F. — SYSTÈME NERVEUX
1. Les membranes du cerveau sont moins fréquemment congestionnées que dans le typhus. Sir W. Jenner a trouvé la dure mère normale dans 15 cas sur 15 ; la pie-mère était congestionnée dans 8 cas; mais dans 4 de ces 5 cas, la congestion était restreinte aux
Mlhciuson. 17
plus grands vaisseaux. Louis a trouvé une augmentation de vascularité dans presque la moitié de 46 cas ; mais dans 11 seulement, la congestion était considérable. Il n'y a pas de rapport entre la gravité des symptômes cérébraux pendant la vie et la vascularité des membranes cérébrales constatés après la mort. Je n'ai jamais vu d'hémorrhagie dans la cavité de l'arachnoïde dans la fièvre typhoïde; Louis n'en fait pas mention, et elle n'existait dans aucun des 19 cas examinés par Jenner. Chomel cependant l'a observée dans un cas (1), et Griesinger et BuM dans 8 autopsies sur 418 (2).
Il est assez rare que les membranes puissent être enlevées du cerveau avec une plus grande facilité; Jenner a cependant noté cette disposition dans un seul cas sur 9.
2. Liquides intra-crâniens. — L'épanchement d'un liquide séreux à la base du cerveau, dans les ventricules latéraux et au-dessous de l'arachnoïde se rencontre très-fréquemment ainsi que dans le typhus. Louis et Jenner ont rencontré une plus ou moins grande quantité de sérosité sous-arachnoïdienne dans 37 cas sur 61, mais dans 5 de ces cas seulement elle était considérable. Le liquide répandu dans les différents endroits mentionnés est incolore et transparent et n'est pas plus un signe d'inflammation que dans le typhus. Ce n'est que dans des cas très-rares que l'on rencontre des signes de véritable méningite, et ils sont en général accompagnés d'autres signes de pyohémie, de lésion de l'os temporal ou de dépôt tuberculeux. Deux cas rie méningite sont rapportés par Louis (Obs. XVII et XXV). Dans l'un, le liquide de l'arachnoïde était trouble et contenait quelques flocons albumineux, mais la vascularité des membranes n'était pas augmentée ; dans l'autre, une fausse membrane récente fut trouvée sur la surface viscérale de la dure-mère, mais il y avait de la pyohémie dans ce cas, et les symptômes de la méningite ne se manifestèrent pas avant le commencement de la convalescence. D'autres cas de méningite II ont été observés par Griesinger, Buhl et Hoffmann (Voy. p. 170 .
3. Le cerveau et le cervelet sont ordinairement dans l'état nor- H mal. On trouve assez souvent une augmentation de vascularité de la substance corticale (Louis Ta rencontrée 17 fois sur 46 cas), I ou de la portion médullaire, que Louis et Jenner ont constatée U 9 fois sur 61 cas. Sur 46 cas, Louis a trouvé dans 7 l'induration II du cerveau, et dans 7 aussi le ramollissement; mais ces lésions II occupaient uniformément le cerveau sur toute son étendue et on
(1) Chomcl, lS3i, observation 18.
(-.') Griesinger, 18GJ, p. 224.
ne pouvait établir aucun rapport entre elles e*t la gravité des symptômes cérébraux pendant la vie.
Il a été clairement démontré par Louis et Chomelque les lésions morbides trouvées dans le cerveau et ses membranes dans la fièvre typhoïde se rencontraient également très-fréquemment après la mort causée par d'autres maladies aiguës, spécialement la pneumonie, et qu'il n'existait aucune relation entre elle et l'intensité des symptômes cérébraux. Mes observations particulières s'accordent parfaitement avec l'opinion de ces auteurs.
4. L'épine dorsale a été examinée par Louis dans 6 cas, et ne présentait rien d'anormal.
5. Les ganglions sympathiques contiennent souvent, selon Virchow, une quantité peu ordinaire de pigment dans l'intérieur des cellules ganglionnaires (1).
G. - VOIES URIN AIRES.
1. Les reins sont souvent congestionnés ; dans plusieurs cas, j'ai trouvé une hyperhémic si intense que les organes présentaient une couleur chocolat foncé. D'autres fois les reins sont pâles et augmentés de volume et les conduits urinaires sont remplis d'épithélium granuleux. Ces lésions sont plus rares que dans le typhus. Sur. 42 cas, Louis a trouvé 17 fois les reins hyperhémiques et dans S cas extraordinairement pâles ; la première condition était plus commune dans les cas qui devenaient mortels entre le huitième et le quinzième jour; dans tous les cas où les reins étaient pâles, la maladie avait duré beaucoup plus longtemps. Hoffmann a noté des infarctus des reins dans 10 cas sur 250. Je ne les ai notées que dans 2 cas (2).
