PROPHYLAXIE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE DANS L’ARMÉE
Les causes de la fièvre typhoïde sont évidemment les mêmes dans l’armée et dans la population civile. Les mesures prophylactiques précédemment indiquées trouvent donc leur application dans le milieu militaire. Toutefois, l’armée constitue, par sa réceptivité excessive, par le mode à peu près uniforme d’existence, d’alimentation et d’âge de ses éléments composants, un milieu tout spécial où les moyens prophylactiques sont peut-être plus aisément et plus rapidement mis en œuvre.
La création de laboratoires militaires de Bactériologie, chargés d’analyser les eaux potables, de faire les hémocultures, et l’ensemencement des selles, d’étudier les cas morbides suspects et de rechercher les porteurs de germes ; l’institution du Conseil supérieur de surveillance des eaux d’alimentation destinées à l’Armée, qui a rendu des services considérables, les études et les rapports que provoquent immédiatement les épidémies à leur début, les dispositions hygiéniques qui sont prises sans retard, la création de la Commission supérieure d’Épidémiologie ayant pour attribution, en même temps que le Comité technique de santé, de s’occuper des maladies du soldat, témoignent de la grande place prise par l’hygiène dans notre armée.
La loi du 28 mars 1914 (Loi Léon Labbé) rend obligatoire la vaccination anti-typhoïdique. La vaccination a été appliquée, dès l’année 1911, d’abord au Maroc oriental, puis au Maroc tout entier, à l’Algérie-Tunisie, à certaines garnisons de France. L’apparition d’épidémies dans certaines garnisons, à Avignon en 1912, à Montauban, à Issoudun, à Marseille en 1915, à Tours en 1914, a décidé d’abord de l’application et, plus tard, de la généralisation de cette méthode préventive.
Les développements qui ont été donnés dans l’étude générale
Dr VlSCEKT. 16
de la prophylaxie permettront d’abréger ce qui concerne la prophylaxie dans l’armée, en temps de paix et en temps de guerre. On donnera seulement quelques détails complémentaires.
En présence d’une épidémie qui s’annonce ou qui débute, on doit s’efforcer d’en reconnaître et d’en combattre la cause initiale et d’en limiter l’extension. En conséquence, des prises de sang seront faites aussitôt que possible chez les malades et les suspects, par le chef du Laboratoire régional de bactériologie en temps de paix, par le médecin bactériologue du Laboratoire de Corps d’Armée ou d’armée, en temps de guerre.
Après isolement et ensemencements appropriés dans les milieux spéciaux, on doit, lorsque le diagnostic est fait, procéder aux mesures les plus rigoureuses.
Le malade est isolé dans un service spécial; en temps de guerre, dans un hôpital de typhoïsants. Ses selles, son linge, les bassins, les baignoires, sont désinfectés ainsi qu’il sera dit plus loin.
L’hospitalisation sera précoce. Elle doit comprendre non seulement les cas non contestables, mais encore les formes frustes, les embarras gastriques et les diarrhées suspectes.
Les malades seront soignés par des infirmiers vaccinés, pourvus d’une tenue spéciale, qu’ils laisseront lorsqu’ils quittent le service. Ces infirmiers se laveront soigneusement les mains après avoir baigné les malades, après les avoir changés de linge, leur avoir passé le bassin ou l’urinal. L’emploi de gants en caoutchouc est d’une grande utilité et simplifie beaucoup l’ensemble des précautions à prendre.
Les typhoïsants atteints de complications secondaires : streptococcie, pneumonie, diphtérie, etc., doivent être placés dans des chambres d’isolement, leur contagiosité pour les autres malades n’étant pas douteuse.
Les linges souillés, les draps, les mouchoirs, les caleçons, etc., sont immergés dans des baquets remplis d’eau chaude additionnée d’eau de Javel dans la proportion de 20 pour 1000. Le linge ainsi imbibé peut être manipulé sans danger et ne laisse pas échapper de poussières malsaines.
On peut procéder d’une autre manière : déposer le linge dans des sacs à désinfection, en toile forte et imperméable, et transporter ces sacs à la buanderie. La température élevée de la lessive a facilement raison du bacille typhique.
La chaleur a l’inconvénient de coaguler le sang et de déterminer souvent des taches indélébiles.
La désinfection des matelas et couvertures se fait à l’étuve à 120°, avec détente de vapeur afin de faciliter la pénétration de la chaleur.
