THÉORIE DU GERME CONTAGE. XXXIX
où elle n'avait jamais été observée ; comment la coqneluche fil son apparition avec un malade qui en était atteint, au cap de Bonne Espérance, en 1863. Il n'y a pas plus de quatre ans que les îles Fidjii ont été ravagées par la rougeole qui n'y avait jamais paru. 11 est donc vrai de dire que ces fièvres éruptives ne se présentent guère sans qu'on sache par quelle voie elles sont apportées. La fièvre typhoïde au contraire paraît régner à peu près partout sans qu'on connaisse ni l'époque de sa première apparition ni le moyen par lequel elle a été transmise.
Sir William Jenner, si digne du grand nom qu'il porte, celui qu'on a appelé le Jenner de notre temps, déclare aussi que la question de l'origine de la fièvre typhoïde est encore sub judice.
« Mes préjugés, dit-il, sont en faveur de L'origine spécifique « de cette maladie, comme de toutes les affections contagieuses. « J'ai, depuis longtemps, professé que leurs différences spéci- « tiques sont dues à des causes spécifiques, c'est-à-dire à « des causes incapables de produire aucune autre maladie « aiguë. Si, pour chaque cas, on pouvait démontrer qu'il « provient d'un individu malade de la même affection, cette « démonstration justifierait l'opinion que je professe. Par «conséquent, je le répète, mes préjugés m'encouragent à « cette opinion. J'espère même qu'elle est conforme à la « réalité, et cependant je dois dire que jusqu'à présent le « témoignage de l'observation ne lui est pas favorable. »
Sir William ne croit pas, comme le prétend M. Budd, qu'il soit souvent impossible de remonter à l'origine contagieuse des cas isolés de variole. Avec des recherches convenablement faites on la découvre toujours; il suffit malheureusement de mettre des varioleux en contact avec d'autres individus, pour voir la maladie se répandre. Dans l'automne 1874, dix jeunes étudiants d'Oxford allèrent passer quelque temps dans une maison du Cornwall ; quand ils la quittèrent, chacun retourna directement chez ses parents, et sur les dix, sept eurent la fièvre typhoïde. Ils l'avaient évidemment contractée dans la maison du Cornwall. Personne dans aucune de leurs familles ne prit la maladie. Je n'hésite pas, dit sir W. Jenner, à affirmer qu'il n'en aurait pas été de même s'il s'était agi de variole et de scarlatine. Le môme médecin n'a jamais eu connaissance
d'un fait dans lequel le malade éloigné du lieu d'origine ail donné la maladie aux habitants de la maison, à moins qu'il n'y eût eu mélange des liquides employés en boissons et des déjections des malades. Dans ces conditions, les cas de transmissions sont très-nombreux. Sir William ne nie cependant pas la contagion d'une personne à une autre sans introduction des déjections dans les premières voies quand l'individu sain s'y sera exposé longtemps ou aux émanations concencentrées du malade. Il a vu deux fois, avant l'invention du thermomètre à maxima, des élèves contracter la fièvre typboïde des malades dont ils prenaient scrupuleusement les températures plusieurs fois par jour, et la tête presque sous les couvertures.
Sir William raconte plusieurs exemples, observés par lui, de cas survenus dans des conditions qui semblaient exclure toute intervention de contagion. Pour éclairer la question il adjure ses confrères d'observer avec grand soin la genèse de ebaque cas isolé qui se présentera à leur observation. Son appel a été entendu ainsi que le témoignent de nombreuses communications. Le British médical Journal, qui, entre autres mérites, a celui de réunir souvent dans un même cabier les documents relatifs à une même question de manière à en rendre l'étude plus facile, a publié dans le numéro (25 mars 1876) où il donne l'analyse succincte du rapport de M. Klein sur le coulage de la fièvre entérique, un long travail du docteur Cornélius B. Fox médecin sanitaire du comté d'Essex sous ce titre : La fièvre typhoïde a-t-elle jamais une origine spontanée? En réponse à la question, il donne le détail d'un grand nombre de cas observés dans des endroits isolés où ils se sont multipliés par contagion et dans lesquels l'importation originelle s'est soustraite à toutes les investigations. Le mémoire mériterait une longue analyse. Je n'en veux citer qu'un court fragment qui me paraît s'appliquer à des faits que j'ai eu plus d'une fois occasion d'observer en France :
N° 12. Explosion de la fièvre typboïde à Asheldam. La fièvre typboïde y sévit dans un bâtiment formant dix « cottages; » dix-sept des babitants en furent atteints, six moururent ; ces cottages sont situés dans un lieu peu fréquenté, à 15 kilomètres environ de la station la plus proebe, tous les efforts pour découvrir un cas de fièvre typhoïde dans le dis-