THÉORIE DU GERME CONTAUE. LI
à 90 fr. l'acre, et les propriétaires, au lieu de 13,000 francs par an, tirent maintenant de ces terres un revenu de plus de 132,000 francs.
Puisse la connaissance de ces détails servir d'encouragement !
Dans les petites localités de campagne, les égonts ne sont guère possibles; chacun dispose de ses ordures à peu près à sa fantaisie, et si la fantaisie s'arrange avec la commodité, elle devient l'habitude de la localité. Je traversais en promenade, il y a quelques années, un charmant village perché sur le haut d'une falaise, composé d'une soixantaine de maisons; la plupart des maisons ont leur jardinet, et dans un coin de celui-ci, ordinairement tout près de l'habitation, un fossé peu profond et beaucoup plus large où sont jetées les immondices de toute sorte. Le fond de ces fossés repose sur la craie de la falaise, et le niveau de l'eau y est naturellement sujet à de grandes variations ; ce village est un nid de fièvre typhoïde et ce n'est que trop facile à comprendre.
Il y a cependant, pour ces cas-là, une manière sal Libre et profitable de disposer des matières excrémentiliclles. C'est de les mélanger avec de la terre desséebée au moment même de l'évacuation. Je ne sache pas que le système du cabinet de terre sèche « dry earth closet » ait été assez essayé en France pour pouvoir mettre en mesure de le faire approuver ou condamner. La terre sèche enlève aux excréments toute odeur et probablement toute propriété nuisible, et le mélange constitue un engrais d'une grande efficacité. Les témoignages les plus favorables sont. rendus en faveur de ce système par les médecins des camps et des armées qui l'ont employéen Angleterre et dans l'Inde. Je l'ai vu fonctionner dans des écoles de campagne et dans des maisons privées où il donnait tout ce qu'on en attendait : désinfection et déodorisation complète, et engrais de première qualité. On construit des appareils fort simples, pour que la terre sèche, retenue dans un petit réservoir, soit débitée dans la cuvette qui reçoit les excréments; j'ai vu de ces appareils dans des chambres à coucher où ils ne donnaient aucune odeur. On peut faire les choses plus simplement encore et sans appareil ; il suffit de jeter une pelletée de terre sur le produit de l'évacuation; quand le récipient est plein, on peut porterie produit sous un hangar,
où, à l'abri de l'humidité-, il se conserve jusqu'à ce qu'il soit employé comme engrais. Ce système est l'objet d'un rapport très-intéressant et très-approbateur du docteur Bucbanan au Conseil privé (1).
La fièvre typhoïde est une des maladies que M. John Simon attribue à la malpropreté, filtli discase, et à la plus révoltante malpropreté, puisqu'elle a son foyer dans les matières fécales et qu'elle ne se propage que par l'introduction de ces matières dans noire économie, au moyen de l'air que nous respirons, des boissons et de la nourriture que nous ingérons.
Pouvons-nous l'atteindre dans ces modes d'origine et de propagation? Est-elle susceptible d'être prévenue? A cette question, chez nos voisins, on répond par l'affirmative, et on fait résolument campagne pour l'abolition du fléau. On poursuit la recherche des voies que prend le poison spécifique pour pénétrer chez l'homme, et on lui barre le passage quand on parvient à le joindre : c'est ainsi que le docteur Murehison a pu, a force de pénétration el de persévérance, remonter au point de départ de la contagion qui se propageait dans la paroisse de Mary-le-Bone à Londres, et même dans les paroisses voisines, et y faisait les plus terribles ravages. Il s'agissait simplement, ainsi que cela se représente trop souvent, de lait infeclé par l'eau qui servait au lavage des bidons. Cette eau, on le reconnut pleinement, était contaminée par son mélange avec des excrémenls. Depuis lors, l'éveil donné à l'attention des inspecteurs sanitaires et du public, diminue heaucoup les chances de la production d'une épidémie par une cause pareille. 11 n'y a qu'à ouvrir les rapports des médecins sanitaires pour y trouver des exemples ties-ciiiieluants de disparition de ,1a maladie, de lieux qu'elle avait l'habitude de dévaster, à la suite de Iravaux d'assainissement. Le livre de M. W. Budd montre les effets décisifs el rapides, obtenus par la clôture d'un puits ou la désinfection de latrines d'où provenait le poison. Nous trouverions facilement dans les observations de nos compatriotes la confirmation de ces expériences. Le rapport de M. Woillez [Épidémies de 1873) contient des faits qui renferment la preuve de l'efficacité complète des mesures hygiéniques pour
(I) ATI"' report to the médical officer oftheprivy Council.