CARACTÈRES CLINIQUES DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE
Fièvres typhoïdes au cours d’états pathologiques divers. — Certains sujets, atteints déjà d’une maladie aiguë ou chronique, peuvent contracter la fièvre typfioïde ou bien une infection aiguë peut venir se greffer sur une fièvre typhoïde en évolution. De cette dualité pathologique surgissent des modalités cliniques intéressantes qu’il n’est pas inutile de rappeler.
Fièvre typhoïde et maladies éruptives. — Murcliison a signalé un exemple où la fièvre typhoïde fut compliquée de variole et de vaccine. Barthez et Rilliet, Taupin, Jenner et Kesteren ont observé des cas dans lesquels la rougeole et la fièvre typhoïde ont coexisté.
La scarlatine 3 l souvent été signalée chez des typhiques. Généralement le malade atteint de fièvre typhoïde vient se faire traiter à l’hôpital où il contracte la scarlatine. Dans un certain nombre d’hôpitaux, d’enfants ou d’adultes, toutes les maladies sont soignées dans la même salle. Cette promiscuité des malades, surtout infectieux, peut être l’origine de complications graves dont celle-ci n’est qu’un exemple.
Fièvre typhoïde et diphtérie. — Dans les hôpitaux d’enfants, la diphtérie peut venir, sous forme d’angine, interrompre fata- ! lement, en quarante-huit heures au plus, le cours d’une lièvre i typhoïde. L’association fièvre typhoïde et diphtérie comporte I souvent aussi, chez l’adulte, un pronostic grave.
I E. Rathery a signalé aux armées une épidémie de typho- [ diphtérie au cours de laquelle les formes asthéniques cardio- [ bulbaires furent particulièrement fréquentes. A côté de ces t formes il y en eut d’autres : dyspnéiques à type asphyxique,
1 laryngées, broncho-pulmonaires, nerveuses à type méningé.
Pour l’auteur l’état de sécheresse si particulier de la bouche I chez les typhoïdiques, exalterait au plus haut point la virulence i du bacille diphtérique. Pour Marcel Labbé, qui en a observé I 9 cas en un mois, l’association typho-diphtérique se révèle par ■ une aggravation des symptômes généraux, la température demeurant très élevée, le cœur s’affaiblissant, le pouls devenant petit et défaillant, l’urine diminuant, les extrémités se refroidissant.
Fièvre typhoïde et tuberculose. — La tuberculose et la fièvre lyphoïde ne sont nullement deux maladies antagonistes.
Le tuberculeux peut contracter la fièvre typhoïde. Celle-ci évolue normalement, mais, à la convalescence, la tuberculose peut prendre une marche rapide.
Il n’est pas rare non plus de "voir chez un convalescent de : fièvre typhoïde apparaître des symptômes non équivoques de ' tuberculose et même de tuberculose aiguë.
h'érysipèle est un accident grave de la fièvre typlioïde, devenu rare depuis que l’on soigne mieux les petites plaies, si fréquentes chez les typhiques.
L’intervention de l’infection streptococcique, au début ou au cours de la fièvre typhoïde, a fait l’objet d’une étude spéciale i (H. Vincent), en raison de la gravité du pronostic qu’elle peut comporter. Lorsque l’infection streptococcique survient dans la ^ première phase de la dothiénentérie, elle peut amener la mort • sans détermination du côté des plaques de Peyer. Le malade succombe à une véritable septicémie strepto-typhique, son sang renfermant en abondance l’un et l’autre micrdlae. Apparaissant au décours de la fièvre typhoïde, elle est beaucoup moins grave. Les portes d’entrée du streptocoque sont nombreuses : excoriations des téguments, ulcérations buccales, pharyngées, nasales, lésions pulmonaires ou broncho-pulmonaires, ulcérations de l’intestin.
La pneumonie peut survenir pendant la fièvre typhoïde; le pneumocoque existe dans l’expectoration. 11 peut aller s’ensemencer dans les méninges et déterminer une méningite suraiguë j ou bien une méningite exsudative, avec revêtement pseudomembraneux dans lequel on retrouve le pneumocoque.
Le bacille pyocyanique, le Proteus vulgaris peuvent, par infection secondaire, envahir le sang ou les viscères du typhoïsant, mais ces complications sont très rares (H. Vincent).
