‹ La fièvre typhoïdeChapitre 25 sur 29 · PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE

En commençant ce chapitre nous devons l'appeler brièvement la conception étiologique générale actuelle de la lièvre typhoïde, conception qui dicte les règles de la prophylaxie. La fièvre typhoïde esl fonction d'un microorganisme connu sous l'appellation de bacille d'Eberth. Ce microbe émigré de l'organisme du typhoïdique avec les selles, et s'introduit par la voie digestive dans l'organisme sain, qui se trouve ainsi sous la menace d'une atteinte de fièvre typhoïde, si le microbe réussit à s'implanter cl à proliférer.

Pour pénétrer ainsi dans le tube digestif, le microbe emprunte diverses véhicules, dont le plus usuel de beaucoup, mais non le seul, esl l'eau : en manière de formule générale, on peut dire que tout objet ou substance souillé de façon directe ou indirecte par les selles de typhoïdiques peut être une source de contagion en venant au contact de la muqueuse digestive.

La pratique nous montre la prophylaxie de la fièvre typhoïde sous deux faces différentes, qu'il faut exposer séparément : il y a lieu de considérer le mode de protection de l'individu isolé, c'est-à-dire la prophylaxie individuelle, et le mode de protection d'une agglomération, c'est-à-dire la prophylaxie urbaine.

Enfin il y a lieu de créer une catégorie toute artificielle, mais qui se justifiera d'elle-même, en étudiant la protection contre la fièvre typhoïde d'agglomérations restreintes (casernes, lycées, etc., etc.).

A. Prophylaxie individuelle. — L'individu considéré isolément peut avoir à se protéger contre les germes typhoïdiques dans deux circonstances bien différentes.

1° Il est au contact direct de ces germes, et c'est le cas quand il soigne ou approche un malade : il est, en un mot, sous la menace d'une contagion typhoïdique directe, quelque peu puissant que soil en général ce mode de contagion.

2° Il n'est pas au contact immédiat de germes, et ce qui le menace, c'est la contagion indirecte, plus puissante et plus fréquente, nous l'avons dit, que la contagion directe.

1° Voyons d'abord commeni on se défend de la contagion directe,

PROPIIYLAXIli.

ou, en termes plus compréhensibles, quelles sont les règles prophylactiques à adopter à l'égard d'un typho'Mique :

Désinfecter les selles, et tout ce qu'elles ont pu souiller : telle est en deux mots la formule générale à appliquer.

Dans la pratique du traitement des selles on s'arrête à deux substances : le lait de chaux et le sulfate de enivre.

Le lait de chaux a été préconisé d'abord en Allemagne, et conseillé en France par MM. Richard et Chantemesse.

Voici la technique d'après ces auteurs :

La chaux vive, mélangée en fragments avec les matières fécales liquides, se délite mal ; elle agit moins bien et surtout bien plus lentement que le lait de chaux. La chaux éteinte pulvérulente ne convient pas plus, parce qu'elle se pelotonne dans les selles diarrhéiques et que le mélange ne se fait jamais intimement. La chaux éteinte a l'avantage de se conserver bien mieux que la chaux vive, et c'est elle qui, dans la pratique courante, devra servir à préparer le mélange. Voici la meilleure façon d'avoir toujours à sa disposition du lait de chaux actif. On fait se déliter de la chaux de bonne qualité, en l'arrosant peu à peu avec la moitié de son poids d'eau. Quand la délitescence est effectuée, on met la poudre dans un récipient soigneusement bouché et placé en un endroit sec. Comme un kilogramme de chaux, qui a absorbé 300 grammes d'eau pour se déliter, a acquis un volume de 2',200, il suffit de le délayer dans le double de son volume d'eau, soit 4',400, pour avoir un lait de chaux à 20 p. 100. Ce liquide doit être employé tout frais; on peut le conserver pendant quelques jours, à la condition de le maintenir dans un vase bouché. Le lait de chaux avec lequel nous avons fait nos expériences datait de trois jours. Lorsqu'on n'est pas sûr de la qualité du lait de chaux qu'on a à sa disposition, on peut l'essayer en l'ajoutant aux matières à désinfecter jusqu'à ce que le mélange bleuisse nettement le papier de tournesol.

Il suffit, lorsqu'on veut désinfecter des selles typhiques, de verser sur elles une proportion de ce lait de chaux égale en volume à 2 p. 100.

