E. — ORGANES DE LA RESPIRATION
1. Louis a trouvé Yépiglotte présentant les signes d'une récente inflammation dans 10 cas sur 46. Elle était œdémateuse, congestionnée, ulcérée ou couverte de fausses membranes. Dans tous ces cas, la mort arriva à une période avancée de la maladie.
2. Larynx et trachée. — Nous avons déjà fait connaître (p. 167) les nombreuses formes d'inflammation auxquelles le larynx est sujet dans le cours de la fièvre typhoïde. Il est seulement nécessaire d'ajouter quelques mots concernant la façon dans laquelle on trouve la membrane muqueuse ulcérée. Cette lésion paraît être plus ou moins fréquente selon les endroits. Je ne l'ai rencontrée que dans 3 ou 4 cas. Louis ne l'a vue que 3 fois sur 96 cas ; Chomel dans I sur 42 et Jenner dans 1 sur 42 examinés après la mort. D'autre part, Griesinger a trouvé l'ulcère laryngé dans 31 autopsies sur 118 (4), et Rokitansky remarque « que le typhus secondaire pharyngeal existe beaucoup plus rarement que le typhus secondaire laryngeal (5) » bien que Louis et Jenner aient trouvé que les ulcères du pharynx et de l'œsophage fussent bien plus
(1) Plnis. Cltim. Dai/s trans., II, 266.
(2) Cellular Pal/i. Chunce's trans., p. 16*.
(3) Idem, p. 225.
(■'■) Griesinger, 1864, p. 211.
(5) Op. cit., II, "9.
communs que ceux du larynx (Voir p. 231). Les ulcères du larynx sont ordinairement situés près de la jonction postérieure des cordes vocales. Ils sont quelquefois superficiels; d'autres l'ois ils sedivisenten eschares et sont assez profonds pour détruire les cartilages situés au-dessous, ou pour perforer le larynx, permettant à l'air de s'échapper dans le tissu cellulaire (Voir p. 169), Ils existent rarement avant le quinzième jour de la maladie; de môme que les ulcères du pharynx et de l'œsophage (Voir p. 231), rien ne prouve qu'ils soient dus à l'élimination de matières morbides (matière typhique) déposée dans le tissu sous-muqueux. Si l'on songe à la remarquable tendance à l'ulcération présentée par le pharynx, l'œsophage, l'estomac et la vessie dans les périodes avancées de la fièvre typhoïde, il n'est pas surprenant que l'inflammation du larynx puisse parfois conduire au môme résultat. Trousseau dit que les ulcères du larynx sont plus communs chez des personnes ayant observé une diète trop rigoureuse, et il cite les expériences de Chossat pour prouver que l'ulcération est un des effets de l'inanition. De plus, on trouve parfois l'ulcération du larynx dans le typhus. Trousseau dit en propres termes :« Ces lésions s'expliquent sans qu'il soit besoin d'invoquer une localisation spéciale de la maladie, analogue à celle qui se fait du côté de l'intestin (1). »
3. Les bronches sont souvent remplies de mucosités spumeuses, tandis que leur membrane muqueuse est très-congestionnée. Mais ces lésions sont positivement moins communes que dans le typhus.
4. Les poumons sont parfois trouvés sains spécialement quand la mort arrive subitement par péritonite ; mais, dans la plupart des cas, ils présentent l'un ou l'autre des états morbides qu'on trouve également dans le typhus : la congestion hypostatique et l'œdème.
La congestion hypostatique est moins commune que dans le typhus. Jenner ne l'a pas observée une seule fois sur 15 cas ; cependant, je l'ai notée dans 7 cas sur 19, et dans 4 de ces 7 cas l'hépatisation était si intense que les parties des poumons s'enfonçaient entièrement. Dans les 7 cas, l'état typhoïde avait été bien marqué avant la mort. Louis a noté aussi la congestion hypostatique dans 19 cas sur 46. 11 la désigne sous les noms de • « splénisation ou carnification », termes qui sont donnés maintenant à deux lésions entièrement différentes ; mais il décrit minutieusement ses caractères et les points qui peuvent la faire distin-
(1) Trousseau, 18G1, p. U03.
guer de la vraie pneumonie. Ainsi, elle était limitée aux portions les plus dépendantes des poumons ; la partie coupée n'était pas granuleuse, et laissait échapper, quand on la comprimait, une quantité de sérum rougeâtre sans aucune bulle d'air; et non-seulement le tissu condensé s'enfonçait dans l'eau, mais il était plus résistant que dans l'état normal.
L'œdème des poumons s'observe parfois et, d'après mes observations, il est plus commun dans les lobes supérieurs.
La pneumonie vraie est beaucoup plus commune que dans le typhus. Elle existait dans 8 cas sur 19 que j'ai notés, dans 17 sur 46 observés par Louis et dans 12 sur 15 examinés par Jenner. Sur 230 autopsies, Hoffmann a trouvé 18 pneumonies lobaires et 38 pneumonies lobulaires. Dans plusieurs cas, j'ai vu les plaques circonscrites de la pneumonie lobulaire se convertir en petits abcès ou se terminer par la gangrène. Des apparences semblables peuvent être quelquefois produites par des infarctus hémorrhagiques des poumons résultant d'embolismes des branches de l'artère pulmonaire. Je n'ai jamais rien vu qui puisse justifier l'appellation de pneumonie typhoïde. Il a été dit que l'exsudat rejeté par les poumons présente quelquefois la môme structure histologique que la matière déposée dans les intestins ; mais les dépôLs intestinaux eux-mêmes ne présentent aucune particularité de structure qui permette de les reconnaître.
On rencontre parfois dans les poumons des tubercules récents dans des cas prolongés de fièvre typhoïde (Voir p. 167).
5. La. plèvre présente plus souvent que dans le typhus des signes d'inflammation. Des adhérences récentes ou des épanchements de lymphe existaient dans 6 cas sur 19 examinés par moi, et dans 6 cas sur 15 notés par Jenner; mais seulement dans 2 sur 46 rapportés par Louis. Dans 19 cas sur 46, Louis a trouvé dans la plèvre une quantité plus ou moins grande de liquide séreux et rougeâtre. Dans la plupart de ces cas, il y avait une congestion hypostatique des poumons (Voir p. 167).
6. Les glandes bronchiques sont parfois dilatées quand les poumons sont enflammés, ainsi qu'il arrive souvent dans la pneumonie ordinaire.