‹ La Fièvre typhoïde et les paratyphoïdesChapitre 4 sur 53 · CARACTÈRES CLINIQUES DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE — FORMES HABITUELLES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES CLINIQUES DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE — FORMES HABITUELLES

Pour pouvoir reconnaître le plus rapidement possible la nature typhoïdique de l’infection, il importe de définir, dans leurs grandes lignes, les aspects divers que peut revêtir la septicémie typhique à localisation intestinale. Ces formes cliniques sont multiples, mais elles ne sont que les variantes d’une forme

schématique ; la fièvre typhoïde classique de moyenne intensité.

En se plaçant surtout au point de vue clinique, on peut adopter la division en quatre périodes : d’incubation, d'invasion ou de début, d’état et de défervescence. Cette division est fondée sur la marche de la température puisque, aussi bien, c’est la température qui, durant tout le cours de la maladie, dirige en grande partie le traitement et, durant la convalescence, réglemente les soins hygiéniques. Par elle on peut suivre l’évolution de la maladie et prévoir fréquemment les complications ou les améliorations.

Incubation. — 11 est le plus souvent impossible de préciser le début de l’infection et le temps qui s’écoule entre ce début et les premiers symptômes. Néanmoins on peut formuler les conclusions suivantes :

1“ La période d’incubation de la fièvre typhoïde est généralement de deux semaines environ;

2° Dans certaines circonstances, l'incubation est beaucoup plus prolongée et peut durer de 20 à 40 jours (Jaccoud, Apert.)

Apert a publié son auto-observation, montrant la longue durée qui sépare le moment de l’infection de celui où éclatent les symptômes cliniques. Dans un cas d’infection de laboratoire, la fièvre typhoïdique a débuté quarante jours après (Vincent).

Les observations épidémiologiques offrent, du reste, des

exemples nombreux de ces longues durées d’incubation. On voit des cas de fièvre typhoïde s’e'chelonner sur deux à quatre ou cinq semaines, sans qu’aucune cause intercurrente d’infection ait pu intervenir.

Néanmoins, dans la très grande majorité des cas, la durée de l’incubation est comprise entre quatorze et seize ou vingt jours.

Cette phase latente d’incubation est, d’ordinaire, silencieuse. Nul signe ne vient trahir l’infection jusqu’au jour où elle se manifeste par des malaises, de la céphalée, quelques troubles digestifs, une élévation de température, avec ou sans frisson. L’ensemble de ces symptômes préliminaires, aussi estompés qu’ils soient, doit, surtout en temps d’épidémie, être considéré comme suspect. Au cours de la période de latence de la maladie, on note une légère élévation de température : le thermomètre peut enregistrer 37=2, 3705 , 37=7, soit le matin, ce qui est rare, soit le soir, ce qui est le cas le plus fréquent. Dans la pratique, et au cas de contamination possible, ces légères hyperthermies doivent être recherchées méthodiquement et systématiquement. Elles indiquent la prise de possession de l’organisme par le bacille typhique et l’on peut, dès ce moment, retrouver le microbe pathogène par la culture du sang.

Période d’invasion ou de début. — Dans la plupart des cas l’invasion se fait graduellement et l’on ne peut en établir le début que rétrospectivement, par un interrogatoire du malade.

Encore les renseignements ainsi recueillis sont-ils parfois si peu précis que le doute persiste et que le médecin est réduit à compter le début de la maladie du jour où le malade s’est alité. Habituellement bien portant, le malade se plaint d’éprouver depuis plusieurs jours divers malaises ; il est fatigué. Il est mal assuré sur ses jambes; il a du vertige, des bourdonnements d’oreille. La tête est lourde ; tout effort intellectuel ou physique est devenu, sinon pénible, du moins difficile et surtout importun. 11 éprouve une continuelle envie de dormir, bien que, la nuit, son sommeil soit troublé et entrecoupé de fréquents réveils. Il a conservé sa lucidité d’esprit et sa mémoire, mais, quand il parle et répond aux questions qu’on lui pose, c’est parf&is avec un certain effort. Il accuse une légère douleur dans la région lombaire et les membres. L’appétit est diminué, la bouche est amère. La vue ou l’odeur des aliments

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Movoaue parfois chez lui des nausées, même des vomissements bilieux. Le malade était constipé au début. A cette constipation succède une diarrhée ocreuse (4 à b selles dans les dernières 24 heures) sans coliques. Il a eu une légère épistaxis ; ses urines sont peu abondantes.

