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SYSTÈME OSSEUX

L’irritation du tissu osseux au cours de la fièvre typhoïde se traduit par la cromance exagérée et par les vergetures de croissance dues à l’allongement des téguments, que présentent les jeunes malades dès qu’ils quittent le lit. Mais le phénomène le plus intéressant est l’ostéopériostite de la convalescence (Chassaignac et Maisonneuve, Keen) qui peut apparaître plus spécialement chez tous les sujets dont le système osseux n’a pas atteint son complet développement (Hutinel).

Elle est souvent multiple et symétrique, peut frapper tous les os mais particulièrement les os longs, de préférence le tibia. Hutinel classe ainsi les lésions du périoste :

1“ Périostite circonscrite, forme la plus fréquente, qui a le moins attiré l’attention parce que ses symptômes sont peu nets, qu’elle ne dure pas et qu’elle guérit complètement.

2“ Ostéopériostite aboutissant à l’abcédation. — Fièvre ; gonflement de l’os en un point limité, peau rouge et soulevée donnant passage spontanément ou après incision au pus d’un abcès sous-périosté limité.

Cette forme guérit toujours mais j peut durer très longtemps (trajets fistuleux, séquestres).

^o-Périostose persistante à début lent, aboutissant à une déformation de l’os.

Au niveau des articulations peuvent se produire des arthrites pyohémiques, véritables localisations primitives du bacille typhique, ne méritant aucune description symptomatologique spéciale.

On peut constater également des arthrites polyarticulaires, très douloureuses, pouvant apparaître au début de la fièvre typhoïde et être prises pour du rhumatisme articulaire aigu. Enfin les arthrites monoarticulaires, localisées au genou, à la

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hanche, se traduisant par de l’empâtement, de la tuméfaction, de la douleur aboutissant soit à la guérison, soit à l’ankylose, soit à la luxation spontanée, sont assez fréquentes.

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La peau des typhiques est chaude et sèche. Aux premières heures du matin elle devient moite, se couvre de transpiration..

Au moment de la défervescence il se fait des sueurs profuses, dites critiques. On a signalé des formes de fièvre typhoïde où les transpirations étaient si abondantes qu’on les a baptisées « fièvres sudorales » (Borelli, Jaccoud). Peut-être ces formes particulières, fréquentes en Italie méridionale, résultent-elles de l’association palustre ou sont-elles, en réalité, dues à une infection par le Mic. melitensis (?).

La peau répand une odeur particulière dans la fièvre typhoïde (Murchison).

La paume des mains et la plante des pieds présentent une couleur jaune-safran (Filipowicz), couleur que l’on rencontre d'ailleurs dans d’autres maladies. Consécutivement à ce signe dit palmo-plantaire, on peut observer, à la convalescence, une desquamation des mêmes régions. Celle-ci peut, du reste, être plus généralisée et s’étendre, surtout chez les jeunes sujets, à toutes les parties du corps (Roger). Les cheveux tombent souvent.

Eruptions. — Au cours de la fièvre typhoïde on rencontre des éruptions diverses. L’une d’elles peut être considérée comme un. symptôme clinique spécifique : c’est l’éruption des taches rosées lenticulaires de Louis. Les autres sont accessoires.

Murchison, dans son « Traité de la fièvre typhoïde » qu’on ne saurait trop lire, a donné des taches rosées lenticulaires une description ne varietur. « Leur couleur est rose ou rouge, mais varie légèrement de teinte selon la couleur de la peau du malade. Leur forme est ronde et régulière; leurs bords bien définis, et leur diamètre est d’une demi-ligne à deux lignes (3 à 4 millimètres). Quand on passe légèrement le doigt sur ta peau, lOn peut, dans la plupart des cas, sentir que chaque tache fait un peu saillie ; leur contour est arrondi et convexe.

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mais non acuminé. Elles ne sont jamais dures; mais, dans quelques cas rares, on peut découvrir une petite vésicule à leur sommet. Elles ne se convertissent jamais en pétéchies; mais, tant qu’elles existent, elles disparaissent sous la pression et reparaissent lorsque la pression cesse. »

Le siège d’élection de l’exanthème typhoïdique est la poitrine, le ventre, la région axillaire, quelquefois la racine des cuisses. Murchison les a souvent trouvées sur le dos quand elles n’existaient nulle part ailleurs, et il a parfois noté que les taches étaient plus grandes et plus nombreuses qu’en avant. Les taches se développent en plus grand nombre après un bain chaud (Louis, Jenner).

C’est du septième au huitième jour que l’éruption se montre dans la majorité des cas.

