‹ La fille d'EschyleChapitre 12 sur 36 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MKGAMIîK FÎ'UYNnMK (mnMKIiox

ohoMfci>o>.

A vos pieds ,*vou.«^ voyez repar.iilre Oronieduii , le lils de l'au^'usle j^'rand-pivtre. Vierge que j'ai maudite autant que je l'ainiais , Je vous revois enfin , belle plus que jamais ! Oui , l'enfant au carquois , durant ma lon},'ue absence , De vos yen\ enchanteurs a doubN'- la puissince; V^olre taille est pareille au palmier de Délos ! Vénus , h. votre aspect , rentrerait dans les Ilots ! Et si j'étais le dieu que tout l'Olymp** admire .l'olfrirais de Junon la place h Méganire.

MMi.WIHF , mec (hijlHté.

De tels pro|M>s, seigneur, ne sont pas de Siiison ; Songez donc au vieillard jeté dans la prison , Et dites s'il convient que sa lille oublieuse Écoule des flatteurs la voix insidieuse !

OllOMl'lM»N.

Cschyle , si tel e.sl l'cibjet de voire l'Uiuii . Peut vivre ici demain.

Mi(;A.\nii .

iN)ur(iuoi pay aujourd'hui !

i8 LA FILLE D'ESCHYLE.

OROMÉDON.

Vous détournez les yeux. . . prêtez du moins l'oreille Dès long-temps vos beautés , vision sans pareille , Ont jeté dans mon sein — vous l'avez trop bien su — Le plus brûlant amour qu'un mortel ait conçu. Cet amour , qu'obtint-il, quand je ne pus le taire? Les froideurs de la fille et les mépris du père. Je partis : j'espérai dans les secours du temps , Et que du voyageur les destins inconstants Me feraient , d'heure en heure et de mers en rivages , D'une douleur cruelle oublier les ravages. Espoir toujours trompé ! J'ai connu vingt climats , L'eau de toutes les mers a réfléchi mes mâts ; Des bords de la Colchide où le Phase circule , Ma trirème a touché les colonnes d'Hercule , Et je reviens enfin vous montrer au retour Un amant dont l'absence a redoublé l'amour !

MÉGAINIRE.

De mes faibles attraits la douteuse apparence Méritait peu , seigneur , tant de persévérance.

OROMÉDON.

Oh ! ne rabaissez point l'éclat de vos attraits ; Madame , à vos genoux je vous démentirais. Vous le savez trop bien , fière beauté que j'aime : La modestie en vous n'est qu'un vain stratagème. Toutefois , usons mieux des propices moments : Voulez-vous d'un époux accueillir les serments ? EURYJNOME , qui est restée debout et immobile , sur le second plan, à gauche.

Celle qui voit en moi sa nourrice tidèle

Acn: II. !">

A déjà (lit , stMi,'rH'ur , qu'Kscliylc «'tant loin (relie , Elle ne saurait point, tant ([u'il (lemeiiro aux fers , Accepter les amours et les serments olFerls.

oromkdo.n.

Je n'interroge point la suivante Eurynome , Je fais taire sa voix.

KniY.NOMK , à (litmi VOIX.

Qui vous confond, jeune homme.

OROMÉnO.N,

Madame, (épargnez-moi de pénibles lenteurs. Ne laissez pas , surtout, prendre h vos serviteurs Le soin de m'adresser leur parole imi)ortune. Écoulez, bien plnl(')t, la |)rf)piee fortune. Votre père languit au fond d'un noir cachot : Pour le Siiuver , madame , il vous suflitd'un mot. Ce mot , vous le direz ; fille pieuse et tendre , En faveur du vieillard vous le ferez entendre. Vous ne soutl'rirez pas que Tlu'mis en courroux Aille, le glaive en main, visiter ses verroux. Songez :. . . après l'aveu que ma tendresse implore , On va vous accorder , aujourd'hui même encore , Sa grâce, et dans vos bras le ramener vivant.

MMJA.MKF. , (lier amertume.

Il serait bien plus beau de l'accorder avant.

OKOMKDON.

Oh ! de mes longs ennuis ([u'un doux regard m'allège ! Vos refus prolongés feraient croire — que sais-je ? — Que d('«jà votre couir a subi le lien D'un amour inconnu , plus heureux (|ue le mierj.

MÉGANIRE.

J'ai donné mon amour , de tout autre incapable , A la vertu, qui fait un homme aux dieux semblable !

OROMÉDON.

Que parlez-vous des dieux ! ils savent si je ments : Les plus puissants de tous furent les plus aimants. Faut-il vous répéter leur histoire immortelle ? A partir du cahos , que nous enseigne-t-elle , Sinon ces dieux, vers qui nous élevons nos mains , Brûlés d'autant de feux que les faibles humains ! De l'éternelle cour, Jupiter, maître insigne, S'approchant de Léda sous les plumes d'un cygne ; Apollon poursuivant de son ardent essor Daphné, Leucotlioë, Clytieet mille encor; Ou, des filles du ciel, la plus chaste entre toutes , Diane , de l'Olympe abandonnant les voûtes , Pour venir dans les bois , comme un pâle rayon , A son divin regard suspendre Endymion.

