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II. — DIAGNOSTIC PAR LES RECHERCHES DE LABORATOIRE

Le diagnostic différentiel de la fièvre typhoïde et des fièvres paratyphoïdes étant, comme on l’a vu, difficile, il y a lieu de recourir aux recherches de laboratoire dès qu’on soupçonne l’existence de l’une de ces maladies. La découverte, l’isolement pt l’identification de l’agent causal sont la plupart du temps possibles si les recherches sont faites dans^de bonnes conditions.

Il ne saurait être question de faire ici l’étude bactériologique complète du bacille typhique et des bacilles paratyphiques. On ne donnera que les méthodes les plus simples et les plus usuelles, renvoyant lè lecteur, pour les renseignements trop techniques, aux. traités spéciaux ou aux articles originaux. Nous diviserons cette étude en deux parties. Dans la première on étudiera les méthodes de recherche du bacille infectant.

Les méthodes ayant pour but l’étude des réactions humorales de l’organisme feront l’objet de la seconde.

I. — Recherche du microbe. — On sait que le bacille typhique existe dans le sang pendant toute la durée de l’infection. Il persiste durant toute la période d’état pour disparaître le plus souvent à la fin du troisième septénaire. Transporté dans 1 organisme par le torrent circulatoire, il peut se localiser et multiplier dans tous les organes, particulièrement dans la rate, le

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foie, les voies biliaires, la moelle osseuse et les ganglions mésentériques. On le trouve également au niveau des taches rosées lenticulaires. Dans l’intestin il existe plusieurs jours avant l’apparition des premiers symptômes. Le nombre des bacilles des fèces augmente jusqu’à la fin du premier septénaire pour disparaître progressivement vers la fin du quatrième. Le bacille typbique passe assez souvent dans l’urine (Bouchard). Pour Besson, on trouverait uniquement le bacille typhique dans les urines albumineuses. Il ne se montre guère avant le dixième jour, le plus souvent avant le quinzième. Dans les fèces et dans l’urine l’élimination se fait par poussées.

Le bacille typhique aurait été décelé dans les ulcérations de Duguet, dans l’enduit qui recouvre les dents. Enfm, il a été isolé dans un grand nombre de complications : angines, rhinopharyngites, pleurésies, pneumonies, adénites, abcès, ostéites,

etc., etc. , . ,

On voit, par cette simple énumération, qu’il ne manque point de localisations où l’on puisse rechercher l’agent infectant. A laquelle s’adressera-t-on pour obtenir un résultat sur et constant? La ponction de la rate permet l’isolement le plus Irequent, mais elle peut être dangereuse, la rate pouvant se déchirer si le malade fait un mouvement brusque.

La recherche dans les selles est assez délicate et quelque peu aléatoire. L’isolement du bacille typhique et de^ bacilles paratyphiques en est souvent difficile du fait des innombrables bactéries qui vivent dans l’intestin. Cependant cette recherche présente un très grand intérêt prophylactique et épidémiologique. Elle est employée usuellement pour dépister les porteurs fie germes, pour établir combien de temps un convalescent peut demeurer contagieux. Aussi est-il utile d’indiquer les procédés les plus usuels.

On recherche dans les selles les grumeaux muqueux, on es lave à l’eau salée physiologique, une ou deux fois, et on les ensemence en milieu approprié. Suivant la méthode préconisée par Sacquépée et Bellot, on pratique à deux reprises le lavage du gros intestin avec un litre d’eau bouillie; on en fait un troisième et on recueille les dernières portions du liquide -évacué qui serviront à l’analyse. L’ensemencement en tubes en U, de Niclot, analogues à ceux que Carnot et Garnier •ont imaginés pour étudier, isoler et sélectionner les micro-

organismes mobiles, peut rendre des services (Muratet).