2. Vessie. — La membrane muqueuse de la vessie est normale ou légèrement congestionnée. Dans un cas, Louis a trouvé une petite ulcération à l'entrée de l'urèthre. On trouve parfois de l'inflammation diphthéritique et des ecchymoses de la vessie.
NATURE DE LA LÉSION DES GLANDES INTESTINALES ET MÉSENTÉiUQUES.
Tandis que beaucoup d'auteurs français et quelques anglais ont regardé à tort l'affection intestinale comme un exanthème, et l'ont
(1) Cellular Path. Êrig; Ed., p. 257.
2) Un de ces cas est rapporté dans les Path. lrans.: XV, 145.
comparée à l'éruption de la variole, les pathologistes de l'école j de Vienne ont enseigné depuis de nombreuses années que le dépôt \ morbide (Typhus-masse) existant dans les glandes intestinales et ailleurs, était une sécrétion albumineuse, qui, comme le tuber-i cule ou le cancer, dépendait d'une condition morbide du sang, et subissait un développement particulier. Une cellule typhique spécifique fut décrite et représentée par Gruby, Vogel, J. H. Bennett! et autres auteurs.
On a prétendu que le dépôt de cette matière typhique n'était pas restreinte aux glandes intestinales et mésentériques, mais qu'elle
existait dans la rate, la vessie, l'estomac, l'œsophage, le larynx, les poumons, etc. Mais, comme on l'a déjà dit, rien ne prouve que les lésions trouvées dans ces organes soient dues audépôtd'une matière ressemblant à celle que l'on rencontre dans les glandes intestinales. De plus, la matière morbide trouvée dans les glandes intestinalese'tmésentériques n'a aucune structure spécifique.
L'examen au microscope prouve clairement que la dilatation de glandes intestinales et mésentériques est due à une prolifération des globules de lympbe qui constituent félément naturel cellulaire du tissu glanduleux. La plupart des globules de lympbe sont plus volumineux qu'à 1 état normal et , sont remplis d'une matière granuleuse. On peut en voir beaucoup ayanl0,0166 millimètres de diamètre, et contenant un, deux, trois ou plus de noyaux arrondis (Voir fig. 22).
Telles sont les apparences que présente la maladie dans ses premières périodes; quand les glandes s'amollissent, les cellules commencent à se décomposer, et il s'y môle une grande quantité de matière granuleuse et huileuse.
Fig. 10. — Globules d'une des glandes solitaires de l'iléon dans un cas de fièvre typhoïde, 400 grossissements.
Les lésions décrites comme affectant la rate sont dues en partie à des différences dans la quantité de sang contenu et en partie à des changements dans les éléments glanduleux, semblables à ceux qui se produisent dans les glandes intestinales et mésentériques. ! Les corps malpighiens sont dilatés, et la pulpe splénique contient, outre des cellules de lymphe ordinaire, beaucoup d'autres cellules d'une plus grande dimension, et renfermant plusieurs noyaux. '. On les trouve en plus grand nombre pendant la première quin- zaine ou les trois premières semaines de la maladie, alors que l'or- . gane est encore ferme ; quand la rate devient molle, les petits glo- I bules de lymphe sont plus nombreux et sont mélangés d'une | grande quantité de matière granuleuse, et en même temps, on : trouve souvent dans les cellules et dans le tissu trabéculaire des | granulations pigmentées d'un brun jaunâtre.
Il est à remarquer que les sièges des lésions essentielles dans la : fièvre typhoïde, appartiennent tous au système lymphatique. Il t est inutile aujourd'hui d'insister sur ce rapport en ce qui concerne 1 la rate. Kôlliker a été un des premiers à indiquer la ressemblance t extrême qui existe entre les plaques de Peyer et les glandes lym- I phatiques, et il a montré de plus que leur période de plus grande activité correspondait à celle de l'absorption intestinale (1). I Brucke est arrivé à injecter les glandes de Peyer par les vaisseaux c chylifères (2). Mais Yirchow a longuement 'insisté sur ce point que i lesglandes isoléesetagminéesn'ont rien de commun avec les glandes qui versent leur sécrétion dans le canal intestinal, et qu'une plaque de Peyer n'est qu'une glande lymphatique répandue dans l' les enveloppes des intestins (3). Parmi les anatomistes et les phy- ■ siologistes, cette opinion, quant à la nature des glandes isolées et agminées de l'intestin, est maintenant généralement acceptée ; mais il est surprenant de voir combien de médecins expérimentés ont ignoré cette particularité en discutant les lésions intestinales de la fièvre typhoïde. On croit communément que ces glandes sont lésées parce qu'elles éliminent de l'organisme le poison de la fièvre de même que l'on dit que les reins sont susceptibles d'être atteints en éliminant le poison de la fièvre scarlatine. Quelques auteurs pensent aussi que les propriétés si dangereuses de la fièvre typhoïde sont dues à cet écoulement par les glandes du poison dans l'intestin. Mais ces opinions sont cependant opposées aux foncions normales des glandes en question, car il est difficile d'ima-
(1) Man. of lium. Histology, S>jd. Soc. (rans., II, 106.
