E. — MALADIES DES ORGANES DE LA DIGESTION
1. Pharyngite, — La dysphagie peut résulter de la sécberesse de la gorge ; dans des cas graves elle peut reconnaître pour cause la paralysie musculaire, et quelquefois chez les enfants, ce n'est qu'une affection purement nerveuse, les efforts de déglutition produisant une toux spasmodique dont le résultat est le renvoi de liquides par le nez (6). Mais quelquefois elle est due à une affection inflammatoire du pharynx, qui, dans plusieurs de mes cas, s'est présentée avec des caractères diphthéritiques. Louis a noté la dysphagie 10 fois sur 46 cas mortels, et 13 fois sur 53 qui ont guéri. Dans ces iG derniers cas, le pharynx était très-injecté. Dans les autres cas on trouva après la mort, dans le pharynx ou l'œsophage, une lésion récente, telle qu'une ulcération ou une exudalion diphthéri tique.
2. Vomissements. — Des vomissements constants d'aliments se produisent parfois pendant la convalescence. Trousseau dit qu'ils sont souvent nerveux, et que le meilleur traitement consiste à faire prendre des aliments solides (7).
3. Diarrhée. — Les ulcérations intestinales, au lieu de se cicatriser, deviennent quelquefois atoniques et peuvent provoquer de la diarrhée après que la fièvre a cessé.
(1) Rilliet et Barthez, 1853.
(2) Louis, 1841, II, 92.
(3) Peacock, 1856 (n° 1).
(4) Nothnagel, 1872.
(5) Gillespie, 1870.
(G) Taupin, 1839.
(7) Trousseau, 18C1.
COMPLICATIONS ET SUITES
4. Dysenterie. — Dans plusieurs cas j'ai vu les symptômes et les lésions de la dysenterie coexister avec ceux de la fièvre typhoïde. Le diagnostic de quelques-uns de ces cas pendant la vie est extrêmement difficile. Des observations analogues ont été publiées par Forget (1), Lyons (2) et Gairdner (3).
5. Ictère. — J'ai rencontré ce symptôme dans trois cas de fièvre typhoïde qui tous furent mortels, bien que l'ictère eût disparu dans 2 des cas avant la mort. L'autopsie fut pratiquée dans ces 2 cas, et l'on constata que le foie était diminué de volume et ses cellules sécrétantes étaient remplies d'huile. Deux exemples sont rapportés par Louis (4), deux par Frerichs (5), et un qui eut lieu sur la côte occidentale d'Afrique, fut relaté par Jenner (6). Tous ces cas furent mortels, mais le docteur Robert Barnes m'a fourni les détails d'un autre cas qui se termina heureusement. Dans la plupart des cas, l'ictère n'apparaît que très-tard dans le cours de la maladie, mais, dans un cas rapporté par Frerichs, elle apparut dès le cinquième jour, et la mort arriva le huitième, avant que l'ulcération intestinale eût commencé. Sur 600 malades atteints de la fièvre typhoïde, Griesinger observa 10 fois l'ictère, et plusieurs guérirent (7). La pathologie de l'ictère varie dans différents cas comme dans le typhus.
6. Péritonite. — Cette complication est celle que l'on doit le plus redouter dans la fièvre typhoïde. Elle peut résulter de causes diverses.
a. La cause la plus commune est d'abord la perforation intestinale.
b. L'inflammation peut se propager de proche en proche, depuis la muqueuse jusqu'à l'enveloppe péritonéale des intestins sans qu'il y ait perforation. J'ai les détails de 4 cas dans lesquels on ne put trouver aucune autre cause pour expliquer la péritonite qui avait déterminé la mort. Les malades étaient âgés de 13, 21, 36 et 50 ans, et la mort survint le 56e, 22°, 16e et 35° jour de la fièvre (Observation XXII). On a vu que la péritonite s'était déclarée avant que l'ulcération eût commencé, et môme pendant la première semaine de la maladie.
c. La péritonite peut être produite par le ramollissement des
(1) Forget, 1841, p. 351.
(2) Lyons, 18G1, p. 252.
(3) Edimb. Med. Joum., août 18G2.
(4) Louis, 1841, Obs. 17 et 2G.
(5) Dis. of Liuer, Syd. Soc. Transi.' I, 172, 215. (0) Jenner, 1853, p. 312.
