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THÉORIE DU GERME CONTAGE. III

la nature ont été séduits par l'analogie que présente le développement de certaines maladies avec les procédés de la fermentation, et il est digne de remarque que cette préoccupation s'est développée en raison directe des progrès simultanés de la médecine et des sciences physico-chimiques. La multiplication rapide de l'élément virulifère chez l'individu affecté, devinée longtemps avant d'avoir été constatée, et la transmission de ce même élément à un individu sain, offrent une ressemblance si frappante avec l'action du levain, que le docteur William Farr, chef du Bureau de la statistique en Angleterre, a adopté pour désigner les maladies infectieuses, le terme qualificatif de zymotiques.

Robert Boyle, patricien anglais, qui consacra presque toute sa vie et ses grandes richesses à l'étude des sciences physicochimiques par la voie expérimentale, écrivait il y a plus de deux siècles cette phrase mémorable : « Celui qui comprendra à fond « la nature des ferments et les fermentations, sera probable- « ment beaucoup plus que ceux qui l'ignorent, capable de se « rendre un compte clair de certaines maladies qui ne seront « peut-être jamais complètement comprises sans qu'on pré- « nètre dans la doctrine des fermentations. »

11 a été donné à notre siècle et à notre patrie de voir naître cet homme, et il semble que l'horoscope tiré par Robert Boyle ait pressenti M. Pasteur. Le génie et la sagacité de notre compatriote ont réussi à pénétrer la nature des fermentations. En établissant l'identité des organismes ferments avec des corpuscules suspendus dans les milieux qui nous entourent, et en démontrant leur ressemblance avec d'autres organismes qui peuvent pénétrer dans l'être vivant, en prendre possession, et en opérer la destruction, d'une manière analogue à celle dont les ferments se comportent avec les liquides fermentescibles, M. Pasteur a ouvert des voies inconnues jusqu'à lui. L'étiologie et la thérapeutique s'y sont engagées, et y ont trouvé pour la médecine et la chirurgie des indications dont l'humanité a déjà profité, et pourra profiter bien plus encore. La difficulté est de ne pas s'égarer dans ces voies, et de ne pas y recueillir pour des vérités réelles de simples apparences pouvant de loin faire illusion. Ces Iravaux impérissables, comme les appelle le professeur Tyndall,

en ont engendré d'antres qui viennent tous les jours les confirmer et les étendre.

De la comparaison sérieuse de l'action du ferment avec ce qui se passe dans quelques maladies contagieuses, est née la théorie du germe morbifique qui occupe aujourd'hui tant d'esprits supérieurs.

Yoici deux vases contenant un liquide limpide, de l'urine diabétique fraîche dans laquelle plonge un thermomètre délicat. Dans l'un de ces vases on inocule une quantité aussi minime que possible de levure de bière, l'autre est laissé intact. Pendant les douze premières heures l'observateur ne distingue aucun changement. Plus tard le liquide du vase inoculé commence à fermenter, et le tbermomètre s'y élève très-sensiblement. Le second jour, la fermentation est complète, et la température du liquide, a monté de près de 2°. Cet état de perturbation dure cinq jours, après quoi la température s'abaisse au degré où elle est restée dans le vase non inoculé et le liquide s'éclaircit en déposant un sédiment considérable de levure de bière. Alors, vers le sixième jour, le liquide du vase non volontairement inoculé commence à se troubler à son tour, à fermenter. Le thermomètre y indique une élévation de température de plus de 1° qui persiste pendant six jours au bout desquels il s'éclaircit comme celui de l'autre vase par la formation d'un dépôt de levure au fond du vase. N'y a-t-il pas là, demande le docteur Roberls qui exposait naguère ces expériences devant l'Association médicale de la Grande-Bretagne réunie à Manchester, une analogie frappante entre cette fièvre développée dans un flacon, et la manifestation d'une fièvre éruptive comme la petite vérole? — Dans les deux cas : inoculation volontaire ou fortuite, période incubatoire séparant le moment où l'inoculation a eu lieu, et la manifestation des premiers symptômes; élévation de température, multiplication de la substance virulente ou de la levure; enfin, défervescence ou cessation du travail perturbateur. Tous ces traits ne présentent-ils pas entre eux une grande ressemblance? Toutefois, ajoute le savant clinicien, « la comparaison ne peut pas être poussée plus loin. Je ne a prétends pas dire que le sang ou les tissus du varioleux « subissent des changements comparables à la conversion du

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