CARACTERES CLINIQUES DE LA FIEVRE TYPHOÏDE
pour 100; quelquefois il est plus faible. Chez l’adulte, la moyenne est de 11 à 14 pour 100. Chez les vieillards, l’évolution de la maladie est plus rapide et la mort très commune. La femme offre une’mortalité moins grande que l’homme.
L’usage rationnel des bains froids a diminué sensiblement la gravité de l’infection et le chiffre des décès. Certaines épidémies se signalent pourtant par une mortalité élevée, d’autres par une bénignité plus grande, ce qui indique le pouvoir pathogène variable des races de bacille typhique, comparable à celui des races de bacilles dysentérique, cholérique, etc.
Dans les pays chauds, la mortalité clinique est notablement ! plus élevée que dans les climats tempérés ou froids, soit parce I que la température extérieure, qui atteint 55° et plus, ajoute ses i effets propres à ceux de la fièvre, soit parce que l’on a affaire à I des germes plus toxiques.
! Enfin, chez les sujets en état de misère physiologique, ou I bien soignés tardivement, ou enfin chez ceux qui sont surmenés,
; la mortalité peut atteindre 20 et même 25 pour 100. L’état de ; guerre prédispose au plus haut point à la gravité du pronostic chez le soldat combattant.
La guérison ne survient qu’après une période plus ou moins longue de convalescence qui peut être normale ou compliquée.
« La convalescence n’estvraiment bien établie qu’au moment où la température est normale deux soirs consécutifs » (Murchison). Mais elle est encore bien fragile. Au moment où il entre en convalescence le malade est fort amaigri, la perte de poids pouvant atteindre, au cours de la maladie, 200 à 300 grammes par jour, et plus encore. 11 a un teint spécial : « il a la figure d’un inanitié » (Hutinel). Son fades, jusqu’alors coloré par la fièvre, devient franchement pâle. Son pouls est irrégulier, s’accélère sous l’influence d’un effort léger, d’une émotion insignifiante, de la visite du médecin. L’appétit revient cependant avec de véritables fringales. L’urine, après la polyurie passagère et la décharge chlorurique, redevient normale en quantité, peu riche en chlorures et en urée. Le système musculaire est affaibli : la marche, la station debout sont difficiles et pénibles, la fatigue survient vite, mais cependant les forces reviennent lentement. La peau se desquame; les ongles présentent des dépressions et des sillons ; les cheveux tombent mais repoussent ensuite à mesure que se fait la réparation, que le poids augmente et que
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l’hypoglobulie disparaît. Beaucoup de convalescents ont perdu la mémoire, offrent des troubles de l’ouïe, du goût et de l’odorat; ils sont impressionnablés, présentent parfois.des modifications temporaires du caractère (indifférence exagérée, délire d’inanition ou irritabilité). Le plus souvent, néanmoins, la disparition de la fièvre coïncide avec une euphorie marquée.
La durée de la convalescence est très variable, plus rapide chez les enfants, plus longue chez les adultes au-dessus de quarante ans.
Il est peu de fièvres typhoïdes et peu de convalescences qui ne soient troublées par un incident passager ou une complication grave. La fièvre typhoïde est, par excellence, la maladie des surprises et des complications.
Dues à l’ensemencement du staphylocoque, et exceptionnellement du streptocoque (dans ce dernier cas le pronostic est très grave), les thromboses veineuses sont des accidents assez communs de la convalescence. L’artérite typhique est plus rare. On observe parfois chez les convalescents des vomissements rebelles, pouvant devenir incoercibles et même entraîner la mort.
La diarrhée cachectique peut persister, intarissable et affaiblissant considérablement le malade. Les paralysies par névrites, les abcès, la furonculose, ne sont pas rares. Certains convalescents peuvent présenter un œdème, sans albuminurie, guérissant en deux ou trois semaines et dont la pathogénie est encore obscure. A la suite des maladies longues et graves, les escarres peuvent être le point de départ de septicémies parfois ' mortelles. La température doit être normale pendant la convalescence, mais le thermomètre peut monter, durant quelques heures, sous l’influence d’une fatigue, d’une émotion, d’un excès d’alimentation ou d’une alimentation carnée (febriscarnis).
Lorsque l’élévation de température se maintient au delà d’un jour, elle devient le premier symptôme soit d’une complication intercurrente (phlegmatia alba dolens, ostéite, suppurations diverses, etc.), soit de l’interruption de la convalescence par une rechute.
Rechutes.