Exceptionnellement on la note après le vingtième jour (20 et 30 jours d’après Louis, 45 et 52 d’après Rillet et Barthez). Après la chute de la température elle est un symptôme précurseur de rechute.

Sous la forme précoce, avant le septième jour, elle est aussi rare que l’éruption tardive et il semble bien qu’elle accompagne des formes graves suraiguës.

L’éruption est en général discrète. Les taches ne sont pas très nombreuses à la fois ; elles apparaissent sans ordre, par poussées successives, par groupe de trois ou quatre, et s’éteignent pour faire place à d’autres.

La durée moyenne de chaque tache est de trois à ciuq jours. L’éruption dure de cinq à dix-sept jours, dix en moyenne. Il est cependant des taches qui persistent anormalement dix, quinze et même vingt jours et qui, s’effaçant, laissent à leur place un véritable dépôt pigmentaire bistré, une macule cuivrée. Dans les cas où une minime vésicule occupait le centre de la tache, il se fait une légère desquamation à la place où siégeait cette vésicule. Certaines taches sont éphémères, s’effacent en une ou deux heures. En général peu nombreuses (10 à .-0 à la fois) il est des cas où elles sont plus rares encore : on peut n en trouver que trois ou quatre, ou même moins. Parfois il n en existe pas.

D’autres fois, l’éruption peut être remarquable par sa confluence qui simule l’exanthème de la rougeole. Mais, peut-être a-t-on affaire, dans ces cas, à une fièvre paratyphoïde. Chez

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les sujets à peau blanche et fine, l'éruption lenticulaire est parfois précédée d’une hyperhémie qui produit tantôt une rougeur continue, tantôt un piqueté granité, limité à une étroite portion du tégument. Dans ces cas on a pu la confondre avec la scarlatine.

Dans les formes graves la tache change de teinte et pâlit à mesure que l’adynamie augmente. Un phénomène analogue se produit au moment de la mort. Non seulement on ne trouve jamais d’éléments éruptifs sur le cadavre, mais, chez un malade qui succomba en pleine efflorescence cutanée l’éruption s’effaça complètement, en quelques heures, avant l’apparition du collapsus terminal (Cheurlot). Dans les cas où l’on ne trouve pas de taches rosées lenticulaires, il est possible qu’elles aient passé inaperçues pour des motifs divers : petit nombre, fugacité, siège insolite, coloration particulière du tégument, développement très précoce ou tardif, etc.

Les taches rosées lenticulaires ont pu être reproduites expérimentalement par Chauffard et Troisier en injectant sous la peau des typhoïdiques 1/5000 de la dose de toxine mortelle pour un cobaye de 250 grammes.

Mais la tache provoquée ainsi, outre qu’elle peut manquer chez certains typhiques, n’a qu’une durée très courte de 24 ou 48 heures.

On peut concevoir la tache rosée lenticulaire comme une réaction vaso-dilatatrice locale due à une colonie intra-dermique. Reproduite expérimentalement, elle s’éteint vite faute de microbes qui en entretiennent la production. Dans les deux cas, son intensité variable semble en rapport avec les états différents de sensibilisation anaphylactique de l’organisme (Chauffard et Troisier).

Au cours de la fièvre typhoïde on peut rencontrer d’autres éruptions : le purpura qui est souvent d’un pronostic grave, les érythèmes, bénins ou graves. Les seconds sont caractérisés, outre l’éruption, qui est polymorphe, morbilliforme ou scarlatiniforme, par un état général grave, adynamique, une chute de la température avec réascension, des vomissements verdâtres, une diarrhée verte fétide, des ulcérations aux lèvres et au nez. Leur pronostic est sérieux (60 à 80 pour 100 de décès).

Les sudamina, petites vésicules perlées si bien connues, sont très communs. Ils siègent à la partie antérieure du thorax.

à l’abdomen, au cou, au voisinage des aisselles. Ils sont plus ou moins confluents, mais généralement assez discrets.

Les gangrènes cutane'es sont assez fréquentes. Elles se produisent le plus souvent aux points du corps qui supportent longtemps des pressions continues.

Telles sont les escarres cutanées du sacrum et de l’ischion, des coudes, des talons, de la région des omoplates. Elles sont devenues rares. Elles se produisent à la fin de la deuxième semaine, à la troisième ou à la quatrième, au cours de fièvres graves, sur des sujets épuisés par des hémorragies, une diarrhée profuse et surtout mal tenus. Elles peuvent être le point de départ d’accidents divers plus ou moins graves : abcès multiples, gangrène, érysipèle, etc.

Outre les graves pyohémies typhiques, on a signalé des éruptions de furoncles multiples, d’abcès sous-cutanés se succédant en grand nombre et fort longtemps, arrivant à simuler le farcin (Lailler).

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