(2) Carpenter's, Princip. of hum. P/ij/s., 5e éd., 119.
(3) Cellular, Putli. Enrj. trans., p. 192.
giner comment ces glandes pourraient déverser un poison, du sang dans l'intestin, alors que leur fonction propre est d'absorber de l'intestin pour répandre dans le sang. Il est vrai que la substance des glandes peut, par ulcération ou eschares, être jetée dans l'intestin ; mais, tandis que leur destruction doit peu favoriser les fonctions d'expulsion qu'on leur attribue, elle est incompatible avec la persistance d'une propriété toxique d'un caractère spécifique comme celui de la petite vérole, et il est remarquable que les cas qui ne vont pas jusqu'à l'ulcération ou aux eschares, mais où la totalité du poison supposé est absorbée par le sang, sont toujours les plus courts et les plus bénins.
Mais si la dilatation des glandes intestinales n'est pas due aux efforts de l'expulsion, à quoi devrons-nous l'attribuer? Un examen minutieux des glandes dilatées prouve qu'elles sont dans un état d'inflammation, et cette inflammation paraît être due à l'irritation de quelque poison absorbé venant de l'intestin, n'étant constitué n' par de la bile corrompue, ni par des sécrétions intestinales que quel ques auteurs imaginent être la cause des lésions de l'iléon, mais bien le poison actuel de la fièvre, qui est fréquemment, sinon tou jours (1), absorbé par l'estomac, et pour lequel on peut dire qu les glandes agminées et isolées ont une affinité élective. L'inflam mation de ces glandes est analogue à celle qui se rencontre dan les autres glandes lymphatiques et qui est produite par l'absorp tion des poisons de la syphilis, de la pyohémie et du tubercule, est probable que plus les fonctions normales des glandes son activement remplies, plus elles absorberont le poison, et c'est cause de cela que la fièvre typhoïde est plus commune chez le personnes ayant moins de 30 ans. Les glandes mésentériques e intestinales se dilatent dès le commencement de la maladie, e c'est par elles que le système devient infecté; en même temps l'inflammation peut s'étendre de ces glandes à- la membrane mu queuse et déterminer ainsi le catarrhe intestinal et la diarrhée La fièvre qui est augmentée par l'absorption du poison clans 1 système, a une tendance à diminuer vers le milieu ou la fin d second septénaire; alors l'inflammation des glandes intestinales e mésentériques ainsi que celles delà rate entrent en voie d'améliora tion; mais, quand l'inflammation va jusqu'à la gangrène, l'ulcéra tion ou le ramollissement, la fièvre reste stationnaire ou augmente
L'anatomie pathologique de la fièvre typhoïde peut être résumé ainsi qu'il suit :
(1) L'absorption n'a cependant pas toujours lieu par l'estomac puisque le fœtus dans l'utérus peut être attaqué.
TRAITEMENT
1. Les glandes agminées ou isolées de l'iléon, les glandes mésenlériques et probablement la rate, sont invariablement atteintes.
2. Beaucoup d'autres lésions secondaires sont constatées, mais elles ne sont pas constantes ou essentielles. Les principales sont : la péritonite, les décompositions granuleuses ou autres du foie, des reins, du cœur et des muscles volontaires ; les ulcérations des différentes surfaces muqueuses, la pneumonie, la congestion bronchique et hypostatique des poumons et une augmentation ~de liquide intra-crânien. Il n'y a aucun signe d'inflammation du cerveau ou de ses membranes qui puisse expliquer les symptômes cérébraux observés pendant la vie.
3. Il n'y a aucune exsudation typhique spécifique, et rien ne prouve que les lésions secondaires soient dues au dépôt d'une matière semblable à celle que l'on trouve dans les glandes intestinales et mésentériques.
4. La dilatation des glandes intestinales et mésentériques n'est pas due à des efforts d'élimination, mais à l'inflammation qui est probablement déterminée par l'absorption d'un poison dans l'intestin.