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Fig. 8. — Ville de Rennes. — Mortalité moyenne annuelle pour 10 000 hommes par fièvre typhoïde dans la garnison de L875 à 1892.
de l'épidémie de Pierrefonds. Depuis lors les essais de genre s,- sonl multipliés; ils seraient aujourd'hui incomptables. M. Chantemesse a réuni la bibliographie complète des noies accusant la découverte du bacille d'Eberth dans des eaux typhoïgènes depuis Mois jusqu'à 1891 (1).
A noire avis celle preuve, qui semblait irréfutable, reste forl audessous de la preuve tirée de l'observai iou , et la condamnation même de ce genre de recherches, si elle venait à se produire un jour, ne saurait en rien nuire à la valeur de la théorie aquatique. En voici les raisons :
a. Nos méthodes techniques, quels qu'en aient été les perfection-
(1) Chantemesse, Traité de médecine, loc. cit.
oements successifs (méthodes de Chantemcsse el Widal, de Vincent, «-I surtoul de Péré, la meilleure à l'heure actuelle) sonl au moins défectueuses : passer à côté du bacille d'Eberth esl encore trop aisé.
Nous croyons ulilc d'indiquer le procédé de M. Péré pour la recherche du bacille d'Eberth dans l'eau. Nous y joindrons le procédé de M. Pouchet.
Dans un vase de 1000 grammes stérilisé (matras ou ballon), on introdui L00 centimètres cubes de bouillon simple neutre el stérile, 600 à 700 centimètres cubes de l'eau à analyser, 20 centimètres cubes d'acide phénique pur en solution b à p. 100, 50 centimètres cubes d'une solution de peptone pure, stérile et neutre à 10 p. 100 et on complète à 1000 grammes par l'eau à analyser. Le liquide A, ainsi obtenu, contient donc par litre un gramme d'acide pbénique et 830 d'eau suspecte.
On répartit dans dix vases (matras) stérilisés, el on porte à l'étuve réglée de 31 à 36°, à 34° température d'élection.
« Un trouble se produit dans le cas d'une eau polluée par les espèces susdites (coli-bacille et Eberlb), non pas à beure fixe, mais d'autant plus vite que la pollution est plus forte et que la température s'est maintenue plus élevée dans les limites assignées. On pourra déjà observer ce trouble vers la douzième heure, généralement entre la quinzième et la vingtième heure, mais seulement vers la trentième heure si la pollution est réduite à des traces.
)> Dès que le trouble esl bien évident, on ensemence le liquide A, d'une part dans un tube de bouillon normal qui pourrait déjà donner une culture pure de l'un des organismes que l'on recherche, et, d'autre part, sur un nouveau liquide stérilisé, renfermant comme le premier un gramme d'acide phénique, o grammes de- peptone et 100 grammes de bouillon normal par litre, et réparti dans les tubes à essai.
» J'ensemence deux de ces tubes, et les expose pendant six heures à la température moyenne de 34°. A ce moment, que leur contenu soit trouble ou liquide, on l'ensemence par le même moyen que précédemment dans deux autres tubes, où les organismes subissent leur troisième passage en liquide phéniqué dans les mêmes conditions de température. On attend cette fois que le trouble se produise ; l'ensemencement de ce dernier liquide sur bouillon normal donne, après quelques heures d'étuve, une culture pure du Bacterium coli commune, du bacille d'Eberth, ou un mélange des deux espèces, comme on peut le vérifier par culture sur plaque de gélatine (1). »
Voici maintenant le procédé employé par M. G. Pouchel au laboratoire du Comité consultatif d'hygiène : c'est une variante, utile à connaître, du procédé Péré.
L'eau est recueillie dans des flacons stériles de 150 centimètres cubes. Tout le contenu d'un flacon est versé dans un matras de 27b centimètres cubes contenant 100 grammes de bouillon stérile additionné de 5 centimètres cubes d'acide phénique en solution à 5 p. 100.
Le matras est porté à l'étuve à -+-42°.
On l'y laisse de quarante-huit à soixante-douze heures, suivant le cas. S'd ne se trouble pas, l'opération esl terminée pour le flacon : il ne contient ni bacille d'Eberth ni coli-bacille. S'il se trouble, on prélève, après croissance
(I) Péhé, Ann. de l'Inst. Pasteur, 1891.
ÉTIOLOGIE.
suffisante dans le matras, dix a vingt gouttes qu'on ensemence dans un ballon Pasteur contenant 10 centimètres cubes de bouillon phéniqué au millième, c'est-à-dire additionné d'environ six gouttes d'acide phéniqué en solution à ;> p. 100.
Ce flacon, mis à l'étuve à + 42°, servira à l'aire des passages de quarantehuit en quarante-huit heures en matras Pasteur — contenant toujours la même quantité de bouillon phéniqué de même. Les passages se continuent jusqu'au troisième à la température de + 42°. Il est des eaux qui supportent un beaucoup plus grand nombre de passages ; il en est d'autres qui s'arrêtent au Second ou au premier. On ne poursuivra pas en pratique au delà du troisième.
