Soulager les symptômes inquiétants
Beaucoup des symptômes de la fièvre typhoïde, tels que la céphalalgie, l'absence de sommeil et le délire, l'assoupissement et la stupeur, les convulsions, le hoquet, l'albuminurie, etc., doivent être combattus de la même manière que dans les autres affections fébriles, avec cette réservé que les purgatifs énergiques doivent toujours être évités. Certains symptômes cependant, particuliers à la fièvre typhoïde, réclament aussi un traitement spécial. Voici les plus importants de ces symptômes.
1. Diarrhée (1). — Il est ordinairement nécessaire d'avoir recours aux astringents lorsqu'il y a plus de deux selles dans les vingtquatre heures.
Les formes les plus bénignes de la diarrhée sont habituellement arrêtées par un lavement d'amidon, contenant de 10 à 20 gouttes de laudanum, ou par l'addition temporaire de 2 ou 3 gouttes de laudanum à la mixture acide ordinaire. On peut encore employer avec avantage de l'acide sulfurique, qui est plus astringent que les autres acides minéraux.
Lorsque ces médicaments ne réussissent pas ou lorsquel'estomac ne peut pas supporter les acides, on peut employer le sous-nitrate debismuth véhiculé dans une potion mucilagineuse, l'eau de chaux, le charbon végétal (une cuillerée à café toutes les quatre heures) qui est particulièrement utile quand il y a beaucoup de tympanite en même temps que de la diarrhée, les mélanges de poudre de Dover, de calomel et de carbonate de chaux, l'acétate de plomb. Ce dernier a été longtemps un remède favori à l'Hôpital des fiévreux. On peut le donner en solution à la dose de 10 à 15 centigrammes toutes les quatre ou six heures, avec ou sans l'addition d'un centigramme d'acétate de morphine. Les végétaux astringents ordinaires sont moins efficaces que les médicaments que je viens mentionner.
Lorsque, pour une cause ou pour une autre, les narcotiques même à faibles doses sont contre-indiqués, on doit employer l'acétate de plomb, le bismuth et le charbon de bois; on peut encore administrer la teinture de cachou à la dose de 3 grammes, toutes les trois ou quatre heures.
Dans tous les cas de fièvre typhoïde où il y a de la diarrhée, de la sensibilité abdominale ou de la tympanite, on pourra employer
(l) On trouvera à la fin du volume un formulaire contenant les principales formules employées par l'auteur dans le traitement de la fièvre typhoïdo (trad.).
avec avantage des fomentations sur l'abdomen et des cataplasmes recouverts de taffetas gommé ou de gutta-percha. On peut aussi appliquer par intervalles des linges imbibés de térébenthine ou d'un Uniment camphré.
Il peut être utile de connaître les autres méthodes de traitement qui ont été conseillées contre la diarrhée.
Huss recommande fortement de petites doses d'ipécacuanha combiné avec de l'acide phosphorique ou sulfurique, des fomentations sur l'abdomen et, si besoin est, des lavements amidonnés et laudanisés (]). Il y a quelques années, Fouquier, de Paris, préconisa l'alun dissous dans de la gomme. 11 en donnait d'abord lKr,20 par jour, et augmentait la dose jusqu'à 4 grammes (2). On peut aussi employer l'alun sous forme de « petit-lait d'alun», qui se prépare en mêlant 4 grammes d'alun à 2 litres de lait bouillant, puis en le passant ; on peut en donner 60 grammes après chaque évacuation de l'intestin.
Le nitrate d'argent administré par l'estomac ou le rectum a été recommandé par beaucoup de praticiens (3). Mais on comprend difficilement comment le médicament puisse être efficace par le rectum, puisque l'iléon est le siège principal de la maladie. Dans des diarrhées graves, après le quatorzième jour, Joseph Bell a employé avec avantage le nitrate d'argent à la dose de 5 à 15 centigrammes en pilules et pris toutes les six ou huit heures (4).
Le sulfate de cuivre est un remède préconisé par quelques médecins; 1 centigramme environ peut être donné en pilule avec une égale quantité d'opium, ou en potion avec de l'acide sulfurique, de la quinine et quelques gouttes de laudanum. A prendre toutes les quatre ou six heures.
Le sulfate de cuivre et le nitrate d'argent me paraissent être les remèdes les plus efficaces pour la diarrhée due aux « ulcères atoniques » après que la fièvre primitive a cessé.
Le traitement de Trousseau consistait à donner d'abord des doses laxatives de sulfate de soude ou des poudres de Sedlilz qu'il croyait devoir arrêter la diarrhée en altérant les sécrétions et considérait comme particulièrement utiles lorsqu'il existait du météorisme en même temps que de la diarrhée. Si ce traitement ne réussissait pas, il ordonnait un mélange de craie, de chaux et de sous-nitrate de bismuth à prendre de 3 à 8 fois en vingt-quatre
(1) Huss, 1855.
(?) Brit. and for. med. Iiev. 183G, I,5G8.
(3) Yates, 1853; Boudin, Joum. des coun.méd. prat., mai 1839.
(4) Bell, 18G0, VIII, 385.
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heures. Si ces remèdes échouaient, il avait recours à des pilules contenant environ 5 milligrammes de nitrate d'argent (1).
Enfin G. Johnson prétend qu'il ne faut pas traiter la diarrhée, lorsqu'elle existe seule; quand elle est compliquée de météorisme, il administre une cuillerée à houche d'huile de ricin ou un lavement laxatif (2).
