‹ La Fièvre typhoïde et les paratyphoïdesChapitre 30 sur 53 · LA FIÈVRE TYPHOÏDE EN TEMPS DE GUERRE · texte numérisé non relu

LA FIÈVRE TYPHOÏDE EN TEMPS DE GUERRE

U n'est pas de conditions qui prédisposent, plus que les guerres, à l'éclosion de la fièvre typhoïde et des maladies paratyphoïdes. Ce n’est pas sans raison que Marston, médecin de l’armée américaine, a appelé la fièvre typhoïde « le plus grand fléau des armées en temps de guerre ». Cependant les guerres modernes sont loin d’offrir, grâce aux mesures hygiéniques adoptées, l’effroyable morbidité des guerres d'autrefois.

La guerre de Sécession (1« Juin 1861-30 Juin 1866) a mis en ligne 431237 hommes qui ont présenté 75 368 cas de fièvre typhoïde, soit 175 cas pour 1000 hommes, et 27056 décès, soit 57,78 décès pour 1000 hommes. Sur 1000 décès généraux, la fièvre typhoïde en réclamait 209. Encore est-il à remarquer que ces chiffres ne comprennent pas les cas de fièvre typhopalustre, c’est-à-dire d’association de fièvre typhoïde et de paludisme.

Pendant la guerre franco-allemande de 1870, l’armée allemande, dont l’effectif a été de 815000 hommes, a eu 73396 cas (80,3 pour 1000) et 6965 décès dus à la fièvre typhoïde.

La guerre turco-russe de 1877-1878 fournit une nouvelle preuve de l’intensité de l’infection typhoïdique parmi les troupes en campagne. L’armée russe du Danube, qui comprenait 529000 hommes, a eu 25000 cas de fièvre typhoïde (non compris les cas de « maladies typhoïdes indéterminées »), soit 42 cas pour 1000, avec 7800 décès, soit 12 décès pour 1000. Or, cette armée a perdu, par le feu, seulement 4955 hommes.

L’armée du Caucase (246 000 hommes), la plus éprouvée, a eu 24473 cas, soit 99 cas pour 1000, et 8900 décès, soit 36 décès pour 1000. Or, la proportion des décès par le feu de l’ennemi n’a été que de 1975.

Ici, on voit intervenir, à côté de la fréquence de cette maladie, sa gravité extrême chez les soldats qui se battent. Sur 100 typhoïsants, 36 ont succombé.

Pendant la campagne de Bosnie-Herzégovine, sur 2085 décès dus à des maladies diverses, 944 étaient déterminés par la fièvre typhoïde.

Vexpédition de Tunisie, en 1881, et l’expédition sud-ora-

ÉPIDÉMIOLOGIE.

naise, faite à la même époque, ont offert de nouveaux exemples de l’extrême gravité de la dothiénentérie. Les 20 000 hommes envoyés en Tunisie ont eu 4200 cas (un cas sur cinq hommes) et 1059 décès (plus d’un décès sur vingt hommes). La colonne Innocent! (21000 hommes) envoyée dans le Sud-Oranais a compté 1400 fièvres typhoïdes et 425 décès.

La petite colonne française faisant partie de l’expédition des Alliés en Chine, a eu 653 typhoïsants et 100 décès.

Les troupes américaines, d’un effectif de 107 937 hommes, engagées dans la guerre contre l’Espagne, ont été vivement éprouvées par la même maladie. La proportion moyenne des cas a été de 192 pour 1000. 11 y a eu près de 3000 décès.

La 1''® division du 1®'' corps, forte de 11 539 hommes, a fourni, pendant son séjour au camp de Chickamauga, 333 cas de fièvre tyjPhoïde et, après la levée du camp, 1588 cas; au total, 1921 cas.

La 2® division du même corps (11357 hommes), a compté 2172 cas.

La 3® division, la plus éprouvée, d’un effectif de 10329 hommes, a eu 2726 cas.

Dans cette dernière, la proportion ressortit à 263,91 cas pour 1000 hommes, soit plus d’un cas sur 4 hommes, avec une mortalité de 16,36 pour 1000.

En résumé, les Divisions I, II et III du l®® Corps, comprenant un effectif de 35 025 hommes, ont hospitalisé 6819 hommes pour fièvre typhoïde et en ont perdu 471 par la même maladie.

Dans la guerre du Transvaal, la fièvre typhoïde (enteric fever) a été, de beaucoup, la maladie prédominante dans l’armée anglaise. L’effectif moyen de celle-ci a été de 265 000 hommes.

Sur 22450 décès par maladie, la fièvre typhoïde en a déterminé 7991. Le chiffre des hommes morts parle feu de l’ennemi est à peine supérieur: 8590. Pendant le siège de Ladysmith, la moyenne des décès par fièvre typhoïde était de 10 par jour.

L’expédition des Allemands contre les Herreros s’est chiffrée par 1277 cas et 140 décès. Dans la période 1905-1907, sur un effectif de 18116 hommes, on a compté 3146 cas de fièvre typhoïde (Kutscher).

La guerre russo-japonaise offre une heureuse exception aux constatations faites pendant les autres guerres. On en donnera plus loin l’explication. L’armée russe a eu 21509 cas et l’armée

156 fièvres typhoïde ET PARATYPHOÏDES.

japonaise, seulement 5474 cas de fièvre typhoïde. C’est à partir du mois d’août 1904 que la maladie est devenue rapidement croissante. Elle a atteint son maximum en novembre. ^

Il est à remarquer que l’ensemble des statistiques qui precèdent, comprend, en réalité, et sous une même rubrique, les fièvres paratyphoïdes, dont la détermination nosologique est de date plus récente.

La guerre de 1914-1916 a apporté la nouvelle preuve de l’importance considérable que revendique la fièvre typhoïde dans les armées en campagne. Pendant les premiers mois de cette guerre, bien que la saison fût éminemment favorable à l’éclosion des maladies typhoïdes, malgré, aussi, le puissant effet des terribles fatigues auxquelles ont été soumis nos soldats, la fièvre typhoïde s’est montrée d’une rareté extrême. ■Ce résultat si remarquable doit être attribué à ce que ces troupes jeunes, comprenant des contingents venus de 1 Intérieur, de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc, étaient en très grande partie, immunisées par la vaccination. Les nécessités stratégiques, non moins que les pertes subies sur les champs de bataille et dans les actions de tranchées, ont amené, par apports successifs, dans la zone de guerre, de grandes quantités de troupes fraîches, composées, surtout au début, d hommes que l’on n’avait pu immuniser. A chaque arrivée de nouvelles troupes, ont correspondu des poussées ou des exacerbations épidémiques, dont la cessation a cependant été obtenue, grâce aux dispositions rigoureusement prises.

On ne peut douter que si la fièvre typhoïde s’est montrée très meurtrière dans les guerres passées, elle est appelée à remplir un rôle prépondérant dans la pathologie des guerres présentes ou futures, si les mesures prophylactiques ne sont pas appliquées avec énergie, avec continuité, et avec le souci constant d’en assurer effectivement l’exécution.

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