II. — NOMENCLATURE. — SYNONYMIE
Le typhus a été décrit sous des noms différents. Voici les plus importants :
1° Typhus. — Typhus (Sauvages, 1760; Cullen, 1769) ; Enccia typhus (Mason Good, 1817) ; Typhus et True typhus (auteurs anglais modernes).
2° Dénominations déduites des caractères contagieux. — Aotu.5ç pro parle (au leurs grecs), Febris peslilens (Galien? Celse? Frascator, 1546; Salius Diversus, 1384; Riverius, 1623; Will'is, 1569; Sydenham, 1668); morbus contagiosus (Frascator, 1346), Parish infection (Rapports sur la mortalité de l'Angleterre, 1600-1700) ; Infectious fever (Lintl, 1763); Peslilential fever (Granl, 1733; Slocker,1826); Der Ansleckende Typhus (J.V. Hildenbrand, 1810) ; typhus contagieux (J. C. Gasc, 1811); Contagious fever (Baleinan, 1818) ; Til'o contagioso (Itossi, 1819) ; contagious typhus (auteurs anglais).
3° Epidémie. — Febris epidcmica (J. Burserius, 1625); Epidemical épidémie fever (Royers, 1734), Febbre epidemica (Rasori, 1813), Epidémie fever pro parte (ailleurs anglais).
4° Eruption cutanée. — Morbus pulicaris (Cardanus, 1543); Febris peslilens quam Cuticulas vel Punclicula vocant (Frascator, 1546 ; Forestus, 1591) ; Tabardiglio et puntos (De Torres, 1574); Febris purpurea epidemica (Theraîus, 1578; Coyltarus, 1578); La pourpre (anciens auteurs français, P. a Castro, 1584) ; Fleckfieber (anciens écrivains allemands, Pa Castro 1594) ; Febris petechialis (N. Massa, 1356; Sennerlus, 1641 ; Selle, 1770 ; Burserius, 1785) ; Febris maligna pulicaris seu punclicularis (Pelt. a Castro, 1584); Pipercoorn (anciens auteurs danois, Forestus, 1591) ; Febris peticularis (Roboretus, 1592); Morbus punclicularis (Donkers ; 1686), Febris petechialis vera (F. Hoffmann, 1700); Spotled fever (Strother, 1729; Short, 1749) ; Febbre petecchiale (Rasori, 1809) ; Morbo petecchiale (Acerbi, 1811, Palloni, 1819); Das Fleckenfieber (Reuss, 1814); Typhus exanlhemalicus und das exanlhemalische nervenfieber (auteurs allemands) ; Typho-rubeoloid (Roupell, 1831) ; Petechial fever (Peebles, 1835) ; Petechial typhus (différents auteurs).
5° Symptômes cérébraux. — Febris maligna cumsopore (Riverius, 1623) ; Fever of Ihe spirils (Quincy, 1721) ; Typhus comatosus (Sauvages, 1760) ; Brain fever, pro parte (différents auteurs).
6° Tendance à la prostration. — Febris asthenica (différents auteurs) ; Febris atacta, pro parle (Selle, 1770) ; Fièvre alaxique,
ÏYPnUS. 331
fièvre adynamique, pro parte (Pinel, 1798) ; adynamic fever (Sloker, 1826 ; Burne, 1828).
7° Caractères putrides. — Febris pulrida et maligna, Synochus pulris, et S. cum putredine (anciens auteurs) ; Febris maligna pestilens (Riverius, 1623 ; Sennertus, 1641 ; Willis, 1659) ; Febris Cacoetbes(Bellini, 1683); Malignant fever (Langrisb, 1735 ; Fordyce, 1791); febris continua putrida (Boerbaave, 1738; Wintringham, 1752) ; PuLrid malignant fever (Huxbam, 1739) ; Febris exanthemalica, maligna, venenosa et perniciosa (J. F. Bianchini, 1750); Febris maligna (Le Roy, 1771) ; Putrid continuai fever (Macbride, 1772) ; Febris continens putrida (Selle, 1770) ; Febris lenta nervosa maligna (Burserius, 1785) ; Das faulfieber (Ilecker, 1809) ;,Febbre putrida (auteurs italiens) ; Fièvres putrides et malignes, pro parte (auteurs français) ; Typhoïd fever witb putro-adynamic caracler (Copland, 1836).
8° Fréquence dans les camps et les armées. — Peslis bellica et typbus bellicus (différents auteurs) ; morbus castrensis vel morbus Hungaricus, pro parte (Sennertus et autres écrivains anciens) ; morbus qui ex castris in Bavariam penetravit (Rbumelius, 1625) ; febris castrensis (Willis, 1659 ; Haller, 1742) ; febris milita is (Pétri, 1665); febris castrensis pelecbialis epidemica (Brandhorst, 1746, voyez Haller, 1758) ; typhus castrensis (Sauvages, 1761) ; camp fever (Grant, 1775) ; die griegspest (Hufeland et Reuss, 1814 ; typhus des camps et des armées (Louis, 1829).
9 Fréquence dans les prisons. — Febris contagiosa in carceribus genita (Huxham, 1742); Jayl fever (Pringle, 1750; Herysham, 1782; John Howard, 1784); typhus carcerum (Sauvages, 1760); febris carceraria (Burserius, 1785) ; Jail distemper (J. C. Smith, 1795) ; maladie des prisons (auteurs français).
10° Fréquence dans les hôpitaux. — Malignant fever of the hospital (Pringle, 1752) ; febris nosocomialis (Burserius, 1785) ; fièvre des hôpitaux (écrivains français).
11° Fréquence sur les navires. — Febris pestilentialis nautica (Huxham, 1752); ship fever (Lind, 1763; Grant, 1775): febris nautica (Burserius, 1785) ; infectious ship fever (Blanc, 1787).
12° Mode cl 'origine. — Ochlotic fever (oxXoç, foule ;Laycock, 1861).
13° Autres synonymes. — Irish ague (ancienne désignation irlandaise); morbus mucosus (Rœderer et Wagler, 1762); calarrhal typhus (auteurs irlandais) ; febris inirrilativa (Dauvin, 1800).
Le terme typhus introduit par Sauvages, adopté par Cullen et sanctionné par l'usage général, n'est pas très-approprié. Le mot <ru!}>oç signifie littéralement fumée, mais il a été employé par Ilippo-
crate pour désigner un élat confus de l'intelligence avec tendance à la stupeur (Stupor attonitus). Pris dans ce dernier sens il exprime un symptôme proéminent de la maladie. Cependant le mot itu?exoç Tu|o>07K ou febris typhodes tel qu'il était employé par Galien, ProsperAlpinus (I6M), Rechalous (1638), Juncker, 1718), etc., avait une application plus générale et ne désignait aucune fièvre spécifique. Voici la définition de Juncker : « Typhodes dicitur, quando inflammatio erysipelacea, vel hepatis, vel ventriculi, vel uteri, febrem provocat, quae anxiis, i'rigidis et inutilibus sudoribus conjùncla est, derivatur a tu^oç, seu res inanis fumo similis. » Avant Sauvages le typhus était connu sous le nom de fièvre pestilentielle ou fièvre putride ou par quelque autre dérivé soit de l'éruption soit du lieu où la maladie apparaissait (fièvre des camps, des prisons, des hôpitaux, des navires).
Le typhus était connu dès la plus haute antiquité. C'est peut-être une des all'eclions dont il est souvent question dans les livres sacrés sous le nom de pestilence et qui, comme le typhus d'aujourd'hui, reconnaissait pour cause l'agglomération et la famine.
Le typhus ne correspond à aucune des divisions des fièvres d'Hip» pocrate, mais quelques-uns des cas cités par cet auteur dans son livre des épidémies lui ressemblent beaucoup.
Pendant les quinze premiers siècles de l'ère chrétienne un grand nombre d'épidémies de fièvres continues se montrèrent sur différents points de l'Europe à la suite de l'agglomération et de la famine, mais les descriptions des auteurs grecs, latins et arabes sont insuffisantes pour qu'on puisse aujourd'hui admettre l'identité de ces fièvres avec le typhus. Dans quelques cas il s'agissait de la peste orientale, mais dans d'autres il était probablement
(I) Cet historique n'a pas la prétention d'être complet. Pour faire l'histoire complète du typhus il faudrait retracer l'histoire de l'F.urope pendant ces trois derniers siècles. Ceci n'est donc qu'un essai imparfait qui a pour but de fournir quelques détails concernant les plus célèbres épidémies de typhus, de rechercher la nature exacte de la maladie dans chaque cas, de faire ressortir les circonstances au milieu desquelles l'épidémie est apparue et les méthodes de traitement qui ont été adoptées aux différentes époques. Le lecteur qui désirerait avoir de plus grands détails sur l'histoire du typhus devra consuller les ouvrages énumérés a la Bibliographie et particulièrement les suivants : Webster, 1800; Vilalba, 1803; Palloni, 1804 et 1809; Hildenbrand, 1811 ; Wawruch, 1812; Rasori, 18*13; Acerbi, 1822; Schnurrer, 1823 ; Ochs, 1830 ; Ozanam, 1835; Gaultier de Claubry, 1838; West, 1840; Hecker , 1844 ; Ritchie. 1835 ; Starck, 1865; Zuelzer, 1809.
TVPUUS.
question du typhus. Ces deux affections furent longtemps confondues sous les noms de Aotjxôç, pestis etfebns pestilens qui leur étaient indistinctement appliqués. La peste d'Athènes, qui prit naissance pendant un siège et lorsque la cité souffrait de la famine et de l'encombrement, se rattache probablement au typhus ; elle était contagieuse et ceux qui soignaient les malades étaient particulièrement atteints. Le savant commentateur d'Hippocrate, le Dr Adams, croit qu'il s'agissait de la peste à bubons (I) ; mais il n'est pas fait mention de bubons dans l'histoire de Thucydide et la description de cet auteur correspond plutôt avec l'épidémie de typhus qui prit naissance à une époque moins ancienne pendant le siège de Saragosse. On trouve dans les ouvrages de Live, Tacite et autres auteurs romains de fréquentes allusions aux pestes qui ont ravagé Rome; la description des symptômes n'est pas parvenue jusqu'à nous, mais nous savons que la peste se montrait habituellement aux époques de famine et que, dans une circonstance, Galien dut s'enfuir de Rome à cause des caractères contagieux de la maladie (2).
En 1489, 17,000 hommes des armées de Ferdinand qui assiégaient Grenade furent détruits par une fièvre que les Espagnols désignaient sous le nom de Tabardiglio d'après les caractères de l'éruption ; il est certain que ce nom a été plus tard appliqué au typhus (3).
Le seizième siècle, remarquable par la renaissance des lettres et de la religion, le fut également par le nombre et la gravité de ses épidémies ; les descriptions faites par deux médecins italiens, Frascator de Vérone (4) et Cardanus de Pavie (S), nous démontrent aujourd'hui que ces épidémies doivent se rapporter au typhus.
Frascator (né en 1483, mort en 1559) décrit avec le plus grand soin les symptômes d'une fièvre épidémique {febris pestilens) qui se montra en Italie, en 1505 et 1528, et qui coïncida dans ces deux occasions avec une saison très-rigoureuse et la presque totale destruction des récoltes. Cette fièvre était contagieuse, souvent mortelle et caractérisée par une éruption qu'on appelait vulgairement lenticulœ ou puncticula. « Circa quartum, vel septimum diem, in bradais, dorso a pectore, maculse rubentes, ssepe et puniceae, erumpebant, puncturis pulicum simiies, sœpe majores, imitatse lenticulas, unde etnornen inditum est. » Comme autres symptômes on remarquait: grande prostration, pouls faible, soif, langue sale, conjonctives
(1) Trad. d'Hippocrate. Syd. Societ., ed. V, I, p. 384.