De ces amours sans fin mémorables exemples , On vous raconterait cent histoires plus amples , Si la fille d'Eschyle , instruite en l'art des vers , Ignorait les récits des poètes divers.

Ces dieux , dont l'assistance est à qui la réclame , Approuvent à celte heure et vont aider ma flamme. Mon orgueil éprouvé s'irrite des retards. . . . Comprends mieux le désir qui brûle mes regards.

EURYNOME

Quoi ! . . .

MÉGANIRE.

Seigneur i . . .

ACTK II :ii

OBOMMM».

Ij^ vautour étrriiiiJi.i la coUmiln- !

ScI-:NE VI.

Us nt\Mts, SOlMln<:LK

SOPiiofXK , iélnnrant en sct-nr.

Arri^n' , mnlIitMircux ! (juc lant d'andarr lofnlnv La colomlH' frémit sous l'oriKlt* du vautour ; Mais le vautour a peur devant l'aigle à son tour 1

OIIOMKDON.

Ouo vois-je? et que faisait ici ce téméraire , .Madame !

SOVllOCLV..

l\ attendait le moment de soustraire Aux complots des enfers l'innocence des cieux , Et la timide fennne au lâche audacieux. OROMKDON , ironuftiement.

Madame , vos refus sont expliqués. , .

SOI'HOCLF.

1/infàme!

É|H)Uvanlé pur l'homme, il .s adresse à la feuunc ! Wo.sant jKis alfronter un courroux dévorant . Les insultes de l'homme , à la fcnune il les rend. C'est di^ne de celui (|ui , ramp^inte vi|K»re , Vient marchander la fille avec le sanj; du pt»re , Et , transfor-maiit la m«)rt en moyen séducteur, A choisi le bourreau |)<)ur son entremetteur !

OUOMKDON.

Tremble (jue cette main , justement irritée ,

52 LA FII>LE D'ESCHYLR.

N'inflige à ton orgueil la peine méritée !

SOPHOCLE

A Jupiter , ce soir , je promets cent taureaux , Pour te voir accomplir cet acte de héros !

OROMEDON.

où trouver une épée , afin que j'extermine L'insolent....

SOPHOCLE

N'as-tu plus celle de Salamine?

Ce fer qu'on retrouva , près du flot rougissant , Plus blanc qu'une quenouille et plus vierge de sang!

OROMÉDOiN.

Oh ! tu mens !

SOPHOCLE

Si j'avais, dans une âme craintive , Pour les sanglants périls tant d'horrevr. instinctive , Et si j'étais le fils d'un pontife des dieux , J'irais lui succéder dans cet emploi pieux. Je te conseille encore , athlète ridicule , Nain tombé du manteau secoué par Hercule , D'abdiquer désormais le nom d'Oromédon : C'est le nom d'un géant plus grand que Sarpédon! Quand celui-là tombait dans un jour de bataille , Son cadavre couvrait sept arpents de sa taille ; Et toi , si tu tombais , tu ne couvrirais pas L'espace que mon pied mesure sous un pas !

0R03IÉD0N.

Qui que tu sois , je vais, sans quitter cette enceinte. . . ,

MÉGANIRE S élançant au milieu d'eux.

Gardez-vous d'outrager l'hospitalité sainte ,

ACit 11 r,.-^

.Scit^iiftirs! <Ie cr courroux calme/ reu»|»orlcimiit. Loin de moi Néméhih au bras rouge el fumant !

sopiio<:i.r.

Des terreurs d'une femme éeoule la priérr. Tes vengeances ailleurs |)ourronl prendre carrière !

oiioM»:no>.

Madame , un grand secret désormais nrap|)artient. Je sais quel nœud si fort loin de moi vous relient. Ce seuil ne reverra jamais le lils du prêtre : Mais , si (|iiel(pie autre aussi n'y doit plus reparaître , Si le trépas d'Eschyle est déjà résolu , IN 'en accusez que vous , qui l'avez bien voulu !

UN Di; DEL'XILME ACTE.

LA KIM.K hKSCllYLK

ENTIVACTE.

l\ MISK.

L'art'opaijc samt va s'ouvrir comme un temple ! Ils sont là , sur le muni voisi[i de la cité , Ces prOtres de SoIod que la ville contemple Comme un Olympe redouté!

Le peuple , inlerrojjeanl leurs sib-nces farouches , En demande l'énigme aux rides de leur front. Les arrêts attendus hésitent sur leurs bouches ; - Uuel est celui «juelles rendront?

Est-ce le châtiment? est-ce la délivrance? La hache, ou le poison qui brûle jusqu'aux os'<' (hi, tiestin plus amer, plus cruelle soulTraDce, L'exil — cette mort sans repos !

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