Le malade a la peau chaude, sa température est voisine de 58” à 39° son pouls, accéléré, bat HO à la minute. Il a les traits tirés, le teint légèrement jaune; ses joues sont rouges, ses lèvres sèches. La langue, couverte d’un enduit blanchâtre, est rouge sur les bords. Le ventre est légèrement distendu. A la palpation on détermine habituellement dans la fosse iliaque droite une douleur peu accentuée et l’on constate du gargouillement. La pression de la région épigastrique eveille, au début, une douleur assez constante. La vésicule biliaire est parfois sensible à la pression. Enfin, à l’auscultation du thorax, on perçoit souvent quelques rîdes de bronchite, secs ou humides.

Rien encore n’est pathognomonique. On voit bientôt cependant, se dérouler le tableau classique de la dothiénentérie.

Pendant quelques jours encore, la céphalalgie, principalement frontale, acquiert plus de violence ; le malade a des vertiares quand il veut lever la tête ou s’asseoir sur son ht. Le sommeil est agité, avec cauchemars. La rate augmente de volume à partir du sixième-septième jour. Enfin la température s’élève graduellement. Elle monte chaque soir sans retomber le matin au point où elle était la veille au matin. C’est la période des oscillations ascendantes. Le pouls ne suit pas parallèlement la température, mais le soir il est plus rapide que le matin, il devient dicrote. .

Tel est le tableau clinique habituel de cette première période, longue de quatre à sept jours environ.

Période d’état. — Dans une seconde période, durant sept à quinze jours en moyenne, quelquefois plus, le tableau clinique s’accuse davantage. La'température baisse faiblement le matin et se maintient en plateau autour de 40°. Le pouls devient fréquent, mou et dépressible. La céphalalgie diminue naais le malade est prostré, son faciès prend un aspect particulier. Dans le jour il est indifférent aux personnes* et aux choses, son intelligence semble moins vive, ses réponses sont plus lentes, il est somnolent. Mais vienne le soir il commence à

délirer, s’agite, a des soubresauts des tendons, de la carphologie. Au réveil, le malade retombe dans l’état de stupeur (tûço;) qui a valu son nom à la maladie. En même temps la langue devient sèche et brunâtre à sa base et à son centre, elle s’effile, son revêtement épithélial disparaît à la pointe et sur les bords qui prennent un aspect vernissé, rouge, coupé de fissures parfois profondes.

Les lèvres sont sèches et fendillées, les dents recouvertes d’un enduit fuligineux. Dès le début et durant toute celte période, en examinant attentivement l’abdomen, on peut trouver quelques petites taches isolées, circulaires, bien circonscrites, de couleur rose, légèrement élevées au-dessus de la peau, disparaissant pendant un instant quand on fait pression sur elles avec le doigt, mais reparaissant bientôt après. Ces taches rosées lenticulaires existent également sur la poitrine, les parties latérales du thorax, en nombre très variable.

On peut aussi constater la présence d’ulcérations pharyngées. — ulcérations de Duguet.

La peau est sèche mais, le matin, elle est visqueuse et moite. Parfois elle se couvre de « sudamina ». La diarrhée devient plus fétide, les selles plus fréquentes, le météorisme plus accentué, la douleur déterminée par la pression dans la fosse iliaque est assez vive pour « provoquer une contraction du visage chez un malade plongé dans le coma » (Jaccoud).