(2) Traduction de Paul d'tègine, Syd. Society, ed. V, I, p. 281.
(3) Vilalba, 1803, V, I, p. G9.
(4) Frascator, 1546.
(5) Cardanus, 1545.
injectées, affaiblissement des facultés mentales, et, après le quatrième ou le septième jour, aberration mentale et subdelirium ; dans quelques cas, agitation, dans d'autres, somnolence, quelquefois ces deux symptômes se montraient alternativement. La maladie durait de sept à quatorze jours, quelquefois plus longtemps. La rétention d'urine et l'absence d'éruption blanche étaient considérées comme des symptômes funestes. Le traitement stimulant paraissait être le meilleur et la majorité de ceux qui avaient été saignés périssaient (l). L'affection se distinguait de la peste véritable qu'on décrivait alors sous le nom de febris vere pestilens.
L'analogie de la fièvre observée par Frascator avec le typhus moderne est encore confirmée par cette circonstance que la ressemblance de l'éruption lyphique avec l'éruption rubéolique était telle que les auteurs ont dû nécessairement faire ressortir les caractères dislinclifs de ces deux affections. Cardanus nous dit que la plus grande erreur commise par les praticiens de son époque était « quod pulicarem morbum morbillum credunt ». NicolasMassa, de Tenise, consacre tout un chapitre aux caractères distinctifs qui existent entre les pétéchies de la fièvre et les éruptions de la variole et de la rougeole (2), et Montuus fait la remarque-suivante : « Sed falso morbilli pulantur, puncta quaïdam puliciim morsibus non dissimilia, qua? perfebres pestilentes in cutis superficie aliquando visunlur. » (3)
Pendant les années 1750-54, à une époque de disette qui fut suivie de l'encombrement des grandes villes, une fièvre pétéchiale se montra en Toscane et détruisit plus de 100,000 personnes (4). A peu près à la môme époque (1552) une fièvre semblable qui fut décrite par Andréas Gralioli (5), ravagea l'armée de l'empereur Cbarles-Quint pendant le siège de Metz.
En 1557, le typhus fit de grands ravages en France et fut l'objet d'un long ouvrage : de Febribus purpuralis, » par Coytlarus de Poitiers (6). Quelques annéesplus tard, Ambroise Paré décrivit une fièvre pestilentielle qui sévissait en France en même temps que le typhus et dans laquelle la peau était marquée par des taches, « maculée pulicum aut cimicum morsui similes (7). » .
En 1566, lamaladie célèbre connue sous le nom de Morbus Itugna-
(1) Certe res cecidit, ut major pars phhbotomalorum perierit.
(2) Cardanus, 1545, éd. 1CG3, tom. VII, sed. I, cap. xxxvi, p. 2IC.
(3) Massa, 155G, cap. iv, p. 67, 70.
(4) Montinus, 1558, lib. VII, cap. n.
(,;)) Palloni, 1804, et Pecbles, 1835.
(G) Coyttarus, 1758.
(7) Paré, 15G8.
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ricus se montra en Hongrie dans l'armée de Maximilien H et se répandit ensuite dans toute l'Europe. Elle était éminemment contagieuse et présentait les symptômes suivants: céphalalgie intense suivie de délire, langue sèche et noire, quelquefois ahcès des parotides et gangrène des extrémités. On remarquait également dans heaucoup de cas une éruption cutanée qui présentait les caractères de la morsure de la' puce, dont elle différait cependant, comme le fait remarquer Sennertus, par l'absence de puncium central. La durée de la maladie était de quatorze à vingt et un jours ■(!).
En 1580, Vérone fut encore le théâtre d'une épidémie de typhus qui fut admirablement décrite par Petrus a Castro sous le nom de « febris maligna puncticularis seu pelicularis. » (2) Elle était contagieuse et sévissait principalement pendant les mois d'hiver ; on citait alors la famine parmi les causes occasionnelles. Comme symptômes principaux on remarquait : pouls petit, faible et fréquent, langue noire et sèche, injection vasculaire de la face et des yeux, agitation et délire, stupeur et coma, tremblements et soubresauts, abcès parotidiens dans quelques cas, éruption se montrant entre le quatrième et le septième jour de la maladie. Cette éruption ressemblait à des piqûres de puces, mais on signalait quelques points de distinction. La maladie, nous dit Castro, était appelée la pourpre par les Français, Tabardiglio par les Esgagnols, Petecchie par les Italiens et Fleckfieber par les Allemands (p. 45). La saignée générale et locale fut recommandée au début, mais on la considérait comme dangereuse à une période plus avancée de la maladie. Tous les patients montraient « ardentissimum vini desiderium, ut continuo vinum expostulantes lacessant. » Cette épidémie, qui semble s'être répandue dans toute l'Italie, a été l'objet d'une excellente monographie par Salius Diversus, de Faenza (3).
En 1591 , l'Italie fut encore visitée par la famine et par une grande épidémie de fièvre contagieuse qui dura quatre ans et fut bien décrite par Octave Roboretus, de Trente, dans son ouvrage de Peticulari febre (4). Les symptômes correspondent parfaitement avec ceux de la fièvre péticulaire décrite par Petrus a Castro .
Pendant le seizième siècle une épidémie de fièvre contagieuse qui se montra en Espagne à différentes occasions reçut le nom de Tabardiglio et de punlos d'après les caractères de l'éruption. De
(1) Sennertus, 1619; Ozanam, 1835, vol. III; Ritchie, 1835. Consulter également le Reiiertovium de Plouqueu
(2) Castro, 1531.
(3) Salius Diversus, 1584.
(4) Roboretus, 1591.
3 36 TRAITÉ DE LA FIÈVRE TYl'HOIDE.
grandes discussions s'élevèrent pour déterminer si cette affection était identique avec la peste véritable ou constituait une maladie distincte (1).
Les premiers cas observés en Angleterre pendant ce siècle se montrèrent aux « blackassizes » ; nous appellerons l'attention sur ce sujet un peu plus loin.
Pendant la dernière partie du seizième siècle, alors que la Hollande souffrait de la famine et faisait des efforts pour secouer le joug espagnol, Petrus Forestus d'Alcinaer (2) observa dans ce pays une fièvre qui ressemble sous tous les rapports à la lenticulœ de Frascator. En parlant de l'éruption Forestus nous dit : « Cum vero sligmata latiora essent et rubidinem baberent; melius evadebant. At nigrœ et minutai, instar piperis nigri, lethales erant. Vulgus, a similitudine, appellabant pipercoorn, nostro idiomate. » Un autre symptôme de la fièvre était : « typhomania, vel genus delirii cum levi furore mixtum. »
Khumelius (3), de Munich, a publié une très-curieuse histoire de l'épidémie de typhus qui prit naissance, en 1621, parmi les troupes fédérées campées à Weidhausen et se répandit dans toute la Bavière et l'Allemagne. L'armée bavaroise perdit 20,000 hommes en Bohème, d'où le nom de maladie bohémienne.
Pendant La guerre de Trente ans (1619-1648) toute l'Europe centrale était ravagée par la famine et les fièvres continues (4). Une excellente description de celte fièvre qui régna dans le sud de la France est donnée par Lazare Riverius, de Montpellier, sous le titre de Febris inaligna peslilens (5), Cette maladie prit naissance dans la ville de Montpellier durant un siège et un tiers des personnes qui furent atteintes ont succombé. La peau était marquée par l'éruption de taches rouges, livides ou noires, ressemblant à des morsures de puces, qui apparaissaient entre le quatrième et le neuvième jour sur toutes lesparLies du corps, mais principalement aux lombes, à la poitrine et au cou. Comme traitement on recommandait les toniques et les acides, le vin a souvent été extrêmement utile ; la saignée ne fut jamais pratiquée,si ce n'est chez les personnes phlhisiques. En 1641, le sud de la France et même l'Europe entière furent dévastés par le typhus qui fut célébré dans les chants de Zylinglius (6) :
(1) Vilalba, 1803.
(2) Forestus, 1591, éd. 1653, tome I, liv. vi, obs. 35 et suiv.
(3) Rhumelius, 1G25.
(4) West, 1840, p. 28Î.
(5) Riverius, 1648.
(6) Voyez Ozanam, 1835, III, 135.
TYPUUS.
« Per omnes
Burgundos et quas stagnans Arar irrigat urbes
Insolita exarsit febris, quae corpora rubris
Inflciens maculis (triste et mirabile dicta),
Quartâ luce frequens, fato pendebat acerbo.
Puisas erat minimus, tremulusi]ue, soporqae,
Siens vaga, visque labens : lotium crassumqae rubensque
Interdum tenuaî instar aquce
« Illa eadem Italicœ gentes, miserumque Sabaudum Qui Sequanam, Rhodanumque bibunt, Belgas et Iberum Corripuit, neenon Europâ sseviit omni.
« Accusant alii pluvias, multoque madentem Aut.umnum per flatum austro, qui uligine cœluni Corrumpit, fluidœque parit contogia pestis.
Nonnulli vitiata putant alimenta malignum m
Suppeditasse liomini succum, qui putris adeptâ
Labe venenatum in venis produxit ieborem.
Undè venenati morbi, undè et maxima clades
Obsessos inter cives et agentia castra.
Sunt qui purpureum hune morbum pestemque sequentem,
Italici sobolem belli
... .et ortas
In castris febres, censent. »
Au printemps de 1643, pendant que le comte d'Essex assiégeait la ville de Reading, une fièvre (t'ebris pestilens) prit naissance dans l'armée du général du Parlement en même temps que dans la garnison commandée par Charles Ier. L'encombrement avait été considérable clans les deux camps. La fièvre était accompagnée de l'éruption de taches rouges ou livides. Elle était contagieuse et se communiqua aux habitants d'Oxford et des pays environnants où elle fit de grands ravages. Ces détails sont extraits de la description publiée par Thomas Willis, le célèbre anatomiste qui étudiait alors la médecine à Oxford (1). En 16.18, la fièvre se montra encore en Angleterre, et, selon l'expression de Morton, convertit File entière en un vaste hôpital. Les symptômes principaux étaient : pouls faible, céphalalgie, agitation ou stupeur, quelquefois des soubresauts et une éruption : « macuhe lalse et rubicundse morbillis similes in toto corpore (2). »
La peste véritable se montra à Leyde et dans différents points de la Hollande, en 1635 et en 1669, et fut précédée et suivie en ces deux occasions d'une fièvre contagieuse à éruption (Spotled fever) (3). Diemerbroeck nous dit que, en 1635, la gravité de cette fièvre pétéchiale augmentait graduellement, « donec tandem in apertissimam pestem transiret (4). »
(1) Willis, 1659, éd. 168?, p. 113.
(2 Morton, éd. I69fï, t. III, exercit. 2, appendix, p. 23i.
(3) Webster, 1800, I, p. 295.
(4) Diemerbroeck, 1U46.
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338 THA1TÉ DE LA F1ÈVRIÎ TYPU0ÏDE.
La grande peste de Londres, en 1665, semble avoir été précédée et suivie par une épidémie de fièvre maligne continue (fêtons pestilens). Parmi les symptômes de cette fièvre on remarquait une efflorescence de la peau qui au bout d'un. temps très-court devenait noire et livide ; on n'observait pas de bubons. La description de cette fièvre faite par Sydenbam se confond avec celle de la peste véritable. Cet auteur a observé: «rêvera enim cum ipsissima geste specie convenit, nec ab ea nisi ob gradum remissiorem discriminatur. » L'épidémie apparut au commencement de 1665 pendant une saison extrêmement froide (1). Sydenbam décrit une autre épidémie de fièvre continue (febris nova) qui commença à Londres au printemps de 1685 et se répandit dans toute la Grande-Bretagne. Les deux hivers précédents avaient été très-froids et en 1683-84, un marché public avait été tenu sur la Tamise gelée. Celle fièvre présenta tous les symptômes du lyphus : céphalalgie, douleur des membres, langue sèche et brune, délire et soubresauts, éruption ressemblant à celle de la rougeole, mais accompagnée de véritables péléchies et non suivie de desquamation (2).
