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PROPHYLAXIE A L'ÉGARD DES PORTEURS DE GERMES

Aucune mesure n’a été prévue, en France, par les règlements ou les lois, à l’égard des porteurs de germes. L’Académie de Médecine a néanmoins, en 1909 et en 1910, formulé son avis autorisé sur cette question délicate.

L’existence des bacillifères, qui est venue élucider bien des points demeurés autrefois obscurs dans l’étiologie de la fièvre typhoïde, complique assurément la prophylaxie de cette maladie infectieuse. La difficulté provient de ce que ces porteurs latents, qui promènent et disséminent ainsi, à leur insu, le bacille typhique, ne se révèlent pas, le plus souvent, par des signes objectivement appréciables. Seul, l’ensemencement de leurs déjections permet d’y découvrir le microbe pathogène, d’ailleurs fort difficile à isoler.

Quelles mesures doit-on adopter contre cette source de contagion? On ne peut évidemment contraindre les porteurs à se soumettre à une réglementation législative qui les oblige à prendre, relativement à leurs déjections et à leur urine, des précautions minutieuses. Du moins rien n’a-t-il été fait, jusqu’ici, dans ce sens. La gravité du problème ne saurait être dissimulée. Il se complique de ce que certains sujets bacillifères demeurent tels pendant toute leur vie.

On n’a, en effet, aucun recours légal contre ces porteurs de germes, et on ne peut les contraindre à un isolement forcé. C’est seulement dans le cas où il serait démontré qu’il y a eu, de leur part, intention coupable de nuire, que la loi pourrait leur être appliquée.

Fondée exclusivement sur la recherche des porteurs de germes et sur la désinfection de leurs déjections, la prophylaxie ne peut espérer enrayer les épidémies. Entreprise localement en Allemagne, en 1904, avec un luxe de précautions et d’expertises de laboratoires qui la rendrait inapplicable sur un territoire étendu, cette méthode a semblé diminuer la fréquence de la fièvre typhoïde dans la région surveillée, mais elle ne l’a nullement fait disparaître.

Tout ce qu’il paraît possible et utile de faire consiste àsignaler aux bacillifères eux-mêmes le danger que constituent leurs excreta et leur urine, et la manière de se rendre inoffensils ; lavage soigneux des mains après chaque exonération ou miction-, défense de déposer leurs déjections au voisinage des puits, des sources, dans les jardins, etc. ; stérilisation de leur linge intime par l’eau bouillante ; abandon de toute profession ressortissant à l'alimentation. L’intérêt même de ces porteurs doit les engager à prendre ces précautions. N’a-t-on pas vu certaines femmes cuisinières, reconnues propagatrices de fièvre typhoïdes, évincées de toutes les places où elles se présentaient ? Mais alors, certaines, pour se mettre à l’abri, ont fait analyser des déjections d’une personne saine !

A l'égard des convalescents de fièvre typhoïde, qui sont très souvent des convoyeurs de bacilles, on est moins désarmé. Le souvenir récent du danger qu’ils ont couru, les conseils ou la crainte de la part de leur entourage, éclairé par le médecin sur la contagiosité des porteurs de germes, permettent d’obtenir des précautions au moins momentanées. La difficulté est qu elles soient prises pendant une durée suffisante.

On devra signaler aux personnes atteintes de lithiase biliaire, d’ictère chronique, etc., qu’elles sont ou peuvent être des vectrices de bacilles typhique ou paralyphique, et que les plus graves inconvénients peuvent en résulter, si elles exercent des professions alimentaires ou culinaires.

Mais, en réalité, le, principe de la liberté individuelle fera sans doute échec, pendant longtemps, aux mesures pourtant si hautement utiles que réclame la société contre les porteurs de germes.

11 faudrait donc s’appliquer à rechercher une méthode qui permît de débarrasser efficacement le porteur de bacilles des microbes logés dans sa vésicule biliaire, ses bassinets et sa vessie. 11 ne saurait être question de la cholécystectomie, qui d’ailleurs — car elle a été pratiquée — peut ne pas faire disparaître les bacilles.

La vaccination spécifique des porteurs de germes, même avec le bacille isolé des selles, n’a pas donné de résultat bien précis. 11 en est de même de l’emploi des ferments lactiques qui n’ont pas d’action constante sur la destruction, par concurrence vitale, du bacille typhique dans l’intestin.

Aussi est-on conduit à conclure que la meilleure prophylaxie à opposer à la contagion due aux porteurs de germes consiste dans la vaccination préventive de toutes les personnes qui vivent en contact avec eux.

L’eau de boisson tient une grande place dans l’étiologie des épidémies de fièvre typhoïde. Dans la population rurale, dans celle des petites villes, dans les armées en manœuvre et en campagne, les puits sont le plus souvent responsables de cette diffusion du germe. 11 serait donc nécessaire que chaque puits, comme chaque source, eût un périmètre de protection contre la pollution par les fumiers, les latrines, etc. Mais la difficulté d’obtenir une telle mesure, dans les propriétés privées, est fort grande.