La rate grossit, atteint et parfois déborde les fausses côtes. Les sphincters sont parfois relâchés, la vessie parfois paresseuse. Le malade maigrit considérablement et s’afi'aiblit. La mort peut survenir dans le coma ou bien le malade s’achemine vers la convalescence.

Période de défervescence. — La température baisse soit brusquement, ce qui est rare, soit assez lentement et graduellement.

Dans le premier cas « cette défervescence brusque est complète en douze heures, du soir au matin, ou au plus tard après trente-six heures. La chute de la fièvre est accompagnée d’une transformation totale dans l’habilus extérieur du malade ; son faciès s’éveille et reprend une expression naturelle, la langue se nettoie rapidement, la restauration organique a lieu sans orage ; la phase de réparation, réduite au minimum et silen-

CARACTÈRES CLINIQUES DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE. 7 cieusement accomplie, se confond à vrai dire avec la convalescence. » (Jaccoud.)

Dans le second cas, qui est de beaucoup le plus frequent, la défervescence se fait graduellement, en lysis. La température baisse d’abord de quelques dixièmes de degré chaque soir, puis, alors qu’elle atteint 38»8 ou 39“ le soir, elle tombe le matin à la normale. C’est la période des oscillations thermiques descendantes. Progressivement la température vespérale arrive, elle aussi, et se maintient au taux physiologique.

Tandis que se produit ainsi l’abaissement graduel de la température, le malade revient en quelque sorte à la vie. Sa stupeur disparaît, son délire se calme, sa somnolence cesse, il reprend conscience de son état et du milieu dans lequel il se trouve. Sa langue, ses gencives, ses lèvres se nettoient; la diarrhée disparait pour faire place très souvent à de la constipation; le météorisme diminue; Turine'est plus abondante; la rate revient à ses dimensions normales ; le sommeD se rétablit; l’appétit reparaît et, chaque jour, l’amélioration s accentue jusqu’à la guérison.

Tel est, dans ses grandes lignes, le tableau clinique de Tinfection typhoïdique. C’est la forme classique, la plus commune peut-être, celle qui sert de base à la description des divers types cliniques que la fièvre typhoïde est susceptible de réaliser. Cette fièvre typhoïde commune a des caractères spéciaux qu’on peut ainsi résumer :

1» Période d'incubation, plus ou moins longue, habituellement de deux semaines, passant inaperçue ou signalée pr quelques malaises sans spécificité et une très légère élévation de température.

2“ Période d'invasion ou de début, caractérisée par les signes communs à toute infection : abattement, éblouissements, vertiges, douleurs musculaires et rachialgie ; langue saburrale, bouche pâteuse, sensation d’amertume, anorexie, nausées, parfois vomissements, soif, constipation fréqnente, épistaxis, dicrotisme du pouls, douleur dans la fosse iliaque droite avec gargouillement quand il y a eu ou quand il y a diarrhée, tuméfaction de la rate, râlqp sibilants et ronflants disséminés, céphalée surtout frontale, insomnie, température à allure spéciale (oscillations ascendantes).

D'' ViMCENT. 2

3“ Période d'état. — Anorexie absolue, langue rôtie, lèvres sèches, météorisme accentué, diarrhée et urines d’aspect spécial, hypertrophie de la rate, taches rosées lenticulaires, état typhoïdique, délire ordinairement peu intense, prostration, stupeur, température en plateau, amaigrissement excessif.

4" Période de défervescence. — Chute tantôt brusque (rare), tantôt en lysis (oscillations descendantes) de la température, polyurie, retour de l’appétit, disparition des symptômes divers observés au cours de la maladie.

