ACTE PREMIER
du perron d'où elle ne cesse d'observer de loin ce qui se passe.
THÉODOBE, cordial.
Eh bien, les abeilles ne se sont pas montrées trop féroces ?
HÉLÈNE
Très douces... Il paraît que la préoccupation d'essaimer leur enlève, pour un instant, toute méchanceté.
THÉODORE
Qu'est devenu votre compagnon ?
HÉLÈNE
Il est allé avec le garde voir un nouveau chien d'arrêt.
THÉODORE
Reviendra-t-il?
HÉLÈNE
Dans cinq minutes. Il doit diner avec nous. (Jetant
un coup d*œilsur Françoise qu'elle a bien dévisagée à sa
sortie.) Françoise a une drôle de mine. On dirait qu'elle a pleuré. S'cst-il passé quelque chose ?
THÉODORE
Nous venons d'avoir une conversation sérieuse, et j'en sors peiné. L'avenir ne lui dit rien qui vaille.
HÉLÈNE
C'est clair... pauvre comme Job... sans compter que sa lîgure ne s'arrange pas du tout»
40 LA l'IGlRAKTE
THÉODORE
Elle n'est guère jolie et s'en désole . . . Nullement par coquetterie, majs elle n'entrevoit pas comment prendra fin la situation actuelle qui pèse à sa délicatesse.
HÉLÈNE
Se sentir à charge... chez d(s étrangers!
THÉODORE
Justement je l'ai grondée, moi, son oncle, de nous prendre pour des étrangers. Nous sommes si contents de l'avoir, n'est-ce pas? Elle est d'un entêtement déplorable. On ne lui fera pas admettre que notre bonne petite vie puisse durer. Elle accepterait n'importe quel sacrifice d'où sortirait un peu d'indépendance. J'ai parfaitement vu qu'elle épouserait un vieillard, un infirme.
HÉLÉNEjCnergiciue.
Bien! Très bien !... Elle remonte dans mon estime. Quand on a du sang dans les veines, on ne se résout pas à manger le pain d'autrui. Du moment qu'elle est prête à n'importe quel sacrifice, cela donne envie de lui venir en aide... C'est vrai, *e n'éprouvais pour Fran^oiso qu'une mé liocre sympathie et voilà que je vais m'intéresser à elle.
THÉODORE
Ce sera une bonne action I Malheureusement, ni vous ni moi n'avons de vieillard disponible pour le quaM>d 'heure.