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THÉORIE DU GERME CONTAGE. XLVII

suprême importance des mesures hygiéniques capable de prévoir les conditions dans lesquelles le double danger, le développement de la maladie, et la contagion prennent naissance. Ces mesures doivent évidemment se proposer de prévenir la formation des propriétés nuisibles dans les matières fécales et de les anéantir une fois formées.

En France, à Paris du moins, nous sommes en présence de deux systèmes adoptés en vue de disposer des matières fécales : l'un qui paraît destiné à tomber en désuétude, c'est le système des fosses d'aisances; l'autre qui est adopté en principe et pratiqué dans les constructions nouvelles, qui consiste à envoyer directement dans les égouts la partie liquide et délayable des déjections, en retirant sa partie la plus solide dans une tinette installée dans les bas fonds de la maison. Qu'il me soit permis de dire, sans prétention aucune à l'originalité, et même en courant le risque d'être banal, quelques mots sur les mérites comparatifs de ces deux systèmes.

La fosse d'aisances bien construite, enduite de substances imperméables non miscibles aux matières fécales, prévenant par conséquent l'infiltration dans les murs qui la limitent, ne mérite pas tout le mal qu'on en dit ; l'air y est relativement immobile; cette immobilité peut prévenir jusqu'à un certain point, et prévient en effet la projection des particules solides, germes, ou réceptacles, dans les appartements. Je ne parle pas des gaz qui s'échappent par les cuvettes, et dont il serait d'ailleurs facile d'empêcher l'accès. Ces gaz peuvent entraîner les particules solides dans leur ascension, mais il y a aussi de grandes chances pour que ces particules s'amassent et adhérent aux parois qu'elles rencontrent et même au plancher supérieur de la fosse. Tyndall a démontré par une expérience très-directe cette bienfaisante influence de l'immobilité de l'air. 11 a fait construire des caisses de bois en ajustant dans leurs planchers inférieurs des tubes remplis d'infusions organiques; les parois des caisses avaient été enduites de glycérine pour présenter une surface agglutinante aux poussières qui flottaient dans l'air de la Cdisse. Au bout de quelque temps, il a ouvert ses tubes avec les précautions nécessaires pour ne pas troubler la tranquillité de l'air, et les infusions n'ont montré aucun signe de développement orga-

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nique. Tyndall alors a laissé pénétrer dans sa boîte l'air extérieur et aussitôt les infusions se sont remplies de bactéries et de ferments divers.

La fosse d'aisances a le grand inconvénient de devoir être vidée, inconvénient d'autant plus grave que le remuement des matières accumulées depuis longtemps est particulièrement favorable à l'explosion de la fièvre typhoïde.

Les égouts constituent le système le plus voisin de la perfection, mais à une condition, c'est qu'ils soient eux-mêmes parfaits dans leur construction et dans leur fonctionnement. Comme des instruments à mécanisme compliqué, ils se prêtent à des opérations bien plus précises que les instruments plus simples, mais aussi ils demandent de bien plus grands soins dans leur construction; ils se dérangent plus facilement, et le moindre dérangement a des conséquences plus importa ntes.

Si l'immobilité du contenu est la condition principale à rechercher pour la salubrité d'une fosse d'aisances, lemouvevement continuel est la première qualité requise dans le fonctionnement d'un égout. Il faut que les matières qu'il reçoit soient constamment, aussi rapidement que possible, et en totalité, entraînées de leur point de départ à leur destination définitive. Pour cela, indépendammentdes pentes convenables, il faut que les surfaces soient lisses, sans rugosités auxquelles pourraient s'arrêter les matières, conditions que remplissent à un si haut degré de perfection les constructions souterraines de la ville de Paris. 11 faut aussi que la ventilation y soit effectuée de telle façon qu'il n'y ait pas de reflux de l'air dans l'atmosphère respiré par les habitants. Mais la plus importante de toutes les conditions, c'est que la circulation de l'eau en quantité suffisante soit assurée; si l'eau entraînée sort, l'air n'a plus rien à refouler.