P. Carnot et Weill-Hallé ont recommandé le procédé suivant : Dans une des branches d'un tube en U de cinq à six millimètres de diamètre, on met une couche de sable fin haute de dix centimètres environ. Dans l’autre branche du tube on verse du bouillon coloré au rouge neutre jusqu’à ce que ce bouillon s’équilibre dans les deux branches, un peu au-dessus du sable. C’est dans le bouillon de cette seconde branche que l’on ensemence quelques gouttes du liqüide presque limpide provenant d’un second lavage intestinal, après lavement éva cuateur préalable. On examine après dix-huit heures de séjour à l’étuve. La durée de ce séjour est proportionnelle à la hauteur de la couche de sable et à la mobilité des microbes. La sélection microbienne sera d’autant plus précise que la couche de sable sera d’autant plus haute. On pourrait réduire à six heures le séjour à l’étuve avec une hauteur de sable de trois centimètres environ. Ou bien le bouillon qui est au-dessus de la couche de sable a conservé sa couleur mais est devenu trouble, ou bien il a viré au jaune fluorescent. Dans le premier cas, il a pu passer uniquement, et cultiver, du bacille typhique, qui est habituellement le bacille de beaucoup le plus mobile ; dans le second cas il a pu passer, et cultiver, des bacilles paratyphiques A ou B ou du colibacille. On examine au microscope, sans coloration, et après coloration par la méthode de Gram. Si l’on constate la présence de bacilles ne se colorant pas par le Gram, on procède à l’isolement sur gélose d’Endo ou de Drigalski-Conradi, en boîtes de Pétri. Toutes les colonies colorées en rouge seront écartées. Seules seront reprises les colonies incolores ou très légèrement colorées en rose ou en bleu. Chacun,e de celles-ci sera identifiée par des ensemencements en milieux spéciaux et par la recherche de l’agglutinabilité.

On pourrait, le cas échéant, isoler les bacilles des taches rosées lenticulaires. On sait, depuis les travaux de A. Chauffard et J. Troisin, qu’en introduisant sous la peau des typhoïdiques 1/5000 de la dose de toxine mortelle pour un cobaye de 250 grammes, on peut reproduire une tache lenticulaire typique, identique la plupart du temps, à la tache rosée spontanée du malade. Cette tache provoquée peut manquer chez certains typhoïdiques; sa durée ne dépasse pas, quand elle se produit, 24 à 48 heures. Chez le typhoïdique elle trahit l’existence

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d’une colonie microbienne intradermique. On aura doutant plus de chances de trouver le bacille à son niveau qu’on le recherchera à un moment le plus proche de l’apparition de la tache. La technique à employer est la suivante. Après lavage de la peau au savon, puis à l’alcool, on ponctionne la tache soit avec une aiguille, soit avec un petit bistouri, soit avec un vaccinostyle. On aspire avec une pipette stérile la goutte de sang qui vient perler par la petite ouverture et on ensemence dans un tube de bouillon à la bile (*) et dans l’eau de condensation de quelques tubes de gélose. En inclinant ces derniers on humecte la surface de la gélose avec l’eau de condensation et on dissémine ainsi les germes, qui se trouveht répartis sur tout le milieu.

lia été dit que la bactériurie typhique est tardive. Sa recherche n’a d’intérêt que pour la prophylaxie et l’épidémiologie. On ensemencera dans le milieu d’Endo le culot de centrifugation de l’urine recueillie et manipulée aseptiquement.

Les pm divers seront également ensemencés, ainsi que les produits expectorés : 1° dans un bouillon à la bile; 2” sur gélose coulée en boîtes de Pétri.

Les milieux organiques dans lesquels on cherchera les bacilles typhiques et paratyphiques sont le sang et la hile pendant la vie; la bile, le sang du cœur et la pulpe splénique après la mort.

Biliculture. — Bur, Hautefeuille, Sevestre ont trouvé les bacilles typhique et paratyphiques en ensemençant les vomissements bilieux qui se produisent assez fréquemment au cours des fièvres typhoïde ou paratyphoïdes. Boldyrev et Yolhard ont montré que l’introduction d’une certaine quantité d huile dans l’estomac est suivie d’un reflux de bile mêlée de suc pancréatique. Weber, en 1909, dans 2 cas, et Kiralyfi, en 1912, dans 50 cas sur 69 examens, ont pu utiliser cette propriété pour retirer « in vivo » de la bile, l’ensemencer et obtenir des résultats positifs. Après avoir lavé, à l’eau distillée stérilisée, l’estomac du malade à jeun, on introduit, à l’aide du uiême entonnoir, 250 à 300 centimètres cubes d’huile d’olive stérilisée. Au bout d’une demi-heure, on procède à l’extraction de cette huile que l’on recueille dans un vase stérilisé. On doit recom-

(*) Voir au paragraphe Hémoculture la préparation de ce bouillon.

mander au malade de ne pas déglutir sa salive qui viendrait ajouter encore des microorganismes au contenu stomacal. Le liquide est recueilli dans un récipient aseptique. 11 se sépare en deux couches, la supérieure formée par l’huile, l’inférieure contenant la bile. Carnot et Weill-Hallé ne font ingérer que 50 à 150 grammes d’huile d’olive qu’ils retirent par tubage gastrique trois heures plus tard.

