‹ La fille d'EschyleChapitre 10 sur 36 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MÉGANIRE, ECRYNOMK.

MliCANIRE.

'J'ant de liiches complots autour de moi noués , 'J'anl de pièges cruels seront-ils déjoués ! .Jamais plus vainement le vaisseau qui s'égare îS'a cherché dans la nuit la lumière d'un phare ! Plus je sonde l'abîme , où je ilotte au hazard , Plus le fonds ténébreux échappe à mon regard ! Viens donc à mon secours , ô prudente Eurynome ! Pour tes sages conseils partout on te renomme , Et — tu l'as dit — ma niére , à ses dernier moments , (^)nlia uia conduite à tes enseignements.

EURYiNOME.

Ouel avis vous donner! j'ignore trop moi-même Comment nous sortirons de ce danger suprême î

mi.(;a.miie , assise.

lu r.i> bien entendu : sans attendre demain , Son (ils Oromédon veut obtenir ma main. Pour essayer l'eiret d'une intrigue funeste , 11 va venir bientôt , ce fds (|ue je déleste , Ij'hoiuine qui vil heureux sous le poids d'un alVnuit , l.e solilal fugilif(]ui porle haut le front, Celui dont l'impudeur est partout racontée,

Et qui, multipliant sa tendresse effrontée , En même temps qu'il vient m'offrir un cœur banal, Poursuit une prêtresse à l'autel virginal ! . . . Bravant le juste orgueil dont mon âme est jalouse , Quand cet homme dira : — devenez mon épouse , — Pourrai-je de l'horreur dompter le mouvement ? Sourirai-je à cet homme ainsi qu'à mon amant? Si pourtant de mon sein la vérité s'exhale , Si j'ose rejeter sa demande brutale , C'en est fait de mon père , et tu ne peux nier Que j'aurai pris sur moi la mort du prisonnier. Affreuse alternative, où ma raison flottante Réclame tes conseils et se perd dans l'attente !

EURYNOME , fièrement.

Sparte fut mon berceau : cette noble cité Inspire à scf enfants tant de haute fierté ; Le généreux mépris des actions infâmes Est si vivace au cœur de ses plus faibles femmes , Qu'en face d'un époux par la honte flétri , Toutes préféreraient la mort à ce mari !

MÉGANIRE.

La mort ! prête à montrer un intrépide zèle , Si la mort m'appelait , je volerais vers elle ! Mais , d'après le dessein qui nous est déclaré , Ce n'est pas moi qui meurs , c'est mon père adoré.

EURYJNOME.

A son secours , ma fille , un dieu viendra peut-être.

MÉGANIRE.

Non , les dieux sont toujours pour le parti du prêtre. Ils verront sans pitié périr un innocent ,

ACTK II 4:

El moi , par mes refus , j'aurai verse wm saiij,'.

( Elk su li've. ) Jamais ! trop de douleurs déchireraient moi» àmo. Du fils de Théoclès je deviendrai la femine. Puisque le juste eiel s'est déclaré pour lui , J'accepterai l'amour qu'il m'impose aujourd'hui. Je m'a2;oiioui!l<Tai, victime résij;née , A l'autel odieux de ce noir hyménée.

Les voiles nuptiaux , attachés à mon front, Plus sombres qu'un linceul sur moi retomberont. Comme l'oiseau surpris par une liorrible serre , Je subirai, trcMohlante , un malheur nécessaire , Et , du pied des autels eiitin me relevant , Je me dirai , du moins, que mon père est vivant ! J'ose espérer alors que les filles d'Ath«'»nes Daigneront m'épargner les injures hautaines , Et no poursuivront pas d'un reproche éternel T/hunil)le victime ollerle au salut paternel !

EUKY.NOMK.

Vous méditez , ma lille , un étrange supplice ! (^)u'un pareil dévoùment jamais ne s'accomplisse. Immoler votre orgueil ! avilir votre nom ! Auriez-vous ce courage ? oh non , ma lille , non 1

MÉGAMllK.

Ah ! dans ce dévoùment dont je tremble , Eurynome, J'irai sacrifier, si mon cœur le consomme , Un sentiment encor, peut-être plus puissant (^)ue la fierté du nom et (pie l'orf^ueil du sani: !

K.r II V. NOM F..

Oui , j«i comprends l'aveu «jue jette la victime.

De votre jeune cœur moi confidente intime ,

Je sais qu'il vous faudrait, dans ce malheureux jour ,

En perdant votre honneur, étouffer votre amour.

MÉGANIRE.

Tu l'as dit-— et l'amour que j'immole à cette heure ,

Plus grand que tu ne crois, mérite qu'on le pleure !

Car jamais chaste feu dans un sein renfermé

N'eut un objet plus beau , plus digne d'être aimé !

D'un sentiment si cher tu connais l'origine :

Je te l'ai dit : ce fut le jour de Salamine ;

Le triomphe éclatait , et les soldats vainqueurs

Des hymnes de victoire allaient chantant les chœurs.

Je cours avec le peuple au devant des trophées ,

Et je vois tout-à-coup , parmi les coryphées ,

Un jeune homme ! Pareil au plus brillant des dieux,

Il chantait sur le luth l'hymne mélodieux.

La foule , avec respect sur ses pas murmurante ,

Admirait de sa voix la douceur enivrante ,

La beauté de ses yeux et l'éclat de son front. . . .

Que du poète , un jour, les lauriers orneront !

C'était la majesté d'un dieu plus que d'un homme.

Je l'entrevis à peine, ô ma chère Eurynome ,

Que, pour fixer mon cœur jusque là libre encor ,

L'amour dans son carquois prit une flèche d'or !

— Dès ce jour , tu l'as su , ce Dieu sous son empire

A reçu pour jamais Sophocle et Méganire ,

Et notre seul espoir , notre vœu le plus doux

Fut d'échanger bientôt le serment des époux !

O bonheur apparu , disparu comme un leurre 1

Rêves évanouis ! ciel perdu que je pleure !

ACTK II. ili

A l'amour (h? Sopliocie il faut duMc renoncer ! Dieux ! . . . .

EURYNOME

Ma lille , vers nous je le vois s'avancer.

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