2. Hémorrhagie intestinale. — Pendant les dix premiers jours de la maladie elle est ordinairement légère, et peut être promptement arrêtée par l'acétate de plomb et la morphine et les lavements amidonnés et opiacés déjà recommandés pour la diarrhée. Quand elle coexiste avec d'autres hémorrhagies, de fortes doses de perchlorure ou de pernitrate de fer seront utilement administrées. Mais quand l'hémorrhagie profuse des intestins se produit seule dans une période avancée de la maladie, le malade est en grand danger et mon expérience est complètement opposée à l'avis récemment, émis par W. Gull, « qu'il vaut mieux laisser l'hémorrhagie se guérir d'elle-même » (3). Les remèdes sur lesquels on peut compter le plus sont l'acide tannique, la térébenthine, le ratanhia, l'opium et le seigle ergoté.
J'ai constaté depuis peu que le seigle ergoté était un styptique des plus efficaces, même dans les hémorrhagies les plus profuses. J.-B. Russell (de Glasgow) donne la teinture de seigle ergoté à la dose de 4 grammes toutes les heures, et l'a toujours vue réussir (4). Le seigle ergoté possède ; aussi cet avantage qu'on peut l'administrer par la méthode sous-cutanée . 15 à 23 centigrammes d'ergotine dissous dans 10 gouttes d'eau distillée peuvent être injectés sous la peau. Avec ces remèdes internes, on doit prescrire un repos parfait; une vessie contenantquelques morceaux de glace doit être appliquée sur le côté droit del'abdomen, et on peut faire sucer delà glace au malade. Les stimulants doivent être administrés selon l'état du pouls .
3. Vomsisements. — Quand ils surviennent pendant les dix premiers jours de la maladie, ils sont souvent arrêtés par un émétique. Si les vomitifs ne réussissent pas, ou s'ils sont contre-indiqués, ainsi qu'il arrive toujours après le dixième jour (p. 646), on peut employer un sinapisme ou une application de térébenthine à l'épigastre en même temps que l'on place de la glace dans la bouche. Si les vomissements continuent, ce qui est rare, le traitement acide doit être suspendu, et l'eau de chaux ou le bismuth et l'a-
(1) Trousseau, 18G1, p. 182.
(2) Brit.Mcd. Jouvn., 1867, 1,279.
(3) Lancet, 29 juin 187 2.
(4) Glasgow Med. Jour»., mai 18G9.
cide cyanhydrique devront le remplacer. JJai souvent observé qu'un mélange à parties égales d'eau de chaux et de lait constituait un excellent remède dans ces cas. Le médecin ne doit pas oublier que les vomissements survenant après le quatorzième jour sont souvent le premier symptôme de la péritonite.
4, La tympanite est quelquefois si intense qu'elle arrête la respiration et cause de grandes soulfrances au malade, en môme temps que la distension intestinale augmente les risques de perforation. Des applications de térébenthine en fomentations constamment appliquées sur l'abdomen sont efficaces dans ce cas, mais on peut avoir recours à d'autres mesures. Les gaz sont principalement dans le côlon, et les lavements sont par conséquent les remèdes les plus efficaces. Les meilleurs lavements sont ceux qui contiennent de l'acide phénique.
Lorsqu'avec la tympanite il y a une constipation prolongée, on peut donner une ou deux cuillerées à café d'huile de ricin dans de l'eau de menthe poivrée ; mais plus communément il y a diarrhée, et alors les remèdes les plus appropriés sont : la térébenthine (p. 286) (1), le charbon, l'acétate de plomb, ou un des remèdes antiseptiques dont il a déjà été question (page 281). D'après le professeur Péter, des petits fragments de glace répandus sur une épaisse couche de farine de graine de lin sont très-efficaces pour combattre la distension tympanitique (2). Si ces mesures ne réussissent pas, les gaz peuvent être retirés en grande quantité par un long tube introduit dans le côlon. Il ne faut pas oublier en traitant la tympanite, qu'elle est souventun symptôme de la péritonite ; que dans l'état typhoïde elle peut être un signe de faiblesse, et que les stimulants sont alors nécessaires (Voy. aussi page 277).
5. Sensibilité abdominale. — Elle est souvent soulagée par des fomentations continuelles ou des cataplasmes sur -l'abdomen ; et quand ces moyens ne réussissent pas, on peut ajouter au cataplasme une cuillerée à dessert de laudanum, ou pratiquer des applications de térébenthine sur l'abdomen. Quand la douleur est aiguë, on peut donner des opiacés par l'estomac ou par le rectum ;
(1) Wood recommande la térébenthine dans tous les cas de fièvre typhoïde où il y a tympanite et une langue sèche. Dans certains cas, où la langue, après avoir été nettoyée, devient sèche, rouge et unie (symptôme qui, selon lui, indique un grand danger, et dans tous les cas une cicatrisation lente des ulcères intestinaux et une convalescence prolongée), il regarde la térébenthine presque comme un spécifique. Il la donne en dose de 5 à 20 gouttes toutes les heures ou toutes les deux heures (Prad. ofMed., 2e éd., 1849, I, 328).
(2) Brit. Med. Joum., 18G9, II, 450.
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où si le malade est jeune et robuste, et s'il est dans la première période de la fièvre, on peut appliquer de deux à six sangsues sur la région iliaque droite ou autour de l'anus, et l'on obtient souvent un soulagement immédiat et très- grand.
6. Epistaxis. — Elle est ordinairement légèrè et ne réclame aucun traitement ; mais quand elle est profuse, il faut l'arrêter sans délai. On doit donner toutes les heures de l'acide gallique et de la térébenthine ou de la teinture de seigle ergoté; on pourra également injecter de l'ergotine sous la peau, ainsi que cela a été recommandé pour l'hémorrhagie intestinale. En môme temps, unevessiecontenant delà glace sera appliquéesurlefront et le nez, tandis qu'une solution d'alun ou de tannin ou une infusion de matico ou de ratanhia sera injectée dans les narines. Si ces mesures ne réussissent pas, les fosses nasales doivent être tamponnées.