Dans les cas exceptionnels où l’on ne retire que du mucus gastrique, il y a lieu de l’ensemencer, car on y trouve encore assez souvent du bacille typhique, quoique d’une façon moins constante que dans la bile. Carnot et Weill-Hallé ont imagine une technique « élégante en ce qu’elle fournit un beau liquide, limpide, de couleur jaune d’or plus ou moins foncée, et constitué en majeure partie par de la bile. » Ils pratiquent le tubage direct du duodénum en faisant avaler au malade une sonde en caoutchouc de 5 millimètres de diamètre environ et longue d’un mètre, terminée par un petit embout de verre, ouvert à ses deux extrémités, bien rodé à la flamme et protégé d’ailleurs par la sonde jusqu’à son orifice terminal. Le sujet avale 80 centimètres environ de la sonde qu’on laisse en place trois heures, parfois quatre. A ce moment l’embout a franchi le pylore et pénétré dans le duodénum. On aspire avec une seringue montée à l’extrémité externe du tube. Si l’embout est en bonne place, on retire de la bile presque pure. Si l’embout est resté dans l’estomac, on retire un peu le tube, on en fait réavaler une longueur convenable et on laisse encore quelque temps en place. Si on a attendu trop longtemps, la longueur de la sonde avalée est trop grande; l’embout peut avoir dépassé le bulbe duodénal dans lequel s’accumule la bile; on ne peut aspirer avec succès qu’après avoir doucement remonté le tube.

De l’avis même des auteurs cette technique n est pas toujours facile à employer « chez certains typhiques abattus, peu capables d’exécuter intelligemment les manoeuvres prescrites ».

La biliculture serait pour Carnot et ’Weill-Hallé, un procédé d’une grande importance prophylactique. Dans la majorité des cas elle donne des résultats plus tardifs que l’hémoculture Ce n’est qu’à la fin du premier septénaire qu’elle serait pratiquement utilisable, mais elle permettrait, longtemps après la maladie, de dépister les porteurs de germes. C’est ainsi

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que les auteurs ont trouvé du bacille typhique dans la bile

au delà du sixième mois.

Hémoculture. — De très nombreux procèdes ont ete employés. 11 serait fastidieux et inutile de les indiquer tous. Pour les uns, le sérum sanguin possédant des propriétés bactéricides élevees, on doit ensemencer une assez grande quantité de sang dans une très grande quantité de milieu de culture liquide. Le sang est prélevé par ponction aseptique d’une veine du pli du coude. On ra recueille 10 à 20 centimètres cubes que l’on répartit dans un litre de bouillon de bœuf ou, plus économiquement, à l’exemple de A. Lemierre, dans de l’eau peptonée ordinaire :

Peptone. 20 grammes.

Chlorure de sodium. ^

Eau.“

Ce procédé, dérivé de ceux de Castellani, Busquet, est employé depuis plusieurs années par J. Sabrazès qui le préfère, comme plus simple, plus pratique et aussi sûr, à la technique de Sacquépée et Perquis, dans laquelle le sang est defibrme et réparti à raison de X à XXX gouttes dans des ballons contenant 100 centimètres cubes de bouillon. Lafforgue deplasmatise après adjonction au sang de citrate de soude au cinquième (une goutte par centimètre cube de sang), centrifuge, et répand le culot dans des tubes de bouillon.

