THÉORIE DU GERME CONTAGE
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arrêter la propagation du mal. Chacun devrait connaître l'histoire de l'épidémie de la caserne de Courbe/voie, née de déplorables conditions sanitaires, atteignant plus de 300 hommes, en tuant plus de 50 en vingt-trois jours et cessant alors pour ne plus reparaître, deux jours après l'adoption de mesures convenables.
Avec la dysenterie et le choléra, la fièvre typhoïde est sans doute la maladie sur laquelle les désinfectants ont le plus de prise. Employés au moment opportun, ils peuvent saisir l'ordure à son apparition et la rendre incapable de nuire ; nonseulement ils isolent le contage, mais encore ils l'exterminent.
La prétention de s'opposer à la propagation de la fièvre typhoïde n'est pas plus exorbitante que celle d'éteindre le choléra dans l'Inde. Or M. Fauvel nous apprend qu'à la conférence internationale de Constantinople, la commission ne considérait pas comme impossible qu'on pût parvenir à. éteindre le. choléra envahissant dans l'Inde, et qu'elle croyait qu'en tout cas on y peut restreindre son développement épidémique. Pour atteindre ce double but, elle admettait la nécessité d'études suivies, ayant pour objet de déterminer les conditions spéciales qui produisent et entretiennent l'endémie cholérique, etc.
A l'égard de la fièvre typhoïde, nous avons cet avantage, que ces études spéciales sont faites, et que les moyens à employer sont connus. La science a réellement fait tout ce qu'on peut exiger d'elle ; il faut maintenant, suivant une heureuse expression de M. Woillez, qu'elle se transforme en art. L'hygiène a recueilli et semé les germes, il faut la coopération du public pour les féconder. Celte coopération, c'est le second facteur indispensable qui manque trop souvent chez nous. Le public, y compris ceux dont le devoir est de veiller à l'application des principes de l'hygiène, s'oublie volontiers dans une ignorance réelle ou affectée qui lui permet de ne pas trop souffrir, dans sa conscience, de ces milliers de morts dont beaucoup ne sont que des homicides par négligence.
Pour moi, j'ai la conviction que, quand on le voudra sérieusement., on diminuera dans une énorme proportion la mortalité par la fièvre typhoïde. Pour cela, il serait nécessaire de faire pénétrer partout des instructions propres à traduire en langage vulgaire les vérités déduites des observa-
lions scientifiques, en imposant aux autorités locales le devoir d'exposer au grand jour les exemples, malheureusement trop faciles h trouver, capables d'éclairer leurs administrés.
Il serait nécessaire que, chez nous, des commissions permanentes fussent établies, prenant connaissance de chaque cas, surtout au début des épidémies, cherchant à en suivre la piste jusqu'à son origine. Je sais combien les difficultés sont grandes; je ne les crois pas, le plus souvent du moins, insurmontables. 11 serait facile de trouver le personnel nécessaire à la composition de ces commissions, dans ces sociétés de médecine publique et d'hygiène qui se forment tous les jours parmi nous sans d'autre ambition que de rechercher et de découvrir les vérités utiles à la santé publique. Ces commissions feraient leurs rapports aux divers comités qui représentent la science auprès de l'administration; enfin et surtout il sciait nécessaire de rendre obligatoire la notification de tous les cas qui se présentent, aux autorités compétentes.
Cette déclaration à elle seule prépare l'application des autres mesures prophylactiques, et sans elles les autres mesures peuvent cire trop tardives et inefficaces. J'emprunte encore au rapport de M. Fauvel une preuve éloquente de la nécessité de la déclaration, et des calamités qui peuvent résulter de l'absence de l'exploration ou d'une fausse déclaration. L'état de la santé publique à Constantinoplo ne présentait rien qui pût faire prévoir l'apparition d'une épidémie cholérique, lorsque, le 28 juillet 1863, arriva d'Alexandrie, où régnait le choléra , la frégate Moukbiri-Sourour. Sur la déclaration du médecin qu'il n'y avait pas de maladie suspecte à bord, le navire fut admis tout de suite en libre pratique.
La déclaration était fausse. Le soir même on débarquait douze malades dont un atteint de choléra, qui succomba dans la nuit, et onze n'offrant que des symptômes de cholérine ; neuf autres furent débarqués le surlendemain. Les malades furent transportés à l'hôpital de la Marine, en traversant une caserne d'armuriers de l'arsenal; trois jours après, un des ouvriers est pris du choléra. Bref, quoique bien restreinte, cette importation fut suivie d'une épidémie très-grave.
Il est bien permis, je suppose, d'affirmer que celte épi-