K. — AUTRES AFFECTIONS SPÉCIFIQUES
1 . Scarlatine . — A l'Hôpital des fiévreux de Londres, quand il était : usage de traiter toutes les formes de fièvre dans les mêmes salles, n'était pas rare de voir un malade atteint de fièvre typhoïde con- . acter la fièvre scarlatine, et j 'ai 8 observations dans lesquelles les •uplions des deux maladies coexistaient. Des cas analogues ont .é rapportés par Forget(S), Taupin (6) et Peacock (7). Les observions de scarlatine se déclarant pendant la fièvre typhoïde, - il en a déjà été question (p. 46), étaient également des cas dans
(1) Trousseau, 1861, p. 170.
(2) Palh. Anat. Syd. Soc. transi., II, 81. Voir aussi Huss, 1855, p. 221. (:i) Griesinger, 1864, p. 243.
(4) AUbutt, 1871.
(5) Forget, 1841, p. 14G.
(fi) Taupin, 1839, p. 245.
(7) Peacock, 1702, p. 138.
lesquels les deux poisons ont agi sur le système simultanément ou successivement.
Les deux cas suivants sont tirés de mon Mémoire sur la Coexis tence des poisons morbides spécifiques (1).
Observation XXXIX. Coexistence de scarlatine et de fièvre typhoïde. — Un policeman, âgé de 23 ans, fut admis au London Fever Hospital , le 9 no vembre 1857, après avoir été malade pendant deux ou trois semaines. A son admission, il présentait tous les symptômes de la fièvre typhoïde langue rouge, brillante, avec des fissures; tympanite, diarrhée liquid profuse, nombreuses taches lenticulaires. De nouvelles taches continué rent à paraître, et huit jours après l'admission à l'hôpital elles étaient en core très-nombreuses, et la diarrhée persistait. Il vint alors s'ajouter à cela une éruption poinlillée écarlate, identique à celle de la fièvre scarlatine une langue très-rouge, les papilles développées, l'angine et la rougeur de la gorge. Deux jours plus tard, les taches lenticulaires étaient encore très-nombreuses, et l'éruption de la scarlatine continuait. Deux jours après, celle-ci disparaissait, mais les taches lenticulaires continuèrent encore pendant quelques jours. Une semaine après la disparition de l'é ruption écarlate, il y eut une desquamation considérable. La maladie eu une heureuse terminaison.
Observation XL. Coexistence de scarlatine et de fièvre typhoïde. — Un garçon, agéde 14 ans, fut admis au London Fever Hospital, le 25 août 1858, sortant d'une maison dans laquelle il y avait eu d'autres cas de fièvre typhoïde. Il en avait tous les symptômes ordinaires, mais à un degré bénin. Les taches lenticulaires parurent le 13° jour de la fièvre, et continuèrent à sortir par poussées successives.
Le 22° jour, il y avait encore plusieurs taches3 et on observa une éruption pointillée, d'un rouge brillant, présentant tous les caractères de celle de la fièvre scarlatine. La langue, qui jusque-là avait été presque nette, se couvrait d'une matière blanche épaisse, à travers laquelle on pouvait voir de larges papilles rouges ; angine, amygdales gonflées, rouges et couvertes d'une exsudation membraneuse blanche. Le même jour, le pouls s'éleva de 72 à 132; et la température sous la langue, de 38° à 40°. Les deux éruptions continuèrent à être distinctes pendant quatre jours, et disparurent. Le 25e jour, les amygdales étaient si gonflées qu'elles se touchaient presque; la langue était nette et rouge comme une framboise.
Le 27° jour, la desquamation commença. La convalescence fut retardée par un engorgement des glandes du cou qui se termina par un abcès. Après l'admission de ce garçon, un malade qui couchait dans le lit contigu au sien, fut atteint de la fièvre scarlatine et il y eut beaucoup d'autres cas dans la même salle.
(I) Murchison, 1859, n» 4, p. 191.
COMPLICATIONS ET SUITES
2. Rougeole. — Barthez et Rilliet (1), Taupin (2), Sir W. Jenner (3) I et Kesteren (4) ont observé des cas dans lesquels la rougeole et 1.1a fièvre typhoïde ont coexisté.
3. Variole et vaccine. — Dans le remarquable exemple qui suit, la fièvre typhoïde fut compliquée de variole et de vaccine.
Observation XLI. Coexistence de fièvre typhoïde, de vaccine et de variole. — Jane H..., âgée de 22 ans, fat atteinte, le 25 novembre 1863, de rpyrexie, de grandes douleurs dans la région dorsale et de vertiges.
