‹ La Fievre typhoideChapitre 45 sur 121 · ÉT10L0G1E · texte numérisé non relu

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le bâtiment collégial du château qui était également en communication avec l'égout de la ville.

Dans la dernière partie de l'année 1859, Bedford fut le siège d'une grave épidémie de fièvre typhoïde; du reste, en automne, la ville en souffrait habituellement. Après examen, on acquit la preuve que la fièvre ne suivait pas les ramifications des égouts et ne dépendait pas non plus de l'air qui échappait des fosses des maisons, mais.qu'on devait l'attribuer à des natières fécales provenant des nombreuses fosses delà ville, et pénétrant lans les puits. On trouva que l'eau de ces puits contenait une grande quantité de matières animales en décomposition s'y étant évidemment ntroduites ainsi qu'il vient d'être dit(l).

A Guildford, une épidémie de fièvre typhoïde parut subitement pendant .'automne de 1867, et futétudiée par le docteur Buchanan. Cinq cents personnes au moins furent atteintes. L'épidémie fut circonscrite d'une façon Dresque absolue, dans les parties hautes de la ville, attaquant pareille- .oient les pauvres et les riches; mais elle épargna entièrement les parties oasses de la ville dans lesquelles des cas isolés avaient été observés précédemment. La seule condition coïncidant généralement avec l'épidémie .Hait le service général des eaux de la ville, et, informations prises, on découvrit que, onze jours avant le commencement de l'épidémie, de l'eau, :orrompue par des immondices et amassée pendant seize jours, avait été listribuée par ce service, en une journée, aux 330 maisons dans lesquelles a fièvre éclata (2).

Des faits semblables à ceux qui précèdent pourraient être multipliés à l'infini, mais il est maintenant presque universellement idmis en ce pays que la fièvre typhoïde est due à l'air ou à l'eau io table corrompue par le mélange de vidanges en putréfaction. l>a seule opposition importante faite à cette opinion, pendant les lernières années, est venue de l'école d'Edimbourg. Sir Robert Hhristison, dans son discours à la Social science Association en [863, affirme avec sa grande autorité que des faits indiscutables i'opposent à son acceptation (3), quoique, quelques années aupa- ■avant, il enseignait à ses élèves qu'il y avait des preuves non îquivoques que les fièvres continues avaient pour origine les éma-

(1) Third. Rep. Merl. Off. Privrj Counc.

(2) Teuth, Rep. Med. Off. Pvivy Cvuncil, p. 34. Pour d'autres exemples, voir ,Vard, 1838 ; l'épidémie de Ooydon de 1852 ; Bibliog., 1852 ; épidémie de Cow- »pidge de 1853, Campes, 1855 ; Routli, 185G, p. 7C3 ; Mauer, 1862 ; fièvre à Mu- .ich, Bibliog., 18G2 ; Palmer, 18G5 ; Reports of Med. Off. Privy Council, passim ; t particulièrement épidémie de Buglawton, vol. IX, p. 213; Stewart, 1807, p. 14.

(3) Cbristison, 18C3.

Muiiciiisox. r.

nations putrides des matières animales en décomposition (I). En 1846, il avait lui-même indiqué une épidémie de fièvre typhoïde, « différant de l'épidémie ordinaire du typhus d'Écosse par la présence de symptômes gastro-intestinaux, etc., » et due aux effluves d'immondices accumulées dans un égout obstrué (voir plus haut, p. 7). Le professeur Bennelt nie également, dans les leçons qu'il a publiées, qu'il y ait aucun rapport entre les immondices en décomposition et l'apparition de la fièvre typhoïde (2). Ces autorités sont presque les seules qui aient combattu cette manière de voir. La plupart des médecins adoptent aujourd'hui l'opinion que j'ai soutenue en 1858 dans mon Essai sur l'éliologie des fièvres continues, et qui consiste h admettre comme origine de fivre typhoïde « les émanations des matières organiques putréfiées, et les impuretés organiques mélangées à l'eau potable. » En consultant les remarquables rapports de l'officier médical du conseil privé, on verra que de l'expérience acquise pendant de nombreuses années, résulte cette notion générale sans cesse répétée, que la fièvre typhoïde dénote un « empoisonnement causé par les excréments. » Le président de la Société des ingénieurs a déclaré récemment qu'après avoir examiné plusieurs centaines de maisons dans lesquelles la fièvre typhoïde avait régné, il lui avait, chaque fois, été possible de rapporter la maladie à quelque défaut non remarqué jusque-là dans les égouts (3).