En 1698, les récoltes furent très-mauvaises (3) et, en octobre, une fièvre à éruption commença à se répandre dans toute l'Angleterre (4).
Vers l'année 1700, sous le tilre de Febris pelechialis vera, F. Hoffmann, professeur de médecine à Halle, donne une description détaillée du typhus qu'il avait observé dans les armées allemandes en 1683; il considère déjà celte affection comme très-maligne, et contagieuse, et engendrée par l'impureté de L'air. Parlant de l'éruption, il observe : « quarto, quinto, vel eliam septimo die in conspectum prodeunt maculaî, in dorso polissimum, et lumbis plus minus copiosae, varii subinde coloris, plerumque tamen sine levamine, ideo symptomaticaî magis quam criticae. » Parmi les autres symptômes on remarquait une grande prostration, une céphalalgie intense avec délire et quelquefois de la gangrène des extrémités. Comme traitement Hoffmann ordonna la bonne nourriture, les meilleurs vins et les médicaments acides (vino nil datur excellenlius). Sous le nom de Febris pestilens que les précédents auteurs avaient appliquée au typhus, Hoffmann décrit la véritable peste glandulaire.
Au commencement du siècle dernier les auteurs irlandais dirigè-
(1) Sydenliam, 1685, éd. 1844, p. 85
(2) Id., ibid., p. 488.
(3) Short, H49, V, i, p. 441.
(4) Webster, 1800, V, i, p. 344.
rent leur attention sur les maladies épidémiques dont on trouve une histoire chronologique très-soignée et embrassant un grand nombre d'années dans les écrits de Rogers (1), O'Gonnell (2), Rutty (3). Le typhus avait été cependant connu en Irlande longtemps avant celte époque sous le nom de Irish ague (4).
Rogers observa la première épidémie à Cork en 1708. Il ne peut dire combien de temps elle avait existé avant celte date, mais elle semble avoir atteint son maximum dans l'hiver de 1708-9, pour suivre une marche décroissante pendant deux ans, et disparaître ensuite (o). Cel auteur ne donne pas de description de cette fièvre, mais il dit que les symptômes étaient identiques avec ceux des Gèvres épidémiques qui furent observées plus tard de 1718 à 1721 et de 1729 à 1731. Dans son histoire de l'air, du temps et des saisons, Short nous dit que le printemps et l'été de 1707 furent les plus froids qui aient été observés pendant vingt-sept ans et que l'hiver de 1708-9 fut caractérisé par un froid tel qu'on n'en avait jamais observé en Europe de mémoire d'homme. La moisson de 1707 fut également très-mauvaise et ne fut dépassée en infériorité que par celle de 1698 (6).
En 1718, une fièvre en tous points semblable à celle de 1708 devint encore épidémique en Irlande et se continua jusqu'en 1721, époque à laquelle elle devint moins grave, diminua insensiblement, et ne fut que très-rarement rencontrée (7). Elle était toujours plus intense pendant les mois froids de l'année. Il s'agissait du typhus et la description de O'Connell ne laisse aucun doute à cet égard. Comme symptômes on observait : céphalalgie et anxiété, stupeur ou agitation, abattement et quelquefois délire aigu, tremblements et soubresauts, langue sèche et noire, dents recouvertes d'un enduit, éruption de « petechise rubrœ, purpures aut lividse. » La durée de la fièvre était de quatorze à vingt et un jours (8). O'Connell pratiqua la saignée dans certaines conditions, mais les contre-indications étaient si nombreuses qu'elle dut être abandonnée dans la plupart des cas ; c'est à ce propos qu'il dit : « a venesectione manum tempero. » Le reste du traitement consistait en vésicatoires, salins et cordiaux (sel volatile). Une fièvre
(1) Rogers, 1734.
(2) O'Connell, 1746.
(3; Rutty, 1770.
(4) R'/view bibl., 1844, p. 38. . ,
(5) Rogers, 1734, p. 4.
(6) Short, 1740, V, I, p. 441 et 4 53. - ,..
(7) Rogers, 1734, p. 4.
(8) O'Connell, 174G, p. 65.
semblable commença à se montrer à York et dans d'autres parlies de l'Angleterre en 1718, atteint son plus haut degré en juillet 1719 et se termina à la fin de cette même année (I). On connaît peu de chose concernant des circonstances au milieu desquelles cette épidémie a pris naissance, si ce n'est que l'été précédent et l'époque de la moisson en 1717 avaient été remarquables par le froid et l'humidité (2).
Après 1721, l'Irlande eut une période de bonne santé et l'on observa aucune lièvre jusqu'en 1728, époque à laquelle les fièvres reparurent après trois mauvaises récoltes successives. La farine d'avoine atteignit un prix exorbitant, et les aliments de toute espèce étaient si rares que la troupe fut appelée à comprimer les révoltes sur tous les points du territoire. Cette épidémie dura quatre ans et atteint son maximum en 1731. D'après Rogers cette fièvre était due aux mômes causes qui ont produit la fièvre des prisons [fait fever) qui fit son apparition pendant les assises d'Oxford et de Taunton. Les symptômes tels qu'ils sont rapportés par Rogers, O'Connell et Rutty montrent clairement qu'il s'agissait du typhus. La langue devenait noire et sèche, le pouls faible ; on observait de la céphalalgie, du délire, de la stupeur qui dégénérait en coma. L'éruption est bien décrite par Rogers ainsi qu'il suit : «une ef/îorescence pétéchiale générale, non sans quelque ressemblance avec l'éruption rubéolique, tapisse la surface entière du tronc, des membres et quelquefois môme de la face. Cette apparition est tout à fait générale. Dans quelques cas très- rares, on observe des taches pourpres et livides, exactement circulaires et ressemblant à celles qu'on trouve dans les cas de variole grave, quelques-unes atteignaient la dimension d'un pois, d'autres n'étaient pas plus larges que la tôle d'une épingle de moyenne dimension. » Tous les observateurs rapportent que les malades atteints de cette fièvre ne pouvaient pas supporLer la saignée et qu'un traitement tonique et stimulant était nécessaire. Rogers recommandait le laitage, le vin, les salins et les vésicatoires. Cette épidémie se généralisa nonseulement en Irlande, mais en Angleterre. A Londres où elle fut décrite par Edwards Strother comme une remarquable fièvre à érupnon, elle fit un grand nombre de victimes et, en une semaine, elle éleva la mortalité à près de mille. Les malades présentaient à la l'ois des pétéchies et une éruption. Winteringham nous apprend également qu' « une fièvre caractérisée par des taches rouges res-
(1) Pour renseignement sur cette épidémie, voir Rogers, 1734 ; O'Connell, 174G , Short, 17*9; Barker et Clieyne, 1S21.
(2) Short, 1749, V, u, p. 21.
TYPI1US. 3 41
semblant à la piqûre de la puce, occupant la poitrine et donnant quelquefois à la peau un aspect marbré », sévissait à York en 1728. Huxbam nous dit que la fièvre pétéchiale sévissait partout. Quoique Strother employât la saignée dans la fièvre simple, il recommandait dans la fièvre à éruption un traitement stimulant qui consistait dans l'emploi de petit-lait, thé, bouillon de mouton et de poulet, eau de gruau et vin (1).
En 1735, le Dr Browne Langrish publia une excellente description des fièvres qui sévissaient à Londres à cette époque. Le typhus est décrit sous le nom de malignanl fever et on pensait alors qu'il reconnaissait pour origine « des effluves d'êtres humains vivants. » On croyait également que la principale cause de cette makdie était l'encombrement et l'insuffisante ventilation qui « obligeait les individus à inhaler les produits de leur propre expiration. » A Ja page 364 cet auteur décrit l'éruption cutanée de la manière suivante : « Des pétéchies ou une efflorescence rouge apparaissent quelquefois sur la peau par larges plaques qui ne dépassent pas le niveau de la surface cutanée. Ellessernblent être produites par des particules al térées de sang rouge qui s'échappent des artères sanguines capillaires par les artères lymphatiques et les glandes cutanées; ces particules sanguines, n'étant pas assez déliées pour traverser les pores de l'épiderme, restent entre l'épiderme et la peau sous la forme de taches aplaties. Cette éruption ne semble pas être favorable au malade, qui n'en éprouve aucune amélioration. Le rouge brillant des taches indique une issue heureuse, mais lorsqu'elles sont d'une couleur rouge foncée ou noire, elles indiquent un plus grand degré de putréfaction. » Quant au traitement, Laugrish recommande le vin, l'acide sulfurique et quelques autres et fait les remarques suivantes qui sont dignes de l'attention des médecins de notre époque : « Tous les médicaments qui renforcent l'action du cœur et des artères et élèvent le pouls sans dissoudre les globules du sang et augmenter l'âcreté alcaline des humeurs, sont d'un excellent usage. Mais tous les esprits et sels volatiles tels que Sal. volât, succini, Sal. corn, cervi, Sp. sal. ammon., sont des médicaments altérants parce qu'il ontune action destructive et colliquative sur lesglobules du sang et rendent les humeurs animales plus âcres et plus alcalines (2). »
La première édition du célèbre ouvrage de Huxham, Essay on fevers (3), parut en 1739. Le chapitre vin intitulé : « Des fièvres
(1) Le récit de cette épidémie se trouve dans Short, 1749, V,rï,p.44;Rog;ers, 1734,
p. 5; O'Connell, 1746, p. 268; Huxliam, 1752; Rutty, 1770, p. 24; Strother, 1729; . Winteringham, cité par Laycock, 1847, p. 790; Barker et Cheyne, 1821, V. p. 5.
(2) Langrish, 1735, p. 364 et 369.
(3) Huxham, 1739. Voyez aussi Huxham, 1752.
putrides, malignes et petéchiales », contient la meilleure description du typhus qui ait jamais été faite. Il considère la maladie comme contagieuse et décrit à la fois les taches pétéchiales et l'efflorescence rubéolique : « L'éruption des péléchies est incertaine; elles apparaissent quelquefois le quatrième ou le cinquième jour, quelquefois le onzième et même plus tard. On a d'autant moins à craindre que les taches sont plus efflorescentes. Nous rencontrons souvent dans les fièvres continues une efflorescence analogue à celle de la rougeole, mais elle est d'une teinte plus sombre et plus foncée, et la peau est marbrée et bigarrée, principalement sur la poitrine. » Huxham recommande la saignée si le malade est pléthorique et vu dès le début de l'attaque, mais, dans la plupart des cas, il préférait le quinquina, les acides minéraux et végétaux et les vins rouges généreux.
