CHAPITRE XII
VACONATIONS ANTITYPHOÏDIQUE ET ANTIPARATYPHIQUE
La prophylaxie des fièvres typhoïde et paratyphoïde a été très heureusement complétée par l’immunisation active contre ces maladies infectieuses. On peut dire qu’un progrès considérable est intervenu à partir du moment où cette méthode préventive a été rendue pratique et réalisable dans la population civile et dans l’armée. De nombreuses publications ont été faites sur ce sujet, qu’il est inutile de rappeler.
La période expérimentale a précédé la vaccination humaine. Le principe de l’immunisation par des cultures vivantes ou mortes, ou par leurs produits solubles, a été établi par Pasteur, pour le charbon et le choléra des poules, et étendu depuis lors par un grand nombre de savants, au charbon (Toussaint, Chauveau), au charbon symptomatique (Arloing, Cornevin et Thomas), au vibrion septique (Roux et Cliamberland), au bacille pyocyanique (Bouchard et Charrin), à celui du hog-cholera (Theobald Smith, Salmon), etc., enfin, en 1888 et 1892, au bacille typhique, par des cultures chauffées à 120® ou à 100®, par Chantemesse et Widal, à 60» par Bruschettini (1892), etc. La plupart de ces auteurs employaient la chaleur pour tuer les virus. Th. Smith, Salmon, immunisaient déjà en 1886 les animaux contre le hog-cholera par plusieurs injections de cultures chauffées à 58®.
La vaccination de l’homme contre la fièvre typhoïde procède, en conséquence, des méthodes pastoriennes.
Presque à la même époque, savoir en 1896, Pfeiffer et Rolle, d’une part, et, d’autre part, A. E. 'Wright appliquèrent à l’homme la vaccination contre la fièvre typhoïde par 1 injection de cultures chauffées. En réalité, c’est bien le savant anglais A. E. Wright qui est le véritable initiateur de cette méthode chez l’homme, plutôt que Pfeiffer et Kolle, car tandis que ces
derniers n’en ont pas étendu la pratique, A. E. Wright fit adopter cette mélhode dans l’armée anglaise sur un nombre élevé d’individus et obtint des résultats très efficaces.
Wright utilisait primitivement des cultures en bouillon âgées de dix à douze jours, stérilisées à 60", et additionnées de 0,5 pour dOO de lysol. Ultérieurement, la durée des cultures fut ramenée à 48 heures, et la température de stérilisation à 53" (Leishman). Mais la mort du bacille n’est pas absolument obtenue à cette température ; l’addition de lysol achève sa destruction. Trois injections sont faites, la première de 500 millions de bacilles, la seconde de un milliard, la troisième de d 500 millions.
Russell, aux Etats-Unis, emploie des cultures stérilisées à 56"-58».
A la suite de la publication, à Londres, du Report of ÜÎe Antityphoîd Committee, d’après lequel les cultures portées au delà de 65", perdent leur efficacité immunisante, leur stérilisation est maintenant faite à une température plus basse.
Le vaccin employé aux États-Unis depuis d909 est celui de Russell, préparé au laboratoire de l’Army Medical School. Russell émulsionne dans l’eau physiologique des cultures typhiques sur gélose âgées de 20 heures. Elles sont ensuite stérilisées à 55"-56" pendant 75 minutes. L’émulsion'est additionnée d’une solution de tricrésol à d pour dOO. Le vaccin contient, par centimètre cube, un milliard de bacilles. Ce vaccin est employé dans l’armée et la mariné américaines.
Le vaccin préparé par Chantemesse est fait avec des cultures sur gélose âgées de d8 à 24 heures, stérilisées de même à 56", émulsionnées dans l’eau physiologique, et auxquelles on ajoute ensuite à 0,25 pour 100 de crésol. Le vaccin renferme un milliard de bacilles par centimètre cube. Ce vaccin est employé dans la marine française. Il est fait quatre injections. Les doses injectées sont 0 c. c. 25; 0 c. c. 50; 0 c. c. 75 et 1 centimètre cube.
Le Moignic et Pinoy ont recommandé un vaccin fait avec des bacilles tués et mis en suspension dans l’huile stérilisée.
M. Renaud a proposé un vaccin irradié, c’est-à-dire exposé pendant trente minutes à l’action d’une lampe de quartz.
Lumière et Chevrotier ont préparé un mélange de bacilles typhiques, de colibacilles et de bacilles paratyphiques tués par le chauffage, desséché et pulvérisé. Cette poudre est distribuée en pilules kératinisées qu’on absorbe par ingestion.
