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CHAPITRE VI

LA CONTAGION mmi{ECTE PAR LES MALADES OU PAR LES PORTEURS DE GERMES LES FACTEURS INERTES DE TRANSMISSION DU BACILLE TYPHIQUE

Dans la hiérarchie des facteurs de contagion qui se disputent l’étiologie du typhus abdominal, il n’est pas permis de détrôner les uns au profit des autres. C’est assurément par un abus excessif des doctrines allemandes, elles-mêmes exagérées, que pendant longtemps, on a prétendu dénier à des intermédiaires fort importants tels que l’eau d’alimentation, les mouches, etc., la part qui leur revient dans la transmission du bacille typhique.

Le bacille, d’où qu’il vienne, transporté avec les matières fécales ou l'urine, va où elles vont. Répandu dans le milieu extérieur, il n’y trouve pas les conditions d’entretien et de culture qui existent dans le milieu humain. Le sol, l’air où il est mélangé aux poussières, l’eau, les végétaux, les animaux, le linge, etc., lui offrent un abri. La durée de sa vitalité dans ces milieux a fait l’objet de nombi’euses recherches assez peu concordantes, à la vérité, et parfois divergentes.

Ces différences s’expliquent parce que, en raison de la difficulté d’isolement du bacille typhique dans les milieux impurs, beaucoup d’expérimentateurs ont opéré sur des cultures pures, mises en présence de terre, d’eau, etc., stérilisées, expériences qui ne correspondent en rien aux conditions naturelles. D’autres auteurs peuvent avoir fait quelque confusion entre le bacille typhique et certaines autres bactéries (paracolibacilles, Bac. faecalis alcaligenes) communes dans les matières fécales, les purins, les fumiers, les matières organiques en putréfaction. Enfin ces recherches ont été faites, pour la

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plupart, à une période où les caractères différentiels de culture dans les milieux sucrés, dans la gélose au rouge neutre, etc., n’étaient pas encore fixés.

Aussi ne faut-il, peut-être, tenir qu'un compte relatif des travaux destinés à vérifier la vitalité du bacille typhique en dehors de l’homme.

La durée moyenne pendant laquelle le bacille se conserverait dans les matières fécales et les fosses d’aisance serait de 25-30 jours (Galvagno et Calderini) à 5 mois; dans la terre, 5 mois (Grancher et Deschamps) ; dans le sable, la poussière de rue ou de maison, dans la sciure de bois desséchée, un à deux mois; dans les cadavres enfouis, 15 à 20 jours pour les uns, 95 jours pour les autres, etc.

Toutes ces recherches mériteraient, sans doute, d’être revisées, parce que le bacille typhique est assez difficile en ce qui concerne les conditions d’existence, et ne vit pas longtemps en présence des microbes vulgaires.

11 a été plus facile d’étudier l’influence exercée sur le microbe de la fièvre typhoïde par la chaleur, le froid et la lumière.

Le bacille est tué instantanément par l’ébullition. A 57»-60», il est détruit en une heure; à 53“, il ne l’est pas, en général, pendant le même temps.

Exposé à l’action du soleil, il est tué en 5 à 8 heures sur de la terre desséchée; les sols poreux ou sableux Sont plus favorables à sa destruction. Sur de la toile de colon ou de lin, laissé à la lumière solaire directe, il se conserve pendant 9 heures à 26 heures; sur une étoffe noire en drap, de 9à H heures (H. Vincent). L’action bactéricide naturelle du soleil sur le bacille typhique est donc bien vérifiée.

Déposé sur le linge, les vêtements, etc., le bacille typhique y survit pendant un temps assez court, mais suffisant, cependant, pour produire la contagion lorsque les conditions s y prêtent.

Les linges souillés (chemise, caleçon, draps) par un typhoïsant ou un porteur de germes, sont donc susceptibles de contagionner les personnes appelées à les manipuler, par exemple les domestiques et surtout les lavandières. Les cas de fièvre typhoïde étaient autrefois communs chez les blanchisseuses des hôpitaux, parce qu’on ne stérilisait pas le linge avant de le leur livrer.

On a signalé des faits de contagion par l’usage de linge contaminé. Mortchrowski a relaté le cas d’un réserviste qui prit la fièvre typhoïde pour avoir revêtu la chemise d’un autre soldat atteint de cette affection.