La fièvre pétéchiale sévit d'une manière extraordinaire en Irlande pendant le printemps des années 1733 et 1736. On peut remarquer à cette occasion que les années 1734 et 1735 furent trèspluvieuses et eurent des étés semblables à des hivers (1). « Cependant, après 1731, il n'y eut pas de grandes épidémies de fièvres continues jusqu'en 1740. L'hiver de 1739-40 fut extrêmement intense en Angleterre et en Irlande. Le bétail et les animaux de basse-cour périssaient parle froid qui détruisit également les produits végétaux, principalement les pommes de terre. Le surplus des récoltes de l'année précédente ayant été exporté, il survint une grande disette. Le quartaut de blé qui valait 8 francs deux ans auparavant se vendait 56 francs. La plus grande misère régnait parmi les classes pauvres et plusieurs individus moururent de faim. O'Gonnel nous dit : « Et, quod adhuc funestorum malorum cumulummullo gravius adauxit, radiées isUe tuberosœ (battatu vulgo dictse), nutrimentum fere constans et integrum plebeculœ et inferiorum hujus regni incolorum, a dirissimo hoc et diuturno gelu penitus putrescebant. Hinc funesta annonae charitas, et inter pauperes populumque inferiorem immaniter sœviens dira famés; hinc pulrida plebeculœ alimenta, ex pravis et corruptis istis radicibus, aliis pravi succi vegetabilibus, et morbidorum animalium cadaveribus conflala(p. 325). »
Au mois d'août 1740, une épidémie de fièvre continue se déclara et ravagea toute l'Irlande, mais particulièrement la province de Munster. L'épidémie continua pendant l'été de 1741, elle diminua vers la fin de la même année et disparut complètement pendant l'hiver de 1742 après d'abondantes récoltes. La fièvre avait d'abord
(1) Rutty, 1770, p. 33.
porté ses ravages dans la population pauvre, mais elle gagna ensuite les classes riches. D'après les calculs d'O'Connell, la famine et la fièvre ont détruit 80,000 habitants en Irlande et un cinquième environ de la population de Munster a péri. La fièvre était caractérisée par une éruption rubéolique et par les symptômes ordinaires du typhus. Il est important de remarquer que la description de Rutty prouve la coexistence de la fièvre relapse et du typhus. Cette circonstance doit être présente à l'esprit lorsque nous lisons que, dans quelques cas, le pouls était plein et résistant et que la saignée a été utile. Cette assertion doit être considérée en même temps que le fait « qu'un grand nombre de pauvres, qui étaient à une diète forcée et ne buvaient que de l'eau, ont guéri. » Dan^s les cas les plus graves (typhus) la saignée ne rendait aucun service, et le pouls était si déprimé qu'il était impossible de le relever malgré les cordiaux les plus généreux.
O'Connell s'élève avec force contre la saignée et, quoiqu'il ait pratiqué lui-même des saignées de dix onces au commencement de la maladie, il reconnaît honnêtement que ce procédé ne lui a rendu aucun service. A peu près à la même époque, quoique un peu plus lard, une épidémie très-meurtrière apparut en Angleterre et en Ecosse, et on en a conservé la mémoire à Londres, Bristol, Worcester, Plymouth, etc. L'épidémie se montra à Worcester et à Bristol en 1740, mais ce n'est qu'en juillet 1741 qu'elle fit son apparition à Londres. Elle se déclara dans cette dernière ville au milieu de la populalion pauvre qui avait souffert de l'a famine pendant deux années et s'était nourrie d'aliments altérés et malsains. Dans tous les récits il est question de l'éruption : dans quelques cas elle avait l'aspect rubéolique, dans d'autres elle ressemblait à des petites piqûres de puces, et enfin, dans des cas plus rares, on trouvait à la fois des pétéchies et des taches linéaires. Parmi les complications fréquentes, Huxham signale les abcès parotidiens et les bubons. Dans une brochure anonyme publiée à cette époque, la saignée et les purgatifs sont recommandés, mais la plupart des médecins expérimentés étaient opposés à la saignée. Wall traitait ses malades par le quinquina et les acides ; à propos de la saignée il nous dit : « Quant à moi j'ai peu de confiance dans les émissions sanguines et j'ai toujours négligé de les pratiquer à moins d'y être contraint par des symptômes urgents.» Short dit également que les cas observés à Londres « ne pouvaient supporter la saignée (1). »
(1) Pour ce qui concerne cette épidémie, voyez O'Connell, 1746; Sliovt, 1749; Anonyme, 1741; Rutty, 1770; Huxham, 1755; Uarker et Clieyne, 1821, V, i; Stark, 1865.
En 1730 et 1752, sir John Pringle, médecin général des armées anglaises et plus tard président de la Société Royale, a décrit le typhus sous le nom de fièvre d'hôpital ou des prisons. En parlant de l'éruption il dit : « 11 y a certaines taches qui sont fréquentes, mais qui ne sont pas constantes dans la fièvre. » Ce sont les véritables pétéchies qui sont quelquefois d'un rouge plus ou moins vil, quelquefois d'une nuance foncée, mais ne s'élevant jamais audessus de la surface de la peau. Elles sont petites et se distinguent assez facilement, mais elles sont quelquefois si confluentes que, vues à une certaine distance, « la peau semble seulement plus rouge qu'à l'ordinaire; il faut alors un examen plus attentif pour distinguer les interstices. Elles se montrent quelquefois de bonne heure, vers le quatrième ou le cinquième jour de la maladie. La gravité du pronostic est en rapport avec la nuance plus ou moins pourprée des taches. » D'après la description des signes trouvés à l'autopsie on peut croire que Pingle a compris sous la dénomination de fièvre d'hôpital, des maladies autres que le typhus et qui n'étaient probablement pas des fièvres continues. Pour ce qui concerne le traitement, son premier soin était de retirer le malade du milieu impur. Parlant du traitement déplétif il dit : « Les grandes saignées ont eu généralement des effets funestes en abaissant le pouls et en provoquant le délire. Beaucoup de cas se sont heureusement terminés sans la saignée, ei un très-petit nombre des malades qui avaient été saignés ont guéri. » 11 recommandait le quinquina et la serpentaire, et pensait qu'il n'y avait rien de comparable au vin; chaque homme en recevait en conséquence une ration d'une pinte et demie. En ce qui concerne la cause de la fièvre, Pringle s'exprime ainsi : « Les hôpitaux militaires lorsqu'ils sont encombrés de malades et que l'air est confiné, donnent naissance à une fièvre maligne très-meurtrière. Le môme fait se produit dans les casernes malsaines et encombrées, dans les navires-transports trop chargés et longtemps retenus en mer par les vents contraires ou lorsque les hommes sont maintenus longtemps dans les écoutilles fermées pendant les mauvais temps (1). »
Vers la fin de 1757, le typhus apparut à Vienne et' s'y maintint jusqu'en 1759. Storck (2) et Hasenôhrl (3) ont laissé des descriptions de cette épidémie. La maladie se montra principalement dans les centres d'agglomération, le pouls était toujours faible et dans beaucoup de cas, le sang ne se coagulait pas, môme celui qui pro-
(1) Pringle, 1750 et 175?, I, p. 291, 301, 31 7, 32G.
(2) Storck, 1761.
13) HasenOlirl, 1760.
venait des émissions faites au commencement de la maladie. Quoique Hasenôhrl ait préconisé la saignée dans quelques cas, il avoue que ce moyen était un « anceps auxiliumn . Il fait le plus grand éloge des acides nitrique et sulfurique et parle des verlus étonnantes du quinquina péruvien. Storck cite un cas funeste qui s'était compliqué d'abcès parotidiens et de gangrène du nez. A peu près à la même époque (1757-58), la première épidémie de typhus fut observée à Berlin, on en possède des descriptions authentiques. Il était très-contagieux, et son origine fut attribuée à l'encombrement, à la ventilation insuffisante et au manque de nourriture. La maladie était caractérisée par des taches pétéchiales rouges et par des symptômes cérébraux graves. Dans quelques cas on remarquait des bubons dans l'aine et l'aisselle et la mort arrivait quelquefois dès la troisième jour (I).
En 1763, James Lind, médecin du Haslar hospital, publia deux mémoires «sur les fièvres et les infections (2) », dans lesquels il montra que le typhus était une maladie fréquente sur les navires, surtout pendant les longues traversées d'Amérique. Il considérait la saignée comme inutile et souvent dangereuse.
En 1764, une terrible épidémie de typhus et de dysenterie ravagea la ville de Naples ; elle fut attribuée à la disette et aux privations endurées par les classes pauvres parmi lesquelles la maladie resta confinée. Les habitants des pays voisins étaient accourus dans la ville ou la malpropreté et l'encombrement étaient tels qu'on prétend que leurs vêtements exhalaient les effluves les plus malfaisantes (3).
Après les épidémies de 1740-41, on observa peu de cas de typhus en Irlande jusqu'en 1770. Nous apprenons par le Dr James Sims, de Tyrone, que, en cette même année, une fièvre se montra dans l'est de l'Irlande, atteignit Tyrone où elle fit les plus grands ravages vers la fin de l'automne ; elle dura environ un an. Elle était contagieuse et caractérisée par de la constipation, douleurs occupant le globe oculaire, céphalalgie et dyspnée ; vers le quatrième jour, délire et agitation ; à la dernière période, carphologie, pupilles insensibles à la lumière, langue noire, dents recouvertes d'un enduit, selles involontaires. On remarquait aussi des pétéchies d'un couleur jaunâtre avec un point noir au centre. La saignée était nuisible et l'auteur recommande les acides, l'exposition à l'air froid, le quinquina à hautes doses, le vin et la bière en petite quantité. La
(1) Baldinger, 1774, p. 2ÎC ; Zuelzer, 1869, p. 19. (?) Lind, I7G3.
(3) Sarcone, 17G5, p. 25(3,3(4) 34 i.
fièvre sévissait principalement parmi les pauvres, mais ses effets étaient plus funestes chez les individus de la classe moyenne livrés à l'intempérance. Sims considérait cette fièvre comme différant enlièrement de la fièvre nerveuse de Huxham qui avait sévi quelques années auparavant (1). Webster nous apprend que l'année 1770 fut remarquable par la mauvaise récolle de pommes de terre en Ecosse, les grandes inondations et la mortalité considérable du bétail; mais il ne dit rien de l'Irlande (2). Pendant les années 1770 et 1771, les mauvaises récoltes et la famine occasionnèrent en Allemagne une épidémie de typhus très-meurtrière. On employa avec succès le quinquina et les acides, mais la saignée fut toujours très-nuisible.
En 1775, William Grand publia n un Essai sur les fièvres des prisons, des hôpitaux, des navires et des camps (3) » auquel je ferai allusion plus loin. La description de cet auteur montre évidemment qu'il s'agissait du typhus ; l'origine de la maladie était attribuée soit à des émanations concentrées provenant d'Êtres vivant, soit à la contagion. Quant au traitement il est dit que la méthode anlipblogistique n'eut aucun succès.
En 1780, une épidémie de typhus qui se déclara parmi les prisonniers espagnols enfermés à Winchester, occasionna 2G8 décès en trois mois et demi. Charmichael Smylh, médecin du roi George III, écrivit l'histoire de cette épidémie.
Il condamnait l'emploi de la saignée qu'il considérait comme inutile, incertaine et souvent fatale, et recommandait le vin et le quinquina dans toutes les périodes de la maladie. Dans un cas il donna deux bouteilles de Porto dans l'espace de douze heures à un malade qui guérit ; dans un autre il ordonna deux bouteilles de Madère par jour pendant une semaine. « Rien n'est plus absurde, ajoute-t-il, que l'emploi d'un traitement qui peut diminuer les forces du corps, surtout quand nous savons que tôt ou tard ces forces devront être relevées et que, quoique le pouls ne soit pas toujours très-bas, le malade présente des signes évidents de débilité (4).
En 1781, une épidémie de typhus dont il sera question plus loin, apparut à Carlisle ; Heysham, qui en fit la description, pensait que la maladie était caractérisée par une grande débilité et ordonnait le quinquina et le porto (5).
(1) Sims, 1773.
(2) Webster, 1800, V, i, p. 422.
(3) Grant, 1771 et 1775.
(4) Smytli, 1795, p. 81 .
(5) Heysham, 1782.
Rasori (I) a rapporté l'histoire d'une épidémie de typhus qui apparut à Gênes pendant que la ville était assiégée par les Français et que la population souffrait de la famine. Cette lièvre était éminemment contagieuse et caractérisée par une grande prostration, faiblesse du pouls, insomnie et agitation suivies d'assoupissement, langue sèche, constipation, éruption ayant quelque ressemblance avec les pétéchies et dont la confluence était en rapport avec la gravité de la maladie. Selon son habitude favorite, Rasori employait les éméliques tartriques.