Mais il s’en faut que la maladie suive pas à pas, à son début ou pendant son cours, les lignes schématiques de ce tableau. Tantôt c’est un symptôme ou un groupe de symptômes qui dominent la scène ; tantôt l’évolution générale de l’affection est raccourcie ou allongée, tantôt enfin sa bénignité ou sa gravité, par les allures symptomatiques qu’elles impriment à la fièvre typhoïde, ont déterminé la description de nombreuses formes spéciales. Parmi ces formes nous ne retiendrons que celles dont la conservation est plus particulièrement justifiée.

1“ Formes à début spécial. — Début brusque. — La fièvre typhoïde n’a pas toujours un début progressif et lent. 11 est des cas où « elle fait explosion », commence brusquement et avec une grande violence. Trousseau, Murchison en citent des exemples ; Vincent a noté la fréquence particulière de ces formes en Algérie, chez,lès paludéens; un surmenage physique ou intellectuel est fréquemment mentionné dans la période qui précède immédiatement l’apparition des premiers symptômes (Parmentier).

Les malades éprouvent généralement une céphalée violente, ils ont un frisson, la température monte d’emblée de 37“ au voisinage de 40“. Dans certains cas, il y a de l’arthralgie, des nausées et des vomissements.

La séro-réaction est plus précoce qu’à l’ordinaire (Widal).

Pneumo-typhoîde. — Tout à fait exceptionnellement une pneumonie peut masquer le début de la fièvre typhoïde. Les symptômes pulmonaires, très intenses, peuvent reléguer au second plan les signes de la fièvre typhoïde qui n’est reconnue qu’à l’autopsie. La pneumonie et la fièvre typhoïde peuvent évoluer parallèlement et être diagnostiquées toutes deux dès le

CARACTERES CLINIQUES DE LA FIEVRE TYPHOÏDE. 9 début Enfin, après s’être bruyamment manifestée seule dès les premiers symptômes, la pneumonie régresse, cédant le pas a la dothiénentérie qui évolue alors normalement. Ce pneumotvphus, est, pour certains, la manifestation d une localisation prLitive du bacille typhique (Gerhardt, Lépine Grasset, Potain); pour d’autres elle n’est qu’une simple maladie surajoutée (de Marignac, Castex). Les recherches de laboratoire

n’ont pas encore élucidé cette question.

. On a créé de nombreux types cliniques basés sur la prédominance d’un symptôme anormal ou sur la localisation plus retentissante du bacille sur un organe, au début de la maladie. G’est ainsi que l’on a décrit le pleuro-typhus, dont la pleuresie initiale précéderait de huit à neuf jours la manifestation des signes de typhoïde; Yarthro-typlius, le broncho-typhus, le méningo-typhus, etc., etc. Il serait assurément facile de multiplier encore ces diverses formes.

2» Formes à prédominance d'un symptôme ou de plusieurs symptômes. — Là encore on a peut-être exagéré sans utilité la division des types symptomatiques.

La forme bilieuse ou gastrique, avec ses symptômes bilieux (nausées, vomissements bilieux, subictère) traduit l’envahissement initial des voies biliaires par le bacille typhique. Elle constitue un début spécial de la fièvre typhoïde. Elle est fréquente dans les pays chauds.

Forme hémorragique. — Tous les grands processus infectieux peuvent revêtir la forme hémorragique. La fièvre typhoïde ne fait pas exception à cette règle. L’épistaxis initiale, dont le mécanisme est mal défini ; les hémorragies gingivales ou buccales, dues aux ulcérations des gencives ou de la muqueuse, ne sont pas toujours les seules. On constate aussi des néphrites hémorragiques parfois isolées, dues à l’infection typhoïdique, ou dans le cours même de la maladie. Enfin les hémorragies intestinales, plus communes, ont une pathogénie spéciale dont il sera question plus loin.

Ces formes hémorragiques peuvent avoir un caractère épidémique (Leudet), qui s’explique peut-être par l’activité des toxines sécrétées par certaines races de bacille typhique.

D’autres fois, le malade peut être un prédisposé, un débilité.