(7) Griesinger, 1804, p. 203.
infarctus de la rate. Ce fait est arrivé chez deux de mes malades. 11 s'agissait de deux hommes, l'un âgé de 23 ans, l'autre de 40; tous les deux ont succombé pendant une rechute de la fièvre. Deux cas analogues ont été rapportés par W. Robertson (1), un par Jenner (2), et deux par C. E. Hoffmann (3).
d. Une quatrième cause de la péritonite est l'issue dans le péritoine du pus contenu dans un ganglion mésentérique. Sir AV. Jenner rapporte un cas de ce genre, dans lequel le malade guérit de la péritonite après avoir pris de l'opium à hautes doses; mais il mourut ensuite d'un érysipôle de la face (A).
e. Les abcès des parois de la vessie (5) ou de l'ovaire (6), un pseudo-abcès du muscle droit s'ouvrant intérieurement (7) ont été le point de départ de péritonites mortelles dans la fièvre typhoïde.
f. Enfin, la péritonite mortelle peut résulter d'une ulcération de la vésicule du foie allant jusqu'à la' perforation. Il y a quelques années, un individu âgé de 19 ans fut pris à l'Hôpital des fiévreux de Londres des symptômes de la péritonite le quinzième jour d'une lièvre typhoïde, et mourut en vingt-six heures.
La cause de la péritonite était une ulcération qui, en perforant la vésicule biliaire, avait permis à la bile de s'échapper dans le péritoine. Barthez et llilliet rapportent 1 cas analogue qui fut observé chez une petite fille de 12 ans (8) ; et 3 autres cas ont été cités par Hamernjk (9), Archambault (10) et Thierfelder (11). Dans le cas de Thierfelder, le conduit cystique était oblitéré. W. Dudd relate aussi le cas d'une jeune fille de 18 ans qui mourut de péritonite le trente-sixième jour de la fièvre typhoïde; la péritonite était déterminée par une inflammation suppurative de la membrane muqueuse de la vésicule du foie, mais il n'y avait pas de perforation. La vésicule du foie contenait quatorze calculs biliaires, dont un bouchait complètement le conduit cystique (Voir Vésicule du foie, au chapitre: Lésions anatomiques).
Il est ordinairement impossible pendant la vie de distinguer ces
(1) W. Robertson, 1848.
(2) Jenner, 1853, p. 312.
(3) Hoffmann, 1869, p. 203.
(4) Jenner, 1850, XXII, p. 405.
(5) Griesinger, 1864, p. 199.
(6) Hoffmann, 1869, p. 309.
(7) Zenker, 1864, p. 96.
(8) Barthez et Rilliet, 1853, II, 5, 701.
(9) Hamernjk, 1846, p. 58.
(10) Worin, 1869, p. 75.
(11) Maladies de foie, 3e éd., 1857, p. 195.
COMPLICATIONS £T SUJTIÎS.
différentes causes de péritonite; mais dans la grande majorité des cas, elle est déterminée par la perforation de l'intestin.
Observation XXII. Fièvre typhoïde mortelle le 22e jour par suite de péritonite. Eschares dans l'intestin, pas de perforation. — Elisabeth L. . ., âgée de il ans, admise au London Fever Hospital, le \ 8 juillet 1864, après huit jours de maladie, présente les symptômes suivants : fièvre, diarrhée, copieuse éruption de taches rosées lenticulaires, grande prostration nerveuse. Le 27 juillet, ou le 18° jour, l'affection s'aggrave. La prostration augente; abdomen très-distendu; vomissements, mais pas de douleurs ou le sensibilité abdominale. Pouls 120. Des applications de térébenthine urent pratiquées sur le ventre, et l'opium fut administré à fortes doses, ivec des stimulants.
Le 28 juillet, pouls 140; la malade avait parfois des vomissements et lu délire ; elle était évidemment plus mal. Elle continua à s'affaiblir et nourut le 1er août.
Autopsie. — Les intestins étaient très-injectés et recouverts d'une couhe de lymphe de formation récente. Ulcération étendue sur la partie inerieure de l'iléon; la plupart des eschares encore adhérentes. La base des Icères dont les eschares s'étaient détachées, étaient formée par les iibres musculaires transverses dénudées. Dans cinq ou six plaques de eyer à la partie inférieure des intestins, les eschares s'étaient étendues travers l'enveloppe du péritoine, mais étaient adhérentes à leurs bords, e sorte que le contenu des intestins ne s'était pas échappé.
7. Perforation de V intestin. — Lorsque la perforation laisse chapper le contenu des intestins dans le péritoine, elle constitue i plus importante et la plus dangereuse complication de la fièvre yphoïde. Ce fait ne se produit dans le cours d'aucune autre malaie aiguë, si ce n'est dans des cas comparativement rares de dyenlerie et de tuberculose.
La perforation intestinale est une terminaison plus commune de i lièvre typhoïde qu'on ne le croit généralement, et elle paraît tre plus fréquente en Angleterre que sur le continent. Je l'ai reîarquée dans 48 cas sur 1,580 que j'ai traités (3,04 p. 100), et elle eulieu dans 14 cas sur 600 (2,3 p. 100), observés par Griesinger (1), t dans 2 sur 72 cas (2,74 p. 100) observés par Flint (2) en Amériue. On trouvera dans le tableau suivant la fréquence des perfoitions que l'autopsie m'a révélées ainsi qu'à d'autres observa- ■ïurs.
(1) Griesinger, 1864.
(2) Bartlett, 185G, p. 60.
MUKCIIISON. 1 2