VACCINATION
Castellani, le premier, a essayé de vacciner avec du vaccin vivant-, 510 personnes reçurent des cultures atténuées d’abord à 50“, puis normales. Il était fait 5 injections ou davantage. Nicolle, de Tunis, a également employé des cultures vivantes soumises à deux lavages, le premier complet, le second incomplet : le liquide surnageant, trouble, renferme 14 000000 de bacilles par c. cube. On en injecte, dans la veine, la l"^® fois 400 millions, la 2« fois 1200 millions.
La méthode de Besredka est fondée sur l’emploi du vaccin vivant sensibilisé. Le bacille typhique est cultivé pendant 48 heures sur gélose, émulsionné, puis additionné de sérum antityphoïde. Après contact pendant 24 heures, les bacilles vivants sont décantés et lavés, puis émulsionnés de nouveau dans l’eau physiologique. Ce vaccin renferme un milliard de bacilles par centimètre cube. On en injecte 1 c. cube, puis 2 c. cubes.
11 ne semble pas que l’emploi des vaccins vivants ait pu être généralisé. On a objecté la possibilité de contagion pour ceux qui l’utilisent, et peuvent se contaminer, celle de l’infection chez les sujets surmenés ou affaiblis, l’ensemencement biliaire immédiat ou lointain, la création des porteurs de germes.
C’est pourquoi l’emploi des virus morts est le plus généralement adopté.
11 est possible de tuer le bacille typhique par des moyens autres que la chaleur, notamment par des antiseptiques. On a vu qu’en réalité, le vaccin de Wright-Leishman est bien atténué par une température de 53“ et tué par le lysol. Semple a recommandé l’acide phénique (5 pour 1000), qui a été employé récemment dans l’armée italienne. Banque et Senez ont proposé récemment l’emploi d’un vaccin stérilisé par l’iode.
L’usage du vaccin stérilisé par l’éther 'H. Vincent) est fondé sur ce principe que le bacille typhique et les microbes du même groupe sont très sensibles à l’action de l’éther. Ce dernier tue le bacille typhique en moyenne en 35 ou 40 minutes. 11 a l’avantage, en outre, de dépouiller les microbes dps substances grasses qui existent en grande abondance dans leur protoplasma, et qui contribuent à rendre les vaccins douloureux et fébrigènes. Ce même vaccin est constitué par dix races, d’origine différente, de bacilles typhiques, ce qui le rend polyvalent. On leur a associé, dès le début, des races de bacilles paratyphiques A et B (vaccin mixte).
Le vaccin antityphoïdique employé dans l’arm ée est inoculé aux doses successives de 0 c. c. 5; 1 c. c. ; 1 c. c. 1|2; 2 c. c., mais on a réduit à trois le nombre des injections. C’est ainsi qu’en 1915, 26000 militaires ont été vaccinés à trois injections, dans la XIV® région, avec des résultats préventifs excellents. Le nombre total des bacilles injectés a été de 1600 à 1800 millions.
Enfin le problème s’est posé, depuis longtemps, de savoir si la vaccination antityphoïdique ne pourrait pas être simplifiée dans les circonstances de guerre. Dans un Rapport officiel présenté en avril 1914 au Comité de l’Office international d’hygiène, H. Vincent a conclu qu’on devait, dans cette circonstance, faire la vaccination réduite, à l’aide de deux injections de vaccin antityphoïdique, à doses un peu renforcées, l’immunité ainsi assurée étant, évidemment, sensiblement moins grande et moins prolongée. C’est cette pratique qui a été proposée et adoptée au début de la guerre, sur un grand nombre de militaires du front. L’armée anglaise l’a également appliquée avec le vaccin chauffé. Les injections sont, dès lors, renouvelées au bout d’un an dans cette dernière armée.
Afin de comprendre et d’apprécier les résultats que donne la vaccination antityphoïdique, il est nécessaire de formuler ce principe fondamental, à savoir que Vimmunité obtenue est en raison directe du nombre des bacilles injectés. C’est pourquoi on ne peut considérer comme pourvus d’une certaine immunité que ceux qui ont reçu une quantité minima suffisante d’antigène, savoir 1300 millions à 2000 millions de bacilles typhiques tués, l’immunité étant évidemment moins solide avec la première qu’avec la seconde et, a fortiori, qu’avec une quantité plus élevée.