THÉORIE DU GERME CONTAGE. XIX
point même que celte maladie confère l'immunité contre une seconde atteinte quand il s'agit d'une affection qui n'attaque qu'une fois le même sujet. M. Chauveau appelle les maladies à coulages formés de ces granules protoplasmiques, maladies virulentes proprement dites, se refusant à les confondre avec les maladies causées par des parasites ferments. Je n'ai garde de me plaindre d'une réserve si sage, et cependant j'avoue que je ne vois pas bien ce qui distingue ces contages granuleux d'autres contages, de la bactéridie par exemple, si ce if est leur exiguité et l'ignorance où nous sommes de leur mode d'action. M. Chauveau insiste beaucoup sur la ressemblance complète des effets locaux de l'injection du pus simple avec les effets du pus spécifique. C'est qu'il y a là un élément commun, le leucocyte, et tant qu'il emploie ce pus faiblement dilué, il produit la phlogose locale. Pour cela il faut une certaine masse. Pourquoi cette masse., insuffisante après dilution à produire l'inflammation locale quand il s'agit de pus simple, ne manque-t-elle pas de la produire quand il s'agit de pus virulent? C'est que, dans ce cas, ce n'est plus dans la quantité que réside l'activité, c'est dans la qualité de l'agent, dans sa spécificité. D'où vient cette activité? ici, je laisse répondre M. Chauveau. «L'activité virulente se développe et se confine « étroitement dans la matière génératrice ou protoplasma grâce nuleux des néoformations que provoque l'excitation spécifique « due à la présence du principe virulent. » Cette théorie déjà mise en avant par Lionel Beale qui appelle les néoformations des bioplasmes, suppose donc la fabrication de toutes pièces d'un germe nouveau. En tous cas, celte néoformation est bien un germe, ou tout au moins en devient un, puisqu'elle est capable de se reproduire et qu'elle se reproduit en effet à l'infini chez l'individu contagioné. C'est si bien un germe que M. Chauveau ne lui donne pas d'autre nom. La cause intime de la virulence, dit-il en résumant une de ses études, réside dans les propriétés spécifiques qu'acquiert le protoplasma des élément qui naissent et se développent au contact d'un germe virulent déjà doué de ces mêmes propriétés spécifiques en produisant des germes semblables.
Jusqu'à présent ces germes ne se distinguent d'autres particules que par les effets qu'ils produisent, et bien que nous puis-
sions aujourd'hui constater leur existence mieux que Van Swicten qui ne faisait que les deviner, nous devons nous contenter de dire avec lui :
« Certè videmus toties in morbis aliquid, nonnisi effeclis suis in corpori humano cognitum, turhare totum corpus etassimilare in suain naturam humores antcsanos; qui humores sic mutati conslituunt materiem morbosam dictammedicis, etqua; materies morbosa potentiam sœpe habet propagandi euindem inorbum. »
La doctrine du germe contagc avait été professée avant que la présence des particules figurées eût été démontrée dans l'organisme. Voici ce que llildenbrand écrit dans son livre du typhus contagieux (1811);
« Le typhus est toujours produit par contagion, c'est-à- « dire par communication, d'une matière qui, comme les « autres miasmes contagieux, occasionne chez un homme «. sain, une fièvre particulière pendant laquelle se déve- <c loppe de nouveau le germe d'une maladie semblable. Tout « miasme contagieux a les propriétés: 1° de reproduire son « analogue dans une maladie qu'il a occasionnée; 2° de <( se répandre et de s'élever à l'infini en vertu de ce dévelop- « poment secondaire, c'est-à-dire aussi longtemps qu'il existe « une matière propre à recevoir le miasme et à en produire « un nouveau. Ces deux propriétés lui sont communes .avec « les germes des animaux et des plantes. »
Le langage de nos jours n'a rien à changer à ces expressions ; c'est presque dans les mêmes termes que M. William Budd, parle de « l'élément contagieux de la fièvre typhoïde qui est le produit de sa propre reproduction dans le corps atteint de maladie, et en sort pour se répandre ailleurs. » Il compare le germe de la fièvre typhoïde à celui de la variole, qui, ainsi que. le démontre l'expérience de l'inoculation, peut être introduit en quantité infinitésimale et reproduit dans les recoins les plus internes de l'organisme, sous la forme d'un poison spécifique, par un procédé tout spécifique qui constitue la fièvre contagieuse. Déjà M. Budd avait été un des premiers après Pcllarin , Gietl de Munich et John Snow, à expliquer la propagation du choléra par la théorie du germe contagc transporté dans les déjections. Depuis plus de vingt ans, il