Au cours de cette guerre de nombreux procédés sont venus s’ajouter à ceux qui avaient été indiqués auparavant. Mais il semble que tous les efforts se soient portés sur la recherche du milieu de culture le plus favorable et ne nécessitant pas de grosses intallations. C’est la bile qui a été surtout en faveur, soit employée pure, après stérilisation, soit associée à du bouillon de bœuf, du bouillon au Liebig, de l’eau peptonee. Les milieux à base de bile ont le grand avantage d’éviter la coagulation du sang et de constituer un excellent terrain pour la culture des bacilles typhique ou paratyphiques. La bile filtree, diluée au tiers ou à la moitié de son volume de bouil on ou d’eau peptonée paraît préférable. P. Carnot et Weill-Halle ont utilisé également pour l’hémoculture les tuhes en U avec filtre de sable sur une hauteur de 2 centimètres. Dans une des branches du tube ils mettent le mélange de bile de bœuf stérilisée (5 c. c.) et de sang du malade (XX à XXX gouttes), dans l’autre

du bouillon de culture stérile. Les bacilles mobiles cultivant dans la bile franchissent la couche de sable et viennent se muliiplier dans le bouillon où leur examen peut être fait beaucoup plus facilement, dès le lendemain.

Muratet a, dans son laboratoire de campagne, utilisé ce procédé qui lui a rendu de grands services mais avec les petites variantes suivantes. Les tubes sont plus gros que ceux de Carnot et Weill-Hallé. On ensemence 2 à o centimètres cubes de sang dans une des branches du tube en U contenant :

Bile de bœuf.5 c. c.

Eau peptonée salée.5 c. c.

Dans l’autre branche on met du bouillon au rouge neutre (milieu de Savage). Quand l’hémoculture est positive, le bouillon de Savage peut se troubler sans perdre sa couleur rouge ou bien prend une couleur jaune fluorescente s’il s’agit de bacille paratyphique.

Lorsqu’on ne peut se procurer de la bile de bœuf fraîche, ou peut ajouter à l’eau peptonée de la bile desséchée ou « fiel de bœuf» que tous lés pharmaciens possèdent dans leur officine. Ce moyen donne de bons résultats (Muratet), et l’on peut toujours avoir une petite provision d’extrait de bile au laboratoire. P. Carnot et Weill-Hallé indiquent encore un procédé plus simple qui consiste, après avoir ensemencé la bile pure, à introduire avec précaution, en évitant le mélange, une couche de bouillon au-dessus du milieu bile-sang. L’ensemencement peut ainsi être fait dans un simple tube ordinaire, ce qui présente un certain avantage, car la fabrication des tubes en U n’est pas toujours facile aux armées en campagne et ces tubes se cassent assez souvent au cours de la stérilisation ou des manipulations.

La substitution à la bile des sels biliaires en nature ne constitue pas un milieu plus favorable (Sabrazès).

Quelle que soit la méthode employée, il faut procéder à l’examen des cultures et à l’identification des germes. On pratiquera un premier examen microscopique entre lame et lamelle ou en goutte pendante, sans coloration, ce qui permet de voir *si des bacilles, mobiles ou non, ont poussé dans le milieu de culture. Dans les cas positifs, si on se trouve en présence de bacilles mobiles ou non ne prenant pas le Gram, on peut avoir affaire à l’un des microbes du groupe Coli-Eberth.

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D’une façon générale, par leurs réactions culturales, le bacille paratyphique A se rapproche surtout du bacille typhique, le paratypliique B du colibacille. Mobiles, ne prenant pas le Gram, munis de 8 à 10 cils, ils sont aérobies et anaérobies facultatifs. Ils font fermenter ta glucose, la mannite, la dulcite, la lévulose, la maltose, et la galactose mais non la lactose, la raffînose, la saccharose. Ils se différencient donc du bacille typhique qui ne fait fermenter aucun sucre. Ils ne coagulent pas le lait et ne produisent pas d'indol, ce qui les différencie du colibacille lequel, de plus, fait fermenter tous les sucres. On devra tenir compte de l’existence d’infections dues au Bac. fæcalis alcaligenes et des caractères de ce microbe qui, très analogueauhacille typhique, alcalinise cependant fortement le lait tournesolé.

On devra compléter l’identification des gemies isolés par la recherche de l'agglutinabilité à l’aide de sérums expérimentaux spécifiques. Les sérums employés dans ce but doivent avoir une intensité moyenne, d p. 1000 à d p. 10000. Ils ont parfois un pouvoir agglutinant marqué (coagglutination) sur d’autres espèces ; l’usage de sérums plus forts n’a aucun intérêt (Sacquépée). Le plus grand nombre des bacilles typhiques sont agglutinés au même degré par un même sérum expérimental. Cependant certains bacilles isolés récemment du sang, des fèces ou des eaux, ayant d’autre part tous les caractères du bacille typhique, ne sont pas agglutinables (Sacquépée et Perquis, Rodet, etc.). Pour les authentifier, il suffit de leur faire subir plusieurs passages en bouillon. Par ce procédé le bacille typhique authentique acquiert progressivement un taux d’agglutination considérable. 11 semble qu’il y ait quelque parallélisme entre le manque d’aptitude agglutinative et l’alisence de mobilité (Ch. Nicolle et Trénel).