Ce mélange donnerait, d'après MM. Richard et Chantemesse, une sécurité absolue. Mais il faut avouer que le maniement n'est pas des plus aisés ; nous croyons — pour avoir tenté l'expérience — que, dans les milieux hospitaliers, une exécution irréprochable de ce mode de désinfection serait assez difficile à obtenir. D'ailleurs une étude foule récente de M. Vincent {Annales de rimtitut Pasteur, 1895) est loin de placer le lait de chaux au rang où le mettaient MM. Richard et Chantemesse; son pouvoir désinfectant serait bien inférieur à celui du sulfate de cuivre.

Le sulfate de cuivre s'emploie en solution forte à 5 p. 100. Il aura plus d'action si on ajoute 1 p. 100 d'acide sulfurique à la solution.

Voici la façon de procéder : on remplit au tiers avec la solution désinfectante le bassin qui doit recevoir la selle typhoïdique, et lorsque le maladea rendu celle selledans le bassin, on verse un excès de la solution de sulfate de cuivre, de façon à recouvrir entièrement

les matières. On laisse au contact une demi-heure ou davantage, el on jette alors dans les cabinets, ou bien, pratique préférable à là campagne, on fait un trou en terre et on y enfouit les matières typhoïdiques qu'on recouvre ensuite de terre.

Les objets qui peuvent être souillés par les selles des typhoïdiques sonl divers : ce sont, d'une façon générale, les vêtements que le malade portait au moment où il a dû s'aliter, ceux dont il fait usage peudant sa maladie, et tous les objets composant sa literie.

Tous ces objets doivent être soumis à la désinfection : cette désinfection se fera soil au cours de la maladie, au fur et à mesure de la contamination; soit en bloc, à la terminaison de la maladie, mais en ce cas tous les objets souillés doivent être soigneusement gardés à l'abri de tout contact, jusqu'au moment choisi pour la désinfection.

Les vêtements de drap, les matelas, les couvertures, les oreillers, les traversins, sont surtout justiciables de la désinfection par la vapeur humide sous pression ou sans pression, à la température de 100° prolongée : en un mot, de la désinfection par l'étuve à vapeur humide.

Les linges sont aussi fort bien désinfectés par ce traitement, maison peut les soumettre également, et d'une façon plus simple, à l'action de l'eau bouillante prolongée pendant un quart d'heure, ou à l'immersion d'une durée d'une demi-heure à une heure dans une solution à 1 p. 1000 de sublimé. Le linge doit toujours être soumis à la désinfection avant d'être remis au blanchisseur : c'est en effet le maniement du linge contaminé qui explique la proportion élevée de cas de fièvre typhoïde, que nous avons signalée ailleurs, parmi les blanchisseurs. On n'oubliera pas en pratique que les taches de matières fécales sont imprimées par le passage à l'étuve à vapeur humide avec des températures de 100° et au-delà.

La maladie terminée, il est recommandable — mais il ne nous paraît pas d'une nécessité absolue, si toutes les pratiques conseillées ci-dessus ont été rigoureusement suivies — de désinfecter les meubles, rideaux et tentures garnissant la pièce habitée par le malade, ainsi que le sol, les murs et le plafond : on procédera à celle opération par les moyens appropriés.

Telle est la série des mesures prophylactiques à appliquer quand on se trouve en présence d'un typhoïdique, mais nous aurions oublie les précautions capitales que doivent prendre les personnes qui. à un titre quelconque, approchent ou soignent les typhoïdiques, si nous ne parlions de la désinfection de leurs mains, que doivent effectuer ces personnes, avec fout le soin possible, après chaque contact du malade, et qu'elles doivent renouveler d'urgence au moment de prendre leurs repas.

S'il est une voie ouverte aux germes pour passer directement du

PROI'll YLAXIE.

typhoïdique aux individus qui l'entourenl cl le soignent, c'est bien assurément celle-là : au contact du malade ou court grand risque «lise charger les mains de germes typhoïdiques, cl les mains non désinfectées sont des agents naturels de transmission des germes à la bouche. Un simple lavage à l'eau ne suffit pas, il fautfairé un lavage à la brosse et an savon, avoir soin d'approprier minutieusement les ongles, et terminer par l'immersion dans une solution de sublimé.

•2° Pour se défendre de la contagion typhoïdique médiate — celle qui, dans les agglomérations où la fièvre typhoïde, épidémique ou endémique, est une menace constante pour chaque individu non protégé par une attaque antérieure — il existe un moyen sûr, découlanl du mécanisme delà contagion à dislance : c'est par l'eau de boisson que s'effectue celte contagion, c'est donc l'eajv^u'il faut purifier de tout germe typhoïdique, c'est-à-dire stériliser.

Il existe, on le sait, deux moyens de stérilisation des eaux : la filtration (1), et Yébullition.

L'ébullition est le plus simple des deux procédés, et c'est peut-être aussi celui qui donne le plus de sécurité.

