‹ La figure de proueChapitre 129 sur 141 · AVE MARIA · texte numérisé non relu

AVE MARIA

A Notre-Dame de Grâce, de Honfleur.

Revenue à votre chapelle si naïve Entre ses arbres et tout au-dessus du flot,

Où mon enfance écoutait la mer sur la rive A travers le vitrail trouble comme un hublot,

Notre-Dame, je vous invente une prière.

Je vous rends hommage à genoux, comme je peux. Vous savez que jamais, à présent ou naguère,

Je n’eus en moi la croyance de mes aïeux.

Sainte Marie, entre vos lys, vous êtes belle.

Je suis venue à voi^s d’un geste nonchalant, Aujourd’hui, sur mes petits pieds chaussés de blanc, Mes petits pieds de communiante nouvelle.

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Quand j’étais une enfant je vous disais ava Sans y croire déjà, Notre-Dame de Grâce.

Je n’y ai plus pensé depuis: mais votre face Me semble douce comme un visage rêvé.

C’est pourquoi, ce matin, toute d’or, ô barbare. Souffre que, tendrement, j’ajoute mes saluts A ceux des pêcheurs roux qui t’ont mise à la barre Des barques, dans le sel des voiles et chaluts.

Je voudrais bien toucher à tes deux belles joues Anciennes, qui sont deux fleurs de ton sang clair. Etoile des marins de chez moi, qui te joues Gomme une mouette ivre au-dessus de la mer.

Puisque les matelots ont joint leurs mains saumâtres. Brûlé tant d’historique et séculaire encens Pour toi, je veux qu’aussi tes regards tout-puissants Me voient, blanche, parmi les cierges idolâtres.

Protège-moi, qui suis d’ici, comme un bateau, Notre-Dame, à travers le voyage de vivre !

Et, s’il faut devant toi suspendre un ex-voto.

Voici câlinement mon cœur que je te livre.

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