Les déjections sont stérilisées, avant d’être jetées, à l’aide d’une solution de crésyl à 5 pour 100, ou d’une solution de sulfate de cuivre à 5 pour 100. Les vases, bassins et seaux hygiéniques, les crachoirs et leur contenu, sont eux-mêmes arrosés avec ces solutions antiseptiques, puis ébouillantés; l’eau à 100“ tue instantanément le bacille typhique. On peut encore accroître ses propriétés bactéricides en l’additionnant de 5 gr. pour 100 de carbonate de soude, qui l’alcalinise et élève sou point d’ébullition.
Pour désinfecter les objets et vêtements en laine, on les traite par les vapeurs de formol ou de formacétone. Les matelas, oreillers, traversins réclament le même traitement, mais il est nécessaire qu’ils soient entièrement décousus et la laine ou le crin exposés en surface mince à l’action de ces vapeurs.
On peut encore découdre et enlever l’enveloppe des matelas et la plonger dans l’eau de Javel à 20 pour 1000 pendant 24 heures, et désinfecter à part la laine ou le crin. Mais l’emploi de l’étuve à vapeur est plus pratique.
Les oreillers en plume, les édredons, ne pouvant être envoyés à l’étuve, on désinfecte leur enveloppe par la lessive et les plumes par les vapeurs de formol.
Les crachoirs recevront une solution de crésyl à 5 pour 100 ou de soude caustique à 2 pour 100.
Les ustensiles de table : cuillers, assiettes, gobelets, etc., sont réunis dans des paniers métalliques en fil de fer et immergés pendant quelques minutes dans de l’eau bouillante alcalinisée avec 5 pour 100 de carbonate de soude.
Les planchers, les murs, souillés par les déjections ou l’urine, sont lavés avec une solution chaude de soude caustique à 5 pour 100, ou avec de l’eau de Javel au même titre.
L’installation du tout-à-l’égout dans les hôpitaux ou les salles de malades facilite beaucoup la vidange des bassins et celle des baignoires. Lorsqu’il est nécessaire, après usage, de vider celles-ci avec des seaux, il faut, au préalable, verser dans la
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baignoire un litre d’eau de Javel qui désinfecte à la fois le contenant et le contenu. La baignoire sera viilée seulement quelques heures après.
Envisageons maintenant les mesures prophylactiques a prendre dans les casernes.
La cause de l’épidémie ayant été déterminée, on doit la combattre sans retard. On n’oubliera pas que les sujets en incubation de fièvre typho'ide, et ne présentant aucun symptôme
morbide, sèment avecleurs déjections le bacille dans les latrines.
L’eau sera, si elle jest contaminée, stérilisée avant usage. Elle pourra être consommée bouillie, ou sous forme de thé léger, si la caserne ne dispose d’aucun appareil de stérilisation. On devra toujours s’assurer, lorsque ces derniers existent, de leur fonctionnement parfait, les analyses ayant parfois montré leur insuffisance ou leur imperfection. Surveiller l’alimentation, interdire les légumes crus, les fraises, le lait non bouilli.
Si l’épidémie est d’origine urbaine, interdire à la troupe les cafés, bars, restaurants, etc., où les soldats, qui boivent une eau salubre à la caserne, vont souvent se contagionner.
On allégera le tableau de travail.
Lorsque, avant l’application de la vaccination antityphoïdique, l’épidémie persistait, on évacuait la caserne et on faisait camper les troupes hors ville. Cette mesure avait d’excellents effets.
Après avoir envoyé au plus tôt les malades et les suspects a l’hôpital, après avoir désinfecté la literie, les draps, le linge de corps leur ayant appartenu, on désinfectera, s’il est nécessaire, les planchers, les murs, les brancards, la voiture d’ambulaiîce qui ont été souillés par eux. On s'efforcera de dépister ■ toutes les formes anormales d’infection qui peuvent entretenir la contagion.
Les cuisines, les caïuines, les salles de repas, seront utilement protégées, au niveau de leurs fenetres et de leurs portes, par des grillages métalliques qui empêcheront l’entrée des mouches. Les aliments seront conservés dans des garde-manger ou sous des cloches débarrassées de leurs mouchés. Cette protection mécanique contre les mouches sera secondée par les diverses précautions exposées au chapitre précédent et relatives à la destruction des mouches, de leurs œufs et de leurs larves.