Ces hémorragies peuvent se produire à toutes les périodes

de la maladie et au niveau de tous les organes, de toutes les parties du corps ; peau, muqueuses, séreuses, intestin, utérus, poumon, méninges, plèvres, muscles, etc. La température est élevée ; le cœur faiblit ; le malade est sans forces. La mort est très fréquemment la terminaison de ces cas qui sont toujours graves.

S» Formes à évolution raccourcie ou prolongée. — Fièvre typhoïde abortive (typhus levissimus, typhus abortif, typhoïdette). — On comprend sous cette dénomination « les fébricules typhoïdes de courte durée, les fièvres typhoïdes atténuées et certains cas de fièvre typhoïde grave, mais guérie rapide- ■ ment avant l’époque habituelle de la convalescence » (Letulle). On les observe assez souvent chez les sujets incomplètement vaccinés.

Cette forme abortive de dothiénentérie est plus spéciale aux enfants, plus fréquente au cours de certaines épidémies (Letulle). Dès le début, la température peut être très élevée s’élevant le soir du 4® ou du 5® jour à 40" ou 40''4, s’accompagnant de céphalalgie et d’insomnie complète ; les vomissements ne sont pas rares ; le malade est le plus souvent constipé ; il peut avoir une épistaxis. Les taches rosées lenticulaires apparaissent du 7® au 10“ jour, mais peuvent être absentes (Letulle).

La rate est généralement tuméfiée. Le pouls n’est pas très rapide : 70-90. Les autres symptômes sont ceux de la fièvre typhoïde ordinaire. La température peut retomber graduellement jusqu’à la normale ou brusquement avec une copieuse transpiration. Une polyurie critique est possible (Letulle). Les rechutes sont singulièrement fréquentes après ces fièvres abortives, rechutes souvent légères et abortives elles-mêmes, mais pouvant être graves et fatales.

Fièvre typhoïde prolongée. — Dans des cas très exceptionnels la fièvre typhoïde se prolonge bien au delà des limites ordinaires. Dans une observation de Murchison l’apparition de nouvelles taches rosées lenticulaires est signalée presque quotidiennement du 14® jour au 60®. On a signalé des fièvres typhoïdes ayant duré jusqu’à 70 et 90 jours. Dans certaines formes dites à recrudescence, on note des baisses minimes de la température qui reprend bientôt avec ses caractères précédents, de telle sorte que la durée de la maladie peut se trouver ainsi notablement prolongée. Dans d’autres cas la période de déferves-

CARACTÈRES CLINIQUES DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE. 11 cence est très longue, mais le plus ordinairement c’est un stade amphibolede durée exceptionnelle qui prolonge la période febrile.

¥ Formes bénignes et formes graves. - La fievre typhoïde présente tous les degrés intermédiaires entre 1 apyrexie et l’hyperpyrexie, la température étant le plus souvent l’expression fidèle de la gravité de la maladie.

Forme insidieuse ou latente. Forme amhulatoire. — bette forme a été bien étudiée par Hervett, Chomel et Louis. L expression de « forme ambulatoire » en exprime le caractère spécial : le malade est levé, continue à vaquer à ses occupations ordinaires, vient lui-même consulter le médecin. Dans cette forme les symptômes sont généralement bénins. Le malade peut avoir des frissons irréguliers, alternant avec des chaleurs et des rougeurs, une légère céphalalgie, de la lassitude; il a perdu l’appétit, son sommeil est troublé. 11 peut avoir de la diarrhée ou de la constipation. Le pouls est parfois un peu accéléré mais peut rester normal ; si on a l’idée de les rechercher on peut trouver des taches rosées lenticulaires et constater de la tuméfaction de la rate. La fièvre peut être ou absente ou très forte (Jaccoud). Tantôt la fièvre ambulatoire conserve son caractère et aboutit à la guérison sans que le malade se soit alité. Tantôt, vers le ou le IS** jour, apparaît l’ensemble classique des symptômes dothiénentériques. Tantôt enfin l’état devient subitement alarmant. Le délire aigu se déclare ainsi qu’une hémorragie intestinale révélatrice et subite qui peut se terminer fatalement; ou plus communément, des symptômes de perforation se révèlent, avec péritonite aiguë, mortelle en quelques heures. Dans certains cas c’est par la mort subite que se termine l’infection, qui paraissait pourtant très bénigne. Le malade succombe à une myocardite avec arrêt du cœur. Cette cause de décès a été souvent observée pendant la guerre actuelle.