On a signalé des cas de choléra (Girode) et de tétanos (Rouget) survenus au cours de la fièvre typhoïde.
Chez les alcooliques la fièvre typhoïde revêt un caractère 1 grave. Dès le début les symptômes sont ceux d’une fièvre ataxo- 1 adynamique sans cependant que l’hyperthermie soit excessive.
Ce qui domine c’est le délire, la parésie cardiaque, l’ataxie. Les hémorragies et les escarres sont fréquentes.
Chez les diabétiques la fièvre typhpïde èvçlue souvent sans grand fracas ; la température est peu élevée, la maladie peut être bénigne, presque latente. La glycosurie persiste ; le diabète n’est en rien modifié dans ses caractères et son évolution.
Les cardiaques, les pulmonaires sont très menacés par la
CARACTÈRES CLINIQUES DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE. 19 fièvre typhoïde, lis voient leurs lésions aggravées par la nouvelle maladie.
La grippe précède assez fréquemment la fièvre typhoïde. Potain a noté la bénignité de cette fièvre post-grippale, alors que Siredey, au contraire, a constaté des formes graves et mortelles dans les mêmes conditions.
Enfin Kelsch et Kiener, Vincent, ont décrit sous le nom de typho-palustre ou typho-malarienne, l’association chez un même individu du paludisme et de la fièvre typhoïde.
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Fig. 1. — Duch.... — Fièvre typho-palustre. — A partir du 25’jour, accélération insolite du pouls (140-162), myocardite avec embryocardie et mort.
Chez les paludéens, le début de la dothiénentérie est souvent brusque, caractérisé par un accès franc, sous forme d’une quotidienne avec frissons. Mais très rapidement la fièvre devient continue. Alors interviennent les symptômes typhiques ordinairement graves, surtout si le paludisme n’est pas traité : diarrhée profuse, taches rosées lenticulaires, météorisme abdo-
iiiiiial, splénomégalie, troubles nerveux adynamiques, tandis]} que le paludisme se traduit par l’hépatomégalie, le teint terreux j et la fièvre périodique ou irrégulière. Parfois surviennent pendant la convalescence, des accès pernicieux qui entraînent la mort.
Quant aux affections cutanées (eczéma, gale, chancres indurés^ (Laillier), etc.) elles ne sont modifiées que temporairement par le processus typhique. ;
Terminaisons de la fièvre typhoïde.
La fièvre typhoïde se termine par la guérison ou par la mort; "
La mort peut survenir à des époques variables de la maladie, mais rarement avant le IL® jour. '
Dans les pays chauds, et aussi chez les militaires surmenés, en temps de guerre, il n’est pas exceptionnel de constater des • ; décès au S® jour et même au 6» jour de la maladie, décès dus à : des formes hyper toxiques.
La mort peut être la conséquence de la gravité même de l’in- ; fection ; d’accidents localisés : péritonite, perforation intesti- ; nale, rupture de la vésicule biliaire, entérorragies, myocardite, ■ néphrite, etc, ; d’infections surajoutées : streptococcie, staphylococcie, pneumonie, broncho-pneumonie, diphtérie, etc.
Elle peut survenir brusquement, sans un cri, un mouvement •ou une plainte. Cette mort subite, assez fréquente (1 à 5 0/0 \ des cas), survient le plus souvent à la 3® semaine. On l’attribue '' aux causes les plus diverses : réflexe intestinal (Dieulafoy), dégénérescence du myocarde (Hayem), thrombose cardiaque (Marvaud), anémie cérébrale (Huchard, Laveran), embolie pulmonaire, névrite du plexus cardiaque, hémorragie intestinale > profuse, etc. La myocardite paraît avoir été une des causes les > plus fréquentes de décès rapide ou subit, dans la présente guerre. Pendant l’expédition de Tunisie, 1 typhoïsant sur fia succombé subitement (Gzernicki).
Le pourcentage de la mortalité pour 100 malades (mortalité clinique) est variable, et subordonné à l’âge, au sexe, à la ' nature du traitement, au degré de gravité de certaines épidé- ( mies, au climat sous lequel on les observe, à l’état de fatigue f pu de surmenage du sujet typhoïsé. ),
Dans l’enfance, le pourcentage du décès n’est que de 5 à 5 i