‹ La Fievre typhoideChapitre 48 sur 121 · A. — DESCRIPTION CLINIQUE · texte numérisé non relu

A. — DESCRIPTION CLINIQUE

L'invasion de la fièvre typhoïde a lieu graduellement dans la plupart des cas. Le malade est souvent incapable de préciser le jour du début de sa maladie, quoique son esprit soit lucide et sa mémoire présente. Dans quelques cas, le malade accuse d'abord, comme premiers symptômes, des frissons irréguliers, la perte d'appétit, le mal de tôle, des douleurs dans les membres, des étourdissements , des tintements d'oreilles; dans quelques cas, mais non dans tous, de la diarrhée et des nausées. Dans de nombreux cas, le dérangement de l'intestin, avec ou sans vomissements et douleurs abdominales, est le premier symptôme qui attire l'attention, et le malade croit souffrir d'une attaque de diarrhée ordinaire ou de dérangement gastrique. Quelquefois, une diarrhée con-, sidérable survient après que l'on a administré une purgation. A ces symptômes il faut ajouter ceux-ci : le pouls -est accéléré, la peau cbaude, la langue chargée, rouge sur les tbords ; il peut y avoir aussi une légère épistaxis. En même temps, le malade a des nuits troublées et sans repos, et il se sent faible ; incapable d'un effort physique ou mental. Cependant, il est rarement assez abattu pour garder le lit pendant les cinq ou six premiers jours de la maladie, et il n'est pas rare de voir des malades continuer leurs travaux habituels pendant huit ou dix jours, et même aller à pied a l'hôpital à la fin du deuxième septénaire. Les symptômes ci-dessus mentionnés se manifestent à différents degrés de gravité pendant la première semaine. La fièvre présente le type rémittent ; les exacerbations ayant lieu dans l'après-midi ou le soir, et les rémissions

SYMI'TOMATOLOGIE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE.

le matin. Il n'y a cependant rien encore qui soit pathognomonique de la fièvre typhoïde ; mais la réunion de la diarrhée ou d'un trouble gastrique avec une température vespérale de 39°, 5 ou 40° chez un jeune sujet, et delà prostration, doivent toujours faire soupçonner au médecin la présence de cette maladie.

A la fin de la première semaine, temps avant lequel le malade appelle rarement le médecin, voici les symptômes qui se produisent: le pouls est entre 100 et 120, mais sa fréquence varie chez le même malade ; dans un certain moment il peut être à 90 ou à 100, et dans un autre à 120; il devient toujours plus rapide vers le soir et dans la nuit, et tombe le matin. Quoique plus faible que dans l'état normal, il peut offrir quelque résistance. La peau est sèche, mais fréquemment et particulièrement le matin, elle est visqueuse et moite ; la température est d'un ou d'un degré et demi plus bas le matin que le soir. Les lèvres sont parcheminées et desséchées. La langue est couverte d'une mince couche blanche, son extrémité et ses bords sont rouges. Le malade n'a pas d'appétit, mais se plaint de la soif et a parfois des vomissements bilieux. Dans la plupart des cas, les intestins sont relâchés. 11 y a deux, quatre, six évacuations liquides dans les vingt-quatre heures et même davantage. Elles sont d'une couleur de jaune d'ocre. Quand il n'yapasde diarrhée à cette époque, elle peut avoir eu lieu avant que le malade ait appelé le médecin. Le ventre est souvent distendu et ballonné; et, à la pression, il y a quelquefois des gargouillements dans la région de la fosse iliaque droite. La rate est augmentée de volume. L'urine est peu abondante, dense et très-colorée. La céphalalgie, le vertige et le sommeil agité persistent ; mais l'esprit est ordinairement net et la mémoire parfaite ; on observe rarement du délire, même pendant la nuit. Le malade ne présente pas cette expression lourde, stupide, qui caractérise tant le typhus. Les conjonctives ne sont pas injectées, et il n'y a sur la face aucune coloration noirâtre; mais, sur une joue ou sur les deux, il y a souvent une rougeur circonscrite, non pas comme la rougeur hectique de la phthisie, qui varie d'intensité à des moments différents, mais une coloration qui se manifeste ordinairement davantage vers le soir et après avoir mangé.

Vers le septième jour, ou quelquefois entre le septième et le douzième, une éruption se produit sur la poitrine, sur l'abdomen et sur le dos; elle consiste en taches isolées, petites, circulaires, bien définies, rosées, légèrement élevées au-dessus de la peau, et disparaissant sous la pression, mais reparaissant quand la pression cesse. Le nombre varie de trois ou quatre à plusieurs centaines

TRAITÉ DE LA FIÈVRE TYl'llOÏDË.

mais dans la plupart des cas n'excède pas vingt ou trente à la fois. Elles se développent par poussées successives. (Voy. page 112).

