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A. — TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE

Comme dans le typhus, la prophylaxie de la fièvre typhoïde comprend les mesures destinées à prévenir l'origine aussi bien que la propagation du poison.

1 . — Mesures propres à prévenir la genèse du poison de la fièvre typhoïde.

Au lieu de détruire annuellement des milliers de personnes, la fièvre typhoïde serait une maladie rare, si nous pouvions empêcher les produits de la fermentation fécale d'entrer dans nos maisons et de corrompre notre eau potable. Les principaux moyens que l'on pourrait employer sont les suivants :

I. Les citernes et les réservoirs dans chaque habitation devraient Être scrupuleusement nettoyés de temps en temps, et on devrait apporter le plus grand soin à ce que le conduit de la citerne ne passât pas clans un égout et ne devînt ainsi un moyen de propagation.

Quand l'eau potable provient de fontaines ou de cours d'eau, il ne doit y avoir ni égout, ni cloaque, ni autre source d'infection dans le voisinage, afin que les matières organiques ne puissent filtrer à travers le sol dans l'eau. Les compagnies des eaux devraient Être légalement responsables lorsqu'elles fourniraient comme eau potable de l'eau corrompue à sa source ou dans son parcours par des matières organiques. De quelque source qu'elle provienne, c'est une bonne précaution de filtrer l'eau destinée à la boisson et les personnes qui voyagent feraient bien de se pourvoir d'un filtre portatif. L'eau potable devrait être analysée de temps en temps alin de s'assurer qu'elle ne contient aucune matière organique en décomposition. Il suffit pour cela de mettre dans un verre d'eau une ou deux gouttes de liqueur de Condy (1) qui lui donnera une couleur rouge très-paie. Si au bout d'une demiheure la couleur rouge a disparu ou si elle a tourné au jaune l'eau est mauvaise et ne peut pas être bue avec sécurité. Mais si la couleur rouge se conserve, elle ne renferme aucune impureté organique. Quand on ne peut se procurer un filtre, c'est une bonne chose d'ajouter à toute eau potable douteuse une ou deux gouttes de liqueur de Condy.

II. On doit s'attacher à maintenir en bon état tous les égouts des maisons. 11 faut qu'ils n'aient ni fuite, ni obstruction, et il faut que les lieux d'aisance, les plombs et tous autres conduits qui pourraient s'y déverser soient convenablement bouchés. On doit se rappeler aussi que malgré la perfection du bouchage, il peut encore s'échapper des exhalaisons des égouts, si la'quantité d'eau n'est pas suffisante ou si leconduit placé sous la fermeture n'est pas convenablement ventilé. Les déversoirs des bains, des bassins, des lavoirs doivent par conséquent être isolés de l'égout principal, et être très-bien fermés; les conduits de tous les cabinets d'aisance, avant d'entrer dans leconduit principal, devraient être ventilés et désinfectés (2). Quand il s'échappe des mauvaises odeurs des plombs ou des égouts, on devrait employer des désinfectants chimiques,

(1) La liqueur de Condy, très-employéo en Angleterre à cause de ses propriétés désinfectantes, est une solution de permanganate de potasse. (Trad.)

(2) Différentes méthodes pour y parvenir sont décrites dans un utile potit livre intitulé : lleultliy houses, par W. Enssie, C.-K. Londres, 1872.

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ventiler convenablement la maison jusqu'à ce que la cause des miasmes ait été trouvée et qu'on y ait remédié ; mais il ne faut pas oublier que le poison de la fièvre typhoïde, quoique souvent accompagné de mauvaises odeurs, peut être par lui-même inodore. C'est une bonne précaution de nettoyer une ou deux fois par semaine tous les conduits des maisons et les plombs, en y faisant couler en abondance de l'eau contenant quelque désinfectant. Aucun dépôt d'immondices ne devrait être toléré à l'intérieur des habitations.

III. Lorsque les conduits ou les égouts d'une maison sont mis en contact avec l'air pour procéder à leur nettoyage ou à leur réparation, il faut employer des désinfectants, et surveiller la ventilation. Les habitants feraient bien de s'absenter pendant le temps que dureraient ces opérations. Pour avoir négligé ces précautions, la fièvre typhoïde a souvent éclaté et sévi avec intensité.