L'usage <lcs eaux minérales est fort répandu : il faut être en garde contre nombre d'eaux soi-disant minérales ou de source, et qui n'ont rien à envier aux eaux les plus polluées et les plus typhoïgènes : il y a donc lieu, si on fait usage d'eaux minérales, de s'adresser à des eaux de bon aloi, sous peine de n'avoir que l'illusion de la protection contre une attaque de fièvre typhoïde.

C'est une grave erreur de réserver l'eau purifiée pour la seule boisson, et de faire usage pour la toilette, la cuisine, etc.. d'une eau qu'on sait être typhoïgène : On s'expose ainsi à laisser ouverte à la pénétration du germe une porte dont il saura toujours profiler.

L'eau suspecte doit être bannie de tous les usages domestiques ayant trait à la boisson, à la préparation des mets, et à la toilette.

On n'oubliera pas enfin que le germe typhoïdique est souvent présent à la surface des légumes, des herbes, des salades qui entrenl dans l'alimentation, ayant pu être déversé sur ces substances par des arrosages avec une eau typhoïgène. Ceci n'offre aucun inconvénient quand la substance doit être consommée cuite, comme cela a lieu pour les légumes et certaines herbes ; mais pour les substances consommées à l'état cru, comme par exemple les salades, il en va différemment : il y a un véritable danger à les faire entrer dans l'alimentation. Le lavage môme à l'eau pure ne suffirait pas pour entraîner tous les germes malfaisants : le mieux est donc, lorsqu'on a quelque

(1) Il est bien entendu que nous n'entendons pas par filtration la simple clarification faite au charbon, etc., mais la véritable stérilisation par filtration, celle qui csl réalisée par les filtrep de porcelaine dégourdie cl appareils analogues. Voir pour tous les détails sur la purification des eaux la remarquable thèse de M. Guinochct: Paris, 189 S. J.-H. Baillière et fils, éditeurs.)

raison de craindre la souillure éventuelle d'une de ces substances, de la proscrire de son alimentation.

B. Prophylaxie urbaine. — C'est la mise à l'abri d'une collection d'individus contre la fièvre typhoïde; c'est l'écartement des causes qui font, non lescas isolés, mais l'endémie, l'endémo-épidémie, OU l'épidémie s'étendant à toute l'agglomération : c'est en un mol ïassainissemenl d'une ville contre la fièvre typhoïde.

Il n'est qu'un seul agent qui soit de puissance assez grande pour disséminer la fièvre typhoïde dans toutes les parties d'une agglomération : c'est Veau véhiculant le germe typhoïdique. Le terme majeur de l'assainissement d'une ville contre la fièvre typhoïde revient donc a ceci : donner à la ville de l'eau défendue contre l'accession de tout germe typhoïdique.

Quelques hygiénistes ajoutent volontiers à cette formule la suivante : assurer d'une façon satisfaisante l'éloignement de toutes les matières fécales.

Ce terme a certes une grande valeur générale ; et, dans l'espèce, il complète le système de défense contre la fièvre typhoïde, mais d'une façon tout indirecte, en prévenant la pollution des eaux de boisson par les matières dangereuses au sein de l'agglomération. C'est donc à tort qu'on a voulu donner pendant longtemps à cette partie de l'assainissement urbain la première place dans la lutte contre la fièvre typhoïde ; c'est à tort que quelques hygiénistes continuent à la préconiser avant tout. 11 existe des villes, nous en avons cité des exemples indiscutables, où la fièvre typhoïde a été efficacement combattue par la seule amélioration du régime des eaux ; on en est encore à citer un exemple d'une ville arrachée à l'endémo-épidémie typhoïdique par la seule adoption d'un bon système d'évacuation des matières fécales, l'eau restant de mauvaise qualité, polluable ou polluée.

Nous allons passer en revue les divers régimes d'eau utilise- à l'heure actuelle pour l'alimentation des villes, leur valeur et leur protection.

La meilleure alimentation est celle qui utilise une eau de source émergeant purement d'une nappe pure, amenée à l'agglomération. et jusqu'au verre des consommateurs, dans une conduite étanche du point de départ au point d'arrivée.

La réunion de foutes les conditions comprises dans cet énoncé est nécessaire. Il est de fausses sources, telles que les rivières souterraines, qui donnent l'illusion de la pureté et qui sont aussi dangereuses et aussi polluéesquc les rivières coulant à l'air libre ; elles sont à rejeter.

Il est des sources dont, la nappe n'est pas suffisamment protégée par un filtre fissuré, crevassé, comme cela se voit dans certains terrains calcaires: ces sources-là sont encore condamnables.

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