C’est à ce titre que les vêtements portés par un malade ou un bacillifère, et souillés par les matières fécales, que les chaussures, peuvent également contaminer un sujet sain.,

La contagion du sol par les déjections spécifiques est très commune, surtout dans les campagnes, où les règles générales de l’hygiène sont si souvent méconnues. Les campagnes sont en général, dépourvues de latrines. Dans les villes, l’élimination des matières fécales est assurée d’une manière parfaite, lorsqu’existe le tout à l’égout, imparfaite lorsque les matières sont recueillies dans des fosses non étanches ou des tinettes. En ces derniers cas, elles restent nocives, et le bacille qu’elles renferment peut trouver des occasions de s’infiltrer dans le sol ou de parvenir jusqu’à l’homme par l’intermédiaire des .mouches.

Le « tout à la rue » présente les plus graves dangers. 11 est pratiqué dans certaines villes mal surveillées, dans les banlieues de quelques grandes villes, dans certaines cités ouvrières. Le piéton entraîne avec ses chaussures des parcelles infectées, les apporte chez lui et se souille les mains.

Les enfants, qui défèquent partout, sont parmi les propagateurs les plus usuels de cette contagion des rues.

Dans les campagnes, la contamination du sol par les matières fécales est constante. Les déjections des malades et des porteurs de germes sont déposées souvent devant la porte, dans le potager, sur le fumier. Le tout à la rue y est également de pratique banale, souvent aussi, le tout au ruisseau. La souillure spécifique du sol par le bacille typhique fait retour à l’homme par les intermédiaires déjà cités ; les chaussures, les sabots, les pieds nus, les mains, les légumes, l’eau de boisson, etc.

Dans les casernes, on retrouve la possibilité de la contagion fécale indirecte par les latrines. Elles sont souvent malpropres, et l’homme, en allant s’exonérer, risque de contaminer ses chaussures aux abords des latrines.

Les camps, les cantonnements, pendant la période de paix et la guerre, offrent les mêmes causes redoutables d’infection. Si

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les soldats, ce qui est fréquent, déposent leurs excréments non dans les feuillées, mais au voisinage de celles-ci, et que, par surcroît, la pluie vienne détremper le sol, chaque visite aux feuillées est l’occasion d’un « bain de pieds microbien » plus ou moins dangereux. L’habitude qu’ont les soldats de nettoyer leurs chaussures avec des fragments de bois, voire même avec leur couteau, les expose à la souillure spécifique des mains, dangereuse s’ils négligent de les laver.

Les écuries, les fosses à fumier servent de réceptacle aux matières fécales et à l’uriue. A l’occasion du balayage et de l’enlèvement de ces fumiers, les hommes contaminent non seulement leurs chaussures et leurs culottes, mais encore leurs mains, leurs doigts, leurs espaces sous-onguéaux, leurs replis interdigitaux, leur visage.

Dans les camps et les cantonnements, il n’est que trop habituel de constater le dépôt de déjections humaines au voisinage des tentes, des baraques, des maisons, ou dans les jardins. La guerre demeure toujours la cause efficiente la plus grave de cette souillure du sol qui, d’une manière presque certaine, fait retour à l’homme. La terre rend avec usure la souillure qu’elle a reçue.

Cette contamination s’étend, en même temps, à la paille de couchage, aux couvertures. Cette cause, à savoir la contagion par le sol souillé de matières fécales spécifiques, a été incriminée bien souvent, dans la guerre de Sécession par le chirurgien général Derby ; les troupes occupant les camps abandonnés par les Confédérés prenaient la fièvre typhoïde. Elle a été invoquée dans la guerre de Tunisie ; pendant la guerre turco-russe où, au rapport de Kossloff, l’atmosphère était parfois rendue irrespirable par l’odeur des matières fécales amoncelées dans les camps turcs. Lors de l’expédition anglaise en Égypte, les médecins signalaient aussi la malpropreté inouïe des mêmes camps abandonnés.

Pendant la guerre sud-africaine, on a expliqué, par cette même influence nocive du sol, la fréquence extrême de la fièvre typhoïde. Les médecins ont incriminé l’inhalation de poussières fécales contenant des germes, et leur déglutition.

Pareille cause avait été invoquée par le médecin principal Millet, lors d’une épidémie très grave qui a frappé, en 1895, les 14“ et 15“ régiments de dragons, manœuvrant, près de

Reims, dans une plaine desséchée et recouverte d’engrais. En 1898, une épidémie survenue près de Tunis avait été attribuée à la même cause (Sanglé-Ferrière et Remlinger).

Il est évident que le bacille typhique récemment desséché peut, s’il conserve sa vitalité, donner lieu à de telles infections. Mais on semble actuellement n’accorder à cette contagion qu’un rôle très restreint. Certains le nient.

Beaucoup plus importante est l'infection d’origine alimentaire, solide et surtout liquide.

La dothiénentérie, s’accompagnant d’une excrétion parfois très abondante de déjections riches en bacilles, aboutit facilement à la contamination des ingesta par le malade et par le porteur de germes.

