation argentique d’Ornithodores infectés, a constaté l’existence de formes métacycliques comparables à celles des autres Spirochètes; il a cependant noté une persistance plus longue des parasites dans le tube digestif et une fragmentation plus progressive : c’est seulement vers le vingt-sixième jour que le sang des Ornithodores est envahi par les Spirochètes. Chez l’homme, il est vraisemblable que l’agent pathogène subit également une évolution : entre les accès le sang reste infectieux alors que les Spirochètes ont disparu; Nicolle a émis une hypothèse séduisante sur cette évolution : « Il y aurait en somme trois formes successives chez le Spirochète : la granulation indifférente, le Spirochète prévisible pathogène, le Spirochète adulte dans lequel revivrait la forme ancestrale saprophyte ».

Culture

Spirochaeta hispanicum a été cultivé avec une relative facilité dans plusieurs milieux de culture, dont les principaux sont ceux de Noguchi, de Li Yuan-Po, de Manteufel et Dressler, de Marchoux et Chorine, etc. En principe, il est indispensable : que ces milieux renferment des fragments de tissus embryonnaires, ou de tissus vivants, ou encore du sang, et qu’ils soient maintenus dans une atmosphère dont la température optima est de 37° et le pH optimum voisin de 7,4.

Inoculations à l’homme et aux animaux

L’étude expérimentale de la spirochétose hispanoafricaine a suscité de multiples et abondants travaux.

Dans certaines circonstances l’homme s’est prêté spontanément comme sujet d’études; parfois, ce sont des contaminations accidentelles, survenues au cours des manipulations dans les laboratoires, qui ont réalisé l’infestation expérimentale. Enfin, les médecins aliénistes ont eu recours à l'emploi du virus récurrent pour traiter leurs malades selon une méthode inspirée de la malariathérapie. Toujours l’homme s’est montré éminemment réceptif et a présenté, comme il était logique de s’y attendre, plusieurs accès de fièvre séparés par des phases très nettes

d’apyrexie absolue.

NE

Les animaux se sont rangés dans différentes catégories selon leurs réactions biologiques vis-à-vis de Spirochaeta hispanicum. Mais la première caractéristique de la fièvre récurrente hispano-africaine est l'extrême facilité avec laquelle le virus se conserve chez les animaux courants de laboratoire.

Tout d’abord il convient d’étudier ceux qui, avec une constance remarquable, accusent une infection facilement constatée par la présence de Spirochètes dans le sang. Ce sont, en première ligne, les animaux utilisés couramment comme réactifs dans les laboratoires tels que le rat blanc, la souris blanche, le lapin commun et le cobaye. L’infection de ce dernier, comme l’ont montré Nicolle et Anderson en 1927, est absolument caractéristique de la fièvre récurrente hispano-africaine. Le cobaye accuse, en effet, une récurrente fébrile caractérisée par le nombre le plus grand de Spirochètes, le nombre le plus grand des accès et, par conséquent, par la gravité et la longueur les plus grandes. Après quatre à huit jours d’incubation, l’animal présente une première élévation de température qui persiste en moyenne deux jours et au cours de laquelle la recherche des Spirochètes dans le sang est constamment positive; un ou deux jours d’apyrexie succèdent, précédant une première récurrence suivie où non par la suite de plusieurs autres. Mais parfois l’accès peut être unique. Après guérison, les parasites ne sont plus retrouvés à l’examen du sang. Les expérimentations qui ont porté sur les diverses espèces de souris: souris sauvage (Mus musculus), souris naine (Micromys minutus) se sont

97 En

révélées toujours positives; et de leur côté, les rats (Mus decumanus et Mus rattus) ont montré la même réceptivité à l’égard de Spirochaeta hispanicum.

Le porc-épic, le hérisson, la belette, la musaraigne, certaines espèces de singe (Macacus cynomolgus et Macacus sinicus), le jeune chat et le jeune chien accusent une sensibilité réelle et plusieurs auteurs ont pu reproduire chez eux la maladie expérimentale.