Les sérums expérimentaux sont spécifiques pour les bacilles typhique et paratyphiques. Ils agglutinent à peu près au même taux tous les échantillons de l’espèce. Exception est faite.pour les bacilles paratyphiques B, dont les divers échantillons sont agglutinés à des taux très inégaux.

Les sérums expérimentaux contenant des sensibilisatrices, on peut appliquer au diagnostic des espèces la réaction de fixation du complément. Cependant si, pour le bacille typhique, cette sensibilisatrice est spécifique, il n’en est pas de même pour les bacilles paratyphiques A et B.

Les sérums expérimentaux dévient le complément en présence du bacille paratyphique avec lequel ils ont été obtenus, mais le sérum expérimental obtenu avec le paratyphique A contient une cosensibilisatrice active également sur le bacille typhique et le bacille paratyphique B. De même le sérum expél'imental avec le bacille paratyphique B contient une cosensibilisatrice active sur le bacille typhique (Bieux et Sacquépée).

Nous ne saurions terminer ce chapitre, forcément très incomplet, sans rappeler qu’au cours de maladies à allure typhoïde, l’hémoculture pratiquée sur le vivant a permis d’isoler des microbes pathogènes se différenciant des bacilles typhique et paratyphiques par un ou plusieurs caractères réputés spécifiques. On les peut dénommer « bacilles intermédiaires » pour indiquer qu’ils se trouvent placés dans un groupe empruntant des caractères au bacille typhique comme aux bacilles paratyphiques, mais sans présumer par là qu’ils représentent un stade de passage de l’un aux autres. Des cas de ce genre ont été publiés par Moutier, Faroy, Lecount et Kirby, Lafforgue, etc. On a publié également un certain nombre de cas dans lesquels, les symptômes cliniques étant semblables à ceux de la fièvre typhoïde ou paratyphoïde, l’hémoculture a permis d’isoler le Bac. fæcalis alcaligenes. Ce microbe possède incontestablement des propriétés pathogènes pour l’homme, donnant lieu à des infections tantôt bénignes, tantôt au contraire d’une sévérité extrême, notamment au Maroc. L’ensemble des symptômes et même les caractères des lésions d’autopsie peuvent rappeler ceux de la fièvre typhoïde. La détermination du microbe doit être poursuivie avec soin.

Il existe enfin des observations dans lesquelles on a pu trouver dans le sang des malades, avec le bacille typhique ou l’un des bacilles paratyphiques, un certain nombre de microorganismes pathogènes : Micrococcus melitensis (Bassères, Bauzier et Roger, Lagriffoul, Arnal et Roger), Proteus (Vincent), staphylocoque, streptocoque (Vincent), bacille pyocyanique (Vincent), hœmamœba malariæ (Kelsch et Kiener, Vincent), etc., etc.

Parfois aussi en même temps que le bacille typhique on a trouvé un des paratyphiques, le B surtout (Gautier et Wissembach, etc.).

La présence de ces micro-organismes donne une allure toute

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particulière à l’infection typhoïdique, en modifie complètement le caractère et, parfois, en augmente singulièrement la gravite.

II — Etude des réactions humorales plus ou moins spéciîiques déterminées dans l’organisme par les infections typhoïdes.

Sérodiagnostic de Widal. - Dans un précédent chapitre nous avons indiqué le principe du séro-diagnostic. Wous devons ici préciser quelques points particuliers.

A l’état normal le sérum humain agglutine communément à 1/10-1/20 le bacille typhique et à 1/50 et même 1/150 les bacilles paratyphiques (Sacquépée et Chevrel, Béco). Au cours des infections typhique ou paratyphiques le sérum humam acquiert des propriétés agglutinantes. Mais ces propriétés peuvent faire défaut. Elles apparaissent généralement vers la fin du premier septénaire. C’est en moyenne du douzième au vingtième jour qu’elles ont acquis leur maximum Outre le sérum sanguin, le lait de nourrice (Achard et Bensaude), l’urine, les larmes, le liquide pleural, le liquide céphalo-rachidien (Brandéis et Mongour) peuvent être doués de pouvoir agglutinant. La mère peut le transmettre au fœtus.