Il a été dit que les sujets convalescents peuvent rapporter le bacille typhique avec leurs déjections et leur urine. La recherche des porteurs de bacilles n’est possible qu’en temps de paix. Encore ne donne-t-elle pas tous les résultats qu’on en espérait. La désinfection systématique des latrines aura pour effet, si le tout-à-l’égout n’existe pas, d’écarter cette cause de contagion. Il faut, en principe, considérer'toutes les déjections comme suspectes.
Il est nécessaire d’écarter de tout emploi dans les cuisines, dans les cantines, aux filtres, aux appareils à stérilisation d’eau, les hommes hacillifères ou même, pour plus de sécurité, ceux qui ont été atteints antérieurement de fièvre typhoïde.
Les cuisiniers recevront l’ordre de se laver les mains à leur retour des latrines ou de l’urinoir.
Durant les manœuvres, l’ensemble des mesures ci-dessus trouve son application. Il en est de même dans les camps.
En outre, il y aura lieu de s’enquérir, auprès des municipalités, de l’état sanitaire des localités et villages où les hommes seront cantonnés, des épidémies qui pourraient y régner. Des prises d’eau seront faites, afin d’en permettre l’analyse bactériologique rapide (colimétrie) et chimique.
On surveillera spécialement les auberges et cabarets.
En marche, il est prescrit d’éviter de traverser des villages infectés. Si cette mesure ne peut être prise, les médecins demanderont l’interdiction absolue de tout arrêt des troupes dans ces localités, de fout achat de lait ou de boisson (cidre, etc.), de toute absorption d’eau.
Dans les camps, où des épidémies fort graves de fièvre typhoïde ont été souvent observées, on adoptera des mesures très strictes pour prévenir l’apport et l’extension du germe.
Le camp ne sera pas installé sur un emplacement antérieurement infecté ou sur d’anciennes feuillées. Celles-ci seront repérées et évitées.
Les cuisines et ia cantine seront disposées loin des latrines, des feuillées, des urinoirs et des écuries.
Toutes les fois qu’il sera possible, notamment dans les camps permanents, on installera le tout-à-I’égout.
Les feuillées seront, à défaut de celui-ci, soigneusement surveillées, désinfectées une fois par jour en hiver, deux fois par jour en été, à cause des mouches, avec le chlorure de chaux
en poudre. Leurs abords seront également saupoudrés d antiseptique.
L’eau sera analysée et, si elle est trouvée douteuse, stérilisée.
Les légumes crus, le lait cru, peuvent offrir de graves inconvénients. On les interdira dès l’apparition de cas suspects ou vérifiés de fièvre typhoïde.
L’apparition d’un premier cas nécessite des précautions immédiates et énergiques : envoi du malade à l’hôpital, enlèvement de la tente, incinération sur place de la paille de couchage, désinfection du linge, des objets souillés, etc.
L’envoi à l’hôpital, dans une salle d’observation des douteux, des malades atteints d’embarras gastrique, des diarrhéiques, etc., a une réelle importance pratique. On fera procéder à la désinfection de leur linge à l’étuve, comme s’ils étaient réellement atteints de fièvre typhoïde, et on brûlera leur paille de couchage. Beaucoup de ces cas étant dus à l’infection par les bacilles paratyphiques, l’entérocoque de Thiercelin, etc., ces mesures de précaution demeurent toujours salutaires.
On interdira, sous peine de punitions sévères, la souillure du sol du camp, des abords des tentes et des baraquements, du voisinage des puits, des sources, par les matières fécales humaines.
On installera, comme dans les casernes, des latrines de nuit, avec tinettes, fermées le jour et soigneusement désinfectées. Elles seront éclairées la nuit.
De même, la protection des aliments contre les mouches, la destruction de ces mouches elles-mêmes, feront l’objet de surveillance spéciale.
Les débris de cuisine, d’aliments, les ordures, etc., seront incinérés à l’aide de fours spéciaux, faciles à construire et pourvus d’un bon tirage. Ces fours seront disposés à l’une des extrémités du camp, de manière que les vents dominants ne rabattent pas leur fumée sur le camp.
La prophylaxie spécifique de la fièvre typhoïde en temps de guerre s’inspire évidemment des mêmes principes qui ont été indiqués ci-dessus.
L’institution de laboratoires de Bactériologie d’armée et de
corps d’armée, celle de sections sanitaires mobiles, avec outillage portatif, font partie des mesures prophylactiques que nécessite la lutte contre la fièvre typhoïde en temps de guerre. Ils renseignent le Service de santé sur la qualité des eaux potables, sur la nature exacte des cas morbides, sur celle des cas suspects, sur les porteurs de germes, etc. Ils font les hémocultures, les diagnostics des premiers cas, toujours si importants, les analyses bactériologiques des eaux d’alimentation.