Mais il n'y a pas la même unanimité de vue en ce qui concerne la manière dont le poison s'introduit dans les immondices des égouts. Beaucoup adoptent l'opinion enseignée à Munich, pendant plus de trente années, par le professeur F. von Gietl (4), et qui veut que le poison, bien que contenu dans les immondices, dérive toujours des excréments d'un individu souffrant déjà de la maladie. D'après cette manière de voir, l'égout serait simplement le véhicule qui transporte et propage le poison, et, de fait, pourrait être considéré comme « la continuation directe de l'intestin malade. » D'autres croient que le poison peut prendre naissance dans les immondices, sans le concours des excréments typhoïdes. La solution de la question est incontestablement entourée de nombreuses difficultés. La première de ces opinions, qui a été habilement défendue dans ce

(1) On poisons, 1829, p. 476.

(2) Pracl. of Med., 4e édition, p. 942. Quelques-uns des arguments du docteur Roiinett me paraissent être à côté de la question ; d'autres seront indiqués ciaprès.

(•!) Lettre dans le Times, 4 décembre 1871. (i) Gietl, 1860 et 18<;;>.

pays par le docteur W. Budd (I), offre les meilleures explications les circonstances qui se produisent dans les cas où la fièvre est propagée par les malades. Mais la plupart des faits, sinon tous, iir lesquels il appuie son opinion, peuvent être également présentés en faveur de l'opinion contraire ; et, dans quelques-uns des ;as cités par cet auteur, le mode de propagation de la fièvre n'esl oas aussi clairement établi que l'on pourrait le désirer. De ce que a maladie peut être quelquefois communiquée par les malades, il ,ie s'ensuit pas nécessairement pour moi que, dans les cas où elle iDrovient du mauvais état des égouts, le poison émane nécessairement d'une personne infectée. La production indépendante du joison dysentérique parla putréfaction des matières animales dans le certaines conditions a été reconnue depuis des siècles ;et, selon ?arkes, « on ne peut conserver aucun doute sur ce point (2). » Ceendant la contagiosité des excréments de la dysenterie (3) est lussi démontrée, à mon avis, que celle des excréments de la fièvre yphoïde. Si, parce qu'il peut être prouvé que la maladie estcomuniquée, dans quelques cas, par les malades, elle ne provient jaais d'une autre cause, la discussion sur ce sujet est terminée, tlais cela ne paraît pas un argument scientifique qui puisse mettre in à la discussion. Dans les remarques qui suivent, je m'efforcerai le présenter les faits aussi impartialement que possible; mes ecteurs pourront juger de la valeur des arguments sur lesquels eposent mes conclusions.

I. — Tout d'abord, il doit être admis que, dans les cas où la fièvre yphoïde est due à l'empoisonnement fécal, par l'air ou par l'eau, il sist extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, d'exclure a supposition que des déjections typhoïdes se trouvaient dans la nasse des excréments. Je reconnais toute la valeur de cet argunent en apparence écrasant, à savoir qu'il est impossible de trouver un fait négatif, mais je sais aussi avec quelle facilité on eut en abuser. 11 me semble que la seule méthode scientifique ue l'on doive suivre dans l'étude de cette question, est de procéerpar élimination. Les deux facteurs supposés sont : les matières fégout en décomposition et les selles typhoïdes. En prenant des as dans lesquels il y a de bonnes raisons de croire que l'un ou 'autre de ces facteurs doive être exclu, comment expliqueronsîous l'apparition de la fièvre typhoïde ?

(1) Bud.l, 1858, 1859, 1861.

(2) Ou Hygiène, 1804, p. 440.