A la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, une autre épidémie de typhus apparut en Irlande. Elle commença vers la fin de l'année 1797, atteint son maximum en 1800 et 1801 et se termina en 1803. De grandes calamités ravagèrent l'Irlande pendant cette période. Le pays fut d'abord menacé d'une invasion étrangère, puis devint le théâtre de la guerre civile. Les classes supérieures et inférieures de la société ayant épousé des opinions politiques opposées en vinrent aux mains. L'administration des grandes propriétés tomba entre les mains d'hommes incapables, et beaucoup d'entre elles restèrent improductives. Pour comble de malheur, il y eut une série de mauvaises moissons, et une pluie continuelle qui tomba pendant l'été et l'automne de 1797 compromit les récoltes. Les trois années suivantes furent également défavorables, et la quantité de vivres nécessaires à l'alimentation des classes pauvres devint tout à fait insuffisante. Le pain, les pommes de terre et toutes choses nécessaires à la subsistance avaient atteint des prix exorbitants. A Dublin on refusait des pommes de terre aux domestiques de la classe riche et on ne leur donnait qu'une petite ration de pain. Les pauvres avaient engagé leuss vêtements et même leur literie pour obtenir un peu d'argent et dans beaucoup de familles on n'avait qu'un lit commun. Comme preuve de l'intensité de celte épidémie on peut citer ce fait que le nombre des décès causés par la fièvre dans le « Dublin bouse industry » pendant les années 1800 et 1801 fut aussi considérable que pendant la grande épidémie qui eut lieu plus tard en 1817-19. La classe pauvre eut plus à souffrir de l'épidémie, mais, eu égard au nombre de personnes atteintes, la maladie était plus souvent funeste parmi les classes riches et moyennes. La moisson de 1801 ayant été très-abondante et les vivres ayant descendu à un prix abordable pour les classes pauvres, l'épidémie ne tarda pas à diminuer pour disparaître presque complètement vers la fin de l'année suivante. La maladie s'était également répandue en Angleterre,
(1) Rasori, 1812.
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mais elle y sévit avec moins d'intensité qu'en Irlande. La fièvre en question était simplement le typhus, quoique la fièvre relapse ait élé observée en même temps en Irlande. On la décrit comme éminemment contagieuse et caractérisée par des pétéchies et une grande débilité. Le Dr Willans'éleva fortement contre les tendances de quelques médecins de Londres qui considéraient cette fièvre comme le résultat de l'inflammation du cerveau ; il dit : « Quiconque est abondamment saigné par le bras est précipité à une mort certaine (l). »
C'est à la fréquence des fièvres continues à cette époque qu'est due la création des nombreux établissements spéciaux pour le traitement et l'isolement des malades atteints de ces alfections. Le premier de ces hôpitaux fut créé à Cbester, grâce aux habiles efforts du Dr Haygarth. Liverpool, Manchester, Norwich, Hull, Dublin, Cork, Walerford et Londres suivirent cet exemple, et le London fever has/rital fut établi en 1802 (2).
Pendant les quinze premières années de ce siècle, le typhus fit de grands ravages dans les armées de Napoléon et dans les pays qui étaient le théâtre de la guerre. Il était toujours causé par la misère et les privations et sévissait avec une violence particulière parmi les babilants des villes assiégées. Témoin, par exemple, les tristes épisodes des sièges de Saragosse (3) et de Torgau (4), et l'épidémie de typhus qui ravagea en 1813 les garnisons encombrées de Danlzick (o) et de Wilna (6) et qui détruisit par milliers nos soldats affamés pendant la retraite de Moscou en 1812-13. De nombreuses descriptions de cette fièvre ont été publiées à cette époque et le treizième volume de l' Edimburg médical and surgical journal contient une note sur ce sujet (7). Parmi les travaux nous citerons l'excellent Mémoire de Hildenbrand (8) sur l'épidémie de typhus qui se montra à Vienne pendant l'hiver qui suivit la campagne de 1806. Cet auteur prétendait que le typhus vrai contagieux ne pouvait être produit par l'air saturé d'exhalations humaines. D'après sa description l'éruption est exanlhémateuse, d'un aspect marbré, et est produite par la rupture des capillaires cutanés. Il considère la maladie comme essentiellement asthénique et, quoiqu'ayant pratiqué la saignée dans quelques cas au commencement
(1) Voyez Barker et Cheync, 1821, V, i, p. 9 et suivantes ; Willan, 1801, p. 224.
(2) Voyez Haygarth, 18OI; Staufer, 1802; Clark, 1802, et Reports of London fever hospittd.
(3) Gaultier de Claubry, 1838, éd. 1844, p. 33.
(4) Idem, p. 13.
(5) Idem, p. 41.
(G) Ozanam, 1835, V, m, p. 201.
Il) 1817.
(8) Hildenbrand, 1811.
de l'épidémie, il la croyait inutile et même dangereuse. Après le premier septénaire il employait le vin, le camphre et les stimulants diffusibles, et il ajoute que quelques praticiens avaient l'habitude de prescrire les stimulants dès le commencement de la maladie. Hufeland (1) nous dit également que le typhus, qui apparut en Russie et en Pologne pendant la campagne de 1806-1807 était le résultat de la faim, des besoins et de la misère, et que le traitemenl antiphlogistique qui fut d'abord employé, fut reconnu comme inutile et souvent nuisible. Un témoignage analogue est fourni par Larrey : a La saignée préconisée et mise en pratique par quelques médecins dans cette épidémie, a été constamment funeste (2). »
Au printemps de 1809, le typhus se montra parmi les troupes débarquées en Angleterre après la retraite de Corogne ; il ftitalors décrit par sir James, M. Grigor (3) et Hooper (4). Son origine fut attribuée à la dépression morale des hommes et à l'encombrement des" navires. Le vin, l'eau-de-vie, le quinquina, constituaient le traitement recommandé par Hooper.
Le typhus vrai régnait en Italie d'une manière épidémique en 1816 et en 1817 ; il fut alors très-bien décrit par Palloni et Rossi (5). Comme Hildenbrand, Palloni insiste sur la possibilité de le classer parmi les exanthèmes.
Le typhus a été souvent observé sur différents points de l'Europe depuis la paix de 1813 (6). Les remarques qui suivent ne s'appliqueront cependant qu'aux épidémies observées en Angleterre et en Irlande. On peut avoir une idée générale sur les différentes fièvres continues de ces îles en consultant les rapports publiés par les différents hôpitaux.
La première atlaque de fièvre, après 1803, eut lieu en 1817-19. Barker, Cheyne et Harly pour l'Irlande, Bateman et Welsh pourl'Angleterre, nous ont donné les plus grands détails sur cette épidémie qui prit naissance au milieu des circonstances suivantes :
1° Le froid fut extrêmement rigoureux pendant les hivers de 1813 à 1816. Au mois de février 1816, le thermomètre descendit, à Lonres, à cinq degrés au-dessous du zéro de Farenheit (16° cent.), et se maintint ainsi pendant quatre jours sans atteindre le point de
(1) Hufeland, 1814 ; voyez aussi Hecker, 1809; Reuss, 1814; Ackerman, 1814: Ritcher. 1814; Hornn, 1814; Zuelzer, 18G9.
(2) Larrey, 1812, V, n, p. 341.
(3) M. Grigor, 1809.
(4) Hoopet, U09.
(5) Palloni, 1819 ; Rossi, 1819.
(6) Voyez Gaultier de Claubry, 1838 ; Wirchow, Dumler, elc, 1849; Forget, 1854; Schrive, 1857 ; Baudens et Jacquot, 1858; Barrailler, 1861; Zuelzer, 18G9. — Voyez à la Bibliographie, 1818-1821.
congélation. La température était moins basse en Irlande, mais le froid n'en fut pas moins très-rigoureux pendant l'hiver et le printemps de 1815-16.
2° L'été et l'automme qui suivirent l'hiver de 1813-16 furent froids et humides, et les récoltes de blé et de pommes de terre firent complètement défaut en Irlande. Dans le voisinage d'Edimbourg les récoltes étaient encore vertes au commencement de septembre. La moisson de l'année suivante ne fut pas plus satisfaisante. En septembre 1817, le thermomètre s'abaissa tout à coup de 24° à 1° centigr. et la gelée détruisit complètement la récolte des pommes de terre et des avoines ; au mois de décembre on voyait les gerbes de blé pourrir sur le sol. L'humidiLé de la saison empêcha également de recueillir les herbes et la tourbe qui constituent le principal combustible employé par la classe pauvre en Irlande.
3° Comme cela arrive presque toujours dans ces circonstances, un grand nombre d'individus ne purent se procurer du travail.
A° La plus grande misère s'en suivit. En 1817, le pain de quatre livres se vendait à Dublin 2 francs 20 centimes. Les descriptions de cette époque nous montrent les pauvres parcourant les campagnes et y ramassant des orties, du sénevé et autres graines pour satisfaire leur faim criante. Celte disette commença à l'automne de 1816 et se continua jusqu'à la moisson de 1818 qui fut abondante.
5° C'est de cette époque que datent les grandes émigrations irlandaises dans les villes de l'Angleterre ctdel'Écosse où elles condensèrent la population et introduisirent des habitudes de malpropreté et d'imprévoyance.
L'épidémie se montra en Irlande et se répandit ensuite en Angleterre. Elle sévit d'abord avec intensité à Cork vers la fin de 1816 parmi des ouvriers laissés sans emploi à la suite de la paix de 1815; mais ce n'est que pendant l'été de 1818 qu'elle atteignit sur ce point son summum. Au printemps de 18171a maladie se répandit à Ulster, Munster et Connaughl ; mais elle ne se montra à Leinster que vers l'automne. Elle commença à Dublin au mois de septembre 1819; l'épidémie diminua rapidement, d'abord à Ulster, puis sur différents points de l'île ; vers la fin de 1819, elle avait à peu près disparu. A Londres, l'épidémie se déclara au mois de mars 1817; à Edimbourg, elle se montra vers la fin de l'automne suivant dans les environs de Stockbride et se répandit rapidement.
La population de l'Irlande s'élevait à cette époque à 6,000,000 d'habitants environ, et le nombre des malades fut estimé à 737,000, c'est-a-dire au huitième de la population totale, 70,000 cas furent observés dans la seule ville de Dublin et ce chiffre représente à
peu près le tiers du chiffre des habitants. D'après Donovan, le nombre total des décès s'éleva pour l'Irlande à 44,000. A Londres, l'épidémie semble avoir sévi avec moins de violence, car le chiffre total des malades admis dans tous les hôpitaux ou dispensaires ne dépasse pas 3,000. A Glascow, 2,715 cas de fièvre furent traités à l'hôpital, quoique pendant les vingt années précédentes le chiffre annuel des cas n'ait pas dépassé 1,300. A Aberdeen, le nombre total des cas s'éleva à 2,400.
Quoiqu'un grand nombre de cas de typhus aient été observés pendant cette épidémie, on peut néanmoins dire qu'elle fut surtout caractérisée, du moins en ce qui concerne l'Ecosse et l'Irlande, par la fièvre relapse. Les travaux de Welsh, Harty, Barker et Cheyne démontrent pleinement l'exactitude de cette assertion. Welsh remarque qu'il était rare pendant cette épidémie de voir un malade avec l'éruption rubéolique, qu'on ne rencontrait des pétéchiesque dans un cas sur quinze et que les récidives étaient extrêmement fréquentes. Sir Robert Ghristison, qui a également observé celte épidémie, s'exprime ainsi (1) : « On peut à peine dire que le véritable typhus typique, tel qu'il a été compris dans ce pays depuis Cullen, se soit montré pendant cette épidémie. » Il est à remarquer que la fièvre relapse présente avec le typhus un contraste marqué, non-seulement par les symptômes mais aussi par la mortalité inférieure. Parmi les 100,337 cas recueillis en Irlande (cas traités dans les hôpitaux et probablement les plus graves) par Barker à Cheyne, on a observé que 4,349 décès, soit 1 sur 23 cas; parmi les 7,608 malades admis au Dublin fever hospùal, il y eut 258 décès, soit 1 sur 30 Yj, tandis que la mortalité du typhus vrai est d'environ I sur 5. Parmi les 743 cas observés par Welsh à Edimbourg il n'y eut que 34 décès, soit 1 sur 22 cas. Tous les auteurs s'accordent à dire que, quoique la maladie ait sévi plus particulièrement sur la classe pauvre, la mortalité était plus élevée chez les riches où elle atteignait le chiffre de 1 sur 5 ou de 1 sur 3. On ne sait si les cas de fièvre relapse étaient aussi fréquents à Londres qu'en Irlande, mais il est certain, d'après les écrits de Bateman, qu'il y avait un nombre considérable de cas (2).