Ce pouvoir agglutinant n’est pas absolument spécifique. A cote

les ao'o'luiinmesspeciiiques —..o x

C’est ainsi que le sérum de malades atteints de fièvre typhoïde peut agglutiner les bacilles paratyphiques A et B autant et même plus que le bacille typhique (Sacquépée). De meme, le sérum des malades atteints d’infection à bacille paratyphique A agglutine les bacilles du type A à des taux peu éleves (1/100, 1/200), mais il peut agglutiner au même taux les bacilles tvphique et paratyphique B. Le sérum des malades atteints d’infection à bacille paratyphique B peut agglutiner très energiquement le bacille provenant du malade (jusqu a 1/40000 , Laucoup moins les autres bacilles du type B (1/100 a 1/1000). Il est beaucoup moins actif sur les bacilles typhique et paratvphique A. On a essayé de se débarrasser de ces coagglutinines par le procédé de Castellani. Mais cette épreuve, rigoureuse avec les sérums expérimentaux, est beaucoup moins fidèle avec les sérums humains, et sa valeur clinique est douteuse (Dieux et Sacquépée). H a donc fallu, pour pouvoir

Utiliser la réaction, doser en quelque sorte le pouvoir agglutinant du sérum vis-à-vis du bacille typhique et des bacilles paratyphiques A et B. Il faut pousser les dilutions jusqu’aux extrêmes limites et ne tenir compte que des dilutions fortes. Les agglutinations paradoxales n’en pourront pas moins persister. Certains auteurs cependant admettent qu’on peut poser le diagnostic d’infection typhoïde si le sérum humain agglutine à 1/150 à 1/200, au minimum, le bacille typhique et beaucoup moins les bacilles paratyphiques. (M. Labbé, Cade et Vaucher.) Pour Salomon, en présence d’une hémoculture négative, on pourrait avoir recours au sérodiagnostic, même chez les vaccinés. On pourrait « considérer comme valables des agglutinations pour les paratyphiques A et B se produisant au taux minimum de 1/200, mais on ne devrait accorder de crédit qu’aux agglutinations pour le bacille d’Eberth se montrant encore intenses et nettes à des taux atteignant ou dépassant 1/500 ».

Dans les cas où le sérum agglutine davantage un bacille paratyphique que le bacille typhique, « rien n’autorise actuellement à conclure qu’on se trouve en présence d’une infection paratyphique » (Sacquépée et Chevrel). Pour Rist, la spécificité de la séro-réaction serait encore moins certaine : « Pour dire que le bacille d’Eberth ou le paratyphique A ou le paratyphique B est en cause, la séro-réaction est de nulle valeur. L’hémoculture seule permet de les différencier. La séro-agglutination positive, chez les non-vaccinés, autorise pleinement à dire : il s’agit d’une fièvre typhoïde ; elle est impuissante à déterminer lequel des trois germes on doit incriminer ».

Cette valeur diagnostique très relative que possède la séroréaction chez les non-vaccinés, que devient-elle chez les vaccinés? On sait que la vaccination antityphoïdique détermine dans le sérum sanguin des vaccinés l’apparition d’agglutinines puissantes. Ce pouvoir agglutinatif, qui peut atteindre exceptionnellement 1/5000, 1/10000, baisse assez rapidement à 1/50, 1/10, disparaît même complètement trois ou quatre mois après la dernière injection de vaccin. 11 est bien démontré que ce pouvoir agglutinant peut-être réveillé par une affection quelconque, non typhoïde (pneumonie, appendicite, dysenterie, l'humatisme, angine banale, diarrhée simple etc.), ou par une fièvre paratyphoïde et s’élever alors à des taux considérables (1/400 six mois après une vaccination antityphoïdique à quatre injec-

lions- 1/200 Afingt-cinq mois après une vaccination à cinq injections, etc.) (Rist). H y a dans la genèse de ces faits des coefficients personnels et d’autres facteurs encore dont nous ignorons la nature.