C'est à la partie du système qui relie l'intérieur des maisons aux égouts, que je me permettrai d'adresser quelques critiques. La tinette où s'opère la division est une sorte de renflement mobile du tuyau qui va de la maison à l'égo t. Tous les produits des déjections y arrivent, le solide pour s'y arrêter, le liquide pour les traverser. Il est clair que chaque op ration donne lieu à l'agitation du contenu de la tinette,

TUÉURIE DU GERME COiNTAGE. .\LIX

à moins que la masse d'eau ne soit suffisante pour exercer une compression qui y supprime le mouvement. Or je constate qu'il est bien rare que l'afflux de l'eau soit assez abondant et assez violent pour produire ce désirable effet. 11 y a encore des maisons où le système diviseur est appliqué sans que l'eau y soit distribuée. La loi permet aux propriétaires d'établir des tuyaux entre leurs maisons et l'égout pour recevoir les déjections, sans les obliger encore à s'approvisionner d'une quantité d'eau suffisante et à la distribuer de manière à chasser tout le contenu des tuyaux. Je crois aussi que ces tuyaux, au lieu d'avoir toujours à l'intérieur une surface trèslisse, émaillée par exemple, sont souvent rugueux et susceptibles de le devenir davantage par l'oxydation de la fonte, condition qui, avec l'insuffisance de l'eau, est bien propre à favoriser le séjour des matières, et à produire ainsi une cause très-efficace d'insalubrité. Il y aurait un moyen facile, je crois, de rompre la communication entre les tuyaux et les habitations, ce serait d'exiger que l'abouchement des. cuvettes avec les tuyaux se fit au moyen de siphons, l'eau retenue dans la concavité du siphon, y formant une soupape mobile qui ne disparaîtrait que pour faire place à une autre, et dans laquelle il serait toujours facile d'ajouter, dans les temps suspects, quelques désinfectants. Il va sans dire que le succès de cet appareil ne peut être assuré que par un libre et abondant écoulement d'eau.

La destination des matières entraînées par les égouts est un des grands problèmes de la civilisation. Au point de vue de l'hygiène, il est indispensable que ces matières qui, selon les théories diverses, sont le réceptacle des germes ou le laboratoire où se fabriquent les poisons spécifiques, soientautant que possible décomposées ou entraînées, sans possibilité de retour dans des agglomérations humaines. L'utilisation des eaux d égout par l'agriculture est assurément la meilleure, l'irréprochable solution du problème partout où elle est praticable. Elle est fondée sur la décomposition des matières albuminoïdesdans le sol et leur appropriation par la végétation ; et, pour la réaliser, il faut qu'il y ait une certaine proportion entre la quantité de matière à consommer et l'activité du consommateur qui est la végétation.

Mliiciiison. d

L DE LA FIliVItE TYPHOÏDE.

Ces conditions sont difficiles à réunir à l'égard d'agglomérations très-nombreuses. Cependant les succès déjà observés à la presqu'îlede Genncvilliers, et qui promettent de s'étendre encore, démontrent que les obstacles ne sont pas insurmontables. Ils diminuent beaucoup et disparaissent môme tout à fait quand il s'agit d'agglomérations telles que celles qui répondent au chiffre de la population de là plupart de nos "villes de province. Peut-être me saura-t-on gré de faire connaître le résultat d'une expérience très-concluante à ce sujet. Elle est racontée par le docteur Alfred Carpenter, le même qui a décrit, après l'avoir prédite, l'épidémie de fièvre typhoïde qui a fait eu 1873 de si-grands ravages à Croydon par suite du mélange des matières fécales aux eaux potables, mélange dû à des vices de construction et de fonctionnement dans les égouts de la ville.

La ferme qui reçoit à Beddington le produit des égouts de Croydou utilise eu ce moment les vidanges de o0,000 personnes sur une terre de 4G0 acres : l'irrigation dure maintenant depuis seize ans, et une partie de la terre n'a pas cessé d'être irriguée, plus ou moins, jour et nuit, pendant tout ce temps ; là, tout près delà ferme, est établie une population trèsdense, et tout autour s'élèvent des habitations qui constituent un ensemble de propriétés de grande valeur. La fertilité du sol augmente chaque année avec les enseignements de l'expérience. La population de la paroisse sur laquelle est située la ferme, qui occupe environ le cinquième de son étendue, a triplé depuis l'installation de cette ferme, ce qui ne s'est vu pour aucune des localités voisines, villes ou villages. Par suite du développement des constructions, la valeur de l'impôt a monté de 273,000 francs (taux de 1861) à 900,000 francs (taux actuel). Le chiffre de mortalité qui était en moyenne de 20 pour 100 avant l'établissement de la ferme n'est plus maintenant que de 17. Ainsi, à Beddington, l'irrigation par les eaux d'égouts, non-seulement n'a pas déprécié la valeur de la propriété et fait tort à la vie humaine, mais elle a été avantageuse à l'un et à l'autre. Et ce ne sont pas là les seuls résultats heureux. La terre, naturellement pauvre, avant d'être employée à l'utilisation des eaux d'égout, se louait à 30 francs l'acre; aujourd'hui elle se loue de G3

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