IV. Les meilleurs agents chimiques capables de combattre la fermentation fécale sont : l'acide phénique, la couperose ou sulfate de fer, la liqueur de Burnett (solution de chlorure de zinc) et le chlorure de plomb. L'acide phénique liquide doit être mélangé d'eau dans la proportion de 1 à 40, ou doit être mêlé avec du sable ou de la sciure de bois. On doit employer la couperose dans la proportion de 60 grammes pour 2 litres d'eau.

La liqueur de Condy est aussi un bon désinfectant. Elle agit en dégageant une grande quantité d'oxygène qui se combine avec les produits de la décomposition et les détruit, mais ce n'est pas un antiseptique; et la même remarque s'applique au chlore et au charbon de bois qui absorbent les produits volatiles de la décomposition.

Y. Les mesures préventives que l'on vient de citer, et d'autres qui s'imposeraient selon les circonstances, sont spécialement recommandées pendant l'automne et les saisons chaudes, et dans le cas où les dangers indiqués seraient courus par des personnes ayant moins de trente ans.

2. — Mesures pour prévenir la propagation du poison de la fièvre typhoïde.

I. Quand la fièvre typhoïde est communiquée par des malades aux personnes saines, les évacuations alvines son t les principaux, sinon les seuls moyens de propagation. Ces excréments devraient par conséquent, aussitôt qu'ils sortent du corps, être désinfectés par une des substances chimiques déjà mentionnées. L'acide pbé-

nique me semble la meilleure (une partie pour 40 d'eau), à cause de ses propriétés antifermentescibles. Les matières doivent être désinfectées avant detre versées dans les lieux d'aisance, et elles ne devraient jamais être jetées dans des endroits où elles peuvent se trouver en communication avec des sources d'eau potable.

II. Tous les objets de literie ou le linge de corps souillés par les excréments du malade devraient être plongés dans une solution d'acide pbénique (120 grammes liquides pour 4 litres environ), ou bien on devrait, soit les faire bouillir, soit les placer dans un four désinfectant ou les faire sécber au feu ou au soleil, avant de les laver.

III. La chambre des malades devrait être parfaitement ventilée, et on devrait y laisser évaporer des liquides contenant de la liqueur de Condy ou du chlore, afin que les exhalaisons fétides pussent être décomposées ou absorbées.

IV. Tout en prenant ces précautions il ne faut pas négliger la recherche de la cause qui a occasionné le premier cas de fièvre typhoïde dans la maison; car, si cette cause persiste, elle devient évidemment une source plus féconde de nouveaux cas que le poison émanant de la personne infectée tout d'abord. Les causes que nous avons mentionnées dans le chapitre consacré à l'étiologie, doivent être recherchées et combattues. En attendant qu'elles soient découvertes, les habitants âgés de moins de trente ans doivent quitter la maison infectée.

B. — TRAITEMENT CUHATIF.

Il n'y en a pas plus de spécifique pour la fièvre typhoïde que pour le typhus.

Les remarques de Baglivi sur la fièvre mésentérique, remontant à deuxsiècles, sont encore bonnes à consulter aujourd'hui : « Sed quodprœ cœteris animadoerlo, in nullo morborum gêner c, tantâ opus est palientiâ, expectalione, cunctationeque, ad bene et féliciter medendwn, tanquam ad bene curandum febres mesenlerkas (1). »

Mais bien qu'on puisse faire beaucoup de mal par la méthode nimia diligentia medici, par les saignées d'un côté, ou l'abus des stimulants d'un autre, on ne doit pas penser que l'expectation constitue le meilleur traitement. Quoique nous ne puissions pas gnérir la maladie, nous devons la traiter; et l'expérience augmentant, le scepticisme doit faire place à cette croyance que beaucoup

(I) Baglivi, 1096, éd. 1704, p. 51.

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d'existences sont sauvées par l'intervention médicale, si elle a lieu dans un temps et d'une façon convenables. Si l'on peut prolonger la vie du malade pendant un certain temps, on a d'autant plus de chances de voir disparaître sa maladie. Il est donc toujours important de déterminer la durée précise de l'attaque, et d'étudier les complications qui peuvent amener la mort, afin de pouvoir les combattre.

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