Par rechute de la fièvre typhoïde, on doit entendre une seconde évolution du processus spécifique de la fièvre, après que la convalescence d’une première attaque avait été claire-
CAHACTÈRES cliniques de la fièvre typhoïde. 23
ment établie. Il ne faut pas confondre les rechutes avec les recrudescences, qui sont communes pendant la période d’ulcération.
Les recrudescences sont des aggravations des symptômes typhiques se produisant ordinairement au cours de la période de défervescence. La maladie « rebondit », pour ainsi dire, et alors qu’elle semblait évoluer vers la convalescence, elle subit une nouvelle poussée.
La rechute est une reprise de la fièvre typhoïde survenant au cours même de la convalescence, c’est-à-dire alors que le malade a, depuis plusieurs jours, une température normale.
Il ne faut pas cojafondre non plus la rechute avec la récidive.
La récidive est une nouvelle atteinte de fièvre typhoïde survenant très longtemps après la guérison de la première. Bien que, généralement, une première atteinte confère l’immunité, cette immunité peut s’atténuer ou s’éteindre au bout d’un laps de temps plus ou moins long, rendant ainsi possible une nouvelle infection typhique.
La rechute débute de huit à trente jours après la terminaison du cycle fébrile (Jaccoud) ; le plus souvent, néanmoins, elle ne survient pas au delà du quinzième jour. Elle peut débuter après un, deux, trois jours d’apyrexie.
Elle ramène au complet et dans leur ordre normal tous les symptômes de la fièvre typhoïde. Le premier est l’élévation de la température qui peut se faire dans les mêmes conditions qu’au début de la fièvre typhoïde : brusquement ou par oscillations ascendantes plus ou moins accentuées, avecousansfrissons. Les symptômes ordinaires réapparaissent : céphalalgie, douleurs dans les membres, perte de l’appétit, langue saburrale, nausées, vomissements, diarrhée, tuméfaction de la rate, nouvelle éruption de taches rosées. L’apparition des taches rosées est plus précoce que lors de la première atteinte.
La durée de la seconde attaque est ordinairement, mais non toujours, plus courte que celle de la première. La rechute est en général assez bénigne et le malade guérit ; mais il existe des exceptions. La gravité de la rechute n’a aucun rapport avec celle de la maladie initiale. Dans un tiers ou un quart des cas, les symptômes sont plus graves dans la rechute que dans la première attaque. La rechute n’est pas toujours unique. On a signalé des fièvres typhoïdes à rechutes multiples : double
Dr ViSOENT. 3
(Trousseau, Stewart, Maclagan) ; triple (Bucquoy, Jaccoud, etc.); quadruple (Hallopeau); même quintuple (Jaccoud). Peut-être s’agissait-il de fièvre de Malte.
Séquelles de la fièvre typhoïde.
Dans le plus grand nombre des cas, la fièvre typhoïde guérit sans laisser de suites. Toutefois, cette restitutio ad iniegrum n’est pas constante.
La fièvre typhoïde peut laisser après elle des traces durables de son atteinte sous forme d'infirmités, de lésions chroniques viscérales ou d’états pathologiques apparaissant au cours de la fièvre et continuant à évoluer après elle.
On a noté l’affaiblissement quelquefois prolongé ou même définitif de la mémoire, la lenteur des perceptions, la difficulté de l’idéation, l’embarras de la parole et, chez des enfants ou des jeunes gens, « l’abaissement de l’intelligence, croissant par défaut d’exercice, pouvant arriver à un degré voisin de l’imbécillité (Jaccoud).
La manie aiguë, la mélancolie, la mégalomanie, le délire mystique, etc., ont été observés comme suites de la fièvre typhoïde.
La sclérose en plaques, la chorée, la poliomyélite antérieure ont été signalées au décours de la dothiénentérie.
La néphrite est assez rare (Vignerot); l’appendicite paratyphoïde a été décrite par Dieulafoy.
Les infections prolongées des voies biliaires, certaines cirrhoses biliaires peuvent se rattacher à une infection typhique antérieure, par un ensemencement du bacille dans la vésicule et les capillaires biliaires. *
On signale fréquemment des lésions osseuses, articulaires, la coxalgie, la luxation coxo-fémorale, des mutilations des membres à la suite de gangrènes par oblitération artérielle. Enfin dans les antécédents de malades atteints de leucémie, d’adénie, (Reynaud), de pseudo-leucémie splénique, de leucocythémie, on a signalé la dothiénentérie sans que, cependant, la relation de cause à effet entre ces affections et l’infection typhique soit démontrée.