Yers le milieu de la seconde semaine, le mal de tête et les douleurs générales diminuent; et, vers la fin de cette môme semaine, il est rare que le malade s'en plaigne. A cette époque, dans les cas bénins, les rémissions du matin sont plus décidées, et tous les symptômes peuvent céder ; mais dans les cas graves, la température se maintient, et les rémissions sont moins marquées. On remarque également, dans les cas graves, qu'une somnolence plus ou moins prononcée remplace la céphalalgie, et qu'elle est souvent inter- I rompue par le délire. Le délire est d'abord léger et n'a lieu que pendant La nuit; mais graduellement il devient plus grave et constant. 11 varie beaucoup de caractère et d'intensité selon les cas, mais généralement il est plus violent et plus bruyant que dans le typhus. Dans les intervalles du délire, le malade peut avoir parfaitement sa raison et son bon sens ; d'autres fois, il est plus ou inoins troublé, ou, de temps en temps, le malade reste sans mouvement dans son lit, les paupières closes, mais fait attention et paraît comprendre parfaitement ce qu'on lui dit; il tire sa langue et fait aussitôt ce qu'on lui demande ; sa contenance est abattue et languissante, et, quand on lui parle, ses réponses, quoique promptes, sont inarticulées et inintelligibles. En même temps, le pouls est à 120 et même plus fréquent et faible ; les rémissions de la fièvre sont moins marquées; les pupilles sont dilatées; l'épistaxis peut survenir; les lèvres sont desséchées et fendues, les dents se recouvrent d'un enduit; la langue est sèche et brunâtre à sa base ot à son centre, ou elle est rouge, vernissée et coupée de profondes fissures; l'abdomen est plus distendu; les intestins sont toujours relâchés, les selles contiennent des membranes floconneuses et parfois du sang. L'urine est plus pâle et moins dense. Des taches nouvelles continuent à paraître; mais les anciennes s'éteignent et ne sont jamais converties en péléchies. Des escarres se forment au sacrum et sur les autres parties du corps exposées à la pression. De jour en jour, le malade maigrit, s'affaiblit, devient plus inconscient, et on peut voir se développer tous les phénomènes de la période typhoïde du typhus, à savoir: la langue sèche et brune, le pouls faible, la mucitation, de la stupeur, des tremblements, des soubresauts et des évacuations involontaires. Dans cet état, la mort peut arriver dans le coma, ou une amélioration graduelle peut se manifester vers la fin de la troisième ou dans la quatrième semaine de la maladie.

Mais, dans [une grande quantité de cas, l'état typhoïde ne se

SYMPTOMATOLOCIE »15 LA FJÈVRI5 TYPUOÏDIC. 1 0 1

manifeste pas; dans beaucoup il n'y a que peu ou point de délire, et l'eprit est lucide pendant toute la durée de l'attaque. Même dans des cas de cette nature, le malade n'est pas exempt de danger. A part quelques complications pulmonaires et autres qui peuvent survenir à n'importe quelle période et entraîner la mort, il existe certains dangers provenant des lésions intestinales qui accompagnent invariablement la lièvre. A un moment quelconque, pendant la troisième et la quatrième semaine, la mort peut résulter d'una péritonite, conséquence d'une perforation de l'intestin produite par une diarrhée considérable et épuisante, ou par une hémorrhagic intestinale, et, dans ce cas, la connaissance peut rester complète jusqu'à la Pin. Quand la maladie se termine heureusement, le rétablissement, dans la plupart des cas, a lieu par degrés. Il est rarement possible de déterminer, comme dans le typhus et la fièvre relapse, quel jour commence la convalescence. Le premier signe d'amélioration estime rémission plus accentuée delà fièvre. La durée ordinaire de la maladie est de trois ou quatre semaines. La convalescence est toujours difficile et peut être interrompue par des complications diverses. Parfois, au bout de dix jours ou d'une quinzaine, il se produit une rechute de la fièvre originale; celte rechute peut durer dix ou douze jours et est caractérisée par une nouvelle éruption de taches rosées lenticulaires et par un nouvel engorgement dans les intestins et les glandes mésentériques. Il en résulte qu'une attaque de fièvre typhoïde est une maladie qui peut durer deux ou trois mois.

Telle est l'histoire clinique des cas ordinaires de la fièvre typhoïde ; mais ce tableau est susceptible de nombreuses modifications. En fait, il n'y a pas de maladie qui offre un caractère plus protéique, à cause de la prédominance de différents symptômes et de la présence des complications. Dans quelques cas, la maladie suit un cours très-bénin, et le malade est à peine retenu au lit; d'autres luis, elle est grave au début et devient bénigne vers la fin : dans d'autres cas, elle est bénigne au début et prend ensuite subitement un caractère plus grave; d'autres fois enfin la maladie affecte une Forme grave du commencement à la fin. Parfois, le délire aigu est observé presque dès le début, tandis que, dans de nombreux cas, aucun symptôme cérébral ne se manifeste pendant toute la durée de l'attaque. Les vomissements peuvent être un symptôme alarmant, et la diarrhée peut être considérable et constante; d'un autre côté, on peut ne rencontrer aucun signe de dérangement gastrique, et la constipation peut persister depuis le commencement jusqu'à la fin de la maladie.

TIUITÉ DE LA FIÈVRE TYP110ÏDE.

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