‹ La Fievre typhoideChapitre 5 sur 121 · THÉORIE DU GERME CONÏAGE. XI · texte numérisé non relu

THÉORIE DU GERME CONÏAGE. XI

Il pensa qu'il pouvait en être de même de la bactéridie du charbon, et ses présomptions viennent d'être vérifiées par M. Koch, son élève.

C'est sur les souris, très-sensibles au contage charbonneux, que M. Koch a fait ses expériences. Il prit une proportion infinitésimale de sang charbonneux, et le mêla sur le porteobjet, à de l'humeur aqueuse de l'œil du bœuf, recouvert d'une lamelle de verre très-mince ; puis il déposa la préparation dans un incubateur qu'il maintint à la température du corps, en ayant soin de l'examiner fréquemment. Au bout de deux heures les bâtonnets commencèrent à s'allonger, et en quelques heures de plus ils devinrent de longs filaments; plus tard encore, à des intervalles assez réguliers, apparurent le long de ces filaments des points opaques qui grossirent peu à peu pendant vingt heures au bout desquelles ils acquirent l'apparence de corps ovales réfractant fortement la lumière; enfin les fils se rompirent finissant par se dissoudre complètement, et il ne resta plus que les spores qui se comportèrent de diverses manières suivant qu'on leur retira ou qu'on leur fournit des moyens de subsister. Si, à la suite de ces transformations, on les abandonnait à eux-mêmes sans nourriture, ils ne changeaient pas d'état. Mais en leur donnant un supplément de liquide nourrissant, M. Koch les vit se transformer en bactéries, puis en filaments et repasser enfin par les phases déjà observées. Il lui restait alors à prouver l'activité pathogénique des bâtonnets et des spores, ainsi cultivés artificiellement. Il le fit en introduisant le liquide, tantôt chargé de bâtonnets, tantôt chargé de spores, dans une petite incision faite à la peau de la souris ; dans les deux cas il ne manqua jamais de produire la fièvre charbonneuse. Inoculait-il au contraire le liquide dans lequel il ne s'était développé ni spores ni bâtonnets pendant le séjour dans l'incubateur, il n'obtenait qu'un résultat nul. Enfin, M. Koch reconnut qu'à l'état de bâtonnet,' la bactéridie ne possède qu'une vitalité peu résistante, et qu'elle perd sa qualité de contage après six semaines au plus, tandis qu'à l'état de spore elle la conserve indéfiniment et en dépit des traitements les plus destructeurs. Soumises à l'écrasement, humectées et séchéesà plusieurs reprises, soumises même à l'action

XII DE LA FIÈVRE TYPI10ÏDE.

des liquides putrides pendant longtemps, les spores de la bactéridie possèdent encore au bout de quatre ans les mêmes propriétés virulifères. 11 n'est donc pas étonnant qu'un liquide virulent par la présence de spores bacléridiennes ne perde rien de ses qualités après avoir subi la pression de l'oxygène à haute tension ou le contact avec l'alcool concentré.

Pour que ces épreuves fussent concluantes, il fallait les faire avec des bactéries périssables. M. Pasteur a envoyé à M. Paul Bert du liquide chargé de bactéries charbonneuses à l'état de développement complet. Le savant physiologiste après l'avoir fait passer par les épreuves fatales aux organismes vivants a constaté qu'il avait perdu les propriétés virulentes: les contages sont tués. A ceux qui pensaient avoir vu mourir des animaux inoculés de sang charbonneux sans trouver dans leur sang de hactéridies, MM. Pasteur et Davaine ont montré que le sang prétendu charbonneux est du sang putride, du sang capable de donner la mort môme lorsqu'il n'est introduit dans l'économie qu'à la dose la plus faible que l'imagination puisse concevoir.

La réunion et la comparaison de ces faits, démontrent d'une manière irréfutable : que la maladie charbonneuse est causée par l'introduction chez un individu sain d'un organisme vivant, provenant d'un autre individu infecté du même mal, (pie la transmission ait lieu directement ou par l'intermédiaire d'un insecte qui la transporte ; la bactéridie, une fois introduite, se multiplie à l'infini, et avec une telle rapidité, que, selon M. Davaine, le nombre de ces contages peut dépasser celui des glohules du sang en peu de jours.

Le charbon n'est pas la seule maladie dans laquelle ce procédé étiologique puisse être constaté avec la même évidence; il se retrouve à l'œuvre dans la production de la septicémie ; là aussi, c'est un vibrion qui est l'agent morbifique, mais un vibrion à caractères et à aptitudes différentes. La bactéridie est immobile, et ne vit que dans l'oxygène à l'état libre ; elle est aérobic. A ce titre, elle diffère des ferments proprements dits qui ne se nourrissent d'oxygène qu'en l'enlevant aux substances auxquelles il est combiné. C'est principalement dans le sang qu'elle habite et qu'elle pullule. Le vibrion septicémique, comme un vrai ferment,

Page 1