Le fait que cette épidémie n'était pas constituée par le typhus vrai, mais par une maladie dont les effets funestes ne sont pas considérables, doit être présent à notre esprit lorsque nous considérons le traitement appliqué aux fièvres continues, traitement qui fut si
(1) Christison, 1858, p. 584.
(2) Les ouvrages dans lesquels cette épidémie est décrite sont cités à la Bibliographie, année 1818-21. Voyez aussi Stocker, 182G et 1835; Denovau, 1 818.
vanté à cette époque et qui exerça une grande influence sur l'esprit des médecins et peut-être aussi sur la mortalité.
C'est au commencement de ce siècle que parurent les ouvrages de Ploucquel (1) et de Glutterbuck (2) qui s'efforcèrent d'établir que la fièvre continue était une pyrexie symptomatique d'une inflammation locale du cerveau, tandis que Broussais essayait de la localiser dans les intestins et que Beddoes maintenait que la fièvre commue était toujours le résultat d'une inflammation dont le siège était variable. C'est alors que la méthode de traitement du typbus par les stimulants, qui avait été suivie de temps immémorial et venait de recevoir une nouvelle impulsion par les doctrines de Brown, reçut un coup fatal. Quoique les apparences morbides sur lesquelles Clutterbuck etautresavaienLappuyé leurs opinions soient maintenant reconnues fausses, ces opinions et la pratique qui en était la conséquence ne lardèrent pas a être adoptées. Le traitement déplélif appliqué à toutes les formes de fièvre devint donc à l'ordre du jour.
Mills, de Dublin, fut le premier médecin qui introduisit dans la pratique les idées de Clutterbuck (3). En 1812, il traita par la saignée (il enlevait rarement plus de dix onces de sang) 500 cas de « fièvre », et il n'eut que 18 décès, soit 1 sur 28. Mais en examinant ces cas de plus près, on arrive à douter de leur identité avec le typhus vrai. La plupart d'entre eux étaient des cas de fièvre relapse ou de fièvre de courte durée suivie de récidive, tandis que quelques autres étaient des cas de fièvre entérique, intermittente, péricarditc ou autres inflammations locales. Quoiqu'on prétende avoir observé des péléchies dans beaucoup de cas, lorsqu'on considère que 2 décès seulement ont été observés sur 73 de ces cas, il est permis de mettre en doute l'identité de ces péléchies avec celles du typhus. Des écrivains de cette époque nous disent que les fièvres à éruption étaient loin d'être communes (4). Mais les résultats obtenus parle traitement de Mills n'étaient pas aussi beaux qu'il le prétendait. Une réfutation complète de ses assertions, adressée sous forme de lettre au comilé adminislratif du Cork street fever hospital et signée parles quatre médecins, parut dans l' Edimbourg médical and surgical journal de juillet 1814. Le Dr Mills avait été nommé médecin de cet établissement à titre provisoire pendant quatre mois à partir du 21 juillet 1810 et pendant huit mois à partir
(1) Ploucquet, 1801.
(2) Clutterbuck, 1807.
(3) Mills, 1813.
(<J) Edim. med. and. surg. journal, vol. VII, p. 435.
d'avril 1812. II fit ressortir que la mortalité de ses cas avait été inférieure pendant ces deux périodes à celle des cas des années précédentes qui avaient été traités par des médecins qui ne pratiquaient pas la saignée ; il prétendait en outre que la convalescence de ses malades était plus rapide. Mais on lui démontra que la mortalité avait considérablement varié d'année en année et que ses résultats étaient moins favorables que ceux obtenus parles autres médecins à la même époque. Mills eut 55 décès sur 708 cas, soit 1 sur 12,89, tandis que sur 1,531 cas traités par les autres médecins il n'y eut que 110 décès, soit 1 sur 13,9 (1). Le même traitement fut employé sur le Continent. A Berlin, par exemple, presque tous les malades atteints de fièvre furent largement saignés pendant l'épidémie de 1813-14. Les sangsues devinrent rares et atteignirent un prix fabuleux. Heim déclare qu'un petit nombre de ceux qui avaient été saignés mouraient et que, dans beaucoup de cas, la saignée semblait arracher le malade à la mort (2).
Deux années plus tard apparut l'ouvrage d'Armstrong (3). Cet auteur prétendait que le typhus était le plus souvent compliqué de l'inflammation et de la congestion des organes internes ; il défendit alors le traitement déplétif avec plus d'énergie que Clutterbuck et pratiqua la saignée sur une plus grande échelle que Mills. Le traitement d'Armstrong fut appliqué à la première épidémie qui suivit la publication de son livre.
"Welsh publia, en 1819, le résultat de ses observations sur l'épidémie d'Edimbourg (4) et se montra l'ardent défenseur de la saignée appliquée au traitement des fièvres. La quantité moyenne de sang extraite du bras de chacun des malades de Welsh s'élevait à 24 onces, mais dans beaucoup de cas elle dépassait ce chiffre. Un de ses patients, homme âgé de vingt-cinq ans, perdit 136 onces de sang en 10 saignées et eut en outre 10 sangsues. Presque tous les cas observés par Welsh se rattachent à la fièvre relapse. En parlant de l'Irlande Stokes s'exprime ainsi : « Je me souviens que pendant le cours de mes études au Meath hospital, un grand nombre de malheureux étaient abondamment saignés chaque matin. Le sol était couvert de sang et on appréhendait de traverser la salle dans la crainte de glisser. Les malades nageaient dans leur propre sang semblables à des sangsues auxquelles on a administré un émétique salé (5). » « La saignée, dit Sandwith de Bridlington, était regardée comme l'agent le plus
(1) Voyez aussi Stocker, 1835, p, 16.
(2) Zuelzer, 18G9, p. 136.
(3) Armstrong, 181G.
(4) Welsh, 1819.
(5) Stokes, 1854.
Muhciiison.
efficace dans le traitement des fièvres, et les cas qui guérissaient sans la saignée étaient considérés comme très-extraordinaires (1). » Les paroles remarquables par lesquelles Bateman, de Londres, nous fait connaître le changement survenu dans sa pratique méritent d'être citées. Dans son ouvrage sur les épidémies publié en 1818, nous remarquons le passage suivant : « Parmi les autres remèdes actifs que j'ai mentionnés comme pouvant abréger la durée de la fièvre s'ils sont employés de bonne heure se trouve la saignée. Je crois que presque tous les médecins qui, ayant été, comme moi, imbus des doctrines en honneur vers la fin du siècle dernier et dans lesquelles la crainte de la débilité était certainement prédominante, reconnaîtront que leur pratique a été une lutte continuelle entre les préjugés de l'éducation et la conviction résultant de l'observation de faits opposés ; je crois également qu'ils auront été, comme moi, obligés de modifier graduellement et matériellement leur manière de voir relativement à l'emploi de la lancette non-seulement dans les fièvres, mais encore dans toutes les autres maladies. Je suis pleinement convaincu que ma pratique a été très-entravée par ces préjugés et ce n'est qu'avec répugnance que j'ai admis le témoignage de mes sens, alors que des observations fréquentes et l'autorité d'autres médecins faisaient clairement apparaître la vérité. Mon témoignage sur ce point ne peut donc pas ôtre considéré comme le résultat de l'empressement ou de la témérité (2). » Le changement d'opinion de Bateman à l'égard de la saignée coïncide avec les modifications qui furent alors introduites dans la pathologie de la fièvre relapse et du typhus.
La petite mortalité qui fut observée pendant l'épidémie de 1817-19 fut un des arguments en faveur de la saignée. On compara cette mortalité à celle de l'épidémie de 1800 dans laquelle on avait suivi un traitement opposé; mais il s'agissait alors du typhus et la différence qui existe entre cette affection et la fièvre relapse n'avait pas encore été reconnue. Welsh déclare que la fièvre de 1817-19 était la même qui avait été observée précédemment et que la différence supposée était « plutôt le résultat d'une révolution opérée dans l'esprit des praticiens que d'une révolution de la maladie ellemême ». Mais le succès relatif obtenu en 1817 était évidemment dû à la substitution d'une maladie qui est rarement fatale par une autre qui est plus souvent mortelle. Zuelzer a montré que les succès attribués à la saignée à Berlin s'expliquent de la même manière qu'en Angleterre (3). 11 est maintenant admis que même dans
(1) Sandwith, 1821.
(2) Bateman, 1818, p. 97.
(3) Zuelzer, 1869, p. 136.
la fièvre relapse on ne retire aucun avantage de la saignée, et quelques observateurs sagaces avaient déjà reconnu son inutilité pendant l'épidémie de 1817-19. Willam Brown, d'Edimbourg, prétendait queles malades guérissaient aussi bien sans être saignés (1). Graham, deGIascow, ne pratiquait pas la saignée par crainte des symptômes typhoïdes qu'elle pouvait provoquer « même dans la syncope ». Dans les salles du Dr Graham la mortalité n'était de 52 sur 601, soit 1 sur 11 29/52, tandis que chez d'autres médecins du même hôpital elle était de 61 sur 652, soit 1 sur 9 (2). O'Brien, de Dublin, proteste également contre les saignées abondantes qu'on pratiquait dans la fièvre sur la croyance qu'elle était due à l'inflammation cérébrale. Ses prévisions et ses craintes ne sont pas dépourvues d'intérêt même aujourd'hui : « 11 y a quelques années, dit-il, le typhus demandait à être traité par les stimulants et on administrait en conséquence le vin à larges doses. Le vin était même donné sans discernement ; on l'employait aussi bien dans le typhus compliqué d'inflammation que dans les formes moins graves et non compliquées de troubles viscéraux. Le vin est aujourd'hui plus épargné, tandis que la saignée est fréquemment pratiquée. Ne pourrait-il pas arriver que la saignée, dont l'utilité est généralement admise, ne soit un jour employée à l'excès et que le vin ne soit déprécié outre mesure?Si l'on juge de l'avenir par le passé, ce fait pourrait bien se produire (3). »
L'épidémie qui vient ensuite est celle de 1826-28. Comme elle prit naissance plutôt à la suite de la pénurie commerciale que du manque de récoltes, elle fut confinée à un petit nombre de grandes villes et n'eut pas ce caractère général qui marquait les autres épidémies. En 1825, la récolte des pommes manque cependant sur quelques points. O'Brien explique ainsi l'origine de l'épidémie : a A la fin du printemps et au commencement de l'été (1826), un grand nombre d'ouvriers 'qui habitaient les UbeiHies of Dublin restèrent sans emploi et n'ayant pas les moyens nécessaires pour se procurer des aliments, eurent à souffrir d'une famine qui, quoique artificielle, n'en élait pas moins positive (4). » Le nombre de ces ouvriers s'élevait à 20,000, et il est à remarquer que l'épidémie fût prévue avant son apparition. Un grand nombre de faillites eurent lieu sur différents points de la Grande-Bretagne et, à Edimbourg, il y eut un arrêt subit dans l'industrie du bâtiment à la suite de spécula-
(1) Brown, 1818.