I (3) V..ir sur ce point l'attestation du docteur Maclcan, art. Dysenterie, dans le

iystème de Médecine de Reynolds, \'e éd., vol. I, p. 1 11.

a) En premier lieu, on observe constamment, alors que la décomposition des eaux d'égout ne saurait être mise en cause, des personnes qui ne sont pas atteintes de la fièvre typhoïde, après avoir été exposées aux dangers supposés des selles typhoïdes dans leur forme la plus concentrée. Le docteur Budd, d'accord en cela avec beaucoup d'auteurs (Voy. l'historique, p. 6), regarde la maladie intestinale comme une éruption spécifique semblable à celle de la variole ; et il soutient qu'une dose infinitésimale du poison dérivé de cette éruption suffit pour produire la maladie (1). Tout en admettant pleinement la difficulté de prouver la négative, il n'y a aucune évidence positive que les selles typhoïdes soient d'une nature aussi redoutable qu'on l'a dit. Des faits trèscertains viennent a l'appui de l'opinion opposée. D'abord, on a déjà observé (p. 55) que les médecins et les gardes-malades présentent, pour la fièvre typhoïde, une remarquable immunité. On peut citer ensuite les faits observés à l'Hôpital des fiévreux, qui ont déjà été communiqués (p. 57), mais qui sont assez concluants pour être rappelés une seconde fois. Pendant neuf ans, on a soigné dans les mômes salles 3,555 cas de fièvre typhoïde et 5,144 autres malades ne soutirant d'aucune fièvre spécifique. Pas un de ces derniers n'a contracté la fièvre typhoïde, bien (pie beaucoup d'entre eux se soient servis des mêmes closets, et se soient fréquemment assis sur les évacuations des malades atteints de la fièvre typhoïde, et que l'emploi des désinfectants ait été exceptionnel. En troisième lieu, nous trouvons les mêmes résultats dans la pratique privée. Pendant ces dix dernières années, j'ai été consulté dans plus de 40 cas où la fièvre typhoïde avait été contractée par des personnes en dehors de leur domicile; quelques-uns de ces cas ont été observés à Londres ou dans ses faubourgs, d'autres dans la campagne. Je n'ai observé de cas! nouveaux que deux fois, dans ces habitations; -et il n'existait même pas de preuve évidente qui pût démontrer que la maladie eût été communiquée par le cas importé (p. 58). Dans une épidémie de fièvre typhoïde qui éclata dans un couvent, et] qui ;l été relatée page 479, sur les 37 malades, 10 furent emmenées chez elles pendant leur maladie ; et la fièvre ne se propagea pas clans une seule des 10 habitations. Enfin, quiconque ;i quelque expérience de la fièvre typhoïde a remarqué que beaucoup de cas isolés ont lieu dans des familles nombreuses, alors même que peu ou point de précautions ont été prises

(1) Budd, 1859, p. 209.

ÉTIOLOGIE .

pour éviter l'extension de la maladie. Après de semblables preuves, il me semble qu'on est nécessairement conduit à cette conclusion : que les excréments frais de la fièvre typhoïde ne possèdent pas les propriétés toxiques qu'on leur a prêtées ; etque, comme dans le choléra, le poison prend naissance dans les excréments, lorsqu'ils sont sortis de l'organisme et pendant leur décomposition. Il est, en outre, reconnu que les selles des typhiques sont particulièrement sujettes à la décomposition ou à la fermentation.^ Au lieu d'être acides, comme doivent l'être les excréments des individus sains, elles sont alcalines et contiennent aussi en abondance les produits ordinaires de la décomposition des matières animales sous forme d'ammoniaque et de phosphate ammoniacomagnésien; leur odeur donne pleinement l'idée de leur caractère putride. De semblables conditions sont fatales à l'existence d'un poison animal, tel que celui de la petite vérole. On prétend que la nature morbide déposée dans les intestins contient le poison spécifique par lequel la maladie est propagée, de la même manière que la pustule varioleuse contient le poison de la variole. Mais s'il en est ainsi, la matière toxique ne quitte jamais le corps sans se séparer de l'intestin à la manière d'une escarre, jusqu'à ce qu'elle soit morte et ■putréfiée, tandis que le contenu de la pustule de la variole ou de la vaccine ne produira plus la petite vérole ou la vaccine après s'être putréfié. Il est probable que les selles de la fièvre typhoïde sont plus sujettes que les matières ordinaires d'égouts à la fermentation spécifique qui produit le poison ; et c'est ce qui explique pourquoi la maladie est parfois propagée par les malades. Mais que cela soit, ou non, il me paraît bien plus facile d'admettre que le poison est toujours le résultat de la décomposition, que d'admettre qu'il provient d'une éruption spécifique comme celle de la variole.

