THÉORIE DU GERME CONTAGE. V
« sucre diabétique en alcool et en acide carbonique, et je ne « voudrais pas non plus qu'on m'attribuât l'opinion que l'élé- « vation de la température de l'urine diabétique par la fermen- « talion est absolument l'analogue de l'hyperthermie fébrile. »
Ces différences ne sont pas les seules. Il y en a une entre autres qui frappe tout d'abord, c'est que la fièvre dans la bouteille a été évidemment précédée de l'introduction d'un organisme vivant le torula cerevisiœ, sans qu'on puisse apiiori affirmer que rien de pareil ait eu lieu dans le cas de là fièvre vatïolique développée sans inoculation directe. Il s'agit d'examiner si/cette différence est aussi réelle qu'apparente, et de voir si la variole spontanée n'est pas le produit de l'introduction d'un germe, tout aussi sûrement que la variole qui a résulté de l'inoculation volontaire.
Essayons de dire d'abord ce que c'est qu'un germe.
Leeuwenhoek, dès le commencement du siècle dernier, avait découvert, avec son microscope très-imparfait, dans divers produits organiques, tels que les matières intestinales et le tartre •dentaire, de petits corps filiformes, extrêmement minces, qui reçurent plus tard le nom de vibrioniens en raison de la motilité dont ils sont doués. On n'aperçoit en eux nulle organisation distincte appréciable, même aux instruments actuels. Les uns ont des mouvements vacillants non flexueux autour de leur centre et de leurs extrémités, ce sont les bactéries. Les autres des mouvements ondulatoires, ce sont ceux du genre vibrio. D'autres se meuvent en spirale, ce qui leur a valu le nom de spirilla.
Les individus de la plus petite taille apparaissent au plus fort grossissement comme des points mouvants ou immobiles. Ils peuvent même être si ténus qu'on ne constate leur présence qu'à l'état d'agglomération. Les plus longs atteignent 20 centièmes de millimètre. 11 y a vingt ans, ces organismes qu'on trouvait dans beaucoup de liquides organiques en voie de décomposition, dans des liquides pathologiques tels que le pus des abcès chauds chez l'adulte, quelquefois même dans des liquides normaux, n'offraient d'intérêt que par la difficulté qu on éprouvait à les classer, et on ne s'en occupait guère, lorsque M. Pasteur, découvrit qu'en apportant de profondes modifications dans la constitution chimique des milieux où
ils se développent, ils devenaient les agents d'un grand nombre de fermentations. M. Davaineles étudia de très-près; il établit leur place dans le règne végétal à côté des conferves. Impossibles à distinguer les uns des autres par les caractères qu'ils présentent à la vue même aidée des plus puissants microscopes, les vibiïoniens se classent toutefois en catégories très-diverses par la manière dont ils se comportent avec les milieux. Les uns ne vivent que dans l'oxygène ou l'air libre, ce sont les aérobies de M. Pasteur; les autres ne prennent l'oxygène qu'en l'enlevant à des combinaisons organiques dont il fait partie, ce sont des anaérobies On en voit qui résistent à une température de plus de 100° et d'autres, qui périssent à moins de 50°. Il en est de même de la dessiccation qui tue ceux-ci, et que ceux-là subissent sans périr. Ce qui, en l'absence de tout autre caractère, fait reconnaître entre eux des distinctions profondes, c'est le mystérieux caprice qui les dirige dans le eboix de leur habitat. En voici un exemple observé par M. Pasteur.
Le ferment de l'acide tartrique ordinaire est un vibiionien. Cet acide dévie à droite le plan de la lumière polarisée; on connaît un autre acide tartrique, qui opère la déviation à gauche, d'où les dénominations d'acide tartrique droit et d'acide tartrique gauche. La composition chimique de ces deux acides est absolument la même ; les agents de la fermentation dans ces deux acides sont deux vibrions, et le vibrion ferment qui détruit l'acide droit, n'a aucune action sur l'acide tartrique gauche, autrement dit, il ne se développe pas dans un milieu ou ce dernier acide existe à l'exclusion de l'autre. Il y a un troisième acide, l'acide racémique qui résulte de la combinaison d'une molécule d'acide tartrique droit avec une molécule d'acide tartrique gauche. Si le racémate d'ammoniaque est soumis à l'action du vibrion tartrique droit, la fermentation commencera et se continuera jusqu'à destruction complète dudit acide, et l'acide tartrique gauche restera intact tant qu'il ne sera pas attaqué par le vibrion spécifique.
Je ne multiplierai pas ces citations : elles suffisent à montrer que ces variétés de propriétés révèlent chez les vibrioniens, des variétés d'espèces tout aussi distinctes que si elles s'exprimaient par des caractères appréciables à la vue. En