THÉORIE DU GERME CONTAGE. XLI
trict ont échoué. La santé de la population rurale, à cette époque, était remarquablement bonne. Tous les cottages à une exception près, étaient encombrés, et les chambres à coucher particulièrement étaient infectées d'une puanteur de matières organiques. La première personne atteinte fut une jeune fille. Elle était connue comme une grande buveuse d'eau, et elle avait bu en effet, une quantité considérable d'une eau qui, quoique pure au goût, à l'œil et à l'odorat, était un mélange d'eau de source, d'engrais liquide et, après de grosses pluies, de matières excrémenlilielles provenant de la cour de la ferme; l'analyse de l'eau donne une partie, sur un million, d'ammoniaque albuminoïde. De la jeune fille, la maladie passa aux autres membres de la famille et, ainsi qu'on pouvait s'y attendre dans des conditions d'hygiène pareilles, se répandit facilement dans les cottages voisins. Le docteur Fox prit les plus grandes peines pour découvrir un cas préexistant à celui de la jeune fille, sans y pouvoir parvenir. Le docteur C. Fox, termine son travail en disant comme sir W.Jenner, que si des vues philosophiques le portent à rejeter l'origine spontanée de la fièvre typhoïde, le jugement de son expérience le conduit à une conclusion opposée.
Dans ce même numéro du British médical Journal, commence un autre travail sur la fièvre typhoïde, du docteur Richard Wardell, médecin doyen de l'hôpital de Tunbridge Wells, et lui aussi conclut à l'origine spontanée et autogénétique delà fièvre typhoïde, et il ajoute que telle est aussi la manière de voir du docteur Baylis, inspecteur sanitaire du Kent occidental. Ce confrère s'était particulièrement adonné à la recherche des causes de quelques cas de fièvre sporadique qui s'étaient montrés dans des endroits tout à fait isolés de sa circonscription. Après beaucoup de peine et d'enquêtes, il était arrivé à la conclusion que tous les arguments et tous les faits se réunissaient pour lui faire exclure absolument l'idée de l'importation ou de la reviviscence d'un germe toxique ; il était persuadé que la théorie de M. William Budd, qui a dernièrement pris tant d'influence, était trop absolue et trop forcée.
Je pourrais multiplier encore les citations pour prouver qu'en Angleterre la théorie exclusive du germe contage appliquée à l'étiologie de la fièvre typhoïde, est loin d'être iucontes-
tée et je n'aurais pas de peine à invoquer en faveur de ceux qui contestent, des faits tirés du livre même du docteur Budd (1) ; j'y vois plus d'une fois, plus que de l'incertitude sur le mode d'origine. La spontanéité et la contagion me paraissent être, l'une et l'autre, également admises par la grande majorité des médecins de la France, de la Belgique et même de l'Allemagne. J'ai interrogé un grand nombre de confrères des départements ; tous, sans exception, m'ont répondu qu'ils croyaient à la contagion et aussi à l'origine spontanée. C'est à cette croyance que conduit aussi la lecture de la plupart des rapports faits par les médecins de l'armée. Dans une longue et intéressante étude qui a obtenu un prix de l'Académie de médecine de Belgique en 1872, le docteur Cousot avance des faits très-probants à l'appui de la double origine. Griesinger n'admet pas qu'on puisse mettre en doute l'origine spontanée.
Je sais bien que les partisans de la tbéorie opposent à ces faits la supposition du transport du germe spécifique par l'air en mouvement. Quand l'eau ne peut être soupçonnée, le docteur Budd affirme que c'est l'air qui a été le véhicule. Que le réceptacle du virus typhoïde ou que le germe soit projeté dans l'air par le mouvement des gaz, le déplacement des linges, et l'agitation de l'air dans la chambre du malade, on n'en saurait douter ; mais il faudrait des preuves bien évidentes pour établir la réalité du transport à distance par l'air, à la manière des essains d'infusoires qui, suivant la description de M. Ebrenberg, nés dans les eaux, montent dans l'atmosphère, et le traversent comme des nuages poussés et dirigés par les vents.
Cette assertion, en ce qui regarde la fièvre - typhoïde, a contre elle l'exemple du choléra dont le mode de propagation offre, sous d'autres rapports, tant de ressemblance avec celui de la fièvre. L'expérience prouve, dit M. Fauvel, que le réceptacle du choléra n'est pas transporté à distance dans l'air, ou du moins qu'il y perd ses propriétés contagieuses. On rend compte aussi des apparitions locales de la fièvre typhoïde par l'aptitude à vivre que conservent certains
(1) Budd, Typhoîd fever. Voyez à la page 84, la relation d'une épidémie dans une école, qui débute par un ou deux cas peu caractérisés dont l'origine n'est pas indiquée.