L’embarras gastrique fébrile, le Synoque ou Fébricule typhoïde se rattachent par leur tableau clinique au typhus levis- .simus ou à la typhoïdette.

Cette modalité dure sept à douze jours au maximum, puis, tout rentre dans l’ordCe. Cet embarras gastrique fébrile qui d’ailleurs peut être aussi bien l’expression d’une infection paratyphique, n’a pas toujours une évolution bénigne.

L’hémoculture ou la séro-réaction peuvent confirmer le diagnostic, de même que dans certains cas dits apyrétiques au cours desquels le malade n’a pas de fièvre, ne se plaint que de vagues malaises et offre des symptômes d’anémie et d’affaiblissement progressif. Cette dernière forme peut s’observer chez les débiles et les paludéens chroniques.

Forme ataxo-adynamique ou hyperpyrétique. — Les anciens médecins décrivaient à part la forme ataxique et la forme adynamique.

En réalité ces deux symptômes sont le plus souvent associés, et marchent de pair avec une température élevée et prolongée.

L’ataxie est marquée par des troubles nerveux plus ou moins violents : délire, convulsions, soubresauts des tendons, carphologie, etc., alternant avec l’adynamie, c’est-à-dire la prostration, la stupeur, la faiblesse de la voix. En même temps s’accuse la petitesse du pouls, corrélative de la lésion du myocarde. Le malade a des selles fréquentes et fluides, parfois involontaires, des escarres. Le plateau thermique évolue entre et 41“5, avec de très faibles oscillations du soir au matin.

Cette forme ataxo-adynamique, hyperpyrétique, est d’une extrême gravité. Elle peut présenter des cas foudroyants débutant brusquement avec céphalalgie violente, délire et se terminant en quelques jours par la mort.

La fièvre typhoïde [peut revêtir des caractères spéciaux résultant de l’état du sujet qu’elle atteint. L’âge, l’état de santé antérieur, la coexistence d’une autre infection modifient profondément les caractères cliniques de la maladie. Ce sont ces modifications que nous envisagerons tour à tour.

Fièvre typhoïde d’après l'âge.

Fièvre typhoïde des enfants. — a) Nourrisson. — La fièvre typhoïde du nourrisson est assez rare. A cet âge le diagnostic est d’une difficulté toute particulière. D’après Comby etMarfan la fièvre typhoïde est exceptionnelle dans les six premiers mois de la vie ; de six mois à deux ans sa fréquence s’accroît.

Pour Hutinel et Darré, « la raison principale de cette préser-

CARACTÈRES CLINIQUES DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE. 13 vation des enfants est certainement que l’enfant ne quitte pas les bras de sa mère ou de sa nourrice et se trouve, par suite, peu exposé à la contagion directe. » Son mode d alimentation peut également expliquer cette rareté. Lorsque la dothienenterie survient elle est grave du fait des complications pulmonaires, surtout de la broncho-pneumonie secondaire, de nature streptococcique, qui vient se surajouter assez souvent au processus

^^În'^doit, en présence d’un nourrisson fébrile,^ songer tout d’abord aux fièvres éruptives, puis aux angines. L aspect et le nombre des selles, qui sont ordinairement très liqui^s, fétides, jaunâtres, quelquefois verdâtres, grumeleuses, de 1..