Les causes épidémiques étant multiples, la prophylaxie de la fièvre typhoïde offre toujours, dans les armées en campagne, les plus grandes difficultés. Seule, la prévention spécifique, la vaccination, permet de les combattre efficacement et toutes à la fois. Il en sera question plus loin.
Les circonstances de guerre ne permettent pas toujours de poursuivre avec rigueur toutes les mesures prophylactiques. Il faut donc aux médecins beaucoup d'énergie, de ténacité, de foi et d’esprit d’initiative pour obtenir des résultats. Mais ces résultats ne font jamais défaut lorsque la prophylaxie est appliquée avec conscience, sans oubli ni défaillance, dans tous ses minutieux détails. Toute négligence, toute mesure omise ou incomplètement prise ont pour conséquence la prolongation des épidémies, leur recrudescence et la mort d’un nombre élevé de soldats. C’est un devoir pour les médecins qui ont la mission de donner des ordres comme pour ceux qui sont chargés de les exécuter, de ne rien négliger dans la lutte contre le germe de la fièvre typhoïde. Il est bien établi que les soldats en général, sont hostiles aux mesures d’hygiène, quelles qu’elles soient. On doit, en conséquence, les leur imposer et se persuader que le rôle du médecin et de l’hygiéniste qui est de conserver des combattants nombreux et valides est, par conséquent, un rôle de défense nationale. Il convient d’associer le commandement à ces mesures et d’obtenir son concours en le persuadant de leur extrême utilité.
Toutes les mesures prophylactiques qui ont été recommandées ci-dessus trouvent donc leur application pendant la guerre. Le contrôle bactériologique des eaux d’alimentation, leur épuration par l’ébullition ou par la javellisation doivent être appliqués avec soin. Les médecins chefs de service, le médecin divisionnaire doivent s’attacher, par une surveillance constante, à ce que les hommes ne boivent pas d’eau autre que l’eau
épurée. Nul n’ignore que le soldat a une tendance naturelle à consommer toute eau, dangereuse ou non, qu’il rencontre. 11 ne suffit donc pas de lui en faire ressortir les graves inconvénients. 11 faut encore le mettre hors d’état, par des mesures de police telles que la fermeture ou la garde des puits suspects et des sources malsaines, de boire de telles eaux.
La lutte contre les mouches vectrices de germes nocifs fait partie des précautions |)rophylactiques nécessaires. Cette lutte ne peut être séparée de la destruction par l’incinération des matières fécales, des déchets, des résidus de cuisine et des matières putrescibles ou de leur désinfection par le chlorure de chaux, le crésyl, le sulfate de cuivre à 5 pour 100. Les méthodes destinées à se préserver contre les mouches ont été précédemment signalées.
Les matières fécales issues des malades en incubation, des typhoïsants, des convalescents et des porteurs de germes, demeurent l’élément essentiellement dangereux de la contagion directe ou indirecte. Ces matières pullulent dans les endroits occupés par les troupes. 11 ne saurait être question de faire, parmi une accumulation très considérable d’hommes, la recherche des porteurs de bacilles typhique ou paratyphiques. La méthode allemande, difficilement applicable en temps de paix avec la technique dont la science dispose actuellement, serait plus qu’illusoire en temps de guerre. Il est plus simple, plus pratique, plus rationnel aussi, de considérer en principe, toutes les déjections humaines comme dangereuses et de les traiter comme telles.
Les fumiers entretiennent les mouches, dont la multiplication est extraordinaire en temps de guerre. Ces fumiers forment souvent des accumulations énormes. Ce n’est pas sans difficulté que les services hygiéniques de l’armée parviennent à en débarrasser les cantonnements. Si on ne peut obliger les habitants à supprimer les 'fumiers, il paraît pratique de les faire enlever par des corvées et de les répartir en couche mince sur les champs cultivés du voisinage, à distance des habitations.
11 convient d’inviter les homme's atteints de symptômes suspects à se présenter sans retard à la visite médicale. Trop souvent on a vu les militaires atteints de fièvre typhoïde ne se faire porter malades qu’à la dernière extrémité et alors que les forces les abandonnaient. Certains ont pu aller à la tranchée.
bien qu’ils fussent atteints de symptômes non douteux. Cette répugnance du soldat combattant a des conséquences fort graves ; pour lui-même, parce qu’elle est la cause de la mortalité clinique élevée qui a été observée dans la présente guerre ; en second lieu, pour les autres, parce qu’elle aboutit à la contagion spécifique du sol, des tranchées, des eaux potables, etc., par les déjections riches en bacilles.