(2) Graham, 1818.
(3) O'Brien, 1818, p. 486 et 490.
(4) O'Brien, 1828, p. 515.
tions malheureuses. Il fut alors difficile de se procurer du travail et le prix de toutes les provisions était extraordinairement élevé. L'épidémie commença à Dublin en mai 1826, atteignit son maximum d'intensité en octobre, resta stationnaire pendant l'hiver et diminua d'une manière rapide et inattendue au commencement de mars 1827. Le 12 mai 1827, le nombre des cas en traitement au Cork street fever hospital était réduit à 185. 12,877 individus furent admis dans cet hôpital du 1er avril 1826 au 31 mai 1827; il faut ajouter à ce chiffre les malades traités à domicile et dans les autres hôpitaux. Un grand nombre ne purent être admis à l'hôpital et on calcule que, dans le mois d'octobre 1826, il y avait 3,200 malades à domicile et 1,400 seulement dans tous les hôpitaux de Dublin réunis. L'épidémie ne se manifesta à Glascow et à Edimbourg que longtemps après ôtre apparue ï\ Dublin, et n'atteignit son maximum qu'en 1828. La môme remarque peut être faite en ce qui concerne Londres où la maladie a sévi avec beaucoup moins d'intensité. Comme la précédente, cette épidémie était constituée parla fièvre relapse et le typhus; la fièvre relapse dominait au commencement de l'attaque surtout à Dublin, mais le typhus vrai était plus commun qu'en 1817-19 et, pendant la dernière phase de l'épidémie, il régnait presque à l'exclusion de l'autre maladie. Alison a noté une éruption rubéolique dans la plupart des cas qu'il a traités. C'est ce qui explique pourquoi la mortalité était plus grande vers la fin de l'épidémie qu'en 1817-19. Sur 12,877 malades admis à l'hôpital de Cork street depuis le lor avril 1826 jusqu'au 31 mai 1827, il y eut 481 décès, soit 1 sur 26 3/h; mais sur les 794 malades admis dans le premier trimestre de 1827 il y eut 47 décès, soit 1 sur 16 et sur les 1,570 cas observés à Edimbourg, on constata 153 décès, soit 1 sur 10 Sir R. Christison écrivait en 1857 que tous les cas observés pendant cette épidémie étaient traités par la saignée (1); mais
(l)Stokes, qui écrivait en 1851 , prétend que c'était la fièvre typhoïde qui sévissait à cette époque. Il dit que l'affection intestinale était de beaucoup la plus fréquente et que la perforation intestinale était commune. On a sans doute rencontré des cas de cette nature, mais toutes les descriptions publiées à cette époque montrent que la grande majorité des cas est bien conforme à ce qu'on trouve.dans le texte. Dans sa description de l'épidémie de Dublin, Reed fait allusion aux ulcérations intestinales qu'on rencontrait quelquefois, mais il est clair que, dans quatre autopsies sur six qu'il a rapportées, l'intestin était sain et que, dans un cas seulement, il y avait « quelque tendance h l'ulcération. » (Reid, 1828.) Jacob a fait six autopsies a sir Patrik Dun's hospital, et a trouvé l'instestin sain dans tous les cas (O'Bricn, 1828, p. 570). D'après sir Robert Christison, l'épidémie qui sévissait à Édimbourg était constituée par le typhus et la lièvre relapse, et ce n'est qu'en 1829, à la fin de l'épidémie, qu'on observa quelques cas très-rares de <t typhus entérique ». (Christison., 1858, p. 588.) Sur vingt-six autopsies, Alison n'a jamais observé l'ulcération des plaques de Peyer (Alison, 1817, p. 258.) « Si ce n'est en automne,
Alison, qui écrivait au moment où la maladie sévissait, nous dit que le danger provenait de l'asthénie plus fréquemment que dans l'épidémie de 1817-19 et « que les stimulants étaient décidément plus utiles qu'autrefois (!).>> O'Brien, de Dublin, pensait qu'un léger traitement déplétif était utile dans quelques-uns des cas à récidive, mais il prétendait que la saignée était inadmissible dans le typhus, et le meilleur traitement de cette affection consistait en vins et stimulants. Burne, de' Londres, décrit la fièvre comme « adynamique » ; il remarquait que les lésions morbides trouvées dans le cerveau étaient complètement indépendantes de l'inflammation, que le délire était le résultat de la circulation d'un sang vicié dans le cerveau ou de la pression insuffisante des artères, que les saignées copieuses prolongeaient la fièvre et la convalescence, et jetaient le malade dans un dangereux état de débilité. Parlant des abondantes saignées pratiquées pendant les années précédentes, il dit : « Ces récits extraordinaires, je pourrais dire merveilleux, ressemblent plus à des contes fantastiques et à des fictions qu'à la relation calme de faits médicaux. » Un écrivain de cette époque remarque qu'en 1827 on découvrit à Londres et à Edimbourg que les fièvres ne pouvaient supporter la saignée (2). Il est à remarquer que cette découverte fut faite sept ans avant la date assignée par Chrislison au prétendu changement constitutionnel dans le type des fièvres et coïncide avec l'augmentation d'intensité du typhus vrai (3).
Comme on pouvait le supposer, il y eut alors une grande divergence d'opinions sur le traitement de fièvres continues. Quelques médecins continuaient de soutenir les théories qui avaient fait la base de leur éducation médicale, tandis que d'autres préféraient les stimulants (A) ; j'ai appris par un témoin oculaire que, môme dans ces dernières années, IeDr Graigie, médecin de YEdinburg infirmary, employait la saignée, les ventouses et les sangsues dans le traitement des fièvres. On peut citer à ce sujet l'intéressant rapport publié par le Dr Craigie sur les cas de fièvre observés dans ses salles en
dit Burne, de Londres, dans ces cas où l'attaque de fièvre adynamique est compliquée de diarrhée ou de choléra, on n'a jamais pu rencontrer des traces de maladie intestinale. » (Burne, 1828, p. K'9.)
(1) Christison, 1858, p. 588.
(2) Edim. med. and surg. jour., 1828, vol. XXX, p. 411.
(3) Pour la description de cette épidémie, voyez Graves et Stokes, 182G ; Alison, 1827 ; Burne, 1828; O'Brien, 1828; Reid, 1828 ; Wallace, 1828; Jacob, 1828; Stokes, 1854; Christison, 1858.
(4) Tweedie et Soulhvvood recommandent fortement la saignée dans la fièvre, dans leurs ouvrages publiés en 1830. D'après Tweedie, il y a peu de cas où elle n'ait été très-profitable, tandis qu'on a eu que trop souvent à regretter de ne pas l'avoir pratiquée au début do la maladie. H ajoute : « Le vin est un des remèdes dont on a le plus abusé dans letraitement de lu fièvre.» (Tweedie, 1830.
1834 et en 1835 : sur 174 malades il eut 24 décès, soit 1 sur 7, 25, tandis que, sur 691 cas traités par d'autres médecins à la môme époque, on n'observa que 59 décès, soit 1 sur 11, 03 (1).
Après 1828 la fièvre relapse disparut si complètement de l'Angleterre que, lorsque quatorze ans plus tard elle fit de nouveau son apparition, les plus jeunes membres delà profession ne la reconnurent pas et la considérèrent comme une maladie nouvelle. D'un autre côté, le typhus ayant été substitué complètement à la fièvre relapse qui ne présente pas d'éruption, certains médecins s'imaginèrent qu'ils avaient découvert dans le lyphus une affection nouvelle. Dans une leçon lue au collège des médecins de Londres en 1831, Houpell décrit le typhus comme une maladie exanthémaleuse nouvelle sous le nom de typho-rubéoloïde (2). Le Dr Stewart nous dit que l'exanthème du typhus qu'on observait dans presque tous les cas n'avait jamais été observé dans l'hôpital avant 1835 et qu'il était considéré comme une découverte nouvelle (3). Les notes qvi suivent feront encore mieux ressortir cette erreur.
Après 1828, le typhus augmenta d'une manière considérable à Glascow et à Édimbourg en 1831-32, mais il. n'y eut pas de grande épidémie jusqu'en 1836. Pendant cette année la fièvre sévit avec intensité d'abord en Irlande, puis en Angleterre; à Dublin l'épidémie commença en 1836, atteignit son maximum pendant les mois d'hiver de 1837-38 et disparut presque au mois de septembre 1838. Pendant la seule année 1837, 11,805 cas furent admis dans leshôpitaux de Dublin, 5,387 dans ceux de Glascow et le Dr Cowan estime que le nombre total des malades s'est élevé à 21,800. Un comité de médecins, nommé pour rechercher les causes de la maladie à Dublin, conclut qu'ellesétaient les mêmes quedans les épidémies précédentes, à savoir : misère et encombrement, et qu'elles existaient alors à un degré exceptionnel. A Glascow etaDundee la classe pauvre ne put se procurer du travail à la suite des grèves et des faillites tandis que le blé et le charbon se vendaient extrêmement cher. Ces deux villes furentles premières et les plus gravement atteintes; à Londres et à Édimbourg l'épidémie se montra plus tard et fit de moins grands ravages. La fièvre observée à celte époque était le typhus vrai et la plupart des observateurs font allusion à l'éruption rubéolique et aux pétéchies. La- mortalité dépassa donc de beaucoup celle des épidémies précédentes. Il y eut 1,103 décès sur
(1) En 1837, Croisil recommandait une saignée de 18 à 30 onces dans les cas de typhus, et prétendait que, môme dans la période avancée de la maladio, le vin de Porto était trop fort.
(2) Rouppel, 1831 et 1839.
(3) Stewart, IR40, p. 135.
1 ,185 cas traités dans les hôpitaux de Dublin, soit 1 sur 10, 1 /20. A Glascow le nombre total des décès s'éleva en 1837 à 2,180, soit 1 sur 10 ; à Belfast il y eut 199 décès sur 1,510 cas, soit 1 sur 7, 2/5 ; à Pliôpital Saint-Barthélemy de Londres les malades succombèrent dans la proportion de 1 à 60. 11 est vrai que quelques médecins, tels que Roupell etCallanan, pratiquaient toujours la saignée, mais Roupell reconnaît cependant « que cette pratique était moins nécessaire que dans les épidémies précédentes » . West dit que cette épidémie «semblait prohiber les vivisections à Londres », et G. A. Kennedy, « que dans la grande majorité des cas à Dublin, la saignée était non-seulement inadmissible, mais nuisible». D'un autre côté, on eut généralement recours au vin et autres stimulants et &tokes fit habilement ressortir la nécessité de leur emploi (1).
Le typhus sévit également avec violence à Philadelphie en 1836. D'après Gerhard la fièvre étaitlimitée aux quartiers les plus encombrés et habités par les classes indigentes et les premiers cas furent exclusivement observés chez les habitants les plus pauvres. La saignée fut reconnue nuisible, tandis que la quinine et les stimulants furent administrés à doses élevées (2).
L'épidémie suivante qui eut lieu en 1843 différa des précédentes en ce qu'elle ne prit pas naissance et ne se répandit pas en Irlande, mais fut limitée à l'Écosse.Le nombre des cas de fièvre n'augmenta pas dans les hôpitaux irlandais pendant cette année tandis que ce nombre s'élevait dans l'hôpital de Glascow de 1.194 à 3,467, et dans celui d'Edimbourg de 842 à 2,080 et dans celui d'Aberdeen, de 282 à 1,280. Ces chiffres ne donnent qu'une faible idée de l'importance de l'épidémie, car des milliers de malades étaient refusés à lu porte des hôpitaux. L'épidémie était presque exclusivement constituée parla fièvre relapse et le typhus était comparativement rare. Le premier cas fut observé sur la côte est de Five en 1841-42 et non dans les districts populeux des grandes villes (3). A Dundee, où la proportion des cas de typhus fut comparativement grande, la fièvre apparut au commencement de l'été de 1842 et fit des ravages considérables pendant toute la durée de l'automne avant de se montrer ailleurs. Le premier cas fut observé à Glascow en septembre 1842, mais la maladie ne se généralisa qu'au mois de décembre, époque à laquelle le nombre des cas augmenta rapidement jusqu'en
(1) Pour l'histoire de cette épidémie, voyez G. A. Kennedy, 1838 ; Cowan, 1838; West, 1838; Graves, 1838 et 1839 ; Stokes, 1839; Roupell, 1839; Christison, 1858. (2;Gerhart, 1837.