Si la culture a vécu de passage en passage se troublant toujours, on en porte trois gouttes dans un matras contenant du bouillon ordinaire, et on met quarante-huit heures à l'étuve à -f- 36°. Après ce laps de temps on prélève de la semence et on fait des ensemencements de contrôle et de diagnostic sur gélatine, pomme de terre, lait. Si la culture s'arrêtait dans la série des passages, on prendrait celle du degré précédant la culture arrêtée, et on ferait sur elle le diagnostic des espèces.
Les organismes qui résistent à ce traitement sont le coli-bacille et le bacille d'Eberth, qu'on aura à distinguer par les caractères réactifs indiqués ci-dessus, mais ils ne sont pas les seuls : on peut signaler en outre le Micrococcus vulgalus, le Bacillus sublilis, le Micrococcus aura.ntia.cus, le Micro-coccus cavicida, etc.
b. Il semble que souvent l'épidémie typhoïdique d'origine aqueuse résulte d'un passage massif et court dans une eau de boisson.
Si l'examen se fait — et c'est la règle — en debors de l'heure el du lieu voulus, on risque de ne rien trouver et, si l'on tient pour seule bonne la preuve biologique, on récuse à tort le rôle de l'eau, que tout accuse à bon droit.
c. A l'époque où la recherche du bacille typhoïdique dans l'eau a été inaugurée, on connaissait mal les analogies profondes du coli-bacille et du bacille d'Eberlb, et bien des examens tenus pour positifs et probants n'ont sans cloule décelé que le coli-bacille. Les méthodes actuelles donnent plus de sécurité, mais la présence du coli-bacille reste toujours un grave embarras, puisque, si l'on en croit une communication récente de M. Grimbert, à la Société de biologie (1894), il n'esl pas possible de retrouver le bacille d'Eberth (/ans l'eau, ou dans tout autre milieu, lorsqu'il se trouve associé au coli-bacille .
En résumé, la preuve nouvelle, biologique, est sujette ;i trop «le causes d'erreurs diverses pour être tenue pour seule valable, à l'exclu si ou de l'observation qui elle, a su établir sur des faits indiscutables le rôle de Tenu en matière de f. typhoïde : seule, désormais, l'interprétation de ce mie pourra varier, ce qui ne saurait rien changer d'ailleurs à la base de la prophylaxie pratique.
Caractères généraux des manifestations typhoïdiques relevant de la transmission i».\it l'eau. — Deux grands caractères avaient surtoul frappé les observateurs anciens, el toutes leurs théories pathogéni-
LA FIÈYRI' TYI'JIOÏDK.
ques ont été édifiées dans le but de fournir mie explication plausible, conciliant à la fois ces deux caractères en apparence si différents.
Tantôt la f. typhoïde se montre transmissible : un premier malade, un importateur, répand le mal toul autour de lui, créanl une épidémie de famille, de maison, de village, d'agglomération plus importante encore. Tantôt les cas de f. typhoïde apparaissent sporadiquement ou épidémiquemenl sans aucun lien entre eux : la f. typhoïde frappe çà et là comme au hasard, aucun cas ne peut être relié au précédent, et l'origine du mal semble cachée : nul importateur, nul lien de contact entre tous ces malades.
Gendron, Bretonneau, etc., avaient bien étudié le premier mode : la f. typhoïde avait pour eux sa raison dans la contagion, qui expliquait facilement les épidémies de campagne. Mais on leur objectait avec grande apparence de raison ce qui se passait dans les villes, où la contagion n'était prise sur le fait qu'en de rarissimes exceptions : d'où la formule sous laquelle Budd traduit spirituellement la pensée de Louis : la f. typhoïde est contagieuse... au moins en province.'
Pour expliquer l'autre aspect de la f. typhoïde, Murchison a édifié sa théorie pythogénique, où cas sporadiques et épidémies sans importation, trouvaient une explication rationnelle.
La transmission de la f. typhoïde par l'eau nous semble heureusement concilier et expliquer tous les faits, en apparence disparate-.
a. Souillure de l'eau potable. — Sesmécanismes principaux. — Toutes les eaux potables peuvent être souillées parles matières typhoïdiques.
Les puits à nappe superficielle sont, entre toutes les eaux potables, facilement accessibles. Ils sont, dans la campagne, voisins de fumiers qui reçoivent toutes les déjections, ou à proximité de ruisseaux égouts; ils subissent les infiltrations de lavoirs où se nettoient les linges spécifiquement souillés; ou, plus simplement encore, la terre qui les entoure reçoit sans aucune précaution les ordures variées. Dans les villes et les campagnes, il est usuel de voir la fosse d'aisances et le' puits côte à côte, formant, comme on l'a dit, les deux canons d'un fusil.
Les rivières sont devenues, pour la plupart, dans notre pays, des égouts à ciel ouvert.
Les sources sont accessibles, elles aussi, soit que mal captées elles ne soient pas protégées à leur émergence contre les souillures; soil qu'elles émergent d'un terrain filtrant imparfaitement, tel le calcaire fissuré du bassin de la Vanne, des environs du Havre (1). Des matières dangereuses viennent-elles à être répandues sur ce terrain, elles passeront dans la nappe profonde. Un autre mode de souillure esl celui qui se produit non à la source même, mais dans la continuité ■d'une canalisation : rien de plus fréquent qu'une ville ayant des eaux
(1) Bhouaudei. et Tiioinot, Enquête sur les épidémies du Havre.