Le problème de la contagion dans la tranchée soulève assurément de considérables difficultés pratiques. Installées soigneusement dans des dérivations bien abritées, les latrines de fortune ne sont pas toujours utilisées par le soldat, soit parce qu’il est pressé par le besoin, soit parce qu’il lui faut se déplacer, ce qui l’expose parfois aux projectiles ennemis, ou pour toute autre raison. Le dépôt des matières fécales dans les tranchées où le soldat séjourne, se bat, se repose, s’alimente et vit en résumé pendant plusieurs jours, a pour conséquence la contagion des chaussures et celte des mains. A cette contagion succède inévitablement celle du tube digestif. Mêlée à la boue, la matière fécale est méconnue et n’en 'devient que plus dangereuse.
L’occupation après combat des tranchées ennemies offre les mêmes et graves dangers de contamination. Ainsi s’explique la propagation de la fièvre typhoïde et des paratyphoïdes, de la dysenterie, des entérococcies, de la diarrhée des tranchées pendant la guerre actuelle.
C’est pourquoi les médecins régimentaires doivent tenir la main à ce que, toutes les fois qu’il est possible, la contamination fécale du sol des tranchées soit évitée. Les délinquants, les compagnies où sont observés ces cas de malpropreté doivent en être tenus pour responsables, invités à désinfecter par le chlorure de chaux et à nettoyer les régions souillées par les déjections. Ces matières désinfectées seront ensuite enfouies dans des trous profonds loin des points d’eau.
Les malades et les douteux ne doivent faire, sauf conditions spéciales, qu’un séjour très bref dans les-ambulances situées à proximité dés lignes. Ils seront transportés dans les hôpitaux spéciaux de contagieux où il deviendra loisible de les isoler, de faire le diagnostic bactériologique par l'hémoculture, renouvelée s’il est nécessaire, et de les soigner.
L’évacuation des typhoïdiques doit être’surveillée. On près-
crira la stérilisation des déjections et de l’urine des malades pendant le trajet. Des dispositions seront prises afin d’éviter la contamination des voitures et automobiles de transport, des wagons, des routes, des bateaux, des canaux, etc.... Il peut y avoir des inconvénients à transporter au loin des typhoïsants arrivés à une période assez avancée de leur affection, chez qui on peut craindre des perforations intestinales, des accidents dus à la myocardite, etc....
Il importe que les comptes rendus officiels signalent sans retard non seulement le diagnostic définitif et précis, mais encore la possibilité de cas suspects, afin que puissent être prises, d’une manière précoce, les précautions destinées à enrayer l’épidémie.
Toutes ces précautions et mesures spéciales ont été exposées en détail à l’occasion de la prophylaxie de la fièvre typhoïde dans la population civile, dans les casernes, les camps et cantonnements et pendant les manoeuvres. Il est donc inutile de les rappeler. Outre la surveillance des eaux potables, la protection contre les mouches, la désinfection des matières fécales, des urines, des matières usées, etc., rappelons cependant qu’il convient d’écarter des fonctions de cuisinier tout homme qui a eu, surtout à une date récente, la fièvre typhoïde ou paratyphoïde, ce cuisinier pouvant être dangereux.
Il serait utile que chaque livret militaire contînt en annexe un chapitre d’hygiène, indiquant aux soldats, sous une forme simple et sommaire, des notions sur la manière dont sont contractées les maladies infectieuses, en particulier la fièvre typhoïde, les précautions à prendre pour les éviter (*), les dangers de l’alcoolisme, etc.
La prophylaxie spe'cifique ne s’adresse pas seulement au germe infectant et ne vise pas seulement sa destruction. Elle doit encore avoir pour objet de mettre à l’abri de l’infection, par une immunisation active, toutes les personnes exposées à contracter le germe. Cette immunisation active est obtenue par l’inoculation du virus mort. Tel est le principe de la vaccination préventive, qui a donné, toutes les fois qu’elle a été bien appliquée, de remarquables résultats. Il en sera question après l’étude épidémiologique des fièvres paratyphoïdes.
(*) H. Vincent. Congrès International de Médecine. Section de Pathologie militaire, Paris, 1900.