b). La fièvre typhoïde se montre très-souvent dans des lieux où il y a des immondices en décomposition, et où il est impossible de démontrer la présence des déjections typhoïdes. Il est cependant difficile d'obtenir des preuves sur ce point en s'appuyant sur ce qu'on observe dans les grandes villes qui ont un système complet d'égout; parce que, lorsque les fièvres proviennent des immondices, on peut dire que « les égouts ne sont que des véhicules qui transmettent les déjections typhoïdes, » ou qu'ils contiennent « la quintescence d'une fièvre préexistante. » Cependant, môme dans les villes, on a des preuves évidentes que la fièvre typhoïde provient souvent d'un mauvais système d'égouts, même quand il paraît impossible de supposer que des selles typhoïdes aient été

introduites dans l'égout. J'en ai rapporté plusieurs exemples. Dans l'épidémie de Peckham (voir p. 72), l'égout n'avait aucune communication avec les égouts publics; dans les épidémies de Westminster (p. 71), de Clapham (pp. 70, 78) et autres lieux, il fut démontré que la fièvre avait pour cause la décomposition des matières dans des égouts obstrués, et séparés ainsi du système général. Dans le cas de la maison de santé de Colchester (p. 73), il n'y avait pas moyen d'admettre la possibilité de l'importation. Si les égouts, dans leurs rapports avec la fièvre entérique, ne sont regardés que comme de simples véhicules servant à la transmission des déjections typhoïdes, on devrait s'attendre, dans une épidémie, à voir la fièvre sévir avec plus d'intensité dans les maisons qui communiquaient directement avec les égouts publics. Cependant le contraire est souvent observé. Si l'on consulte, par exemple, le rapport officiel du conseil privé sur une épidémie de lièvre typhoïde observée à Forest-Hill, en 1869, on y trouvera ceci : « L'intensité de la fièvre typhoïde a correspondu très-exactement avec la présence d'égouls défectueux. Dans les maisons qui correspondaient avec les égouts publics, la fièvre typhoïde a été à son minimum....; dans les maisons qui avaient des fosses, ou qui correspondaient avec des égouts ne faisant partie d'aucun système convenable de canalisation et qui ne sont par conséquent que des culs-de-sac péchant absolument par leur construction et leur forme, la lièvre a atteint son maximum. » En se reportant aux faits observés dans les campagnes, les preuves sont encore plus concluantes. Dans beaucoup de cas que j'ai eu l'occasion d'observer, notamment ceux des fermes de Peebles (p. 71) et de Balletheron (p. 76), la fièvre typhoïde a éclaté dans une maison isolée ou dans un petit groupe de maisons situées à plusieurs milles d'un point quelconque où la fièvre typhoïde ait jamais régné. Dans ces cas, tout mode d'importation ou de communication par les égouts ou autrement paraissait absolument impossible (1).

L'élude des épidémies de fièvre typhoïde qui ont éclaté dans des corps de troupes isolés conduit à la môme conclusion. Dans un récent rapport officiel, le docteur J. L. Bryden, attaché a la Commission sanitaire du gouvernement de l'Inde, s'exprime

(I) Plusieurs exemples de cette nature, dans lesquels les circonstances furent le plus soigneusement étudiées, ont été communiqués à l'Epidemiological Society par le docteur Headlam Groenhow, le 7 avril 1862 Le docteur G. remarquait, en parlant de la lièvre typhoïde, «qu'il serait impossible de découvrir la preuve que son début fût dù à la contagion, quelque soin que l'on ait apporté a en rechercher la trace. »

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