Toutefois les autorités civiles ont toute qualité pour imposer la surveillance des puits communaux, et exiger un périmètre de protection suffisant. Elles peuvent également exiger la fermeture des puits des établissements publics, hôtels, restaurants, auberges, cafés, bars, dont l’analyse bactériologique a reconnu la contamination.

Dans cet ordre d’idées, l’autorité militaire interdit l’accès de ces établissements à la troupe. Mais, en temps de guerre, où les demi-mesures sont insuffisantes, on ne peut qu’approuver les ordres donnés qui condamnent formellement les puits, sources, ruisseaux, etc. infectés, et qui prescrivent systématiquement la stérilisation de toutes les eaux consommées par les soldats. Diverses méthodes indiquées dans les Traités d’Hygiène {consulter G. H. Lemoine. Hygiène militaire, Paris, 1911), permettent de remplir ce but. La plus simple, la plus pratique et la plus efficace à la fois est la javellisation. Les hypochlorites alcalins, additionnés à l’eau de telle manière qu’ils dégagent 1 milligramme de chlore actif par litre d’eau, donnent une stérilisation excellente. Le dosage du chlore par un chimiste ou un pharmacien est une opération préalable toujours nécessaire, le titre en Cl étant très variable suivant les origines de l’eau de Javel. C’est pourquoi on a préconisé des comprimés d’hypochlorite de calcium, de volume variable, qui permettent la stérilisation, à dose précise, d’un litre, de dix litres, etc., d’eau à purifier (H. Vincent et Gaillard). L’eau épurée par les

hypochlorites ne doit pas avoir de goût appréciable, mais seulement, et à peine, une odeur extrêmement faible. Le bacille typhique, ainsi que les bacilles paratyphiques, sont tués en dO minutes, en moyenne.

Le procédé de stérilisation par l’eau de Javel ou par les comprimés d’hypochlorite de calcium permet donc l’épuration individuelle ou l’épuration collective des eaux potables.

De nombreuses villes des États-Unis font un usage régulier de la javellisation, ce qui n’a donné lieu à aucun inconvénient. Le chlore libre ne paraît pas attaquer les conduites de plomb ou de poteries, celles-ci étant protégées par le revêtement calcaire déposé par les eaux. AParis, l’emploi de la javellisation est opéré toutes les fois que la qualité des eaux devient douteuse. C’est donc un moyen d’une très grande importance pratique, peu coûteux, inoffensif et très actif.

11 a été dit que les boissons autres que l’eau, le lait par exemple, peuvent apporter le bacille typhique. L’ébullition du lait doit toujours être recommandée à toutes les familles ; le danger de la contagion tuberculeuse se surajoute à celui de la contagion typhoïdique ou paratyphique^ En faisant bouillir le lait, on remédie facilement à ce double danger.

■ Le cidre, le poiré, la piquette, la bière, peuvent aussi déterminer la fièvre typhoïde, s’ils sont additionnés d’eau souillée ou enfermés dans des récipients malpropres, lavés avec cette eau, enfin s’ils sont manipulés par des porteurs de germes.

Pendant la guerre de 1914-1916, l’analyse bactériologique de certaines bières du Nord, consommées par nos soldats, y a révélé une contamination bactériologique très grave et un chiffre de germes extraordinaire.

La consommation de cidre et de vin doux, non fermentés, et additionnés d’eau impure, n’est pas davantage exempte de risques.

La seule prophylaxie consiste dans l’analyse de ces boissons et leur interdiction, avec sanctions pénales en cas de désobéissance de la part des débitants quels qu’ils soient, patentés ou non, mais en particulier des propriétaires de cabarets, cafés, auberges et restaurants. Des affiches ou des notices, répandues dans les villages, les cantonnements, etc., doivent appeler l’attention des populations et des militaires sur les inconvénients et les dangers de ces boissons.

La prophylaxie de la fièvre typhoïde due aux aliments souillés par les matières fécales ou l’urine, se réclame des causes qui provoquent cette contamination. Il paraît inutile de rappeler le rôle des légumes, fruits, radis, salades, cresson, fraises, concombres, tomates, etc., sur lesquels l’épandage direct ou indirect, le purin, ont pu apporter le bacille. En temps d’épidémie, ou dans les régions où règne la fièvre typhoïde, il est superflu de recommander de s’abstenir de légumes crus, etc., ou, du moins, de leur faire subir un lavage soigneux et prolongé à l’eau pure. Encore y a-t-il lieu de noter que les mouches peuvent ultérieurement leur apporter les germes.

L’importante question de l’épandage de vidanges humaines — pratique employée dans un grand nombre de régions agricoles — se relie étroitement à l’infection des aliments, à celle du sol dans les terrains maraîchers, enfin à celle des eaux de boisson, lorsque la terre est fissurée, pourvue de mardelles ou de bétoires.