Le 27 elle eut des frissons et la diarrhée commença; pendant près d'une quinzaine de jours, elle eut quatre ou cinq selles par jour. Le 28, elle se présenta au Metropolitan Hospital; on lui dit qu'elle Lavait la petite vérole, et on l'envoya au Small-Pox Hospital.
Le 30 novembre, le médecin du Small-Pox Hospital lui dit qu'elle n'avait pas la petite vérole, mais elle resta dans une salle de varioleux jusqu'au 2 décembre, époque à laquelle elle fut renvoyée, ayant été au préalable revaccinée sur trois points du bras gauche.
Le soir du 5 décembre, elle eut encore des frissons, suivis de douleurs : lombaires plus pénibles qu'auparavant, et, le 8, elle eut des vomissements. Elle fut admise ce jour-là au Middlescx Hospital dans le service de M. A.. P. Stewart. Elle présentait tous les symptômes de la fièvre typhoïde : 1 langue rouge et sèche ; abdomen distendu; sensibilité dans la région du ■cœcum; diarrhée qui persista avec plus ou moins d'intensité pendant i dix jours; des taches roses apparurent par poussées successives jusqu'au ' 16 décembre.
Le 8 décembre, il était apparu sur la face des pustules varioleuses, de s sorte que l'attaque de petite- vérole avait probablement commencé avec ! les frissons du 5 décembre, car la période latente ne pouvait pas avoir duré plus de sept jours. Il n'y eut guère qu'une douzaine de pustules qui suivirent leur cours régulier, mais elles étaient typiques; il y en avait I très-peu sur le corps. D'un autre côté, la malade, au moment de son admission, avait trois pustules de vaccine sur le bras gauche, lesquelles le 9 décembre (8e jour) étaient entourées d'une auréole distincte, quoique petite. Elle avait été vaccinée dans son enfance et avait deux cicatrices sur le bras gauche.
Le 15 et le 16 décembre, il y eut une augmentation de pyrexie, avec de l'insomnie et du délire; beaucoup d'albumine dans l'urine, et un bubon parotidien du coté gauche, qui suppura et fut ouvert le 20 décembre. A partir de ce moment, la malade alla bien.
4. Coqueluche. — Gillespie (5) mentionne le cas d'un enfant qui
(1) Barthez et Rilliet, 1853, U, 70C.
(2) Taupin, 1839, p. 245.
(3) Lancet, I8ii0, I, G 19.
(4) Lancet, 18G6, I, 019. (o) Gillespie, 1870.
TRAITÉ DE LA FIÈVRE TYmOÏDE.
contracta la coqueluche pendant une attaque de fièvre typhoïde.
5. Diphthërie, — On a déjà cité plusieurs cas dans lesquels la fièvre typhoïde a été compliquée d'inflammation diphthérilique de la gorge et du larynx (page 168). Dans l'observation qui suit il y eut aussi de l'albuminurie et une paralysie du pharynx.
Observation XLII. Fièvre typhoïde. Diphthérie. Albuminurie. Paralysie du pharynx. — Edouard M..., âgé de 22 ans, admis au London Fever Hospital, le 24 septembre 1864, ayant été malade environ une quinzaine de jour avec la lièvre et la diarrhée. Après l'admission ; pouls, 128; violent délire; langue sèche et rouge; beaucoup de diarrhée; taches rosées. ™ n'apparut plus de nouvelles taches après le 4 octobre, mais la langue continua à être sèche et les intestins libres, et il y eut un petit écoulement purulent par une oreille.
Le 14 octobre (trente-cinquième jour), on s'aperçut que le malade avait de la difficulté à avaler, et on pensa à une paralysie du pharynx. Quand on essaya de lui faire avalerdes liquides, une grande partie fut rejetée par les narines. La dysphagie augmenta, la respiration devint rapide, embarrassée, et la peau devint noirâtre. On administra des lavements de thé de bœuf et d'eau-de-vie, niais le malade mourut à dix heures du matin, le 15 octobre.
Autopsie. — De nombreux petits ulcères à la partie inférieure de l'iléon, la plupart en voie de cicatrisation. Rate, 300 grammes, molle. Les reins volumineux, mous et congestionnés; les enveloppes hypertrophiées et opaques; poids des deux : 5 10 grammes ; l'urine trouvée dans la vessie contenait une grande quantité d'albumine. L'épiglotte et le tiers supérieur du larynx étaient gonflés et rouges, et la membrane muqueuse couverte d'une mince fausse membrane continue, déchiquetée à son extrémité inférieure; pas d'ulcération. Les deux poumons très- congestionnés étaient marqués çà et là de quelques plaques de pneumonie lobulaire.