(3) La lièvre qui sévit à Fivo en 1841-1?, et qui fut décrite par Goodsir, doit évidemment se rattacher par ses symptômes à l'épidémie de 1812-43. (H. D. S. Goodsir, 1813.)
octobre 1843 pour diminuer ensuite. Le nombre des cas observés à Glascow fut estimé à 33,000, ce qui fait une proportion de 11 1/2 p. 100 sur la population totale. La fièvre relapse fut d'abord observée à Édimbourg en février 1843 ; elle se répandit rapidement jusqu'en octobre, époque à laquelle elle diminua graduellement pour disparaître ensuite complètement au mois d'avril suivant. Au mois d'octobre 1843, il y avait 638 cas en traitement à YEdinburg lnfirmary et pendant plusieurs mois, on a refusé cbaque jour de 30 à 50 malades. Alison estime à 9,000 le nombre total des cas observés à Édimbourg. A Aberdeen l'épidémie commença à la môme époque et suivit la même marche qu'à Édimbourg. Il est à remarquer que la maladie n'apparut à Leith qu'en septembre 1843; elle se répandit rapidement pendant deux mois, diminua ensuite et finit par disparaître complètement à la ûn de février 1844; elle avait atteint 18U0 habitants pendant cette courte période, soit 1 sur 14. La maladie se répandit dans toute l'Ecosse et ne fut pas limitée aux grandes villes ; elle sévissait à Greenock, Paisley, Musselburgh, Tranent, Penicuick, Haddington, Dunbar, l'île de Skye, etc. Quoique l'épidémie fût presque confinée en Ecosse, elle fit également son apparition dans quelques grandes villes de l'Angleterre. Au London fever hospital le nombre des malades qui atteignait 252 l'année précédente s'éleva à 1,385 en 1843 ; le rapport annuel montre qu'il s'agissait évidemment de la fièvre relapse dans la grande majorité des cas. La mortalité était petite et ne dépassait pas 2 à 4 p. 100. Quoique la maladie fût la môme qu'en 1817-19, on eut rarement recours à la saignée et beaucoup de cas furent traités par les stimulants. Tous les récits s'accordent sur ce point que l'épidémie survint pendant une période de grande misère générale en Ecosse et qu'elle fut limitée à la partie de la population la plus pauvre et la plus malheureuse (I).
Une autre épidémie plus importante et plus meurtrière que les précédentes apparut en 1846 et dura environ deux ans. Elle fut précédée d'un manque complet de la récolte des pommes de terre qui occasionna principalement en Irlande une période de famine et de misère qui est loin d'être oubliée. L'épidémie se montra en Irlande pendant les trois derniers mois de 1846, à Glascow à la fin de 1846, à Liverpool en janvier 1847, à Londres et à Édimbourg en mars et à Manchester en avril. Elle atteignit son maximum d'intensité pendant l'été et l'automne de 1847 et ne disparut que vers
(1) Pour la description de cette épidémie, voyez la Bibliographie des années 1813 et 1844; Douglas, 1845; Wardell, 1 846 ; Christison, 1858 ; Reports of the Eclinburg/i, Glascow and Aberdeen infirmm ies and of the Lond. fev. hosp.
la fin de 1848. Il est surabondamment démontré que la maladie fut importée par leslrlandais dans les grandes villes de l'Angleterre et de l'Ecosse et même en Amérique. Outre cette circonstance que l'épidémie naquit en Irlande et se répandit d'abord dans les villes delà Grande-Bretagne les plus accessibles aux émigrants irlandais, il est encore démontré que des milliers d'Irlandais émigrèrent en Angleterre, que presque tous les malades atteints en Angleterre et en Ecosse étaient Irlandais, et enfin que ceux qui furent atteints les premiersétaient desirlandais qui venaient de quitter leur pays. Pendant le premier trimestre de 1847, 119,054 Irlandais émigrèrent dans la seule ville de Liverpool ; l'officier sanitaire Duncan nous dit que jusqu'en juin 1847 la maladie était confinée en Irlande "et que la santé publique était satisfaisante en Angleterre (1). Il y avait à GlascoAV 5,316 malades irlandais sur 9,290, soit 57 p. 100 et un tiers de ces malades résidait à Glascow depuis moins de douze mois. A Edimbourg la proportion des malades irlandais, qui était de 73 p. 100, était encore plus considérable au commencement de l'épidémie. Sur 473 malades admis à Y Edinburgh lnfirmary pendant le mois de juin 1847, 379 étaient Irlandais ; le 26 juillet il n'y avait plus que 410 Irlandais sur 608 malades. Il a été démontré que presque tous les individus admis au London fever hospital au commencement de l'épidémie étaient des Irlandais arrivés à Londres depuis quelques jours ; ils étaient admis à l'hôpital souffrant de la fièvre, presque mourant de faim et de froid el presque dans un état d'inanition.En 1 847,75,000 Irlandais émigrèrent dans l'Amérique duNord et sur ce nombre, 10,000 périrent de la fièvre, soit pendant le voyage, soit dans les hôpitaux de quarantaine immédiatement après leur arrivée. Ces hôpitaux quarantenaires, qui coûtèrent 3,750,000 francs au gouvernement américain pendant l'année 1847, n'empêchèrent pas la fièvre de s'introduire dans plusieurs villes de la République. Dans tous les pays la maladie^était causée par l'importation irlandaise. Une épidémie de même nature et non moins remarquable se montra dans la Silésie supérieure et sur d'autres points de l'Allemagne qui se trouvaient dans des conditions hygiéniques aussi mauvaises qu'en Irlande. Cette épidémie a été décrite dans le chapitre consacré à l'étude de la fièvre relapse (2).
La fièvre était générale dans toute l'Irlande. Le nombre des malades fut estimé au minimum à 40,000 pour Dublin et le nombre total des cas observés dans toute l'Irlande dépasse probablement un
(1) Review bibliogr., 1848.
(2) Mui'chison, Trealise of continuai fever, chap. ni. Relapsing or famine fever, p. 309.
million. Plus de 300,000 cas furent observés en Angleterre pendant l'année 1847. A Liverpool 10,000 personnes moururent du typhus; Manchester, Birmingham, Preston, Londres et la plupart des autres grandes villes souffrirent également, mais à un degré moindre ; 11,425 cas de fièvre furent admis dans les différents hôpitaux de Glascow pendant l'année 1847 et à ce chiffre il faut ajouter les malades traités à domicile; 2,503 personnes moururent de la fièvre à Édimbourg et on calcule que 19,254 habitants en furent atteints, soit un neuvième de la population totale de la ville (1).
Les trois fièvres continues furent observées pendant cette épidémie. Il y eut d'abord quelques cas de fièvre entérique, qui survinrent au commencement ou un peu avant l'épidémie et qui n'étaient que les restes de la recrudescence automnale de cette maladie. L'été et l'automne de 1846 ayant é Lé marqués par une chaleur et une sécheresse peu communes, la fièvre entérique sévit avec une intensité extraordinaire vers la fin de l'année même sur les points oh le typhus n'avait jamais fait apparition (2). Il n'est donc pas étonnant que la fièvre entérique ait sévi avec intensité à Édimbourg, à Glascow et dans d'autres endroits. De plus, la plupart des cas observés à Édimbourg se montrèrent avant l'apparition de l'épidémie, ils prirent leur origine dans les localités environnantes et dans les plus belles maisons de la nouvelle ville et non dans les quartiers encombrés de la vieille ville où ils restèrent ensuite confinés (3). L'épidémie était essentiellement constituée par le typhus et la fièvre relapse; la première affeclion sévissait particulièrement en Angleterre et la seconde en Irlande. A l'hôpital de Glascow où les différentes fièvres furent bien reconnues, le nombre des cas de lièvre entérique admis pendant les années 1847-48 s'élève seulement à 134, tandis que ce chiffre atteint 6,225 pour le typhus etla fièvre relapse. « Je n'ai observé, dit Kennedy de Dublin, qu'un seul cas de la fièvre si commune en France (4). »
En Irlande la mortalité s'éleva à 8 p. 100, sur 19,254 cas observés à Édimbourg il y eut 2,503 décès, soit 13 p. 100 ; sur 1 1 ,245 cas observés à Glascow la mortalité fut de 14,41 p. 100. Cependant la mortalité de la fièvre relapse seule n'était que de 6,38 p. 100 à Glascow et de 4 p. 100 à Édimbourg, tandis que celle du typhus atteignait 21 p. 100 à Glascow et 24,7 p. 100 à Édimbourg.
(1) Paterson, 1848, p. 38G.
(2) Les preuves de cette assertion seront exposées à propos de la fièvre entérique.
(3) Tlièse du docteur Waters, dans laquelle les résidences des malades sont données (inédites). Yoy. Bibliogr., 1847.
(4) Voyez H. Kennedy, 1860, Edinb. journal, p. 217, et Irish report, lib. 1848, VIII, 5G.
Les stimulants étaient presque toujours appliqués dans les cas de typhus et même dans la fièvre relapse ; on avait rarement recours à la méthode déplélive. Dans quelques localités la fièvre relapse a été traitée avec succès par les stimulants. Sur 179 cas de fièvre relapse observés parmi des moissonneurs à Croydon et qui furent traités à l'aide des stimulants par M. Bottomley, il n'y eut que 4 décès (1).
La première épidémie de typhus qui attira ensuite l'attention fut celle qui ravagea les armées françaises et russes après la prise de Sébastopol. Le typhus s'était déjà montré pendant l'hiver précédent (18o4-55). Mais les ravages qu'il fit sont relativement faibles si on les compare avec ceux de l'hiver suivant, alors que l'épidémie était confinée dans les troupes françaises et russes. On a calcu-lé que, pendant le premier semestre de 1856, '12,000 hommes sur 120,000 qui composaient l'armée française furent atteints du typhus et que 6,000 ont succombé. Les causes de cette épidémie ont été bien étudiées. On observa également la fièvre entérique dans les armées de Crimée et cette maladie fut peut être plus fréquente parmi les troupes anglaises que le typhus ; mais les symptômes et les nombreuses autopsies pratiquées par Jacquot prouvent que cette grande épidémie était constituée par le typhus vrai. Dans presque tous les cas, le traitement stimulant était indispensable (2).
La table suivante montre le nombre des cas de typhus admis dans le London fever hospùal et autres établissements depuis 1847.
(1) Le récit de cette épidémie a été fait d'après les principaux mémoires signalés dans la Bibliographie, années 1817-48-49, d'après les travaux de Graves, 1848; T. Gairdner, 1859 et 1862; Christison, 1858, et d'après les rapports des hôpitaux.
(2) Sur l'épidémie de Crimée, consultez Alferrieff, 1850; Baudens, 1856 et 1858 ; Lyu?is and Aitlten, 1856; Scrive, I8b7; Rew. bibl., 1857; Armand, 185S Jacquot, 1858; Cazalas, 18G0.
TABLEAU
TYPHUS ADMIS DANS LES DIFFÉRENTS HOPITAUX DE LA GRANDE-BRETAGNE, DEPUIS 1847.
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Royal Infirmary.
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