Le Comité consultatif d’Hygiène publique a proscrit l’épandage le 24 mars 1902. Cette coutume malsaine et déplorable a été énergiquement c(#idamnée par l’Académie de Médecine, en 1900. ha Loi du i 5 Février 1902 (art. 10), interdit à’épandre des engrais humains dans le périmètre de protection des sources ; l’art. 28 de la même loi édicte des sanctions pénales contre quiconque laisse introduire des matières excrémentitielles dans l’eau des puits. Les autorités municipales sont donc armées contre l’épandage. Mais cette pratique répugnante est profondément ancrée dans les habitudes rurales, et les habitudes sont souvent plus fortes que les lois. En fait, aucune mesure légale n’a jamais été prise contre l’emploi de matières fécales et d’urine humaines, cause de tant de cas de fièvres typhoïde et paratyphoïde, et de tant de morts. Il est, du moins, nécessaire, que la législation existante soit complétée, réformée ou affermie, et que l’on interdise l’épandage dans les terrains maraîchers où l’on cultive les légumes mangés crus, et. les fraises, ainsi qu’à moins de 100 mètres des habitations, des sources, des puits, etc., utilisés pour la boisson.

Enfin l’interdiction de l’emploi des déjections des malades (maisons particulières, hôpitaux) doit être non moins absolue.

Les épidémies de fièvre typhoïde d’origine ostréaire ont fait l’objet de nombreux rapports. La surveillance et la réglemen-

tation des parcs à huîtres, l’interdiction du dépôt de ces mollusques dans les ports, à proximité du rivage ou des égouts, celle de leur conservation dans des filets plongés dans les mêmes eaux boueuses, saturées de germes, ont été demandées à maintes reprises (Mosny), mais sans résultat effectif. C’est pourquoi Fabre-Domergue a proposé la stabulation des huîtres dans de l’eau de mer pure, pendant une période de quelques jours, qui leur permet de se débarrasser de leurs germes nocifs. On doit espérer que ces mesures si sages et sj utiles recevront l’appui effectif des autorités et des conseils sanitaires.

Les mouches sont, ainsi qu’il a été dit, des intermédiaires, redoutables pour certains virus tels que le bacille typhique, les bacilles paratyphiques A et B, le vibrion cholérique, etc.... Elle se déposent de préférence sur les aliments, surtout sur les fruits, les aliments sucrés, les crèmes, les pâtisseries. 11 peut donc y avoir des inconvénients à manger ces aliments pendant les périodes épidémiques, et lorsque pullulent les mouches.

On recommandera tout ce qui peut empêcher les mouches de se ravitailler en germes : désinfection et propreté des malades, de leur linge, des bassins, des seaux hygiéniques, des vidoirs, des latrines. On répandra du crésyl ou du chlorure de chaux en poudre sur ces dernières. Le tout à l’égout a réalisé un progrès considérable dans l’hygiène préventive de la fièvre typhoïde, en limitant la contagion par les mouches et le dépôt des germes dans les tinettes ou dans le sous-sol.

La lutte contre les mouches' elles-mêmes, et contre leur pullulation, est assurée par la désinfection des fosses fixes, où elles déposent leurs œufs, désinfection qu’on peut obtenir avec le sulfate de cuivre, le crésyl, le chlorure de chaux ; par l’évacuation des fumiers, le nettoyage des fosses à purin, etc. On a recommandé de disposer le fumier sur des claies un peu surélevées; les pupes des mouches, qui fréquentent la face profonde des fumiers, tombent sur le sol où elles sont récoltées par les poules, dans les campagnes.

Les fenêtres et les portes des cuisines et des salles à manger, pourvues de grillage métallique, réalisent, avec l’emploi des garde-manger et celui des couvercles grillagés sur les aliments, une protection mécanique d’une haute utilité. On ne saurait trop recommander ce moyen si simple et si utile, dans

les cuisines et les cantines, en l’associant aux autres mesures

prophylactiques exposées dans cet ouvrage.

Pour détruire les mouches sur place, la poudre de pyrèthre, déposée le soir sur les étagères, les meubles, les tables, rendra de grands services. Les papiers tue-mouche, les pièges, les bocaux spéciaux, la glu, etc., peuvent être employés dans les maisons, dans les hôpitaux, les infirmeries, les ambulances. On tue ainsi un grand nombré de ces insectes.

On obtient de bons résultats en disposant le soir, dans les cuisines et les endroits où s’accumulent les mouches, des assiettes ou des soucoupes plates renfermant du lait ou, mieux, de la bière commune, additionnés de un vingtième de formol.

Ces mesures devraient être officiellement prescrites dans les abattoirs, les porcheries, les charcuteries, boucheries, usines de conserves, et généralement dans tous les établissements et usines alimentaires.

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