‹ La figurante: comédie en trois actesChapitre 19 sur 198 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

FRA.NgoiSE, dont les sanglots redoublent.

Je deviendrais folle!... j'ai passé la nuit à me rouler... à mordre le tapis de ma chambre pour ne pas crier.

THÉODOilE, l'embrassant.

Ma chère petite enfant... C'est fini! Assez de larmes!.. Ne nous laissons pas surprendre! Ainsi, tu ne t'attendais à rien?

FRANÇOISE

M. de Renneval n'était plus le môme quand nous causions devant témoins. Instinctivement je me cuirassais de banalité pour endormir toute jalousie... Mais je n'avais qu'un vague soupçon... je ne comprenais pas tout ! . . .

Elle se remet à pleurer.

Je voudrais tant te consoler et j'ai peur d'être maladroit, car mon vieux cœur n'a plus la faculté de souffrir avec la môme intensité que le tien. En revanche ton jeune cœur renferme respérancel...

FRANÇOISE, ironique.

Je ne m'en doutais pas !

THÉODORE

As-tu constaté une barrière infranchissable? Devient-il absolument impossible que tu sois aimée ?

FRANÇOISE, hésitant.

Non!... (an silence.) Toutc réflexion faite... (sa figure s'éclaire.) Au contraire...

THÉODORE

C'est bien ce que je pensais!... Françoise, oublie un instant ton infortune pour toccuper un peu de moi. Il est utile que tu saches où j'en suis, pour comprendre où j'ai idée de te conduire. Tâche d'abord de ne pas trop comparer Tàme d'un vieillard de soixante-dix ans à la tienne. A la veille d'être jugé soi-même, on est plus préoccupé de justice que de A^engeance... J'ai commis la faute d'épouser une femme jeune, quand mes cheveux blancs commandaient la solitude. J'ai résolument supporté les conséquences de ma faute, en y mettant même une certaine bonté. Mais un membre de l'Institut n'est pas bon de la même manière que le bon Samaritain. Au lieu de s'oublier à panser des plaies, il exerce sur elles sa manie d'expérimenter. Ma douleur, à supposer que j'aie eu quelque chagrin, s'est tout doucement créé un allégement à vérifier Tangoisse des deux êtres qui poursuivent le bonheur à mes dépens. Rien ne m'échappe de leurs querelles, ni des reproches qu'ils se font l'un à l'autre. J'éprouve une joie malicieuse à semer la discorde, à propager le trouble... Tu ouvres de grands yeux?... Est-ce que je t'indigne ?

FRANÇOISE

Non, parce que je commence à comprendre.

THÉODORE

Tu saisis le côté intéressant pour toi! J'y viens! Dès le premier jour, j'ai discerné dans la pension-

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