Quoi qu’il en soit, à l’heure actuelle, des millions d hommes ont reçu du vaccin antityphoïdique et antiparatyphoïdique. De ce fait leur sérum contient des agglutinines, actives ou latentes pour les bacilles typhique et paratyphiques A et B. Les résultats du séro-diagnostic pratiqué chez eux, le cas échéant, ne seraient pas valables pour le dia^ostic des infections typhoïde et paratyphoïdes. C’est 1 opinion de Leon Bernard et Paraf- « Déjà suspects et irréguliers chez les sujets nui n’ont pas reçu de vaccin antityphoïdique, ses résultats sont absolument inutilisables chez les sujets inoculés ; 1 application de cette méthode à cet objet ne peut qu engendrer 1 er-

""c’est aussi l’opinion de Rist, qui dit ; « Chez les v-accinés, même à une seule injection, la séro-agglutiiiation ne doit pas entrer en ligne de compte comme moyen de diagnostic. Non seulement elle ne peut servir à distinguer entre elles la fièvre tvphoïde et les deux paratyphoïdes : mais encore, elle n’est même pas capable de faire discriminer une infection du groupe typhoïde d’avec une maladie fébrile quelconque. Ce diagnostirne peut être fondé que sur l’hémoculture ou sur l’observation clinique ». Encore faut-il faire des reserves sur la valeur du facteur clinique.

C’est également l’opinion de ceux qui, dans les laboratoires de l’armée ou dans les ambulances, devant les faits bien établis, ont, durant cette campagne, dû abandonner la confiance qu’ils accordaient à la séro-réaction agglutinante et adopter les idées formulées depuis longtemps par H. Vincent . « Le sang de tout vacciné agglutine, plus ou moins, le bacille

^^^iTpouvoir agglutinant peut même être réveillé ou exagéré

par uneaffection aiguë, quelle qu’en soit la nature, survenant chez les vaccinés. r„„

« On ne saurait donc tenir aucun compte de 1 epreuve de 1 agglutination pour le diagnostic de l’affection dont ils peuvent être éventuellement atteints. Seule l’hémoculture donne une indication précise. »

Réaction de fixation du compléiaent. — Le sérum sanguin des malades atteints d’infections typhiques contient des sensibilisatrices que Widal et Le Sourd ont décelées par la méthode ordinaire de fixation du complément (Bordet et Gengou). Cependant cés sensibilisatrices ne sont pas strictement spécifiques (Rieux et Sacquépée). A côté des sensibilisatrices spécifiques existent, comme pour l’agglutination, des cosensibilisatrices de groupe. Il en est du sérum humain comme des sérums expérimentaux, et des sensibilisatrices comme des agglutinines ; on n’obtient pas toujours, par leur recherche, une véritable certitude diagnostique.

Détermination de l’indice opsonique. — Wright a fait connaître l’existence, dans les sérums sanguins normaux et pathologiques, de substances spéciales qu’il a dénommées « opsonines » (opsono : je prépare pour l’alimentation) et qui seraient indispensables à la phagocytose.

Dans les sérums pathologiques les sensibilisatrices non seulement sensibiliseraient et bactériolyseraient le microbe pathogène, mais encore favoriseraient la phagocytose de la bactérie qui lui aurait donné naissance. Le pouvoir opsonisant de la sensibilisatrice serait donc spécifique. On détermine assez facilement dans la pratique, la valeur de ce pouvoir et l’on appelle indice opsonique le rapport du pouvoir opsonisant d’un sérum pathologique au pouvoir opsonisant d’un sérum normal, pouvoirs calculés pour une même espèce bactérienne.

Milhit a montré que chez, un sujet suspect, un indice opsonique pour le bacille typhique, supérieur à i,70, est un élément en faveur de l’infection typhoïde si le sujet n’a pas eu, antérieurement, de fièvre typhoïde. Récemment — suivant en cela l’exemple de Wright qui utilise la recherche de l’indice opsonique pour contrôler les effets de sa méthode vaccinothérapique et permettre de la diriger à bon escient — Rathery a étudié f indice opsonique de typhoïdiques et de paratyphoïdiques traités par l’autolysat vaccinothérapique de Vincent. Il a constaté que, durant la maladie, findex opsonique de ces malades était assez élevé. Au point de vue pratique Rathery pense qu’il y a intérêt à continuer la vaccinothérapie si une première injection fait baisser nettement après vingt-quatre heures l’index opsonique qui remonte après la deuxième injection.

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