THÉORIE DU GERME CONTAGE. XXIX
salies intérieurs et par conséquent sur quelques points des membranes muqueuses. C'est ce qu'on voit aussi dans la fièvre typhoïde où les taches rosées coexistent avec les lésions glandulaires. Le Dr Maclagan regarde ces lésions de sièges différents comme dépendantes d'une même cause : la germination des contages. La richesse des habitats peut être la même dans les deux sièges; elle peut être plus grande dans l'un que dans l'autre; et de même qu'on observe dans la scarlatine la gorge atteinte presque seule, tandis que l'éruption cutanée est à peine indiquée, et viceversa; de même, il peut arriver dans la fièvre typhoïde que les taches rosées soient très-abondantes et la lésion intestinale limitée à un très-petit nombre de glandes, la peau se trouvant dans ces cas largement pourvue du second facteur qui est rare dans les glandes. Quel médecin n'a pas rencontré des cas très-bénins à symptômes intestinaux presque nuls et à éruption cutanée très-abondante?
Dans la doctrine que j'expose, le second facteur tient une place très-importante. De l'étendue de son siège, de sa situation, et par conséquent de son accessibilité au germe, peut dépendre le degré de contagion de la maladie. Que ce soit par contact direct comme dans l'inoculation, ou par la voie de la circulation, il arrivera bien plus facilement à la peau, qu'à une des glandes agminées de l'intestin. La contagion sera bien plus facilement répandue, et plus facilement produite par le contact dans la variole et le typhus que dans la fièvre typhoïde, et, dans celle-ci, le contage exercera son action avec une sûreté et une rapidité plus grandes, quand il sera introduit directement par les premières voies. C'est alors presqu'une inoculation et c'est pour cela que la contagion éclate par des cas si nombreux et souvent si graves, quand elle est apportée dans des véhicules alimentaires tels que le lait ou l'eau. L'épuisement du second facteur rend compte de l'innocuité conférée par une première attaque. Il y a là analogie avec ce qui se passe dans un champ de blé. L'expérience a appris aux fermiers, dit sirTho mas Walson, qu'ils ne peuvent pas, avec espoir de succès, ensemencer un sol avec la même graine pendant plusieurs années de suite. Il semble que quelque ingrédient nécessaire au développement de la plante soit épuisé par ces élevages répétés, et il faut alors que le sol soit laissé en jachère pour
quelque temps, ou que l'engrais lui rende ce qu'il a perdu. Assurément il est concevable qu'un terrain contienne assez peu de cet ingrédient pour en être complètement épuisé par une seule récolte, sans préjudice toutefois de sa capacité à recevoir des graines d'une autre espèce. De la même manière il se peut qu'avant d'être ensemencé par le virus, le corps humain renferme quelque chose qu'une seule récolte de pustules suffit à lui enlever.
L'épuisement du second facteur par suite des fécondations successives est la cause de la fin de l'attaque ou de la défervescence.
Considérons maintenant comment le contage reproduit en nombre infini se conduit dans l'économie. Il est arrivé à l'habitai à l'état d'organisme complètement développé et y a produit des spores qui iront chercher hors du nid ce qui est nécessaire à leur développement. Une portion de l'énergie de virus, dit le docteur Tyndall, dépend de son passage de l'état de germe à celui d'organisme achevé. C'est en effet pour parla ire son achèvement que le germe accomplit tous les désordres qui caractérisent l'état fébrile.
La chaleur exagérée, calor prœter naturam, est le caractère essentiel de la fièvre, les pathologistes de tous les temps en ont cherché la cause. La théorie de M. Virchow est celle qui est en faveur a présent. Selon lui l'élévation de la température doit résulter delà consommation excessive des tissus (1), et paraît avoir sa cause immédiate dans une altération du système nerveux. Virchow indique ce phénomène plutôt qu'il ne l'explique, et il néglige un faitégalemeulcaractéristique de l'état fébrile, l'augmentation dans la consommation de l'eau. Parkes, partisan de la théorie de Virchow, reconnaît pourtant la grave omission par laquelle elle pêche; il propose de la réparer en supposant que,
(1) Les expériences récemment entreprises par M. Cl. Bernard, pour étudier la répartition de la chaleur dans l'économie à l'état normal prêtent leur appui à celte théorie. Elles prouvent que dans aucune région du courant sanguin la température ne s'élève aussi haut que dans la portion susdiaphragmalique de la veine cave inférieure, qui reçoit le sang venant du foie; or le foie est, de tous les organes, celui où les changements nutritifs s'opèrent avec le plus de diversité pour aboutir à
formation de la glycose, de la bile, de l'urée, etc.
THÉORIE DU GEHME CONTAGE. XXXI
dans l'état fébrile, la métamorphose rapide des tissus albumineux donne lien à la formation d'un composé gélatineux trèsavide d'eau qui se résoudrait ultérieurement en urée et acide urique. Ces hypothèses sont loin de résoudre les difficultés qui disparaissent au contraire devant la théorie du docteur Maclagan : le corps étranger, le contage, introduit du dehors dans l'organisme, doit être la cause de la fièvre. Elle ne préexistait pas à l'introduction de ce corps étranger, et se manifeste quand il a trouvé accès dans l'économie apte à le recevoir. Une fois introduit, il s'y multiplie et s'y développe. Ce développement ne peut avoir lieu qu'aux dépens des substances qui entrent dans la composition organique de l'hôte. Organisme lui-même, il est doué des caractères suivants :