25 par jour; l’accélération du pouls, sans dtcrotisme; 1 apparition de taches rosées lenticulaires coïncidant avec une augmentation du volume de la rate; l’état d’abattement ou de prostration, ou au contraire les cris incessants et 1 agitation du nourrisson, sont des symptômes qui permettront de penser à une dothiénentérie. La séro-réaction doit être recherchée. Trois formes à allure spéciale sont réalisées par la dothienentérie du nourrisson.

Dans la forme gastro-intestinale, 1 abattement est considérable- le petit malade vomit ses tétées et s’amaigrit considérablement. Les selles sont nombreuses (6,12, 25 par vingt-quatre heures), parfois glaireuses (Nobécourt et Voisin). La diarrhée verte est assez fréquente, avec température élevée. « Cette forme est terriblement meurtrière, dit Marfan, et le plus souvent, au bout de quelques jours, s’établit une entérite cholériforme due probablement à une infection secondaire qui emporte le malade. » ' ,, , •

Dans la forme méningée, le tableau clinique rappelle celui d’une méningite ; cris, agitation, insomnie, vomissements, pouls très rapide, fièvre sans rémission, constipation, regard égaré, strabisme. A ces phénomènes d’excitation, succède une prostration manifeste. La raie méningitique de Trousseau apparaît. La ponction lombaire donne issue à un liquide hypertendu et détermine une amélioration sensible de l’état du petit inalade. Dans d’autres cas les réactions sont intenses : coliques, frissons, vomissements, inégalité pupillaire, ptosis, strabisme interne très accentué, respiration de Cheyne-Stokes et issue fatale en une dizaine de jours.

14 FIÈVRES typhoïde ET PARATYPHOÏDES. '

La forme la moins défavorable est la forme dite fébrile.

« Un peu de diarrhée, de l’abattement, quelques légers phénomènes nerveux, mais rien de saillant : la fièvre est le symptôme capital » (Hutinel et Darré). La courbe thermique rappelle parfois celle de l’adulte, mais elle est le plus souvent assez irrégulière.

Dans les cas favorables la chute de la température se fait lentement, en lysis, durant une semaine.

h) Enfant. — La fièvre typhoïde est assez fréquente chez 1 enfant vers 7 ou 8 ans, mais elle est moins grave que chez 1 adulte. La durée est aussi moindre : quinze jours seulement, en moyenne, au lieu de trois semaines au minimum.

Les formes abortives ou écourtées sont fréquentes. Le début est souvent brusque, accompagné de vomissements durant 24 ou 48 heures, ou de symptômes appendiculaires, ou de torticolis ayant les apparences d’un torticolis rhumatismal. 11 peut encore simuler une méningite. Dans ces cas la température s’élève d’emblée aux environs de 40". Ces températures élevées, avec 40" et au-dessus, n’ont pas le même pronostic sévère que chez l’adulte.

Le pouls est relativement lent, à 90-100 ou 110 (Hutinel). Pour Thoinot et Ribierre il serait plus rapide que chez l’adulte (150 à 180 chez les très jeunes enfants; 100 à 140 chez les enfants plus âgés). La constipation est presque la règle, persistante, remplacée tardivement par la diarrhée. Le météorisme est souvent peu marqué. Cependant, dans quelques cas exceptionnels, le ventre se ballonne fortement, la diarrhée se manifeste et devient profuse. L’hypertrophie de la rate est presque constante.

Les taches rosées lenticulaires manquent plus souvent chez l’enfant que chez l’adulte. Elles se montrent ordinairement du sixième au douzième jour. Elles sont parfois particulièrement abondantes et peuvent se généraliser (forme exanthématique de Weill). ^

Les bruits du coeur peuvent prendre le rythme embryocardique, les extrémités se cyanosant. Les artérites sont peu fréquentes ; les phlébites se manifestent assez souvent. Les hémorragies, sans être cependant anodines, sont rarement mortelles. Les perforations ne se montrent que chez les enfants d’un cer-

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