On s’est déjà expliqué sur la contagion des aliments par les mains sales, et le transport du bacille dans le tube digestif du sujet sain. L’épluchage des légumes qui se mangent crus (salades, radis), la cueillette des fraises, des framboises, et, en général, des fruits, par des mains également contaminées, la préparation de la cuisine, la coupe du pain, etc., sont autant d’occasions qui permettent au bacille typhique de se déposer sur les aliments.

Il est un autre mode de contagion par les légumes qui résulte de leur plantation dans le sol fumé avec de l’engrais humain ou de leur arrosage direct avec un mélange de matières fécales et d’urine.

C’est là une pratique déplorable, imitée des Chinois, et qui est la cause de nombreux cas épidémiques. La culture du cresson dans des eaux souillées de la même manière offre encore de graves dangers. Dans de nombreux pays, l’épandage des matières fécales se fait d’une manière systématique ; le tonneau apporte le liquide fécal dans le champ ou le jardin, et la denrée si dangereuse est versée à la cuillère sur les légumes et sur le sol. Des exemples ont été cités d’épidémies dues à l’usage de légumes ainsi souillés. En 1909, on a observé dans la garnison de Vannes plusieurs cas de fièvre typhoïde déterminés par l’usage de légumes crus. Le fermier qui les fournissait, les arrosait avec les matières fécales de sa fille atteinte de fièvre typhoïde I

La fièvre typhoïde, maladie exclusivement humaine, ne peût donc, à l’encontre de la fièvre paratyphoïde, qui peut frapper

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les animaux, être transmise par la viande. Ce transport ne peut être réalisé qu’indirectement, si la viande, après cuissou, a été souillée par les mains du cuisinier, ou par les mouches.

Par contre, les huîtres ont été accusées, non sans raison, de même que les moules, les coquillages, les oursins, etc., de propager la fièvre typhoïde. Récoltées en pleine mer, les huîtres sont parfaitement salubres. Il n’en est pas de même lorsqu’elles sont élevées et parquées à proximité des ports, et surtout lorsqu’elles sont conservées en face des égouts, dans les petits ports intérieurs, les marais salants, où sont amenées les eaux résiduaires des villes oi^des villages et, avec elles, les matières fécales des malades et des porteurs de bacilles. Johnston-Lavis, Netter, Chantemesse, Mosny, Remlinger, etc., ont appelé avec insistance l’attention sur cette cause grave de fièvre typhoïde ou paratyphoïde. Netter a publié des exemples impressionnants de cas de fièvre typhoïde disséminés dans des familles ou dans des villes ayant mangé des huîtres originaires de Cette. Les faits de même nature sont devenus tellement nombreux qu il paraît inutile de les rappeler.

On est frappé du nombre croissant des épidémies d origine ostréaire. En 1907, on a signalé à Arras de nombreux cas dus à la consommation d’huîtres de Cancale. Mêmes infections dues aux huîtres à Abbeville, à Mers, au Tréport, à Eu, aux Sablesd’Olonne, etc. A Orthez, Oloron, au Creusot, plusieurs cas ont été attribués, aux huîtres de Cette, à Toulouse, aux huîtres d’Arcachon. A Autan, ville très salubre, 40 cas et 1 décès ont été relevés en Octobre et Novembre 1906 : ils ont été provoqués par la consommation de bourriches d’huîtres expédiées de Cette ou de l’étang de Thau (Netter).

L’ingestion de coquillages crus : clovisses, moules, oursins, etc., conservés ou récoltés dans des eaux malsaines, au voisinage’d’égouts ou dans les ports, peut déterminer aussi la fièvre typhoïde.

La nocivité particulière des huîtres s’explique par leur mode d’alimentation. Elles se nourrissent des animalcules, particules organiques vivantes ou mortes, diatomées, bactéries, etc., en suspension dans l’eau de mer. A cet effet, leur appareil buccal est entouré de quatre palpes labiaux pourvus de cils vibratoires, qui attirent dans l’estomac les aliments amenés par l’eau. Pour se nourrir, l’huître exerce donc une aspiration

Dr VlSCE>'T.

prolongée qui lui permet de faire passer une très grande quantité de résidus à travers son tube digestif. Elle dépouille cette eau de ses principes en suspension. Si, dans un vivier rempli d’un ou deux mètres cubes d’eau trouble, on place des huîtres vivantes, l’eau s’éclaircit en quelques jours. L’huître est donc analogue à un filtre actif qui retient et concentre les impuretés. 11 devient facile de comprendre pourquoi, nourrie dans une eau très souillée, telle que l’eau des égouts et celle des ports où sont projetées des matières fécales, l’huître se charge de nombreuses bactéries nocives qu’elle transmet à l’homme.

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