Le renard et le chacal, par contre, se sont révélés sensiblement différents : ils ont présenté tantôt une infection typique avec présence de Spirochètes visibles dans le sang périphérique, tantôt cette infection est demeurée inapparente. Leur maladie ne s’est alors traduite par aucun symptôme appréciable, l'examen microscopique du sang n’a point permis d’y déceler la présence de Spirochètes, mais ce sang inoculé au cobaye a reproduit une récurrente fébrile avec parasites aisément reconnaissables.

Chez d’autres animaux l'infection inapparente est la règle, et c’est en particulier le cas pour l’âne, le mouton, le cheval, le mérion, les pigeons et les colombes.

La réaction du porc à l’égard de la fièvre récurrente hispano-africaine est d’un grand intérêt : les premiers chercheurs avaient tous signalé le rôle important qu’il devait jouer dans la propagation des épidémies; en réalité, cet animal est, la plupart du temps, réfractaire à l’infection, mais il est parfois susceptible de contracter une maladie inapparente de courte durée. Vélu, Balozet et Zottner y sont parve-

nus en 1931 après inoculation intraveineuse.

Enfin, il existe une dernière catégorie d’animaux constamment réfractaires et parmi eux : la poule, la tortue, la grenouille, l’anguille et les cyprins ont été signalés par Remlinger et Baïlly.

Au cours de ces multiples expériences, la virulence de Spirochaeta hispanicum s’est montrée très peu sensible à l’égard de plusieurs facteurs. Les variations dans la dose d’inoculation n’ont pas modifié l’évolution de l'infection; cependant, Nicolle et Anderson ont remarqué qu'avec des doses faibles ils obtenaient un plus grand nombre d’accès. Les principaux modes d’inoculation ont fourni les mêmes résultats et ceux qui ont retenu spécialement l'attention des expérimentateurs sont évidemment les plus pratiques. Dans l’ordre d’importance décroissante il faut signaler les voies intrapéritonéale — procédé de choix —, conjonctivale, endonasale et intrapleurale. Les injections intracérébrales, les voies stomacales, rectales, vaginales, intratesticulaires, intramusculaires, intravasculaires, intracardiaques, sous-cutanées, cutanées avec ses divers modes (peau rasée, peau épilée, peau dégraissée, peau scarifiée) donnent également de bons résultats. Par contre, il semble que la muqueuse pénienne soit peu favorable à la pénétration du virus.

Le parasite, inoculé d’une façon quelconque chez l'animal en expérience, est ensuite retrouvé dans l'organisme infecté.

C’est principalement dans le sang qu’il est usuel de le chercher et de le trouver; sa constatation est à éclipses et absolument parallèle à la succession des différents accès qui semblent déclenchés par l’irrup-

tion du Spirochète dans le torrent circulatoire. L’urine des sujets inoculés a montré la présence du virus qu’on a également retrouvé dans la moelle osseuse, les milieux transparents de l’œil, le liquide céphalorachïiden et parfois le lait. D’autre part, la persistance de Spirochaeta hispanicum a été constatée pendant 200 jours dans le cerveau de surmulots et pendant 447 jours dans le cerveau de cobayes infectés expérimentalement. Cette localisation centrale a recu son utilisation qui permet l’entretien du virus dans les laboratoires.

Signalons encore que le cobaye peut à tout moment de sa gestation transmettre à ses fœtus le Spirochète récurrent, la survie des petits atteints de spirochétose congénitale n’excède pas quelques jours et la lactation paraît demeurer étrangère à la transmission de la maladie.

La splénectomie pratiquée sur les animaux en expérience n’a modifié en rien l’évolution de l'infection et le blocage du système réticulo-endothélial s’est montré incapable de provoquer la réapparition de Spirochaeta hispanicum en latence dans le cerveau des cobayes anciennement inoculés. De plus, Vélu, Balozet et Zottner, réalisant une infection mixte avec Trypanosomum marocanum et Spirochæta hispanicum constatèrent que, si la spirochétose est sans action sur la trypanosomiase, celle-ci, par contre, provoque la réapparition des Spirochètes à des moments éloignés de l’inoculation et agit manifestement sur le phénomène des crises en réduisant leur durée et leur

fréquence.

Page 1